Introduction
Les réformes législatives successives dans le domaine de la santé ont transformé la relation médecin-patient, rendant ce dernier plus acteur de son parcours de soins et formalisant ses droits. Cet article vise à explorer en détail les droits spécifiques des patients en pédiatrie en France, en mettant l'accent sur l'information, le consentement, l'accès aux soins, la participation des parents et les recours possibles.
La Charte de la Personne Hospitalisée
La charte de la personne hospitalisée est un document essentiel qui informe les patients de leurs droits, tels qu'ils sont affirmés par les lois, notamment la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Cette charte comprend des dispositions importantes telles que :
- Le droit d'accéder directement aux informations de santé concernant la personne, y compris son dossier médical.
- Le droit de refuser des traitements ou d'en demander l'interruption.
- Le droit de désigner une personne de confiance.
- Le droit de rédiger des directives anticipées pour faire connaître ses souhaits quant à sa fin de vie.
Lors de l'hospitalisation d'un enfant, un résumé de cette charte est remis aux parents, ainsi qu'un livret d'accueil contenant des informations pratiques sur l'établissement. L'intégralité du document peut être obtenue gratuitement et sans délai sur simple demande auprès du service d'accueil. Un délai de deux mois peut être nécessaire si certaines informations du dossier remontent à plus de cinq ans.
Le Dossier Médical Partagé (DMP)
Le dossier médical partagé (DMP) est un carnet de santé numérique qui conserve et sécurise toutes les informations de santé du patient. Il est alimenté par l'historique des remboursements des soins sur les 12 derniers mois et par les données transmises par les différents professionnels de santé via une messagerie sécurisée (MSSanté). Le DMP facilite le partage d'informations médicales entre les professionnels de santé, améliorant ainsi la coordination des soins.
Les Représentants des Usagers
Depuis la loi du 4 mars 2002, les patients et leurs proches sont représentés dans les instances de santé par des représentants des usagers, membres d'associations agréées. Ces représentants défendent les intérêts des patients, des consommateurs, des familles, des personnes âgées et des personnes handicapées au niveau régional ou départemental. Ils sont formés et impliqués dans la vie des établissements de santé, où ils sont informés et consultés sur les questions de qualité, de sécurité des soins et d'organisation du parcours de soins. Les coordonnées des représentants des usagers sont généralement disponibles dans le livret d'accueil ou auprès du personnel de l'établissement.
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La Commission des Usagers
En cas de difficultés rencontrées pendant le séjour à l'hôpital (accueil, prise en charge, qualité des soins), il est conseillé d'en parler avec le médecin ou le cadre de santé du service. Si les solutions proposées ne sont pas satisfaisantes, il est possible de saisir la commission des usagers en écrivant au représentant légal de l'établissement de santé par courrier recommandé avec accusé de réception.
La commission des usagers est composée de :
- Le représentant légal de l'établissement ou de la personne qu'il désigne.
- Un médiateur médical et un médiateur non médical, ainsi que leurs suppléants.
- Deux représentants des usagers désignés par l'agence régionale de santé.
Le médiateur rencontre l'usager dans les huit jours suivant la réclamation et adresse un compte rendu au président de la commission des usagers, qui le transmet aux membres de la commission et au plaignant. L'usager peut se faire accompagner d'un représentant des usagers lors de sa rencontre avec le médiateur. Toutes les demandes et réclamations sont inscrites sur un registre prévu à cet effet, conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés de 1978.
Les Recours en Santé
Recours à l'Amiable
En cas de conflit avec un professionnel de santé ou si un enfant est victime d'un accident médical (par exemple, à la suite d'un traitement, d'une intervention chirurgicale ou de la prise d'un médicament ayant entraîné une altération grave de son état de santé), il est possible de saisir la Commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM). Ces institutions travaillent en vue de l'indemnisation des victimes d'accidents médicaux et peuvent mettre en place une conciliation ou une procédure d'indemnisation à l'amiable, de manière gratuite et plus rapide que devant les tribunaux.
L'ONIAM est l'établissement public créé par la loi du 4 mars 2002 pour organiser le dispositif d'indemnisation des patients. La commission, composée d'une vingtaine de membres dont 6 représentants des usagers, étudie et mène une expertise du dossier. Elle dispose d'un délai de six mois pour rendre un avis.
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Recours Collectifs
Une association agréée peut déposer des recours collectifs devant les tribunaux pour demander réparation si des usagers du système de santé estiment avoir été victimes d'un préjudice similaire, à la suite d'un manquement commis par :
- Les fournisseurs ou producteurs d'un produit de santé.
- Le professionnel de santé ayant commis une erreur technique en s'en servant.
Cette mesure est rétroactive, c'est-à-dire que tout acte médical réalisé avant la promulgation de la loi (janvier 2016) peut y être soumis. Contrairement à la procédure de la commission de conciliation et d'indemnisation, les délais du recours de l'action de groupe en santé peuvent être longs et durer quelques années.
Préparation à l'Hospitalisation
En dehors des admissions en urgence, l'hospitalisation doit être préparée de manière à réduire l'anxiété de l'enfant et de sa famille. Les établissements de santé, publics ou privés, sont soumis à une procédure d'évaluation externe tous les 4 ans, réalisée par des professionnels de santé mandatés par la Haute Autorité de Santé.
Il est essentiel que le professionnel de santé s'assure de la compréhension des informations délivrées. Plusieurs textes officiels énoncent clairement l'obligation pour les établissements de santé de prendre en charge la douleur des patients. Le Ministère de la santé, en collaboration avec SPARADRAP et l'association Pédiadol, a également édité un contrat contre la douleur spécifique à la pédiatrie.
La Place des Parents
Le principe général énoncé par les textes officiels est de considérer les parents d'enfants hospitalisés non pas comme des visiteurs, mais comme des partenaires. L'hospitalisation d'un enfant est une source d'angoisse pour lui-même et pour sa famille. La place des parents, leur information, leur présence auprès de leur enfant et leur participation active aux soins sont reconnues et assurées au sein de l'établissement de santé, quels que soient le moment et le lieu.
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Les établissements doivent favoriser la présence des parents auprès de leur enfant, y compris la nuit. Des chambres permettant à un accompagnant de rester auprès de l'enfant durant son séjour doivent être conçues. La possibilité de dormir dans la chambre d'hôpital de son enfant n'est pas un droit, mais les parents peuvent se renseigner sur cette possibilité. La priorité est souvent donnée aux mamans qui allaitent, aux parents d'enfants handicapés et aux parents qui ont des difficultés pour se rendre à l'hôpital. Le fait de pouvoir rester dormir est gratuit dans de nombreux hôpitaux, mais pas dans tous. Certaines mutuelles remboursent ces frais supplémentaires. S'il n'est pas possible de dormir dans la chambre de l'enfant, il existe près de certains hôpitaux des maisons de parents qui proposent un hébergement et un accompagnement.
L'Environnement Hospitalier
Il est regrettable que certains établissements accueillant des enfants ne disposent pas de salle de jeux, d'éducateurs de jeunes enfants ou d'associations qui viennent distraire les enfants et proposer des animations. Un personnel qualifié et en nombre suffisant doit être disponible pour répondre aux besoins des enfants en matière de jeu, de distraction et d'enseignement, quel que soit leur âge et leur état de santé. L'architecture et l'aménagement intérieur doivent prendre en compte les âges, les groupes et les différents types de maladies soignées.
Le respect de l'intimité de la personne doit être préservé lors des soins, des toilettes, des consultations et des visites médicales, des traitements pré et post-opératoires, des radiographies, des brancardages et, plus généralement, à tout moment du séjour hospitalier. La personne hospitalisée est traitée avec égards. Si un enseignement clinique conduit à un examen du patient en présence d'étudiants en médecine, son consentement préalable est requis.
La Charte de l'Enfant Hospitalisé
La charte de l'enfant hospitalisé stipule que les enfants ne doivent pas être admis dans des services adultes. Bien qu'elle soit citée dans certains textes officiels du Ministère de la Santé, elle n'a pas valeur de loi. Cependant, les professionnels sont souvent attentifs à ne pas installer dans la même chambre un enfant et un adulte, surtout pour les enfants qui effectuent un long séjour à l'hôpital.
Assistance Pédagogique
Les enfants hospitalisés peuvent bénéficier d'une assistance pédagogique à domicile (SAPAD). Ces services s'appuient sur des associations conventionnées par les inspections académiques. Une circulaire du 8 septembre 2003 du Ministère de l'Éducation Nationale précise le cadre et les modalités de prise d'un traitement médical à l'école.
Principes Clés pour l'Hospitalisation des Enfants
Plusieurs principes clés doivent être respectés lors de l'hospitalisation des enfants :
- Encourager les parents à rester auprès de leur enfant et leur offrir toutes les facilités matérielles, sans que cela n'entraîne un supplément financier ou une perte de salaire.
- Éviter tout examen ou traitement qui n'est pas indispensable.
- Ne pas admettre les enfants dans des services d'adultes et les réunir par groupes d'âge pour bénéficier de jeux, loisirs et activités éducatives adaptés à leur âge, en toute sécurité.
- Respecter l'intimité de chaque enfant et le traiter avec tact et compréhension en toute circonstance.
Autorité Parentale et Consentement aux Soins
L'autorité parentale, indispensable pour les soins d'un patient mineur, incombe généralement aux parents ou tuteurs légaux. Ils doivent associer l'enfant aux décisions médicales, suivant son âge et sa maturité. L'article 371-1 du Code civil indique que l'autorité parentale appartient aux parents jusqu'à la majorité ou l'émancipation de l'enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne.
Parents Séparés
La séparation des parents ne remet pas en cause l'autorité parentale de chacun d'eux, sauf si l'un des parents en a été déchu. L'autorité parentale est indépendante des décisions relatives à la garde de l'enfant.
Consentement du Mineur
L'article L1111-5 du Code de la santé publique autorise le mineur à garder le secret sur les soins à l'égard de ses parents, et donc à y consentir seul :
"Par dérogation à l’article 371-2 du Code Civil, le médecin peut se dispenser d’obtenir le consentement du ou des titulaires de l’autorité parentale sur les décisions médicales à prendre lorsque le traitement ou l’intervention s’impose pour sauvegarder la santé d’une personne mineure, dans le cas où cette dernière s’oppose expressément à la consultation du ou des titulaires de l’autorité parentale afin de garder le secret sur son état de santé."
Le médecin doit s'efforcer d'obtenir le consentement du mineur à la consultation des titulaires de l'autorité parentale. Si le mineur maintient son opposition, il peut mettre en œuvre le traitement ou l'intervention, en se faisant accompagner d'une personne majeure de son choix.
Mineur Émancipé
L'émancipation, visée aux articles 413-1 et suivants du Code civil, a pour effet de placer le mineur hors de la puissance parentale ou de la tutelle. L'émancipation est de plein droit lorsque le mineur se marie.
Autres Situations
Un grand-parent ou un beau-parent ne peut pas consentir aux soins sur un enfant mineur. Dans le cas d'un mineur étranger isolé, le droit commun de la protection de l'enfance est applicable. Le Conseil général du lieu où le jeune s'est présenté l'accueille pendant une période de cinq jours, dite de "mise à l'abri", au cours de laquelle il est vérifié que l'enfant est bien mineur et répond aux conditions requises d'isolement sur le territoire français. Si c'est le cas, le Procureur de la République est saisi pour requérir un placement judiciaire de l'enfant.
Recherche Biomédicale
Lorsqu'une recherche biomédicale est effectuée sur des mineurs, ceux-ci reçoivent l'information prévue à l'article L1122-1 du CSP, adaptée à leur capacité de compréhension. Ils doivent être consultés dans la mesure où leur état le permet et leur adhésion personnelle doit obligatoirement être recherchée.
Information et Consentement des Mineurs
Les décisions médicales concernant l'état de santé d'un patient mineur sont prises par les titulaires de l'autorité parentale. Le mineur, en particulier l'adolescent, a le droit de recevoir une information selon son degré de maturité. Sauf dans les cas où le mineur a demandé le secret des soins, le médecin doit recueillir le consentement des représentants légaux (parents ou tuteur) du mineur pour tout acte médical.
Lorsque les parents sont absents et ne peuvent être prévenus et si la situation est grave et urgente, le médecin donne les soins nécessaires dans l'intérêt de l'enfant sous sa seule responsabilité. Par contre, dans le cas où le refus d'un traitement par la personne titulaire de l'autorité parentale risque d'entraîner des conséquences graves pour la santé du mineur, le médecin délivre les soins indispensables (article L.1111-4 du code de la santé publique).
Afin de faciliter la vie courante des parents, la loi prévoit qu'à l'égard des tiers de bonne foi, chacun des parents est réputé agir avec l'accord de l'autre, quand il fait seul un acte usuel de l'autorité parentale relatif à la personne de l'enfant (article 372-2 du code civil). Cela signifie qu'il existe à l'égard des tiers de bonne foi une présomption d'entente entre les parents et donc qu'un tiers (médecin ou hôpital) n'a pas à s'interroger sur l'étendue exacte des pouvoirs du parent qui se présente à lui pour accomplir un acte « usuel ».
Un mineur peut s'opposer à la consultation de ses parents sur des décisions médicales le concernant pour garder le secret sur son état de santé. La loi autorise le médecin à se dispenser du consentement du ou des titulaires de l'autorité parentale lorsque le mineur a expressément demandé au médecin de garder le secret sur son état de santé vis-à-vis de ses parents et que l'action de prévention, le dépistage, le diagnostic, le traitement ou l'intervention s'impose pour sauvegarder sa santé (article L.1111-5 du code de la santé publique).
Le médecin doit s'efforcer d'obtenir le consentement du mineur à la consultation des titulaires de l'autorité parentale et l'informer complètement sur la gravité de la décision prise d'écarter les titulaires de l'autorité parentale. Si le mineur maintient son refus, il est obligatoirement accompagné d'une personne majeure de son choix.
Accès au Dossier Médical
Sauf opposition de la part de l'enfant, les titulaires de l'autorité parentale ont accès directement à son dossier médical (loi du 4 mars 2002). Le dossier peut être demandé au médecin qui le suit ou à la direction de l'établissement hospitalier. Il peut être consulté sur place ou photocopié et envoyé, à vos frais, par courrier. A tout moment sauf opposition de l'enfant, les titulaires de l'autorité parentale peuvent être informés de l'état de santé de leur enfant. Le professionnel informe le mineur quel que soit son âge et de manière adaptée à sa maturité.
Responsabilités des Usagers
"Les droits reconnus aux usagers s'accompagnent des responsabilités de nature à garantir la pérennité du système de santé et des principes sur lesquels il repose." L'ensemble du personnel s'engage à proposer à l'enfant et à sa famille des soins et un hébergement de qualité. L'engagement de l'équipe implique également la collaboration des familles par le respect des droits élémentaires de chacun.
Une charte de laïcité dans les services publics invite personnel, patients et visiteurs au respect de la laïcité, de l'égalité, de la neutralité et de la croyance. Elle rappelle que « les usagers du service public ne peuvent récuser un agent public ou d’autres usagers, ni exiger une adaptation du fonctionnement du service public ou d’un équipement public.
Commission de Relations avec les Usagers (CRU)
Une commission de relations avec les usagers (CRU) veille au respect des droits des usagers et contribue à l'amélioration de la qualité de l'accueil des malades et de leurs proches et de la prise en charge.
Transfusion Sanguine et Prélèvements
Conformément aux dispositions réglementaires, les personnes devant bénéficier d'une transfusion sont informées sur les avantages et les risques. Au cours du séjour de l'enfant, les médecins et soignants peuvent être amenés à prélever du sang, des cellules, des liquides ou des tissus pour établir le diagnostic de la maladie, mettre en place ou suivre le traitement. Le surplus de ces prélèvements comme les données médicales qui leur sont associées peuvent, avec le consentement des parents seulement, servir à la recherche scientifique.
Rôle des Réseaux Sociaux
L'ouverture dans la communication est un formidable outil pour les parents. Cependant, les réseaux sociaux peuvent présenter un danger d'exploitation de l'intimité.
Unités de Réanimation Pédiatrique
Les unités de réanimation pédiatrique ont pour vocation de prendre en charge des enfants et des adolescents. Le décret n° 2002-466 du 5 avril 2002 distingue des unités de réanimation pour adultes et des unités de réanimation pédiatrique.
Chaque enfant est une personne avec ses besoins propres. La circulaire n° 83-24 du 1er août 1983 relative à l'hospitalisation des enfants émet des recommandations afin que l'accueil de l'enfant et de ses parents s'effectue dans les meilleures conditions. Par exemple, la circulaire dispose que, lors de l'admission, la présence rassurante d'un objet privilégié est indispensable pour l'enfant. Il est également établi que les enfants ne doivent pas être admis dans des services d'adultes. Ils doivent être réunis par groupes d'âge pour bénéficier de jeux, loisirs, activités éducatives adaptés à leur âge en toute sécurité. Enfin, l'hôpital doit fournir aux enfants un environnement correspondant à leurs besoins physiques, affectifs et éducatifs, tant sur le plan de l'équipement médical que du personnel et de la sécurité.
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