L'interruption volontaire de grossesse (IVG), qu'elle soit médicamenteuse ou instrumentale, est une démarche encadrée par des protocoles médicaux précis. Après une IVG, une consultation de contrôle est essentielle pour s'assurer de l'interruption complète de la grossesse et de l'absence de complications. L'échographie joue un rôle important dans ce suivi, mais son utilisation systématique est sujette à débat. Cet article vise à clarifier les recommandations actuelles concernant l'échographie de contrôle après une IVG, en s'appuyant sur les données scientifiques et les recommandations des autorités de santé.
Importance du Suivi Médical Après une IVG
Après une IVG, un suivi médical rigoureux est indispensable. Ce suivi comprend une consultation de contrôle, réalisée généralement entre 14 et 21 jours après la prise du premier médicament (mifépristone) dans le cas d'une IVG médicamenteuse. Cette consultation a plusieurs objectifs :
- Confirmer l'interruption de la grossesse : S'assurer que la grossesse a été complètement interrompue et qu'il ne reste pas de tissus gestationnels dans l'utérus.
- Détecter d'éventuelles complications : Identifier et traiter rapidement toute complication, telle qu'une infection, une hémorragie ou une rétention de produits de conception.
- Discuter de la contraception : Aborder les options contraceptives et aider la patiente à choisir la méthode la plus adaptée à sa situation.
- Offrir un soutien psychologique : Évaluer le vécu de l'IVG et proposer un soutien psychologique si nécessaire.
L'Échographie de Contrôle : Quand est-elle Nécessaire ?
L'échographie pelvienne peut être proposée lors de la consultation de contrôle pour confirmer l'arrêt de la grossesse. Cependant, les recommandations actuelles ne préconisent pas son utilisation systématique après une IVG, qu'elle soit médicamenteuse ou instrumentale.
IVG Médicamenteuse
- Recommandations : La réalisation systématique d'une échographie post-IVG médicamenteuse n'est pas recommandée en routine. La consultation médicale de contrôle est le seul moyen de confirmer l’efficacité de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse.
- Cas particuliers : Une échographie peut être indiquée en cas de doute sur l'efficacité de l'IVG, de saignements persistants ou abondants, de douleurs inhabituelles ou de suspicion de complications. Si elle est pratiquée, l’échographie endovaginale après une IVG médicamenteuse devrait être réalisée à distance (après 15jours). Lorsque l’examen échographique est effectué lors du suivi, son seul but devrait être de déterminer si le sac gestationnel est présent.
- Alternatives : La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.
IVG Instrumentale
- Recommandations : Les résultats de différentes études de la littérature permettent de ne pas recommander l’utilisation en routine de l’échographie lors de l’IVG instrumentale.
- Cas particuliers : Si celle-ci est réalisée au décours immédiat de l’intervention un endomètre supérieur à 8mm doit conduire à une réaspiration immédiate. L’étude échographique de l’endomètre quelques jours après une IVG instrumentale n’apparaît pas pertinente.
Interprétation des Résultats de l'Échographie
Si une échographie est réalisée, il est important de savoir interpréter les résultats.
- Absence de sac gestationnel : Si l'échographie ne montre aucun sac gestationnel, cela suggère que la grossesse a été complètement interrompue.
- Présence de résidus : La présence de résidus dans l'utérus peut indiquer un échec partiel de l'IVG et nécessiter une intervention supplémentaire (médicamenteuse ou chirurgicale).
- Épaisseur de l'endomètre : Un endomètre supérieur à 8 mm immédiatement après une IVG instrumentale peut indiquer la nécessité d'une réaspiration.
Risques et Complications Possibles Après une IVG
Bien que l'IVG soit une procédure sûre, des complications peuvent survenir dans certains cas. Il est important de connaître ces risques et de consulter rapidement un médecin en cas de symptômes inquiétants.
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- Hémorragie : Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines. Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie.
- Infection : Des symptômes d’infection (fièvre à 38°qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période.
- Rétention de produits de conception : La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer.
- Grossesse évolutive : Le risque d’échec de cette IVG médicamenteuse existe (5% des cas). Ce risque augmente quand le protocole n’est pas respecté (non-respect des doses ou du délai d’administration des médicaments) ou lorsque l’IVG est réalisée à un stade avancé de la grossesse. Les saignements qui apparaissent après la prise des comprimés ne témoignent pas systématiquement de l'expulsion totale de l’embryon ; ils ne doivent donc pas être perçus comme une preuve absolue de réussite de la procédure d’interruption de grossesse.
Contraception Après une IVG
Après une IVG, il est important de mettre en place une contraception efficace pour éviter une nouvelle grossesse non désirée.
- Choix de la contraception : Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.
- Moment de l'initiation : La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée : le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ; le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse. Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.
- Remboursement : Sont remboursables par l'Assurance maladie : certaines pilules contraceptives ; les implants contraceptifs hormonaux ; les progestatifs injectables ; les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets ; les diaphragmes ; certaines marques de préservatifs externes (masculins). Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret. Pour les femmes de plus de 26 ans, ces contraceptifs sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles.
Impact Psychologique de l'IVG
Le vécu d'une IVG est personnel et varie d'une femme à l'autre.
- Absence de syndrome post-avortement : De nombreuses études scientifiques fiables ont montré que l’IVG n’est pas à l’origine de troubles psychologiques spécifiques.
- Facteurs influençant le vécu : C’est souvent le contexte de sa réalisation et l’accompagnement autour de l’IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d’une IVG.
- Soutien psychologique : Vous pouvez également vous tourner vers un psychologue ou encore vers des associations, comme le Planning familial, qui peuvent vous apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place si vous en ressentez le besoin.
Fertilité Après une IVG
Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Le risque d’infertilité est souvent pointé comme une complication à long terme de l’interruption volontaire de grossesse. Ce risque n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc). Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France.
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