Introduction
Erick Fearson est une figure emblématique du monde du paranormal, un chasseur de fantômes reconnu, un mentaliste accompli et un auteur prolifique. Sa carrière, riche et variée, témoigne d'une passion profonde pour l'inexpliqué et d'un talent certain pour captiver son public. Cet article explore la vie et l'œuvre de cet homme fascinant, de ses débuts dans la magie à ses explorations du monde des esprits.
Un Héritage Familial Enraciné dans l'Occulte
Issue d’une famille d’hypnotiseurs, de cartomanciennes, de médiums, de radiesthésistes, Erick Fearson baigne dès son plus jeune âge dans un univers où le surnaturel est une réalité palpable. Cet héritage familial, loin d'être un fardeau, se révèle être un terreau fertile pour développer ses propres dons et affiner sa sensibilité aux phénomènes paranormaux.
Les Premiers Pas dans le Monde Fascinant de la Magie
Erick Fearson entre dans la magie « aussi simplement qu’on peut le faire », par son père, magicien connu dans les années 1970 sous le nom de Jacky Jack, affilié au Cercle Français de l’Illusion Jules Dhotel (CFIJD). Son père est à l’origine de son premier déclic. À six ans, Erick est mystifié par le premier magicien qu’il voit sur scène. Il se souvient encore de cette émotion ressentie comme si c’était hier. C’est lors de ce premier spectacle qu’il a l’intime conviction que sa vie sera consacrée au mystère.
Son père lui offre la boite Magie 2000 de Kassagi et commence à lui enseigner quelques tours. Erick est initié à la notion du secret, « comprendre » lui disait-il. Malgré son jeune âge, il accompagne parfois son père lors de ses spectacles, et il est le seul enfant autorisé à trainer dans les coulisses. Il l’accompagne aussi parfois à la boutique Mayette Magie Moderne, tenue à l’époque par Michel Hatte, ainsi qu’à celle tenue vers la place de l’Étoile par un ami de son père, un certain Clifton.
À neuf ans, le décès brutal de son père dans un accident de la route marque un tournant. Le matériel de magie est remisé au grenier. Sa mère lui dit : « Ton père serait content si tu avais des bonnes notes à l’école », mais il était un cancre modèle. Il se lance dans quelques expéditions dans le grenier « magique », et dévore avidement le matériel de scène et de close-up. Il est surpris à s’illusionner en faisant apparaître diverses choses malgré lui. Parmi les livres, le Cours Magica de Robert Veno lui permet d’acquérir les bases techniques. Puis, quelques années plus tard, il s’offre le livre Magie et Mise en Scène de Henning Nelms, d’une importance capitale. Il découvre des chapitres aux noms évocateurs, tels que « Mystifier ou convaincre », « L’établissement de la preuve ». Plusieurs routines du Nelms flirtaient avec le paranormal et l’occulte et surtout la façon de les présenter avec crédibilité. C’est avec ce livre qu’il découvre quelques rudiments de cette discipline fascinante qu’on appelle le cold-reading.
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L'Éclosion d'un Talent Multiforme
Dès l'adolescence, Erick Fearson explore différentes facettes de la magie et du mentalisme. Il se produit devant un vrai public et effectue des prestations dans sa région. En 1989, le cyclone Hugo met un arrêt brutal à son activité. Il revient en France, et jette alors son dévolu sur une grande ville pas trop éloignée de la capitale. Il n’a plus d’argent, et ses seuls bagages sont un jeu de cartes, un FP et un sac à l’œuf.
Il décroche un job temporaire de magicien dans un « bar de nuit » du nom du Père Boos, rétribué uniquement au pourboire. Pour augmenter ses pourboires et optimiser son activité, il développe diverses techniques et met au point un numéro de salon hyper efficace dans ces mêmes restaurants. Il découvre aussi un petit booklet rédigé par le Dr Barouf concernant le travail du close-up en restaurant. Selon les conditions de la soirée et le nombre de clients dans le restaurant, il opte pour un format close-up ou salon. Grâce à la formule salon, il peut enchainer jusqu’à une douzaine d’établissements dans la soirée. Il commence le soir vers 18h30 / 19h pour terminer vers minuit. Quand à minuit la recette n’est pas celle espérée, il poursuit dans les bars à hôtesses jusqu’à 2h du matin. Se produisant sous le pseudonyme « Belphegor », il fait ça tous les soirs pendant presque trois ans environ. Il engrange mensuellement jusqu’à 15 000 francs de pourboire, ce qui correspond aujourd’hui et avec l’inflation à 3 600 de nos euros actuels.
Le Mentalisme et la Bizarre Magick : Une Affinité Naturelle
Erick Fearson se spécialise dans le mentalisme et la Bizarre Magick, des disciplines qui explorent les frontières de l'esprit et du paranormal. Il perçoit une grande complémentarité entre ces deux domaines, les considérant comme synonymes de mystère. Entre les années 80 et 90, le mentalisme n’est pas vendeur, et la Bizarre Magick encore moins. Cette dernière faisait peur. Malgré tout, c’était l’essentiel de ses prestations.
Il adopte un personnage très rock’n’roll lorsqu’il pratique la Bizarre Magick. Son public est à l’époque très éclectique, branché ésotérisme et New-Age.
Influences et Inspirations : Un Panthéon Personnel
Nombreuses sont les personnes qui ont influencé Erick Fearson. Enfant, Dominique Webb le marque parce qu’il cultivait le doute sur la nature de ses « pouvoirs », il le fascinait et représentait parfaitement le personnage à la « Svengali » qu’il affectionne particulièrement. Il était à ses yeux celui qui incarnait le mieux le mystère, et donc la magie. Jacques Delord, dont il appréciait les émissions et la vision des choses, l’a aussi marqué. Il voyait à travers lui une compréhension et un amour de l’art. À contrario et à la même époque, Gérard Majax et son émission Y’a un truc le laissaient de glace. Il ne comprenait pas la démarche de vouloir expliquer le modus operandi en reléguant la magie à la simple notion de truc et de défi. Durant l’enfance, Fred Kaps, Slydini et Richiardi Jr faisaient aussi partie des magiciens qui l’ont vraiment marqué.
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À partir de l’adolescence, ses influences magiques changent. Il découvre le livre de Tony « Doc » Shiels, Psi, ou les principes brillants du mentalisme. Bien sûr, les routines de cet ouvrage sont assez basiques, mais plus que ces dernières, ce sont les présentations et l’univers de Shiels qui le séduisent définitivement. Il découvre aussi dans un Mad Magic l’étrange magie de Christian Chelman qui le séduit tout autant. Quelques années plus tard, après avoir sérieusement bossé son anglais - car les titres évoqués dans le livre de Shiels n’existaient pas en français - il se procure tous ces ouvrages anthologiques et bien plus encore, qu’il dévore avidement. De fait, ce sont principalement des artistes issus du mentalisme et de la Bizarre Magick qui l’ont grandement influencé : Al Mann, Theo Annemann, Dunninger, Robert Nelson, Ormond Mc Gill, Corinda, T.A. Waters, Bob Cassidy, John Riggs, Tony « Doc » Shiels, Tony Andruzzi, Anthony Raven, Bascom Jones, Charles Cameroun, Larry Baukin, Simon Drake, Eugene Burger, Christian Chelman, Borodin, Robert E. Neale, R. Shane, K. Knepper, Jim Magus, Jeff McBride, Eugene Poinc, Brother Shadow ainsi que beaucoup d’autres plus confidentiels.
La musique est aussi une source d’inspiration. Stratovarius, Iron Maiden, R.J. Dio l’inspirent grandement. Il écoute aussi du Cool jazz, du Hard-Bop, la Bossa Nova. Les romans de Thomas Owen, les vieux films et les vieilles séries, ainsi que le travail de certains photographes l’inspirent aussi. Il se passionne pour la culture Japonaise, ce qui aide à exprimer son art.
La Rencontre avec les Médias et la Consécration
La notoriété d'Erick Fearson interpelle les médias. De nombreux magazines lui consacrent régulièrement des colonnes et la télévision fait souvent appel à lui en tant que consultant et intervenant pour des émissions consacrées à l'étrange et au paranormal. Il a collaboré à la revue le « Monde de l’Inconnu », magazine consacré au paranormal et au surnaturel.
Durant les années 2000, on retrouve Erick sur le grand écran dans deux films fantastiques, dont Galaad, dans lequel il tient le second rôle. En 2012, Erick fait l'objet d'un docufiction qui raconte son parcours et sa vie. Il s'agit de "La Voie du Mentalisme" qui bénéficiera de la présence de plusieurs mentalistes internationaux prestigieux. Depuis 2019, il est chroniqueur pour diverses émissions consacrées au mystère.
L'Œuvre Écrite : Un Voyage au Cœur du Mystère
Paranormaliste et consultant intuitif, Erick Fearson est aussi l'auteur de trois ouvrages, dont le fameux Manuel du Chasseur de Fantômes paru aux éditions JC Lattès en octobre 2008, et préfacé par SAR le Prince Michel de Grèce.
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Son livre Histoires vraies de fantômes, publié aux Editions de l’Opportun, propose un voyage déstabilisant au cœur du surnaturel et de nos peurs profondes, le tout avec une touche d’humour et d’objectivité. Erick Fearson nous invite à le suivre aux quatre coins du monde, dans des lieux des plus ordinaires mais aussi des manoirs, souvent porteurs d’un passé trouble. Loin de nous pousser à y croire à 100%, il nous invite à ouvrir notre esprit et à accepter tout au moins en partie le surnaturel tout en restant objectif. L’avant-propos donne le ton, car « Depuis la nuit des temps les fantômes n’ont cessé d’exercer un extraordinaire pouvoir de fascination sur l’homme ». Erick Fearson nous invite à arpenter le monde à ses côtés afin d’être confrontés à des Histoires vraies de fantômes, et observe qu’il a « noté quelques schémas et récurrences ». Il nous invite à ouvrir notre esprit et à la bienveillance, peu importe qu’on soit sceptique, cartésien ou qu’on y croit.
A travers les différents récits, on a limite l’impression que les rénovations de certains lieux remuent le passé et trouble le repos des revenants qui les hantent. Toutes ces Histoires vraies de fantômes se finissent par une conclusion d’Erick Fearson, qui illustre à merveille son objectivité et son ouverture d’esprit.
Une Philosophie de la Magie et du Mystère
Pour Erick Fearson, le mentalisme est devenu à la mode depuis une petite dizaine d’années, et comme toute chose qui se démocratise, c’est une catastrophe. On voit des clones de « mentalistes » apparaître à tous les coins de rue. C’est devenu un véritable fléau social, tant on y rencontre le pire. On tend à voir toujours les mêmes choses, mal présentés, par des personnes qui n’ont pas compris les fondements de cette discipline. Elles présentent du mentalisme - en vérité plus de la magie mentale - comme on présenterait de la magie. C’est une erreur et c’est souvent tellement mal présenté qu’il en a honte. Au même titre que l’hypnose, le mentalisme est devenu un argument commercial qu’il est nécessaire d’inscrire sur sa carte de visite pour se vendre, même si ces personnes n’ont que cinq ou six effets basiques à leur répertoire.
Il pense que le mentalisme est la chose la plus facile à mal présenter. Il aime autant la scène que le travail intimiste en salon ou en close-up. Il est impossible de passer plus de dix minutes par table en close-up. C’est hyper frustrant. Pour lui, c’est le fast-food de la magie et il n’y a rien de plus détestable à son goût. Les silences doivent être nécessairement présents, sinon ça n’aurait aucun sens. Il faut que le magicien est vraiment ce qu’il prétend incarner. Il doit incarner la magie, et pas être un simple démonstrateur, ça n’a aucun intérêt.
Depuis la diffusion de l’art magique et l’avènement d’Internet, la magie a perdu de son intérêt et surtout de son essence, donc de son aura. Son accessibilité, et donc sa démocratisation, l’a nivelé vers le bas. Il ne parle pas de technique pure qui a gagné en niveau, mais plutôt de son image et de ce que la magie véhicule et veut exprimer. La magie devrait être une Voie, et par conséquent, l’accès aux secrets et l’information devrait être difficile à obtenir. Plus le secret est difficile à obtenir, plus on y accorde de la valeur, et plus on le respecte. Il a tendance à croire qu’on voit trop de magie à la télé, souvent une magie commerciale sans grand intérêt ni profondeur. C’est pourquoi ça fait bien des années qu’il ne regarde plus les illusionnistes sur le petit écran. Pour lui, la magie doit se vivre avant tout en « live ». À la télévision, on banalise la magie en la cantonnant à une simple animation, servant à mettre en valeur le présentateur ou les invités de ladite émission. C’est une erreur selon lui.
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