L’anémie, définie par une carence en globules rouges (ou hématies), est un problème de santé publique à l’échelle mondiale. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), près de 25% de la population mondiale serait affectée. Chez le nourrisson et l'enfant, l'anémie peut avoir des causes variées et nécessiter une prise en charge adaptée. Cet article se propose d'explorer les causes, les symptômes et les traitements de l'anémie chez les nourrissons et les enfants, en mettant un accent particulier sur l'utilisation de l'érythropoïétine (EPO) dans certaines situations.

Qu'est-ce que l'Anémie ?

L’anémie est définie comme un taux anormalement bas d’hémoglobine. L’hémoglobine est une protéine présente dans les globules rouges, qui leur permet de transporter l’oxygène depuis les poumons vers tous les tissus de l’organisme. Si le nombre de globules rouges ou le taux d’hémoglobine est réduit, le sang ne peut plus transporter la quantité d’oxygène nécessaire, ce qui provoque les symptômes de l’anémie. La valeur seuil en dessous de laquelle l’on parle d’anémie varie selon l’âge et le sexe. Ces seuils s’expriment en grammes par décilitre (g/dl) et sont de :

  • 14 g/dl de sang chez le nouveau-né ;
  • 13 g/dl chez l’homme adulte ;
  • 12 g/dl chez la femme adulte ;
  • 10,5 g/dl chez la femme enceinte, à partir du second trimestre de grossesse.

Types d'Anémies et Leurs Causes

Il existe deux grands types d’anémie : les anémies causées par un défaut de production de globules rouges (anémies centrales) et les anémies causées par une perte anormale de globules rouges (anémies périphériques).

Anémies Centrales (Défaut de Production de Globules Rouges)

Ce type d’anémie est la conséquence de :

  • Manque de fer, de vitamine B12 ou de vitamine B9. Ces vitamines sont indispensables à la fabrication de l’hémoglobine et des globules rouges. Le manque de fer est la principale cause d’anémie, touchant plus d’1,5 milliard de personnes dans le monde. On parle alors d’anémie ferriprive.
  • Maladie inflammatoire chronique. En cas d’infection, de cancer, de maladie inflammatoire chronique, la fabrication des globules rouges peut être perturbée.
  • Déficit en érythropoïétine (EPO). Cette hormone est normalement fabriquée par les reins et participe à la stimulation de la moelle osseuse. Un déficit en EPO indique une anémie liée à une maladie rénale chronique. L’insuffisance rénale chronique chez l’enfant est un sujet délicat, avant tout pour l’enfant lui-même mais aussi pour ses proches. Le diagnostic est rendu difficile par le nombre de maladies susceptibles d'entraîner une insuffisance rénale chronique chez l’enfant. D'où l'importance d'optimiser le dépistage et la prévention de ces maladies le plus tôt possible. Découvert pendant la grossesse ou chez le nouveau-né, le reflux vésico-rénal est une des causes de maladie de l’appareil urinaire la plus répandue, ce trouble empêche l’urine de s’écouler normalement, et fait remonter celle-ci dans les reins. Il y a alors risque de destruction progressive du ou des reins sur plusieurs décennies. Ces maladies peuvent être la conséquence d'une anomalie du développement rénal et se manifester chez le nouveau-né. Elles peuvent être responsables à plus ou moins long terme, en l'absence d'une prise en charge appropriée, d'une insuffisance rénale sévère. Il y aussi les maladies kystiques dont la plus représentative est la polykystose récessive. Ces maladies peuvent s’installer de manière aiguë et sévère, sans prévenir, avec par exemple les cas de glomérulonéphrites aiguës dont l’évolution peut aboutir à une IRC.
  • Mauvais fonctionnement de la moelle osseuse (insuffisance médullaire). Cela peut être provoqué par un produit toxique, par un médicament, par un cancer ou encore par un vieillissement naturel. Une insuffisance médullaire qui se traduit par un dysfonctionnement de la moelle osseuse (nous parlons d’anémie aplasique). Elle peut être liée à une maladie génétique telle que : la drépanocytose ou la thalassémie.

Anémies Périphériques (Perte Anormale de Globules Rouges)

Ce type d’anémie peut être due soit à une perte de sang, soit à la destruction des globules rouges.

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  • Perte de globules rouges par saignement. La cause de la perte de globules rouges par saignement peut être d’ordre gynécologique, digestif ou urologique.
  • Destruction anormale des globules rouges. La durée de vie des globules rouges est faible, vu qu’ils sont détruits prématurément. La moelle osseuse essaye dans ce cas de produire une quantité plus importante de globules rouges pour compenser la destruction : l’on parle d’anémie hémolytique. Il s’agit d’une forme plus rare d’anémie pouvant être d’origine génétique et héréditaire ou auto-immune.

Symptômes de l'Anémie chez l'Enfant

Si elle est légère, l’anémie peut ne pas donner de symptômes. Si elle s’aggrave, elle peut laisser apparaître des symptômes tels que :

  • Fatigue.
  • Vertiges ou sensation d’étourdissement.
  • Mains et pieds froids.
  • Maux de tête.
  • Essoufflement, surtout à l’effort.
  • Tachycardie.
  • Difficultés de concentration.
  • Épuisement physique, émotionnel ou psychologique.
  • Problèmes d’équilibre.
  • Difficultés à dormir.
  • Baisse de la libido.

Si elle est sévère ou si elle dure trop longtemps, l’anémie peut provoquer des symptômes plus graves comme :

  • Une peau pâle, y compris sous les ongles.
  • L’apparition de muqueuses pâles, notamment dans la bouche, le nez, etc.
  • Une formation plus rapide d’ecchymoses.
  • Des étourdissements au moment de se lever.
  • Une respiration et une fréquence cardiaque plus rapides.
  • Des conséquences cardiaques : aggravation d’une maladie cardiaque comme l’angine de poitrine, l’insuffisance cardiaque, etc.
  • Des conséquences pulmonaires : aggravation de l’insuffisance respiratoire.

Globalement, les manifestations d’une anémie résultent de l’appauvrissement des tissus en oxygène. L'anémie peut être asymptomatique (sans symptôme) lorsqu’elle est bénigne.

La croissance et le poids de l’enfant insuffisant rénal est perturbé dû aux déchets azotés qui s’accumulent dans ses reins et qui ne sont plus évacués naturellement. Ce surplus de déchets cause une insensibilisation à l’action des hormones de croissance, entraînant un retard de croissance et une taille plus petite que la moyenne à l’âge adulte. Étape essentielle vers l'autonomie de l'adolescent, la puberté peut se déclarer tardivement chez l’enfant malade.

Diagnostic de l'Anémie

Devant des symptômes d’anémie, le premier examen prescrit par le médecin est la numération de la formule sanguine (NFS). Cet examen permet de comprendre l’origine de l’anémie, à travers les éléments mis en exergue comme le taux d’hémoglobine, le volume globulaire, le taux de réticulocytes, l’hématocrite, etc. En fonction des résultats de la NFS, le médecin peut prescrire d’autres examens sanguins tels que :

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  • Bilan du fer avec dosage de la ferritine.
  • Dosage des vitamines B12 et B9.
  • Analyse de l’hémoglobine par électrophorèse.

Le médecin peut aussi être amené à effectuer un myélogramme, un examen qui permet d’analyser le fonctionnement de la moelle osseuse. D’autres examens peuvent être nécessaires pour rechercher d’autres causes d’anémie :

  • Analyse d’urine pour rechercher du sang dans les urines.
  • Endoscopie digestive haute, coloscopie en cas de suspicion de cause digestive.
  • Examen gynécologique et échographie abdominopelvienne pour rechercher par exemple une endométriose ou un fibrome de l’utérus.

Afin de confirmer le diagnostic d’anémie, la prise de sang est indispensable. Lorsqu'une anémie est identifiée, le médecin doit déterminer son origine et prescrire un traitement adapté.

Traitements de l'Anémie chez l'Enfant

Le traitement de l’anémie passe par la prise en charge de sa cause. Si des taux bas de ferritine ou de vitamine B12 ou B9 sont associés à la baisse du taux d’hémoglobine, le médecin tâchera d’abord de corriger ces derniers par une supplémentation. Le médecin peut prescrire un traitement à base de fer par voie orale ou injectable. Le médecin peut prescrire un traitement à base d’acide folique par voie orale.

  • En cas de saignements menstruels abondants : consulter un médecin pour obtenir un traitement. Des compléments de fer ou des contraceptifs hormonaux pourront être recommandés.
  • En cas d’infection : consulter un médecin. Par ailleurs, se laver les mains à l’eau et au savon et utiliser des toilettes propres permet de réduire le risque d’infection.
  • En cas de saignement excessif : l’arrêt du saignement est l’étape la plus urgente.
  • En cas d’anémie hémolytique : il peut être nécessaire de prendre des médicaments qui inhibent le système immunitaire.
  • En cas d’anémie sévère ou avec symptômes : des transfusions sanguines peuvent s’avérer nécessaires.
  • En cas de paludisme : le traiter et suivre les conseils de prévention des autorités sanitaires locales.

Rôle de l'Érythropoïétine (EPO)

L'érythropoïétine (plus connue dans la presse sous le diminutif d'EPO) est le facteur de croissance érythroblastique; elle est synthétisée par le rein. L'érythropoïétine (EPO) est une hormone naturellement sécrétée par notre organisme et qui stimule la formation de globules rouges. Elle joue un rôle important dans la production et la maturation des globules rouges. Ces derniers amènent l'oxygène respiré vers les différents organes.

Dans le contexte de l'anémie, l'EPO, ou des agents stimulateurs de l'érythropoïèse (ASE), peut être prescrite pour stimuler la production de globules rouges. Cela est particulièrement pertinent dans les cas suivants :

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  • Insuffisance rénale chronique : Un déficit en érythropoïétine (EPO) indique une anémie liée à une maladie rénale chronique. L’insuffisance rénale va accompagner l'enfant patient pendant une longue période de sa vie, parfois dès la naissance et son suivi médical passera de la pédiatrie aux néphrologues d'adultes. Dans ces cas, l'administration d'EPO peut aider à corriger l'anémie en stimulant la moelle osseuse à produire plus de globules rouges. La prescription d'agents stimulateurs de l'érythropoïèse (EPO) permettra de lui éviter une anémie sévère, très invalidante pour qu'il fournisse un effort.
  • Anémies liées à d'autres pathologies : Dans certaines situations, comme lors d'une chimiothérapie, la production de globules rouges peut être affectée. L'EPO peut alors être utilisée pour contrer cet effet.

Il existe une classe médicamenteuse qui stimule la synthèse d'EPO, en bloquant la dégradation du facteur induit par l'hypoxie (HIF ou Hypoxia Inducible Factor); HIF étant un stimulant de l'EPO. Le roxadustat, stimulant de l'EPO via l'inhibition de la dégradation du facteur induit par l'hypoxie (HIF): il s'agit d'un inhibiteur de l'enzyme dégradant HIF, la propyl hydroxylase du facteur HIF.

Administration et Suivi de l'EPO

L'érythropoïétine et ses analogues s'utilisent exclusivement par voie injectable, sous cutanée ou intra veineuse (en cas d'hémodialyse). La voie SC est préférée car assure un effet plus étalé dans le temps. Chez les patients hémodialysés, selon la T1/2 de l'érythopoïétine la fréquence d'injection peut varier d'une injection 3 fois par semaine à une fois par mois. Chez les patients atteints d'insuffisance rénale chronique non dialysée ou les patients atteints de cancer sous chimiothérapie la fréquence des injections est individualisée pouvant aller de 3 injections/semaine à une injection par mois (pour les analogues de l'érythropoïétine).

Chez tous les patients traités par époétine alfa, la pression artérielle doit être suivie étroitement et contrôlée de façon appropriée. Epoétine alfa doit être utilisée avec précaution en présence d'une hypertension non ou insuffisamment traitée ou difficilement contrôlable. Il peut être nécessaire d’instaurer ou d'augmenter le traitement anti‑hypertenseur. Des crises hypertensives avec encéphalopathie et convulsions, nécessitant l'attention immédiate d'un médecin et la prise en charge en soins intensifs, sont également survenues pendant le traitement par époétine alfa chez des patients dont la pression artérielle était précédemment normale ou basse. L’époétine alfa doit être utilisée avec précaution chez les patients ayant une insuffisance hépatique chronique.

L’intervalle recommandé pour la concentration d’hémoglobine désirée est compris entre 10 g/dLl et 12 g/dL (6,2 à 7,5 mmol/L). EPREX doit être administré afin d’augmenter l’hémoglobine à un taux ne dépassant pas 12 g/dL (7,5 mmol/L). Une augmentation du taux d’hémoglobine supérieure à 2 g/dL (1,25 mmol/L) sur une période de quatre semaines doit être évitée.

Il est recommandé d’évaluer la réponse érythroïde 8 à 12 semaines suivant l’initiation du traitement. Les augmentations et diminutions de dose doivent être faites par paliers de dose successifs.

Chez les enfants, l’intervalle de concentrations d’hémoglobine recommandé est compris entre 9,5 g/dL et 11 g/dL (5,9 et 6,8 mmol/L). EPREX doit être administré afin d’augmenter l’hémoglobine à un taux ne dépassant pas 11 g/dL (6,8 mmol/L). Une augmentation du taux d’hémoglobine supérieure à 2 g/dL (1,25 mmol/L) sur une période de quatre semaines doit être évitée.

Précautions et Effets Secondaires de l'EPO

Une augmentation de l’incidence des événements vasculaires thrombotiques (EVT) a été observée chez les patients recevant des ASE. Ces événements incluent les thromboses veineuses ou artérielles et les embolies (dont certaines avec une issue fatale), tels que thrombose veineuse profonde, embolie pulmonaire, thrombose rétinienne et infarctus du myocarde.

Lors d'un traitement par époétine alfa, une augmentation modérée et dose-dépendante de la numération plaquettaire, dans les limites de la normale, peut être observée. Celle-ci régresse avec la poursuite du traitement. De plus, des cas de thrombocytémie supérieurs au taux normal ont été rapportés.

Des réactions indésirables cutanées sévères (SCAR), dont le syndrome de Stevens-Johnson (SSJ) et le syndrome de Lyell, pouvant engager le pronostic vital ou être fatales ont été signalées dans le cadre de traitements à base d’époétine.

Des érythroblastopénies avec anticorps ont été rapportées après plusieurs mois ou années de traitement par époétine alfa. Aucun traitement par un autre ASE ne devra être débuté en raison du risque de réaction croisée.

Chez les patients en insuffisance rénale chronique, la concentration d’hémoglobine d’entretien ne doit pas dépasser la limite supérieure de l’intervalle des concentrations d’hémoglobine telle que recommandée. Dans les études cliniques, un risque augmenté de décès et d’évènements cardiovasculaires graves a été observé lorsque les ASE étaient administrés afin d’obtenir un taux d’hémoglobine supérieur à 12 g/dL (7,5 mmol/L).

Importance du Fer

Toutes les autres causes d'anémie (carences en fer, folates ou vitamine B12, intoxication à l’aluminium, infection ou inflammation, pertes sanguines, hémolyse et fibrose médullaire quelle qu’en soit l’origine) doivent être évaluées et traitées avant d'instaurer le traitement par époétine alfa et de décider d’augmenter la posologie. Dans la plupart des cas, les taux de ferritine sérique chutent parallèlement à l'augmentation de l'hématocrite. Pour garantir une réponse optimale à l’époétine alfa, des réserves en fer suffisantes doivent être assurées et une supplémentation en fer doit être administrée si besoin.

Prise en charge de l’anémie à domicile

Il est possible de prendre soi-même en charge son anémie au quotidien, en adoptant une alimentation saine et équilibrée. Cela passe par :

  • Manger des aliments riches en fer : viandes rouges maigres, poissons et volailles, légumineuses (lentilles, haricots), céréales enrichies, légumes à feuilles vert foncé.
  • Manger des aliments riches en vitamine C, tels que des fruits et légumes, qui aident le corps à absorber le fer.
  • Prendre des compléments, sur recommandation d’un professionnel de santé qualifié.
  • Se faire dépister régulièrement, pour les personnes à risque (femmes enceintes, personnes âgées, personnes souffrant de maladies chroniques).

Impact Psychologique et Social de la Maladie Rénale Chronique

L’insuffisance rénale va accompagner l'enfant patient pendant une longue période de sa vie, parfois dès la naissance et son suivi médical passera de la pédiatrie aux néphrologues d'adultes. La dialyse s’accompagne de multiples hospitalisations, souvent sources de retards scolaires. La dialyse entraîne parfois une modification de l’aspect physique difficile à assumer à l’adolescence. La greffe ne désigne pas la sortie de l’insuffisance rénale, il s’agit d’un traitement de suppléance tout comme la dialyse. En effet, l’observance du traitement, tout comme l’hygiène de vie spécifique, reste des contraintes fortes pour un jeune. Durant la dialyse le régime alimentaire est strict, la consommation de liquide très limitée. La fatigue est une des répercutions immédiate des traitements de l’insuffisance rénale. Cette conséquence lourde est d’autant plus difficile à gérer que l’on est jeune.

Étape essentielle vers l'autonomie de l'adolescent, la puberté peut se déclarer tardivement chez l’enfant malade. La rebellion classique en cette période sera amplifiée par les lourdes contraintes liées à la maladie. Le dialogue avec les parents et aussi avec l'équipe de soignants doit viser à lui faire prendre conscience de ses responsabilités et des risques qu’il encourt en cas de non-observance de son traitement. Pour son équilibre, l'enfant a besoin d'activités physiques et sportives qu’il puisse effectuer. Quel que soit le stade de l'insuffisance rénale, votre enfant a besoin de sortir de son environnement habituel. Il est parfaitement possible d’organiser le départ en vacances de la famille en trouvant des centres de dialyses adaptés aux enfants.

Le poids de la maladie chronique chez l'enfant va engendrer chez lui, mais aussi chez ses parents et dans l'entourage proche, diverses émotions allant de la colère à l'angoisse, la peur ou la tristesse voire à un sentiment d’abandon. Un enfant insuffisant rénal a particulièrement besoin de compréhension et de soutien. Il ne faut pas hésiter à en parler avec l’équipe médicale pluridisciplinaire, et demander à voir un(e) psychologue.

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