L'énurésie nocturne, communément appelée "pipi au lit", est un trouble fréquent chez les enfants, qui peut avoir un impact significatif sur leur qualité de vie et celle de leur famille. Bien que souvent considérée comme une phase normale du développement, il est important de comprendre les causes potentielles et les traitements disponibles pour aider l'enfant à surmonter ce problème.

Définition et types d'énurésie

L’énurésie est l’émission involontaire, incontrôlable et inconsciente d’urine, le plus souvent la nuit, chez l’enfant de plus de 5 ans. On ne parle d’énurésie qu’à partir de l’âge de 5 ans, car l’apprentissage de la propreté commence en général vers 2 ans, et les acquisitions sont progressives. Pendant son sommeil, l’enfant fait pipi au lit sans se réveiller. Sa vessie se vide complètement sans qu’il ne s’en rende compte, alors que le jour, il parvient à contrôler ses sphincters.

On distingue deux formes d’énurésie :

  • Énurésie primaire : l’enfant n’a jamais été "propre" la nuit. Elle représente 75% à 85% des cas.
  • Énurésie secondaire : l’enfant a été propre pendant au moins 6 mois avant l’épisode.

Les "pipis au lit" peuvent être réguliers, épisodiques ou très occasionnels.

Causes de l'énurésie nocturne

Les causes de l'énurésie varient selon le type. Plusieurs facteurs peuvent être liés à l'énurésie primaire :

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  • Un retard de maturation des sphincters de la vessie. L’acquisition de la continence est un long processus, nécessitant une certaine maturité du système nerveux sur les plans moteur, affectif et social. Les muscles internes (sphincters) qui contrôlent l’évacuation des urines et des selles fonctionnent de manière « automatique » chez le nourrisson. L’enfant va ensuite prendre conscience de leur existence et essayer d’en maîtriser volontairement leur fonctionnement.
  • Une production trop importante d’urines durant la nuit. La desmopressine mime l’action de la vasopressine, une hormone anti-diurétique que nous sécrétons normalement en plus grande quantité pendant la nuit mais qui est insuffisante chez l’enfant énurétique.
  • Une vessie de petite taille.
  • Des difficultés à se réveiller en pleine nuit : les phases de sommeil paradoxal (propice aux rêves) des enfants présentant de l’énurésie sont particulièrement longues et profondes. L’enfant peut alors rêver qu’il va aux toilettes.
  • Des facteurs génétiques : dans 30 à 60 % des cas, l’enfant a un père, une mère, des frères ou des sœurs qui ont connu ce désagrément.
  • Une malformation urinaire, des facteurs médicaux en lien avec la naissance (prématurité…) ou un trouble avec déficit de l'attention et hyperactivité peuvent être corrélés à la survenue d’une énurésie.

L'énurésie secondaire, qui intervient alors que l’enfant a été « propre » pendant au moins 6 mois, est le plus souvent liée à un trouble émotionnel. La naissance d’un autre enfant au sein de la famille, une séparation, le décès d’un proche, un nouveau mode de garde, un changement d’école, des problèmes d’apprentissage… sont susceptibles d’en être l’origine. L'énurésie nocturne secondaire peut s’accompagner de troubles du sommeil (ronflement, sommeil agité, somniloquie, somnambulisme). Elle peut également amener un médecin à suspecter un diabète de type 1 (une augmentation de la production d’urines, nommée polyurie, peut être confondue avec une énurésie).

D’autres causes liées au sommeil de l’enfant peuvent intervenir. Par exemple si son sommeil est particulièrement profond, avec moins de réveils nocturnes que la moyenne. Mais aussi en cas de troubles tels que l’apnée du sommeil, bien que plus rare chez l’enfant.

Les difficultés scolaires ou familiales, le manque de confiance en soi, le refus de grandir en autonomie, un deuil, l’arrivée d’un nouveau membre dans la fratrie… sont autant de motifs qui peuvent agir sur l’inconscient de votre enfant et agir durant son sommeil.

Diagnostic de l'énurésie

Le diagnostic de l'énurésie est principalement clinique, basé sur l'interrogatoire et l'examen physique lors d'une consultation médicale. Il est important de recueillir des informations sur les habitudes mictionnelles de l'enfant pour confirmer ou corriger le diagnostic et déterminer l'intensité de l'énurésie. Aucun examen d'imagerie ou complémentaire n'est nécessaire dans un premier temps.

Dans le cas d'une énurésie primaire, le médecin peut envisager la possibilité d’une malformation congénitale, d’une anomalie anatomique ou de certains comportements pouvant conduire à l’incontinence. S’il l’estime nécessaire, le médecin pourra prescrire un examen pour rechercher une éventuelle infection urinaire ou un diabète sucré. Afin de confirmer ou d’écarter l’hypothèse d’une maladie congénitale, il pourra également prescrire une échographie des reins et de la vessie ainsi que des radiographies de la colonne vertébrale.

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Impact psychologique et social de l'énurésie

L’impact de l’énurésie chez l’enfant sont essentiellement psychologiques : l’enfant subit souvent une baisse de l’estime de soi et de sa confiance en lui. Cela peut entraîner des perturbations dans sa vie familiale et sociale. Honteux, il peut refuser d’en discuter, d’aller dormir chez des camarades de classe, ou encore appréhender le moment de se coucher.

L'énurésie peut avoir des répercussions importantes sur la vie de l'enfant, tant sur le plan affectif, social que scolaire :

  • Isolement : l'enfant peut se sentir isolé, en raison de la honte et de la gêne liées à son trouble.
  • Honte : la honte associée à l'énurésie peut être dévastatrice pour l'enfant.
  • Perte de confiance : l'enfant peut perdre confiance en lui-même en raison des accidents nocturnes répétés.
  • Tensions familiales : les accidents nocturnes peuvent entraîner des tensions au sein de la famille.

Il est essentiel de rassurer et de déculpabiliser l'enfant, en lui expliquant avec des mots simples les causes possibles de son inconfort, en lui rappelant qu’il n’est pas le seul à qui cela arrive et que la situation va s’améliorer avec le temps.

Conseils et traitements pour surmonter l'énurésie

Plusieurs approches peuvent être utilisées pour aider l'enfant à surmonter l'énurésie. La prise en charge de l’énurésie est diverse et commence par des mesures d’hygiène, diététiques et comportementales.

Mesures comportementales et hygiéniques

  • Se montrer rassurant, encourageant et confiant : ne pas gronder, ne pas faire culpabiliser et encore moins punir l’enfant. L’enfant est le premier à souffrir de son énurésie et il ne se culpabilise que dans le regard des adultes. Naturellement, éviter de parler de ce problème en présence de personnes extérieures au cercle familial et de copains.
  • Responsabiliser l'enfant : les jours d’accident, lui demander de vous aider à enlever ses draps ou à les mettre dans la machine. C’est une façon de le responsabiliser et de l’impliquer. Certains parents remplissent avec leur enfant un calendrier nuits sèches/nuits mouillées qui permet à l’enfant de constater ses progrès. Chaque fois que le lit est sec, toujours le féliciter et l’encourager.
  • Ne pas perturber le sommeil : ne pas réveiller l’enfant qui a fait pipi au lit. S’il dort, le laisser dormir pour ne pas perturber son sommeil. Ne pas réveiller l’enfant en allant se coucher pour qu’il aille aux toilettes, cela troublerait son sommeil.
  • S'organiser pour limiter les désagréments : se simplifier les changements de linge de lit. Choisir une alèse imperméable de bonne qualité et la recouvrir d’une serviette de bain pour absorber l’urine. Recouvrir l’alèse et le drap d’une seconde couche alèse + draps. Ainsi, en cas d’accident, il suffit d’enlever la couche du dessus et le lit est déjà prêt à accueillir de nouveau l’enfant. Préférer des draps qui sèchent rapidement ! Si l’enfant est capable de se lever seul la nuit pour aller faire pipi, placer un pot près de son lit ou lui faciliter l’accès aux toilettes en plaçant des veilleuses dans sa chambre et dans le couloir. Au coucher, prévoir discrètement une serviette et un pyjama de rechange à portée de main. L’encourager progressivement à se gérer lui-même pour développer son sens de l’autonomie. Le matin suivant une nuit humide, prévoir le temps de prendre une petite douche.
  • Contrôler la prise de boissons avant le coucher : faire boire l’enfant tout au long de la journée et réduire autant que possible, la consommation d’eau à partir de 18 heures… sans le priver, bien sûr ! Supprimer les boissons sucrées ou gazeuses ou encore les colas (la caféine est diurétique) en fin de journée et limiter l’apport de sel lors du diner : leur consommation augmente le besoin d’uriner. Expliquer à l’enfant la relation directe qu’il y a entre boire juste avant de se coucher et faire pipi au lit. Si besoin, ne pas hésiter à lui faire un dessin. Il existe aussi des livres pour enfants qui abordent le sujet et qui peuvent être utiles pour dédramatiser si nécessaire.
  • Apprendre à l’enfant à uriner régulièrement : dans la journée, inciter l’enfant à aller aux toilettes régulièrement (5 à 6 fois) : le matin au lever, à la récréation du matin, à midi, à la récréation de l’après-midi, au goûter, avant le diner et avant de se coucher. Lui expliquer de ne pas attendre dès la première sensation du besoin d’uriner. Lorsque l’enfant urine, lui demander de se détendre et de laisser couler librement le pipi, sans pousser. Lui apprendre aussi le « stop pipi » : il s’agit de faire pipi en plusieurs fois en arrêtant le jet. Cela lui enseignera qu’il est capable de contrôler son sphincter, qu’il appartient à son propre corps et qu’il n’est pas toujours obligé de le subir. Ritualiser le passage aux toilettes juste avant le coucher : brossage des dents, pipi, câlin et dodo ! Si l’enfant refuse d’aller aux toilettes à l’école, se renseigner sur l’état des sanitaires (hygiène, manque d’intimité) et obtenir de la direction une amélioration significative de la situation.
  • Supprimer progressivement les couches : introduire progressivement des sous-vêtements de nuit absorbants ou des alèses pour protéger le lit.
  • Enseigner à l'enfant à reconnaître les signaux de sa vessie lorsqu'elle est pleine.

Traitements médicaux

Si les mesures simples ne suffisent pas, une consultation médicale peut être envisagée. Votre médecin commencera par poser à votre enfant et à vous de nombreuses questions sur le comportement de l’enfant, les caractéristiques de ce trouble, d’autres symptômes associés et d’éventuels facteurs psychologiques. Il procède ensuite à un examen clinique classique, suivi d’analyses complémentaires s’il suspecte la présence de diabète.

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  • La desmopressine : La prise de desmopressine pendant 3 à 6 mois, qui imite l’action de l’hormone antidiurétique en retenant l’eau dans l’organisme. La desmopressine est le médicament habituellement prescrit en première intention pour traiter l'énurésie nocturne chez les enfants. C'est une substance proche de l'hormone antidiurétique, prise par voie orale, qui diminue fortement la production d'urine pendant la nuit. Son utilisation nécessite certaines précautions, comme limiter les boissons avant et après la prise et ne pas l'utiliser de façon ponctuelle. L’administration du médicament se fait au coucher sous la surveillance d’un adulte. Son utilisation nécessite certaines précautions, notamment de limiter les boissons une heure avant et jusqu'à huit heures après la prise du médicament. La desmopressine ne doit jamais être prise de façon ponctuelle. Si le traitement est souhaité pour une situation particulière (par exemple un séjour en collectivité), celui-ci doit être anticipé avec des prises progressives, au moins 1 mois avant le jour du départ. Parmi les effets indésirables de la desmopressine, une intoxication par l'eau (baisse du taux de sodium dans le sang) est redoutée. Elle peut se traduire par des maux de tête accompagnés de troubles du comportement (agitation, irritabilité, confusion des idées, somnolence, etc.), manque d’appétit avec nausées et vomissements, fatigue inhabituelle, prise de poids rapide. La mise en route du traitement doit être étroitement surveillée, afin d’éviter tout risque de surdosage qui pourrait conduire à une intoxication par l’eau (qui se manifeste par une augmentation importante du poids sur un court délai, une fatigue inhabituelle, un manque d’appétit, des nausées, des maux de tête…). Après quelques mois de traitement (entre 6 mois et un an), 70% des enfants voient leur trouble s’atténuer ou disparaître.
  • L’oxybutynine : L’oxybutynine est prescrite en cas d’échec du précédent traitement ou si votre enfant dispose d’une vessie hyperactive et de petite capacité. Un antispasmodique urinaire, l’oxybutynine, peut être prescrit en cas d’échec de la desmopressine, notamment chez les enfants ayant une vessie de petite capacité. Ce médicament augmente la capacité de la vessie en lui permettant de relâcher ses muscles. Les effets indésirables de type constipation, nausées, bouche sèche, rougeur du visage, maux de tête, somnolence et cauchemars sont très fréquents chez l'enfant et limitent son utilisation.
  • Systèmes d'alarme : Si votre enfant est d’accord et motivé, votre médecin peut également vous prescrire le traitement par « alarmes » (également appelé « méthode de conditionnement ») : un capteur est fixé sur l’épaule de votre enfant, relié à une électrode située dans son sous-vêtement. Cela permet à l’alarme sonore de se déclencher dès les premières gouttes d’urine émises. Les systèmes d'alarme, également appelés moniteurs d'énurésie, favorisent la prise de conscience du besoin par l'enfant. Ils sont sans danger. Le dispositif est placé dans le sous-vêtement de l'enfant ou dans une alèse et est relié à une source sonore posée près du lit. Lorsque l'enfant fait pipi, il déclenche un signal sonore qui doit être interrompu par l'enfant. Ces dispositifs sont couramment associés à la desmopressine. Ces systèmes d'alarme, disponibles en pharmacie, peuvent être loués ou achetés.
  • Antidépresseurs : En cas d'échec, certains antidépresseurs peuvent également être prescrits pour leur effet sur les contractions de la vessie, bien qu'ils présentent des effets indésirables cardiaques et neurologiques. Certains antidépresseurs ont également une indication dans l'énurésie de l'enfant. Ils diminuent les contractions de la vessie.

Homéopathie

L’homéopathie est une aide à la prise en charge l’énurésie. Un médecin homéopathe saura faire le diagnostic et prescrire une prise en charge adaptée, individualisée, comprenant entre autres l’homéopathie. Le choix du médicament homéopathique se fait, selon le terrain de l’enfant et la forme d’énurésie. Le traitement homéopathique étant par principe individualisé, il tiendra compte du comportement d’un enfant manifestant parfois de la nervosité, de la timidité, de l’anxiété ou une forme de trac dans certaines situations. Il sera également adapté si l’enfant éprouve un sentiment de vexation, d’injustice ou de colère intériorisée. Le médecin homéopathe pourra affiner sa prescription si l’énurésie survient dans un contexte de troubles affectifs et selon le moment où l’enfant fait pipi au lit : en première partie de nuit ou à n’importe quelle heure durant son sommeil. L’homéopathie pour traiter l’énurésie est une solution thérapeutique sans effets secondaires connus. Les médicaments homéopathiques sont compatibles avec d’autres traitements en cours.

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