Le suicide est un sujet délicat, intime et souvent tabou, particulièrement lorsqu'il concerne les enfants. En France, il représente une cause non négligeable de mortalité chez les jeunes. Cet article vise à explorer les causes potentielles du suicide chez les enfants de 9 ans, en s'appuyant sur les données disponibles et les recommandations de professionnels de la santé mentale. Il est crucial de comprendre que les idées suicidaires ne doivent jamais être banalisées, et qu'une écoute attentive et une réponse rapide et adaptée sont essentielles pour la prévention.

Un Problème Sous-Estimé

Il existe une sous-estimation des idéations suicidaires chez l’enfant, tant dans la littérature que chez les professionnels. Des mythes persistent, laissant croire que le suicide infantile est impossible, en particulier avant l'âge de 6 ans, car l'enfant ne pourrait pas comprendre la finalité de son geste ni planifier un suicide. Or, les faits épidémiologiques démontrent le contraire. Malgré une méconnaissance du suicide à l’enfance par les adultes, les enfants comprennent très tôt les termes « se suicider » ou « se tuer », ainsi que les moyens pour y parvenir.

Épidémiologie : Des Chiffres Alarmants

Le suicide représente la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans et la cinquième cause de mortalité chez les moins de 13 ans. Les chiffres, bien que potentiellement sous-estimés de 10 à 30 %, sont alarmants. En 2016, en France, on dénombrait 26 décès par suicide chez les 1-14 ans et 352 chez les 15-24 ans. En 2020, les données de l'observatoire national du suicide suggéraient que des idées suicidaires étaient présentes dans les 12 derniers mois pour 8 % des collégiens et 13 % des collégiennes.

Facteurs de Risque et Causes Potentielles

Plusieurs facteurs peuvent contribuer aux idées suicidaires et aux tentatives de suicide chez les enfants, notamment ceux âgés de 9 ans.

Dysfonctionnements familiaux

L’environnement familial joue un rôle primordial dans le développement de l'enfant. Les relations qu’il entretient avec son monde interne et externe dépendent fortement de cet environnement. Un environnement insécurisant, marqué par des dysfonctionnements familiaux, peut entraîner un sentiment de perte de contrôle et un désir de reprendre le pouvoir sur sa vie, parfois à travers la mort. Les difficultés d'ordre familial, notamment le défaut de cohésion familiale, les troubles relationnels parent-enfant, les conflits intrafamiliaux et la maltraitance (négligences ou violences), sont des facteurs de risque importants.

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Harcèlement scolaire

L'école est un lieu central dans la vie d'un enfant. Le harcèlement scolaire, qu'il soit physique ou psychologique, peut avoir un impact destructeur sur l'enfant. L’enfant qui baigne dans un environnement adverse, où la maltraitance physique et/ou psychique se vit et se répète, ne peut développer des bases affectives et psychiques solides lui permettant de se construire dans l’estime de lui. Le harcèlement par les pairs, notamment sur les réseaux sociaux, est un facteur de risque de vulnérabilité suicidaire.

Troubles de santé mentale

Les idées suicidaires peuvent survenir dans le contexte d’une pathologie psychiatrique, comme la dépression, les troubles anxieux, les troubles des conduites alimentaires, le trouble schizophrénique ou le trouble bipolaire. Chez les jeunes, la dépression et les troubles anxieux sont fréquents et peuvent contribuer à l'échec scolaire et même au décès. Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est un trouble du neurodéveloppement qui peut également augmenter le risque de suicide.

Événements de vie stressants

La détresse psychologique réactionnelle peut survenir lors d’un événement déclencheur, entraînant de l’anxiété et/ou des épisodes dépressifs. Les idées noires ou suicidaires sont favorisées par un ressenti émotionnel intense que l’enfant n’arrive pas à gérer, comme le stress, la tristesse, les difficultés scolaires, le rejet réel ou supposé de ses pairs, les difficultés familiales ou une expérience traumatique.

Vulnérabilité personnelle

Certaines caractéristiques psychoaffectives et comportementales, telles que l'impulsivité, la dysrégulation émotionnelle et l'insécurité d'attachement, peuvent augmenter la vulnérabilité suicidaire. Les enfants ayant des antécédents de tentative de suicide ou de recours aux blessures auto-infligées sont également plus à risque. D'autres facteurs personnels incluent un trouble de santé physique ou une maladie chronique, et l'appartenance à des populations à risque augmenté, comme les enfants LGBT, les migrants, les mineurs isolés et les jeunes confiés à l'Aide sociale à l'enfance (ASE).

Signes d'Alerte

Plusieurs signes peuvent indiquer qu'un enfant de 9 ans pourrait avoir des idées suicidaires. Il est important de les reconnaître et de ne jamais les ignorer. Parmi ces signes, on retrouve :

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  • Un changement brutal du comportement
  • La consommation fréquente de drogue ou d’alcool
  • Les actes d’automutilation
  • Les propos suicidaires, qui ne doivent jamais être pris à la légère
  • Des changements d’humeur (malheureux, coupable, inquiet, fâché, craintif, irritable)
  • Des idées tristes, un retrait, un isolement ou une peur
  • Un comportement agressif, agité, hyperactif ou provocateur

Évaluation et Prise en Charge

Repérage du risque suicidaire

Le repérage des enfants et des adolescents suicidaires repose sur une écoute active et un questionnement direct. Il est recommandé d’être explicite lorsque la question est abordée. Poser la question à un enfant ou un(e) adolescent(e) sur la présence d’idées suicidaires n’induira pas de telles idées ou ne provoquera pas de passage à l’acte. L'identification proactive des enfants et des adolescents à risque suicidaire a une importance considérable.

Outils d'évaluation

L’Ask Suicide-Screening Questions (ASQ) est utile lors des consultations pour des difficultés en lien avec la santé mentale ou lorsque des difficultés se révèlent au cours de la consultation. Pour une appréciation plus complète du risque suicidaire, un entretien avec l’enfant ou l’adolescent dans un contexte propice doit être réalisé : lieu adéquat, climat d’empathie, de non-jugement et de bienveillance, respect de la confidentialité. Celui-ci sera complété par le recueil d’informations auprès du ou des titulaires de l’autorité parentale ainsi que d’autres personnes, dans le respect du secret médical (infirmier et/ou médecin scolaire, médecin traitant, pédiatre, etc.) tout en prenant systématiquement en compte l’environnement de l’enfant et de l’adolescent, en particulier ses interactions avec sa famille et ses pairs. Ces échanges permettront notamment de recueillir des éléments sur d’éventuels problèmes liés au harcèlement sur les réseaux sociaux.

Évaluation de la crise suicidaire

L’évaluation de la crise suicidaire est clinique. Elle comprend l’évaluation de l’urgence suicidaire (probabilité que la personne adopte une conduite suicidaire potentiellement létale sur le court terme) et de la vulnérabilité suicidaire (probabilité que la personne adopte une conduite suicidaire sur le moyen ou le long terme). Il est recommandé de ne jamais sous-estimer l’urgence suicidaire.

Orientation et prise en charge

Tout enfant ou adolescent ayant fait une tentative de suicide récente doit être orienté vers un service d’urgences, quel que soit le niveau d’urgence suicidaire actuel. En cas d’idées suicidaires sans tentative de suicide récente, la conduite à tenir est fonction de l’évaluation de l’urgence suicidaire :

  • Élevée : orientation aux urgences
  • Faible à moyenne : orientation vers une prise en charge ambulatoire de deuxième ligne (CMPP, psychiatre libéral, Maison des Adolescents, etc.)

Pour éviter un nouveau passage à l’acte, il est recommandé de recourir au plan de sécurité. Il s’agit d’une intervention souple, de mise en œuvre relativement simple et dont l’efficacité est soutenue par des éléments de preuve, en particulier chez l’adolescent après une tentative de suicide.

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Accompagnement de moyen et long terme

Il est recommandé de mettre en place un accompagnement et des soins précoces, structurés et coordonnés. L’accompagnement peut prendre la forme d’un soutien professionnel psychothérapeutique ou psycho-éducatif ou d’une psychothérapie formalisée. Pour tout enfant ou adolescent(e) suicidant ou suicidaire, il est recommandé un traitement systématique de tout trouble psychiatrique sous-jacent.

Prévention

Prévention à l'école

L’école apparaît comme étant une base saine pour l’information et la prévention du suicide ; elle permet d’adapter les mots et le langage à l’âge et au stade de développement de l’enfant pour transmettre un message de prévention intelligible. Il existe plusieurs programmes visant à prévenir le suicide chez l’enfant et/ou former les professionnels à cela.

  • Skills training : vise à promouvoir la santé mentale, le bien-être émotionnel, auprès de jeunes enfants, en développant des compétences sociales et des stratégies d’adaptation pour faire face de manière plus efficace aux éléments négatifs de la vie.
  • Gatekeeper Training : à destination des professionnels, vise à développer des connaissances, attitudes et compétences pour l’identification d’enfants à risque tout en proposant des moyens d’action.

Il est nécessaire de permettre aux enfants d’aborder la souffrance psychique, la cause de leurs chagrins, d’identifier les émotions qu’ils peuvent ressentir. Une façon d’aborder la thématique du suicide est d’avoir recours aux contes et aux histoires illustrées autour de thèmes plus globaux : la communication, la création et la rupture des relations, la résolution de conflits, la gestion du changement, des émotions.

Prévention à la maison

Il est primordial de prévenir auprès des enfants, des professionnels, mais également des parents, le risque de suicide. Il est important de reconnaître la souffrance de votre enfant et de l’écouter de façon bienveillante. S’il vous fait savoir qu’il ne se sent pas bien, favorisez des réponses comme « je vois bien que ce n’est pas facile pour toi » plutôt que « tu as tout pour être heureux, il faut juste que tu fasses des efforts ». Vous pouvez, en collaboration avec un professionnel, aider votre adolescent à élaborer un plan de secours en cas d’idées suicidaires. Il s’agit d’un ensemble de stratégies écrites auquel l’adolescent peut se référer s’il commence à avoir des idées suicidaires. L’objectif est de le soutenir, le guider et éviter la crise suicidaire. Il doit être facilement accessible (par exemple dans sa poche ou son téléphone portable).

Ressources disponibles

Il est conseillé aux médecins généralistes d’avoir répertorié les acteurs de second recours présents sur le territoire : services d’urgences générales et spécialisées, CMP, CMPP, psychiatres libéraux, Maison des Adolescents. Le numéro national de prévention du suicide est le 3114. D'autres ressources sont disponibles comme Fil santé jeune (12-25 ans) et L’écoute-famille UNAFAM.

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