L'eau du robinet est un sujet de préoccupation récurrent, surtout lorsqu'il s'agit de la santé des nourrissons. Dans la région Nord-Pas-de-Calais, des restrictions de consommation ont été mises en place en raison de la présence de certains polluants, notamment les perchlorates et le fluopyram. Cet article a pour but de faire le point sur la situation, les risques potentiels et les recommandations actuelles.

Qualité de l'eau du robinet en France : un contrôle rigoureux

En France, l’eau du robinet est l’un des aliments les plus contrôlés. Elle fait l’objet d’un suivi permanent destiné à en garantir la sécurité sanitaire. Ce contrôle, assuré par des laboratoires agréés par l’ARS, a pour but de vérifier que les exigences règlementaires sont respectées à tous les stades, de la protection de la ressource au verre d’eau sur notre table. L'ARS rédige annuellement une fiche d’information « Infofacture » sur la qualité de l’eau du robinet que chaque exploitant doit joindre à une facture d’eau adressée à ses abonnés. Cette synthèse reprend les éléments issus du contrôle sanitaire : microbiologie, nitrates, pesticides, etc. L'infofacture comporte également des recommandations d’ordre sanitaire et intègre à partir de 2024 un indicateur global de la qualité de l’eau établi au niveau national par la Direction générale de la santé. Cet indicateur classe les eaux distribuées en 4 catégories (A, B, C ou D).

Les prélèvements et analyses sont réalisés par un laboratoire agréé par le ministère de la santé à trois points clés : au niveau de la ressource (forages, prises d’eau de surface, puits), au niveau des stations de production et de traitement (point de mise en distribution) et au robinet du consommateur, selon une périodicité liée à l’importance de la population desservie, à l’origine de l’eau et au type de traitement. Les analyses portent sur des paramètres retenus pour leur intérêt sanitaire. En vue de protéger la santé des consommateurs, la réglementation impose des valeurs à respecter : les limites de qualité (pesticides, nitrates, entérocoques..). Ces limites de qualité sont généralement basées sur les recommandations en vigueur de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). En outre, l’eau potable doit satisfaire à des références de qualité (fer, couleur, coliformes…), valeurs établies à des fins de suivi des installations de traitement et de distribution d’eau.

Malgré ce contrôle rigoureux, des problèmes de qualité peuvent survenir localement, nécessitant des mesures spécifiques.

Restrictions de consommation dans le Nord-Pas-de-Calais : Perchlorates et Fluopyram

Plusieurs facteurs peuvent altérer la qualité de l'eau, conduisant parfois à des restrictions de consommation pour certaines populations vulnérables.

Lire aussi: Nourrisson : tout savoir sur l'eau du robinet

Perchlorates : une pollution historique

La présence de perchlorates dans l'eau du robinet est une problématique ancienne dans le Nord-Pas-de-Calais. En octobre 2012, une étude de l'ARS avait révélé que 544 communes des départements du Nord et du Pas-de-Calais étaient concernées par un arrêté de restriction portant sur la consommation d’eau pour les nourrissons de moins de 6 mois et pour les femmes enceintes ou allaitantes.

Les fortes concentrations de perchlorate d’ammonium dans le Nord seraient un héritage datant de la Première Guerre mondiale. Les sels de perchlorate sont utilisés dans de nombreuses applications industrielles, en particulier dans les domaines militaires et de l’aérospatiale (propulseurs de fusées, dispositifs pyrotechniques, poudres d’armes à feu, etc). Les perchlorates peuvent se retrouver dans l’environnement à la suite de rejets industriels, mais également dans des zones ayant fait l’objet de combats pendant la première guerre mondiale.

Le perchlorate est facilement entraîné jusqu’aux nappes phréatiques car après hydrolyse, les sels de perchlorates (d’ammonium, de magnésium, de calcium, de césium, de barium, etc.) se dissolvent complètement dans l’eau pour donner du perchlorate sous forme anionique : ClO4-. Cette forme est très mobile et a la particularité d’être incolore et inodore. Seulement, ces ressources d’eau contaminées sont utilisées pour approvisionner nos réseaux d’eau courante.

Dans un communiqué du 13 septembre 2019, la « MEL », ou « métropole européenne de Lille » recommandait vivement de ne plus mettre l’eau du robinet dans les biberons des nouveaux nés et nourrissons de moins de 6 mois. Chez la femme enceinte, la consommation de l’eau du réseau est également déconseillée. La raison de cette restriction est liée à une augmentation considérable de la concentration du perchlorate dans les eaux des réseaux de la MEL. Cette augmentation subite est liée à l’exploitation de nouveaux forages situés dans le sud de la métropole. Ce choix était une nécessité car trois années consécutives de sécheresse ont abaissé le niveau des nappes phréatiques à un niveau encore jamais vu. Ces forages délivrent une eau dont la concentration en perchlorate est supérieure à quatre microgrammes par litre. Actuellement, La MEL estime qu’environ 90 communes sont potentiellement concernées par cette pollution au perchlorate.

Risques sanitaires liés aux perchlorates

Le perchlorate ingéré peut provoquer de nombreux symptômes. Sa toxicité atteint différents métabolismes et organes. Le principal organe concerné est la thyroïde. Il empêche les cellules thyroïdiennes de capter l’iodure, et entraîne aussi une sortie d’iodure de ces cellules vers la circulation par transport actif (compétition avec l’iode++), provoquant une dysthyroïdie, et plus exactement orienter vers une hypothyroïdie. Ce phénomène compétitif affecte la thyroïde, même à faible concentration au bout de 14 jours. Le nourrisson de moins de six mois, la femme enceinte et le fœtus y sont plus sensibles que le reste de la population.

Lire aussi: Sécurité de l'eau du robinet pour les bébés

Fluopyram : un fongicide préoccupant

Dans les Hauts-de-France, 27 communes dépassent la limite réglementaire de fluopyram dans l’eau potable, selon l’ONG Générations Futures. Dans les Hauts-de-France, 79 000 personnes sont exposées à des concentrations de fluopyram dépassant la limite réglementaire, selon l’ONG Générations Futures. Or, dans 27 communes de la région, des dépassements importants ont été constatés, avec des concentrations en moyenne 4 à 5 fois plus élevées que la limite de qualité. 24 communes sont concernées dans le Pas-de-Calais et trois dans le Nord. La concentration maximale a été retrouvée à Inchy-en-Artois dans le Pas-de-Calais, avec un taux de 1,778 µg/L mesuré le 13 août 2025, soit plus de 17 fois la limite de qualité. Si ce fongicide n’est pas officiellement classé dangereux pour la santé humaine par l’agence européenne des produits chimiques (ECHA), les risques inquiètent la communauté scientifique - à tel point que l’Autriche a proposé de le classer comme cancérogène suspecté.

Un suivi renforcé des concentrations en fluopyram a été mis en place par l’ARS. Selon Générations Futures, il semble s’être interrompu dès octobre au niveau de plusieurs unités de distribution d’eau potable, malgré des dépassements persistants des seuils de qualité. L’ARS Hauts-de-France estime que ces non-conformités n'empêchent pas la consommation de l'eau.

Risques sanitaires liés au fluopyram

Si ce fongicide n’est pas officiellement classé dangereux pour la santé humaine par l’agence européenne des produits chimiques (ECHA), les risques inquiètent la communauté scientifique - à tel point que l’Autriche a proposé de le classer comme cancérogène suspecté. Problème : son mode d’action affecte également les êtres humains. En 2023, l’Anses a abaissé ses seuils toxicologiques, mais cette expertise est contestée : trois chercheurs estiment que les données disponibles, jugées de mauvaise qualité, justifient des seuils encore plus stricts et davantage de précautions.

Le fluopyram, classé parmi les PFAS - dits polluants éternels - se dégrade lentement en acide trifluoroacétique (TFA). Une molécule particulièrement persistante dans l’environnement et "qui passe à travers la quasi-totalité des méthodes de traitement de l’eau potable". À cette situation s'ajoutent d’autres polluants présents au-delà des limites réglementaires et sanitaires, comme les nitrates ou les perchlorates.

Recommandations et solutions

Face à ces problématiques, plusieurs mesures peuvent être envisagées :

Lire aussi: Sécurité de l'eau du robinet pour les bébés

  • Respect des restrictions d'usage : Pour les nourrissons de moins de 6 mois, les femmes enceintes et allaitantes, il est impératif de respecter les restrictions de consommation d'eau du robinet édictées par les autorités sanitaires.
  • Solutions alternatives : Utiliser de l'eau en bouteille adaptée aux nourrissons pour la préparation des biberons.
  • Traitement de l'eau : L'ARS rappelle que "le traitement des perchlorates par des résines échangeuses d’ions ou des procédés membranaires tels que l’osmose inverse peut être envisagé, afin de réduire leur teneur au robinet". Les technologies de filtration sur membrane sont prometteuses pour l'élimination de perchlorate dans l'eau potable. La filtration par charbon actif est aussi efficace, mais elle est limitée par la nécessité de changer ces filtres très régulièrement.
  • Actions préventives : Il est crucial de mettre en place des actions pour protéger les aires de captage et limiter l'utilisation de pesticides. "C'est la seule façon durable de préserver la ressource en eau. Il faut arrêter d'épandre ces produits dangereux pour l'environnement et la santé humaine. Certains sont des perturbateurs endocriniens", plaide Judith Louyot, médecin généraliste dans la métropole lilloise et relais local de l'association Générations Futures.
  • Information et transparence : Les consommateurs doivent être informés de la qualité de l'eau qu'ils consomment. L'ARS met en place des numéros de téléphone non surtaxés pour répondre aux questions des usagers. Chaque distributeur doit informer ses clients sur la situation de sa commune.

Questions fréquentes

  • Mon eau a le goût de chlore ? Le chlore est un désinfectant très puissant, capable de détruire tous les types de germes, de virus et de bactéries potentiellement présents dans l'eau. Pour le supprimer, remplissez une carafe et laissez-la s'aérer un peu.
  • Où puis-je trouver l’arrêté préfectoral de Déclaration d’utilité publique (DUP) d’un captage d’eau potable donné ? Les données auxquelles vous avez accès sont en cours de consolidation, aussi il peut encore exister des erreurs ou imprécisions. Leur mise en ligne a un caractère informatif.
  • J’ai bu de l’eau du robinet pendant ma grossesse ou/et j’ai utilisé de l’eau du robinet contenant du perchlorate pour la préparation des biberons : Quels sont les risques pour la santé de mon bébé ? Dois-je consulter un médecin ? Existe-t-il un dépistage ? Il est recommandé de consulter un médecin pour évaluer les risques potentiels et discuter des mesures à prendre.

tags: #eau #du #robinet #nourrissons #nord #pas

Articles populaires: