Introduction

La forêt de Haye, située en Meurthe-et-Moselle, à l'ouest de l'agglomération nancéienne, recèle des vestiges d'occupation humaine remontant à la Préhistoire. Parmi ces vestiges, l'enceinte de la Fourasse à Champigneulles, aussi appelée butte Sainte-Geneviève à Essey-lès-Nancy, représente un site archéologique de hauteur fortifié d'une grande importance. Cet article explore l'histoire, les caractéristiques et les découvertes archéologiques de ce site exceptionnel.

Localisation et Description Générale

La butte Sainte-Geneviève surplombe la vallée de la Meurthe et prolonge le plateau de Malzéville, qui domine Nancy au nord-est. Ce site, d'une superficie de 20 hectares, mesure environ 650 à 700 mètres de long et sa largeur varie entre 50 et 60 mètres. La butte est naturellement protégée par des falaises et renforcée par un rempart qui défendait l'accès au nord-est, le seul point facilement accessible.

Le Rempart : Une Structure Défensive Singulière

Le rempart, barrant le col, est rectiligne sur 60 mètres, puis se replie avec un angle de 50° sur 10 mètres avant de rejoindre le flanc ouest. Il forme un angle saillant qui côtoie un chemin d'accès à la butte. Un fossé, probablement aménagé lors de la construction du rempart, précède cette levée. Le rempart est constitué d'un épaulement de section triangulaire (15 mètres pour les revers extérieurs, 9 à 10 mètres pour les revers intérieurs et 20 à 22 mètres pour la base). Il atteint une hauteur de 3 à 3,5 mètres par rapport au niveau du sol à l'intérieur de l'enceinte et 6 mètres par rapport au fond du fossé.

La construction du rempart a tiré parti des irrégularités du terrain. Une coupe de l'épaulement a révélé une couche de pierres et de terre végétale (20 à 50 cm de haut) reposant sur un noyau de chaux mêlée de charbons et de bûches partiellement carbonisées. Ce noyau, d'une épaisseur de 1,35 mètre, situé en milieu de pente, renforce la solidité de l'ensemble.

Le Rempart "à Masse Calcinée"

La présence de chaux et de bûches carbonisées permet d'attribuer ce rempart au type "à masse calcinée". Ce type de rempart est rare en Lorraine, avec seulement trois autres exemples connus : le camp d'Afrique à Messein, la Fourasse à Champigneulles et la côte de Sion. Ces quatre sites sont tous situés dans le sud du département de Meurthe-et-Moselle.

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Un mur de lisière semble avoir protégé la face ouest de l'oppidum. Une fouille a révélé à cet endroit un noyau calciné à environ 4 mètres en dessous de la surface du plateau, suggérant la base d'un mur parementé.

Les Fouilles Archéologiques : Révélations sur l'Occupation du Site

Les travaux militaires antérieurs à 1909 et les fouilles successives (J.Beaupré en 1909, P. Dubuisson de 1927 à 1939 avec la collaboration de G. Poirot, J.-M. Hanus en 1973) ont permis de révéler les phases d'occupation du site.

Occupation Néolithique

La découverte de haches polies et d'outils en silex atteste d'une occupation du site dès le Néolithique.

Occupation de la Tène Finale

C'est à l'époque de la Tène finale (-120 à -50) que l'occupation principale du site a eu lieu. Les fouilles ont mis en évidence 67 "fonds de cabane" quadrangulaires, interprétés comme des caves et des structures de stockage. Ces structures varient en longueur de 2,30 mètres à 4,80 mètres, en largeur de 1,90 mètre à 2,60 mètres et en profondeur de 1 mètre à 1,95 mètre. Leur couverture reposait sur quatre poteaux corniers.

Bien que les habitations correspondant à ces structures de stockage n'aient pas été retrouvées, la présence de foyers laisse supposer leur existence. Un abondant mobilier caractéristique a été découvert dans ces structures, notamment de la céramique, des monnaies, des fibules, des amphores à vin importées d'Italie, ainsi que divers objets, dont un anneau d'attelage et un moule de harpon. Le site semble également avoir abrité une activité de métallurgie du fer.

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Intérêt du Site et Protection

Le site de la Fourasse présente un double intérêt : une structure défensive rare (rempart "à masse calcinée") et les traces d'une occupation dense. En reconnaissance de sa valeur historique et archéologique, le site a été inscrit au titre des Monuments Historiques par arrêté du 7 octobre 1998 (cad. AH 1 à 4). Cette protection concerne l'intégralité du site archéologique.

Le Contexte Environnemental et Historique de la Forêt de Haye

La forêt de Haye, dans laquelle se situe l'enceinte de la Fourasse, a une longue histoire. Au XVIe siècle, les ducs de Lorraine ont pris des mesures pour protéger la forêt, qui avait été transformée en taillis clair par le pâturage excessif. Ces mesures visaient principalement à favoriser la chasse ducale. À la fin du XVIIe siècle, la forêt a été exploitée pour le bois, en raison des travaux de construction de la Ville Neuve de Nancy.

Les habitants des villages environnants utilisaient le bois de la forêt pour divers usages : le hêtre pour les outils agricoles, le charme pour les échalas de vigne et le chêne pour la confection des tonneaux.

Plus récemment, la construction de la route de contournement A33 au sud de Nancy et l'édification du Centre Hospitalier de Brabois ont entraîné des déboisements. De plus, la fonction de place-forte militaire de Nancy après 1870 a laissé des traces dans le paysage forestier, comme la batterie de l'Éperon.

En 2007, un survol de la forêt par les services d'archéologie et l'ONF à l'aide d'un système laser (Lidar) a permis de mettre en évidence une vaste zone de vestiges parcellaires, incluant des pierrées, des enclos, des habitats et des voies, témoignant d'une occupation humaine ancienne.

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