L'expression "du berceau à la tombe" évoque l'intégralité de la vie humaine, de la naissance à la mort. Mais qu'en est-il de la servitude volontaire qui peut accompagner ce parcours ? Cet article explore la signification profonde de cette expression, en s'appuyant sur une perspective spinoziste et psychanalytique, pour comprendre comment la jouissance peut s'entremêler à la servitude.
Introduction : Servitude Volontaire, un Paradoxe Spinoziste
La question de la servitude volontaire, envisagée d'un point de vue spinoziste, peut sembler paradoxale. La servitude apparaît comme une condition presque inévitable, tandis que la volonté, au sens ordinaire, est une illusion selon Spinoza. Pourtant, cette question demeure pertinente et mérite une reconstruction conceptuelle. Spinoza lui-même évoquait "les hommes qui combattent pour leur servitude comme si c’était pour leur salut".
Reconstruction Conceptuelle : Spinozisme et Psychanalyse
Pour explorer ce paradoxe, il est nécessaire de reconstruire conceptuellement la question de la servitude volontaire. Cet article propose une hybridation du spinozisme avec la psychanalyse, envisageant un "freudo-spinozisme". L'objectif est de comprendre comment les structures sociales génèrent des rapports de pouvoir et de domination, et comment certains de ces rapports nous "attrapent" psychiquement.
Fondements Conceptuels : Conatus, Pulsion, Objet-a
Le Conatus : Désir sans Objet ?
Le point de départ de cette reconstruction est le concept spinoziste de conatus, défini par Laurent Bove comme "un désir sans objet". Cette formule peut sembler problématique, car le désir est généralement conçu comme étant dirigé vers un objet. Cependant, le conatus peut être compris comme l'essence même de l'homme, déterminée par ses affections à agir.
La Naissance : Traumatisme et Désir
L'histoire du mode et de ses rencontres culmine avec la naissance. Cet événement marque l'entrée dans un régime d'existence radicalement nouveau, laissant des traces indélébiles dans le corps. La psychanalyse considère la naissance comme un traumatisme, une expérience effrayante d'être arraché à une condition de plénitude et de complétude imaginaires.
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L'Objet-a : Chose Perdue et Désir
La naissance est la première expérience de la finitude, marquée par un sentiment de déréliction et de perte. Lacan nomme cette chose perdue, sans contour ni définition possible, "objet-a". Le spinozisme, quant à lui, utilise le terme "desiderium" pour exprimer la tristesse liée à l'absence de ce que nous aimons. Le traumatisme de la naissance est donc un desiderium majuscule, qui influence toute l'existence humaine.
Le Manque : Production de l'Imagination
Contrairement à l'idée d'une incompatibilité entre le spinozisme et la psychanalyse concernant la notion de manque, cet article propose une réinterprétation. Le manque peut être réengendré comme une production positive de l'imagination, résultant de l'expérience objectale.
La Pulsion : Poursuite de l'Objet-a
L'installation dans l'imaginaire du desiderium oriente l'effort du mode vers la récupération de la chose perdue, l'objet-a. Cette poursuite, bien que vaine, devient le premier état déterminé postnatal du conatus, un état prédéterminé ou sous-déterminé. Lacan nomme ce conatus sous-déterminé "Désir" (avec un "D"), qui se transitive ensuite vers des objets pleinement spécifiés, donnant naissance au désir (avec un "d"). Le Désir ("D") est la pulsion, et la joie particulière trouvée dans les objets est la jouissance.
La Jouissance : Plus-de-Joie et Lieutenance
La pulsion est donc l'état pré-transitivé du conatus, orienté vers la poursuite de l'objet-a. Contrairement à la conception freudienne, la pulsion n'est pas essentiellement sexuelle, mais plutôt l'effort de persévérance orienté par le desiderium princeps. La jouissance est ce "plus-de-joie" ajouté à toute joie objectale, lorsque le sujet sent vibrer l'objet-a dans l'objet empirique. Ce placement de l'objet-a dans les objets désirés caractérise le régime du désir humain, un régime de lieutenance généralisée.
Jouissance et Servitude : L'Accolement Originaire
La Question de l'Accolement
Comment la jouissance vient-elle à s'accoler à la servitude, non pas au sens de l'Éthique, mais au sens du TTP, celle qui nous diminue ? Comment en vient-on à jouir d'être serf ? C'est par une approche génétique que l'éclaircissement se livre. Il faut donc préciser la question : comment s'opère le premier accolement, dont les situations de servitude ultérieure pourront réactiver l'écho de jouissance ?
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La "Chose Près du Berceau" : Salut et Terreur
Le premier accolement est porté par la nécessité de la situation originaire. Le nourrisson, jeté en finitude, est environné d'un monde extérieur hostile, sans avoir les moyens d'assurer sa survie. La "Chose près du berceau", selon l'expression de Paul-Laurent Assoun, est la première lieutenance de l'objet-a, la personne nourricière qui le sauve de sa panique.
Jouissance et Assujettissement : Liaison Affective
La "Chose près du berceau" fait jouir le nourrisson, car elle le ramène à la félicité prénatale. Cependant, elle est aussi une puissance incommensurable et énigmatique, qui tient sa vie entre ses mains et qui, visiblement, a des idées à son sujet. Le nourrisson vit dans la crainte, dans l'angoisse persécutive décrite par Melanie Klein. Il n'a pas le choix : c'est se soumettre à cette puissance effrayante autant que salvatrice, ou bien mourir. La situation originaire conjoint donc de la manière la plus intime la jouissance et l'assujettissement, elle soude leurs affects respectifs.
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