Introduction
Le placenta, organe vital et souvent méconnu, assure la connexion entre la mère et le fœtus pendant la grossesse. Il est le garant des échanges gazeux et nutritifs essentiels à la croissance et au développement du bébé. Cet article explore en profondeur les différents aspects de l’examen du placenta pendant la grossesse, incluant les procédures de dépistage, les complications potentielles comme la pré-éclampsie et le décollement placentaire, ainsi que les examens post-partum du placenta.
Le Rôle Crucial du Placenta
C'est grâce au placenta que le fœtus trouve sa source de nutrition et d'oxygène pendant la gestation. Le placenta est un organe temporaire qui se développe pendant la grossesse pour fournir au fœtus l'oxygène et les nutriments nécessaires à sa croissance. Il élimine également les déchets du fœtus. Une vascularisation adéquate du placenta est essentielle pour le bon déroulement de la grossesse. Des problèmes à ce niveau peuvent contribuer au développement de complications comme la pré-éclampsie.
Pré-éclampsie: Une Complication Spécifique de la Grossesse
La pré-éclampsie (PE) est une complication spécifique de la grossesse qui se manifeste généralement après 20 semaines de gestation et peut persister jusqu’à six semaines après l’accouchement. Elle affecte à la fois la mère et le bébé à naître. La pré-éclampsie se traduit par des modifications dans les vaisseaux sanguins. La cause exacte de la pré-éclampsie reste méconnue, mais on sait que des problèmes au niveau de la vascularisation du placenta contribuent à son développement. La plupart des femmes atteintes d’une pré-éclampsie sont légèrement touchées, mais certaines tombent plus gravement malades (éclampsie). En cas de progression, une hospitalisation et un accouchement prématuré s’avèrent souvent nécessaires. L’accouchement est provoqué ou une césarienne est pratiquée si la santé de la mère ou de l’enfant le nécessite. Certains bébés restent en pleine santé bien que leur mère présente une pré-éclampsie sévère. Dans ce cas, le personnel médical devra surveiller attentivement le bébé afin de s’assurer qu’il reçoit suffisamment d’aliments/de nutriments et d’oxygène. En cas de complications, la pré-éclampsie peut aboutir à un accouchement prématuré.
Le dépistage de la pré-éclampsie se fait au premier trimestre de la grossesse, entre 11 et 14 semaines. Un résultat indiquant un risque élevé ne signifie pas nécessairement que vous développerez une pré-éclampsie. Néanmoins, en sachant que vous présentez un risque supérieur à la normale, votre médecin peut préparer la prise en charge de votre grossesse de façon optimale. Un dépistage de la pré-éclampsie est nécessaire pour déterminer si vous présentez un risque élevé de pré-éclampsie.
Décollement Placentaire au Premier Trimestre: Causes, Symptômes et Diagnostic
Le décollement placentaire, bien que relativement rare au premier trimestre, constitue une urgence obstétricale. Il se caractérise par la séparation prématurée du placenta de la paroi utérine.
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Causes du Décollement Placentaire
Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine d'un décollement placentaire, dont principalement :
- Traumatisme abdominal: Un choc violent au niveau de l'abdomen, comme lors d'un accident de voiture ou d'une chute, peut provoquer un décollement placentaire. Il est donc essentiel de se protéger et d'éviter les situations à risque durant la grossesse.
- Hypertension artérielle (liée à la grossesse ou chronique): L'hypertension (HTA) chez la femme enceinte peut entraîner une mauvaise implantation du placenta, favorisant ainsi son décollement. Il est important de surveiller régulièrement sa tension et de suivre les recommandations médicales pour prévenir ce risque.
- Infections intra-amniotique: L'infection intra-amniotique se caractérise par une infection, ainsi que l'inflammation qui en découle, affectant le chorion, l'amnios, le liquide amniotique, le placenta, la caduque basale, le fœtus ou leur association. Cette infection accroît le risque de complications obstétricales et de problèmes chez le fœtus et le nouveau-né.
- Autres facteurs possibles : Âge maternel élevé, ischémie placentaire (insuffisance placentaire) se manifestant par un retard de croissance intra-utérin, vascularites, antécédents de décollement placentaire, consommation de tabac, consommation de cocaïne.
Signes et Symptômes du Décollement Placentaire
Le décollement placenta au 1er trimestre se caractérise par une large diversité de signes cliniques. Toutefois, les saignements vaginaux constituent l’un des symptômes les plus fréquents. Les pertes sanguines rouge foncé peuvent être associées à des douleurs abdominales localisées ou diffuses, légères à intenses. Certaines femmes enceintes décrivent également une sensation de pesanteur ressentie au niveau du bas-ventre. Relativement rares au cours du premier trimestre de grossesse, les contractions utérines représentent, à ce titre, un signal d’alerte à ne surtout pas négliger. En outre, des symptômes plus rares, comme une sensation de malaise, une pâleur extrême ou une tension artérielle abaissée, peuvent apparaître en cas d’hémorragie importante. Dans tous les cas, l’apparition de saignements ou de douleurs pendant le premier trimestre de grossesse justifie une consultation médicale urgente pour écarter tout risque de complications. Néanmoins, il est important de noter que le décollement placentaire peut rester asymptomatique et n’être détecté qu’au cours d’une échographie. Le suivi de grossesse revêt alors une importance capitale.
Diagnostic du Décollement Placentaire
La suspicion d'un décollement placentaire au 1er trimestre de grossesse peut être évoquée devant l'apparition de signes tels que des douleurs abdominales, des contractions ou des saignements vaginaux. La surveillance de la fréquence cardiaque fœtale, parfois complétée par des analyses sanguines de la coagulation et des indications échographiques occasionnelles, constitue le protocole de diagnostic du décollement placentaire (hématome rétroplacentaire). Ce dernier est suspecté en présence de l'un des événements suivants après le premier trimestre de la grossesse : Saignements vaginaux, douleur ou sensibilité utérine, souffrance ou mort fœtale, choc hémorragique, CIVD (Coagulation Intravasculaire Disséminée). De plus, il doit être envisagé chez les patientes ayant subi un traumatisme abdominal. En cas d'hémorragies en milieu ou fin de grossesse, il est essentiel d'écarter le diagnostic du placenta praevia, qui présente des symptômes similaires, avant d'entreprendre un toucher vaginal, car cet examen peut aggraver les saignements en cas de placenta praevia.
Le bilan du décollement placentaire (hématome rétroplacentaire) peut inclure divers examens tels que l'enregistrement du rythme cardiaque fœtal, la numération formule sanguine, le typage sanguin et Rh, le temps de prothrombine, le temps partiel de thromboplastine, la mesure du fibrinogène, le dosage des PDF (Produits de Dégradation de la Fibrine), une échographie pelvienne, et éventuellement le test de Kleihauer-Betke chez les patientes présentant un facteur Rh négatif. La séparation partielle ou complète du placenta de la paroi utérine peut compromettre les échanges d'oxygène avec le fœtus. Ainsi, la surveillance de la fréquence cardiaque fœtale permet de détecter des tracés suspects ou une éventuelle mort fœtale. Des résultats anormaux aux tests sanguins de coagulation ou à la surveillance de la fréquence cardiaque fœtale confirment le diagnostic. En cas de suspicion de placenta praevia, une échographie transvaginale complémentaire peut être nécessaire, car l'échographie transabdominale peut ne pas révéler tous les cas de décollement placentaire. Il est essentiel de rappeler que chaque cas de décollement placentaire est unique et que seul votre médecin gynécologue pourra vous orienter correctement selon votre situation.
Saignements en Début de Grossesse: Spotting, Pertes Marrons et Fausse Couche
Au cours du 1er trimestre de grossesse, des saignements vaginaux sont susceptibles de survenir, sans qu’ils ne revêtent un caractère anormal ou ne soient le signe d’un décollement ou d’une fausse couche. Dans ce cas, on parlera davantage de "spotting" pour qualifier ces petites pertes sanguines, souvent rosées ou marron clair. Généralement indolores, ces saignements vaginaux légers sont assez courants en tout début de grossesse, car ils résultent de l’implantation de l’embryon au sein de la muqueuse utérine. Les importantes fluctuations hormonales en cours à ce stade précoce peuvent également expliquer ces spottings. Les pertes marron, quant à elles, révèlent souvent une perte sanguine ancienne qui n’aurait pas été évacuée rapidement et se serait légèrement oxydée. Il n’y a bien souvent pas lieu de s’inquiéter davantage qu’en présence d’un spotting plus classique. Elles ne sont pas systématiquement préoccupantes si elles sont isolées, mais peuvent nécessiter une consultation médicale par précaution. En revanche, un saignement rouge vif, abondant et accompagné de douleurs pelviennes vives, requiert une prise en charge en urgence, car il peut être le signe d’une fausse couche. Dans tous les cas, l’échographie pratiquée par un professionnel de santé spécialisé reste le seul moyen d’établir une distinction formelle entre ces différents types de saignements et d’établir un diagnostic fiable.
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Examens Prénataux du Placenta
Plusieurs examens peuvent être réalisés pendant la grossesse pour évaluer la santé du placenta et dépister d'éventuelles anomalies.
Amniocentèse
C’est un prélèvement de liquide amniotique dans lequel flotte le bébé, qui peut être réalisé à partir de 16 SA et jusqu’à 34 SA. Il est réalisé sans anesthésie, après désinfection de la peau et mise en place d’un drap stérile. Il dure moins de 3 minutes. Le risque principal est une rupture prématurée de la poche des eaux, pouvant se compliquer d’une fausse couche (jusqu’à 24 SA), ou d’un accouchement prématuré (après 24-25 SA). Cette complication rare (risque théorique inférieur à 0.5%) peut survenir dans les deux semaines qui suivent le prélèvement. La réalisation de l’amniocentèse à partir de 15 semaines d’aménorrhée, même conduite dans des conditions de compétence et de sécurité maximale, comporte un risque de fausse couche de 0,5 à 1 %. Ce risque de fausse couche est maximum dans les 8 à 10 jours suivant l’amniocentèse. Cette fausse couche peut se manifester par des douleurs, des saignements, de la fièvre, ou un écoulement de liquide. Parfois, il n’existe aucune manifestation particulière. Ce risque de fausse couche peut être favorisé par votre état, vos antécédents ou par un traitement pris avant l’amniocentèse. Il est donc impératif d’informer le médecin de vos antécédents personnels et familiaux et de l’ensemble des traitements et médicaments que vous prenez. Vous n’avez pas à être à jeûn pour le prélèvement.
Prélèvement de villosités choriales ou choriocentèse (ou biopsie de trophoblaste)
C’est un micro prélèvement de placenta à l’aiguille fine, à travers la paroi abdominale maternelle, réalisable de 11 SA et 14 SA. Cette ponction est guidée par échographie, ce qui permet de choisir l’endroit le plus favorable au prélèvement. Le geste est réalisé après désinfection de la peau et mise en place d’un drap stérile, et sous anesthésie locale. Le risque principal est celui d’une fausse couche, pouvant survenir dans les deux semaines qui suivent le prélèvement. Il peut arriver, par ailleurs, qu’on ne puisse pas faire le prélèvement du fait de difficultés techniques (notamment position du placenta). Il n’est pas nécessaire d’être à jeun. Après le prélèvement, nous vous proposons classiquement de rester au repos pendant 2 heures dans l’établissement. Si nécessaire, des antalgiques pourront vous être dispensés. Il est préférable de se reposer le jour du prélèvement. Un arrêt de travail vous sera fait si nécessaire. Les premiers résultats « rapides » (FISH) sur les chromosomes 13, 18, 21 et les chromosomes sexuels, sont généralement disponibles en 48 à 72 heures (parfois un peu plus en cas de difficultés techniques du laboratoire). Ces examens sont fiables à plus de 99%. Il peut arriver, dans de rares cas, qu’on ne puisse pas obtenir de résultat, par difficulté technique liée au laboratoire ou en raison d’une trop faible quantité de cellules disponibles. Le prélèvement de villosités choriales ou choriocentèse (ou biopsie de trophoblaste) consiste à recueillir de petits fragments du placenta qui sont ensuite analysés. Un prélèvement de sang fœtal ou cordocentèse consiste à prélever du sang de votre futur bébé en faisant une ponction du cordon ombilical dans la cavité utérine. Il est réalisé plus tardivement dans la grossesse et le risque de complications (en particulier de perte fœtale) est plus élevé. En cas de nécessité de diagnostic précoce, il existe un examen visant les mêmes objectifs et permettant un diagnostic plus précoce que l’amniocentèse. L'examen consiste à prélever un très petit fragment du placenta (villosités). Il est réalisé entre 11 et 14 semaines d’aménorrhée, en cas de risque d’anomalie chez l’enfant (ex. Le prélèvement est réalisé à l’aide d’une aiguille très fine reliée à une seringue. Cette aiguille est introduite à travers la paroi abdominale maternelle, entièrement sous contrôle échographique, pour atteindre le placenta. Elle consiste à prélever des fragments de placenta appelés villosités choriales. Elle permet d’effectuer un caryotype afin de rechercher une anomalie chromosomique comme par exemple la trisomie 21 (T21). La biopsie est réalisée dans un local spécifique fonctionnant comme un bloc opératoire, avec des mesures d’asepsie strictes (désinfection cutanée, lavage des mains, gants stériles). Le médecin effectue une anesthésie locale puis prélève à l’aide d’une micro-pince chirurgicale des fragments placentaires, sous contrôle échographique. Même pratiquée dans des conditions optimales, la biopsie de villosités choriales comporte un risque de fausse-couche de l’ordre de 0,5%. Certains risques peuvent être favorisés par votre état, vos antécédents ou par un traitement pris avant le prélèvement. L’immunisation sanguine fœto-maternelle : c’est un risque rare, qui concerne essentiellement les femmes de rhésus négatif. Le jour de la biopsie de villosités choriales il est préférable d’être au repos à domicile. Un certificat de présence vous est délivré pour justifier auprès de votre employeur l’absence d’une journée. Les résultats sont obtenus en deux temps. Un premier résultat du caryotype fœtal est obtenu en 3 à 5 jours. Un résultat définitif est obtenu en 15 jours. En cas d’anomalie ou de particularité du caryotype, le résultat est transmis à votre médecin qui vous recontacte pour organiser un rendez-vous à la maternité. Prévoir le jour de la biopsie de na pas travailler et d’être au repos.
Examen Post-Partum du Placenta
L'examen macroscopique du placenta est systématique en salle de naissance par la sage-femme et l'obstétricien. Après la naissance, le placenta est minutieusement examiné pour détecter d'éventuelles anomalies. On recherche un cotylédon manquant. Normalement les cotylédons se juxtaposent, formant la galette placentaire. Il importe de vérifier son intégrité. Un hématome rétroplacentaire se signale par la présence de caillots noirâtres sur la face maternelle. Ils peuvent être frais ou anciens, entraînant alors une dépression sur la face maternelle appelée « cupule placentaire ». Des dépôts intervileux et des calcifications peuvent être identifiés sous forme de lésions nombreuses, irrégulières, tachetées. Il s'agit de lésions blanchâtres qui, à la palpation, donnent une sensation granuleuse. Les infarctus sont fréquents sur le bord du placenta. Les membranes, sont normalement translucides ou bleu acier sur la face fœtale. On mesure la longueur du petit côté qui doit être supérieure à 10 cm pour confirmer l’insertion haute du placenta. On vérifie l’intégrité des membranes en les déplissant tout en reconstituant le sac ovulaire. Le placenta est dit découronné lorsque les membranes manquent sur une grande partie, voir sur la totalité des bords de la galette placentaire. un dépôt fibrineux sous forme de nodules blanc gris ressemblant à de la fibrine. des kystes de 4 à 5 cm de diamètre qui peuvent exister sur la face fœtale du placenta et contiennent un liquide clair ou gélatineux parfois hémorragique ; ils sont sans signification clinique. L'amnios nodosum est constitué par des petits nodules gris blanc de 2 à 3 mm situés sur la face fœtale près de l'insertion du cordon. Ce sont des dépôts de cellules squameuses fœtales qui se détachent facilement. Ils se voient surtout en cas d'oligoamnios. La présence de vaisseaux courant sur les membranes doit faire rechercher un cotylédon aberrant. Le placenta circum vallata : la présence de tissu placentaire au-delà du pli de réflexion des membranes sur la plaque choriale est caractéristique du placenta circum vallata. Les placentas à petite marge sont assez fréquents et n’ont pas d’influence sur le fœtus. Il mesure normalement 50 à 70 cm et comporte deux artères et une veine. Il peut présenter des anomalies. À la fin de l'examen du délivre, on n'oubliera pas de le peser : normalement le poids du placenta et des membranes est égal au sixième ou au septième du poids fœtal. faire des prélèvements complémentaires.
En cas de pathologie maternelle, foetale ou placentaire, l'examen anatomopathologique du placenta est nécessaire. Cet examen du placenta ne se conçoit que dans une approche multidisciplinaire avec sages-femmes, obstétriciens, néonatalogistes et pédiatres. Cependant, cet examen est le plus souvent sous-évalué et inutilisé pour comprendre la pathologie périnatale. La caractérisation des lésions du placenta peut apporter des éléments majeurs pour le diagnostic étiologique d'un accouchement prématuré, d'un retard de croissance intra-utérin, d'une mort foetale in utero, d'un retard du développement psychomoteur de l'enfant. Dans le cadre des grossesses gémellaires, cet examen permet d'apprécier la chorionicité et les complications des grossesses gémellaires. Il permet d'identifier les situations à risque de récurrence, autorisant la mise en place d'un traitement préventif. Enfin, il peut avoir des implications médicolégales, surtout concernant l'étiologie des retards du développement psychomoteur.
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