L'allaitement maternel est universellement reconnu comme la source de nutrition idéale pour les nourrissons. Le lait maternel contient un mélange complexe et dynamique de nutriments essentiels, d'hormones, de composés bioactifs et d'eau, parfaitement adaptés pour soutenir la croissance, le développement et l'immunité du nouveau-né. Cependant, la composition du lait maternel peut varier en fonction de divers facteurs, notamment l'alimentation de la mère, le stade de la lactation et l'âge gestationnel du bébé. C'est pourquoi la question de l'enrichissement du lait maternel, tant par l'alimentation maternelle que par des suppléments spécifiques, suscite un intérêt croissant.
Composition du Lait Maternel : Un Aperçu Détaillé
Le lait maternel est un fluide biologique complexe dont la composition évolue pour répondre aux besoins changeants du nourrisson au fil du temps. Il est composé de :
- Macronutriments : Protéines, lipides et glucides, qui fournissent l'énergie et les éléments constitutifs nécessaires à la croissance et au développement.
- Micronutriments : Vitamines et minéraux, essentiels pour diverses fonctions physiologiques, notamment le renforcement du système immunitaire.
- Eau : Représente environ 88 % du lait maternel, assurant une hydratation adéquate du nourrisson.
- Hormones : Telles que la prolactine et l'ocytocine, qui régulent la production et l'éjection du lait.
- Composés bioactifs : Y compris les enzymes, les anticorps et les facteurs de croissance, qui offrent une protection immunologique et favorisent le développement intestinal.
- Oligosaccharides du lait maternel (HMO) : Des glucides complexes qui agissent comme prébiotiques, favorisant la croissance de bactéries bénéfiques dans l'intestin du nourrisson.
Protéines : Les Blocs de Construction de la Vie
Les protéines sont cruciales pour la croissance du bébé, fournissant les acides aminés nécessaires à la construction des tissus et des organes. Le lait maternel contient une grande variété de protéines, y compris des immunoglobulines, qui aident à protéger le nourrisson contre les infections. La teneur en protéines du lait maternel est relativement faible (8 à 12 g/L), mais elle est d'excellente qualité et facilement absorbée par le nourrisson. Il existe plus de 400 types de protéines dans le lait maternel. Les caséines ont des propriétés antiseptiques et anti-infectieuses. Le lait maternel est également riche en lactoferrine, une protéine aux propriétés bactéricides, antivirales et anti-inflammatoires. Elle améliore la croissance intestinale néonatale, la synthèse des protéines hépatiques, la cicatrisation intestinale et la croissance des bactéries microbiotiques dans le microbiote intestinal du nouveau-né. Le lait maternel est une ressource inégalable en immunoglobulines (Ig), des anticorps naturels qui détectent et neutralisent les agents pathogènes. Le lait maternel est particulièrement riche en immunoglobulines de type A, appelées IgA sécrétoires.
Lipides : L'Énergie et le Développement Cérébral
Les lipides sont une source importante de graisses saines, essentielles au développement du cerveau et du système nerveux du bébé. Le lait maternel est riche en acides gras polyinsaturés à longue chaîne (AGPI-LC) tels que l'acide docosahexaénoïque (DHA) et l'acide arachidonique (AA). La disponibilité de ces lipides dans les tissus nerveux du nouveau-né dépend de la quantité d’AGPI-LC disponible dans le lait maternel, elle-même tributaire des apports nutritionnels de la mère au cours de l’allaitement, mais également au cours de la grossesse. Les lipides (35 g/L de lait maternel) sont la première source d’énergie du lait maternel : ils fournissent jusqu’à 55% des apports caloriques de l’enfant. La teneur en lipides et en énergie augmente notamment avec la durée de la lactation. Elle varie également selon les apports nutritionnels de la mère, ce qui explique l’importance d’un régime alimentaire équilibré au cours de la grossesse et de l’allaitement, régime pouvant éventuellement être complété par des suppléments nutritionnels.
Glucides : La Source d'Énergie Rapide
Les glucides présents dans le lait maternel fournissent une source d'énergie rapide et facilement digestible pour le bébé, soutenant les fonctions métaboliques et la croissance cellulaire. Le lactose est, après l’eau, le constituant principal en poids du lait maternel et la deuxième source d’énergie. Il fournit 40% des calories du lait. Commun au lait de tous les mammifères, c’est un nutriment spécifique de la première année de vie. Le lait maternel renferme également un nombre extraordinaire de glucides complexes spécifiques du lait maternel, que l’on appelle les oligosaccharides du lait maternel (Human Milk Oligasaccharides (HMO) en anglais). Après le lactose et les triglycérides, ils sont le troisième composant principal du lait maternel. Ils ont une fonction immunologique importante conférée par leur action prébiotique et stimulatrice de la croissance des bactéries intestinales. Les HMO réduisent directement les infections microbiennes en servant d’antimicrobiens antiadhésifs : en ressemblant à des glycanes, ils servent de récepteurs solubles (leurres) afin d’empêcher la fixation de l’agent pathogène et ainsi réduire les risques d’infection.
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Vitamines et Minéraux : Essentiels pour l'Immunité et le Développement
Les vitamines et les minéraux sont essentiels pour renforcer le système immunitaire du bébé et soutenir sa croissance et son développement. Les aliments riches en fer, en calcium, en vitamine D et en acide folique sont particulièrement importants pendant l'allaitement. La teneur lactée en vitamines dépend du statut vitaminique maternel et de ses apports alimentaires, mais semble influencée à des degrés variables selon la vitamine considérée. L’influence des apports maternels est généralement très nette pour les vitamines hydrosolubles.
Impact de l'Alimentation Maternelle sur la Composition du Lait
L'alimentation de la mère joue un rôle crucial dans la composition du lait maternel. Une alimentation équilibrée et variée est essentielle pour garantir une production de lait maternel adéquate et de qualité. Une alimentation déséquilibrée pendant l'allaitement peut avoir un impact sur la composition du lait maternel, affectant potentiellement la croissance et le développement du bébé.
Aliments Favorisant la Production de Lait Maternel
Pour favoriser une production de lait maternel abondante et de qualité, il est essentiel d'avoir une alimentation équilibrée et variée. Certains aliments sont particulièrement bénéfiques pour la production de lait maternel, notamment :
- Graines de fenugrec : Connues pour leurs propriétés galactogènes, c'est-à-dire leur capacité à augmenter la production de lait.
- Fruits à coque : Tels que les amandes et les noix de cajou, riches en acides gras essentiels, tels que les oméga-3 et les oméga-6.
- Aliments riches en protéines : Tels que les œufs, la viande maigre, les légumineuses et les produits laitiers.
- Quinoa : Une excellente source de protéines végétales contenant tous les acides aminés essentiels.
- Aliments riches en vitamine C : Tels que les agrumes, les fraises et les kiwis.
Compléments Alimentaires : Quand et Pourquoi ?
Parfois, malgré une alimentation équilibrée, il peut être nécessaire de recourir à des compléments alimentaires pour garantir la teneur en nutriments du lait maternel. Les compléments à base de vitamines et de minéraux peuvent être utilisés pour combler les éventuelles carences nutritionnelles. Certains herbes et plantes, comme le fenugrec et l'ortie, sont également utilisées pour soutenir la production de lait maternel.
Mythes et Idées Fausses sur l'Alimentation Pendant l'Allaitement
L'alimentation pendant l'allaitement fait l'objet de nombreux mythes et idées fausses. Il n'y a pas d'aliments spécifiques à éviter pendant l'allaitement, à moins que la mère ne soit allergique ou intolérante à un aliment particulier. De nombreuses croyances populaires circulent sur l'alimentation pendant l'allaitement. Par exemple, certaines personnes croient que manger des aliments épicés peut causer des coliques chez le bébé, mais aucune preuve scientifique fiable ne soutient cette idée.
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Fortification du Lait Maternel pour les Prématurés et les Nourrissons de Faible Poids de Naissance
Le lait maternel est particulièrement précieux pour les prématurés et les nourrissons de faible poids de naissance. Cependant, leurs besoins nutritionnels accrus peuvent nécessiter une fortification du lait maternel pour assurer une croissance optimale. Les fortifiants du lait maternel sont conçus pour augmenter les apports en énergie, en protéines, en lipides, en vitamines et en minéraux. Il existe des fortifiants dérivés du lait de vache (FoLV) et des fortifiants dérivés du lait de femme (FoLF).
Bébé Expert FORTéma : Un Exemple de Fortifiant du Lait Maternel
Bébé Expert FORTéma est une denrée alimentaire destinée à des fins médicales spéciales (DADFMS) utilisée pour fortifier le lait maternel des prématurés et des nourrissons de faible poids de naissance (inférieur ou égal à 1 800 g). Il augmente les apports en énergie, protéines, lipides, vitamines et minéraux du lait maternel pour répondre à leurs besoins nutritionnels accrus.
Alternatives au Lait Maternel : Laits Industriels et Recherche de Composants "Maternels"
Depuis l’existence des laits industriels, leurs fabricants ont toujours prétendu que leurs produits étaient "aussi bien", "presqu’aussi bien", "très proches" du lait maternel. Il ne se passe pas une année sans qu’une marque ou une autre ne communique sur tel ou tel ingrédient qu’elle ajoute à son produit de façon à le rendre "encore plus proche" du lait maternel. Certains se sont dit que plutôt que d’enlever/ajouter ceci ou cela au lait de vache, il serait peut-être possible de créer un lait "maternel", ou du moins certains de ses composants, à partir de zéro, par exemple en faisant travailler des cellules mammaires. C’est le but de la start-up Numi qui a levé trois millions d’euros en octobre dernier, et vise le marché américain "où la législation est plus souple". Des protéines "humaines", peut-être, des HMO, peut-être, mais il suffit de regarder la composition du lait maternel (et on lui découvre régulièrement de nouveaux composants) pour comprendre que jamais un lait industriel ne pourra la reproduire et que, même si c’était possible, le prix de revient serait absolument prohibitif.
Besoins Nutritionnels Spécifiques du Nourrisson : Eau, Protéines, Lipides, Glucides, Fer et Calcium
Eau
L’eau représente 75 % du poids du corps les premières semaines de vie et 60 % à l’âge d’un an. Le nourrisson est très dépendant des apports hydriques du fait de ce contenu en eau élevé et de l’immaturité des fonctions de concentration-dilution des urines.
Protéines
Les apports nutritionnels conseillés (ANC) en protéines sont de l’ordre de 10 g par jour jusqu’à l’âge de 2 ans, puis d’environ 1 g/kg par jour. Il s’agit des apports minimaux à assurer pour couvrir les besoins en protéines et non d’une valeur maximale à ne pas dépasser.
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Lipides
Les apports lipidiques contribuent à la couverture des besoins énergétiques mais doivent également assurer les besoins en vitamines liposolubles (A, D, E et K), et en acides gras essentiels (AGE). Les AGE ne peuvent pas être synthétisés par les humains, y compris par la glande mammaire ; leur concentration dans le lait maternel dépend donc des apports chez la mère. Les lipides doivent contribuer à 50 % des apports énergétiques totaux de 0 à 6 mois, pour diminuer progressivement ensuite mais rester notables. Les AGE sont l’acide linoléique (oméga 6) et l’acide α-linolénique (oméga 3). Leur carence se manifeste principalement par des anomalies du développement psychomoteur. À partir des AGE se produisent une série d’élongations et de désaturations aboutissant à des acides gras polyinsaturés à longue chaîne (AGPI-LC), principalement l’acide arachidonique (ARA, oméga 6) et l’acide docosahexaénoïque (DHA, oméga 3). Ces AGPI-LC (présents dans le lait maternel) jouent un rôle très important dans le développement du système nerveux central et de la rétine, ainsi que dans l’immunité et le contrôle de l’inflammation. Toutes les préparations infantiles sont enrichies en DHA et la grande majorité en ARA. Les besoins en AGE sont assurés par la consommation d’huiles végétales, notamment d’huile de colza, bien équilibrée en oméga 6 et oméga 3.
Glucides
Les glucides ont essentiellement un rôle d’apport calorique.
Fer
Les besoins en fer sont importants à couvrir chez le nourrisson, en raison du rôle essentiel du fer dans la synthèse de l’hémoglobine et dans le développement du système nerveux central. Quel que soit l’âge, l’absorption intestinale du fer est basse, ce qui explique que les ANC atteignent 6 à 10 mg par jour jusqu’à 10 ans puis 13 à 16 mg par jour au-delà pour couvrir des besoins de 1-2 mg par jour de fer absorbé. Le fer héminique (viande, poisson, abats) est mieux absorbé que le fer non héminique (lait, végétaux, œuf) : 20-30 % versus 2-5 %. La teneur en fer du lait de vache est très faible, ce qui le rend inadapté à l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant. Dans les laits infantiles (1er âge, 2e âge et lait de croissance), la présence de sels ferreux et de vitamine C améliore l’absorption du fer qui atteint 10-20 %. Les besoins en fer sont assurés chez le nourrisson et le jeune enfant par les laits infantiles (1er âge, 2e âge, lait de croissance) et, chez l’enfant et l’adolescent, par la consommation de deux produits carnés par jour. Les végétaux, même les plus riches en fer (légumes secs, épinards), ne contribuent que très peu à assurer ces besoins car le fer qu’ils contiennent est très mal absorbé.
Calcium
Les apports sont principalement assurés par le lait et les produits laitiers, mais aussi par les eaux minérales riches en calcium. La plupart des végétaux ne constituent pas une source potentielle de calcium en raison de sa faible biodisponibilité dans les légumes qui en contiennent. Une attention doit être portée aux enfants ayant une APLV (allergie aux protéines de lait de vache). Pour assurer les besoins en calcium, il est recommandé de consommer trois ou quatre produits laitiers par jour.
Vitamine K et Supplémentation
La vitamine K joue un rôle essentiel dans la synthèse des facteurs de coagulation, en particulier en période néonatale. Afin de prévenir la maladie hémorragique du nouveau-né, il est recommandé de donner 2 mg de vitamine K per os à la naissance et entre le 4e et le 7e jour de vie. Pour tenir compte de la faible teneur en vitamine K du lait maternel, une supplémentation de 2 mg per os est indiquée à 1 mois de vie en cas d’allaitement exclusif chez le nouveau-né à terme.
Alimentation Lactée Exclusive et Diversification Alimentaire
Alimentation Lactée Exclusive : De la Naissance à 4-6 Mois
L’équipement enzymatique du tube digestif permet la digestion des protéines, des lipides et des glucides du lait maternel ou des préparations lactées, mais pas encore de grandes quantités d’amidon.
Diversification Alimentaire : De 4-6 Mois à 12 Mois
C’est une période de transition, caractérisée par l’introduction progressive d’aliments autres que le lait.
Lait Maternel vs Lait de Vache
Le lait maternel est le modèle nutritionnel pour l’alimentation du nourrisson, et constitue la référence retenue pour le calcul des besoins et donc des ANC dans cette tranche d’âge. Le lait de vache n’est pas adapté à l’alimentation du nourrisson, en raison de son contenu trop faible en acides gras essentiels, en fer et en vitamine D.
Laits Sans Lactose
La justification de l’utilisation principale des laits sans lactose repose sur la possibilité d’un déficit en lactase (disaccharidase hydrolysant le lactose en galactose et glucose, située au sommet des villosités intestinales) au décours d’un épisode de diarrhée (gastroentérite) infectieuse sévère, en particulier à rotavirus. Le lactose qui n’est alors plus digéré, reste dans la lumière intestinale, provoque un afflux d’eau et une pérennisation de la diarrhée. Cette intolérance au lactose secondaire est rare (< 5 % des cas).
Introduction d'Aliments Allergènes
La diversification alimentaire doit être débutée entre 4 et 6 mois, notamment pour prévenir l’apparition de manifestations allergiques ultérieures. Cela concerne aussi les aliments à fort potentiel allergisant (œuf, arachide [sous forme de beurre de cacahuète] et fruits à coque) dont l’introduction précoce est recommandée, que l’enfant soit atopique ou non.
Besoins Micronutritionnels et Préparations Infantiles
Jusqu’à l’âge de 1 an, la presque totalité des besoins micronutritionnels est assurée par les préparations infantiles, notamment ceux en fer et en AGE. L’ingestion de 700 ml par jour de préparation de suite permet d’assurer la totalité des besoins en fer et en AGE.
Recommandations de l'OMS et Diversification Alimentaire
L’OMS recommande un allaitement (maternel) pendant 6 mois pour, notamment, prévenir les risques infectieux dans les pays en développement. Cependant, dans les pays développés, la diversification doit être débutée, comme chez les nourrissons en alimentation lactée, entre 4 et 6 mois. Le nombre de tétées dépend des souhaits de l’enfant.
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