Depuis 2019, une information importante circule dans la métropole lilloise concernant la qualité de l'eau du robinet et son utilisation pour les nourrissons. Cet article vise à informer les habitants de Lille et des environs sur la situation, les causes, les risques potentiels et les recommandations en vigueur.
Contexte : Sécheresse et présence de perchlorates
La métropole lilloise a été confrontée à des épisodes de sécheresse importants ces dernières années. Ces sécheresses ont entraîné un abaissement historique du niveau des nappes phréatiques. Pour pallier ce problème, la MEL (Métropole Européenne de Lille) a dû mobiliser des forages supplémentaires, situés au sud de la métropole, pour alimenter la population en eau. Ces forages puisent dans des nappes phréatiques où la concentration en perchlorates est plus élevée.
Perchlorates : Qu'est-ce que c'est ?
Les perchlorates sont des composés chimiques inorganiques que l'on retrouve dans l'environnement, principalement sous forme de sels (perchlorate d’ammonium, de potassium, de magnésium ou de sodium). Ils peuvent provenir de diverses sources, notamment :
- Applications militaires (dispositifs pyrotechniques, poudres d'armes à feu, propulseurs de fusées)
- Activités industrielles
- Engrais agricoles
Dans le cas de la métropole lilloise, l'hypothèse principale est que la présence de perchlorates est liée aux nombreuses munitions tirées lors de la Première Guerre mondiale. Ces munitions, contenant des perchlorates, se sont infiltrées dans le sol et ont contaminé certaines nappes phréatiques.
Les perchlorates sont très solubles dans l'eau et persistent dans l'environnement pendant de nombreuses années. Une fois dissous dans l'eau, ils se présentent sous forme d'anions ClO4-, incolores et inodores, ce qui facilite leur propagation dans les nappes phréatiques.
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Risques pour la santé, en particulier pour les nourrissons
Bien que les perchlorates ne soient pas classés comme cancérigènes ou mutagènes par les organismes internationaux, ils peuvent interférer avec le processus d'incorporation de l'iode par la thyroïde. Cela peut entraîner une diminution de la synthèse des hormones thyroïdiennes (TSH), un effet biologique particulièrement préoccupant chez les nourrissons de moins de six mois, les femmes enceintes et les fœtus.
L'exposition aux perchlorates peut provoquer une dysthyroïdie, et plus précisément une hypothyroïdie. En effet, le perchlorate empêche les cellules thyroïdiennes de capter l’iodure, et entraîne aussi une sortie d’iodure de ces cellules vers la circulation par transport actif. Chez les nourrissons, une hypothyroïdie peut avoir des conséquences sur la croissance et le développement neurologique.
À des concentrations plus élevées (> 1g/j), le perchlorate peut également provoquer des troubles digestifs (nausées, vomissements, gastralgies) et des problèmes hématologiques (anémie, agranulocytose, leucopénie).
Recommandations officielles : Principe de précaution
Face à cette situation, la MEL applique le principe de précaution. Dès le 17 septembre 2019, la collectivité a recommandé de ne plus utiliser l’eau du robinet pour la préparation des biberons des nourrissons de moins de six mois. Cette recommandation est toujours en vigueur et s'applique à environ 90 communes de la métropole.
La MEL insiste sur le fait que l'eau reste potable pour les autres usages :
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- Se laver les dents
- Prendre une douche
- Faire la vaisselle (y compris laver les biberons)
- Laver le linge
Les femmes enceintes peuvent également continuer à consommer l'eau du robinet, tant que la teneur en ions perchlorates ne dépasse pas les 15 microgrammes par litre d’eau.
Alternatives à l'eau du robinet pour les nourrissons
Pour les nourrissons de moins de six mois, il est recommandé d'utiliser de l'eau en bouteille portant la mention "convient pour l'alimentation des nourrissons". Il est important de vérifier l'étiquette pour s'assurer que l'eau est adaptée aux bébés.
Le pédiatre Emmanuel Delmas (AP-HP) rappelle que l'eau du robinet fait tout à fait l'affaire.
Surveillance et contrôle de la qualité de l'eau
L'ARS (Agence Régionale de Santé) des Hauts-de-France assure un contrôle sanitaire de l'eau de consommation dans toute la région, incluant la surveillance des perchlorates. Des prélèvements sont régulièrement effectués pour mesurer la concentration en perchlorates dans l'eau distribuée.
L'ARS précise que les taux de perchlorates varient sur certains secteurs à la hausse comme à la baisse, autour du seuil de 4 µg/L depuis la mise en œuvre de ce contrôle. Les prélèvements réalisés par l'ARS cet automne montrent des valeurs légèrement supérieures à ce seuil, autour de 5 µg/L. Ces résultats demandent à être confirmés en raison de leur variabilité, par le biais d'une série de tests complémentaires.
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Un bulletin annuel est transmis chaque année aux abonnés avec leur facture d'eau, afin de les informer de la qualité globale de l’eau distribuée.
Solutions pour réduire la teneur en perchlorates
Plusieurs solutions peuvent être envisagées pour réduire la teneur en perchlorates dans l'eau du robinet. L'ARS rappelle que "le traitement des perchlorates par des résines échangeuses d’ions ou des procédés membranaires tels que l’osmose inverse peut être envisagé, afin de réduire leur teneur au robinet".
L'osmose inverse, par exemple, permet d'éliminer environ 80 % de la concentration en perchlorate initiale. La filtration par charbon actif est également efficace, mais nécessite un changement régulier des filtres.
Polémiques et transparence
Des députés LFI (La France Insoumise) se sont inquiétés de la qualité de l'eau du robinet dans l'agglomération lilloise, estimant que les autorités n'avaient pas suffisamment alerté la population. Ils se sont appuyés sur les travaux des associations Générations Futures et Data For Good, qui ont créé un site internet nommé "Dans mon eau" pour informer le public sur la pollution de l'eau potable en France.
Ces associations ont notamment souligné que l'eau alimentant les villes de Dunkerque et Lille ne devait pas être utilisée pour la préparation des biberons pour les nourrissons de moins de 6 mois, en raison de la présence de perchlorates à plus de 4 µg/L.
La MEL et l'ARS se défendent en affirmant qu'elles ont mis en place des mesures de surveillance et de communication depuis 2019, et qu'elles appliquent le principe de précaution en recommandant de ne pas utiliser l'eau du robinet pour les biberons des nourrissons.
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