Plusieurs manifestations ont eu lieu à travers la France, notamment à Rennes, Nantes, Vannes, Saint-Brieuc et Le Mans, en signe de protestation contre le projet de loi bioéthique, en particulier l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. Ces rassemblements, bien que plus modestes qu'au moment du débat sur le mariage pour tous, témoignent d'une opposition persistante à cette mesure.
Mobilisations à travers la France
Le samedi 10 octobre, des manifestants se sont rassemblés dans plusieurs villes de France pour exprimer leur désaccord avec le projet de loi bioéthique. À Rennes, environ 200 manifestants ont protesté, tandis qu'à Nantes, ils étaient près de 1 000 sur la place Royale. Ces mobilisations ont été encadrées par des mesures de limitation en raison du contexte sanitaire lié au coronavirus, notamment à Paris où le nombre de participants était limité à 1 000 personnes.
Les organisateurs de ces manifestations, parmi lesquels figurent l'association anti-IVG Alliance Vita et les Associations Familiales Catholiques (AFC), demandent le retrait pur et simple du projet de loi bioéthique. Ils s'opposent particulièrement à la "PMA sans père" et à la gestation pour autrui (GPA).
Arguments des opposants à la PMA
Ludovine de La Rochère, figure de proue de La Manif pour tous, dénonce plusieurs mesures qu'elle juge "inacceptables" dans le projet de loi. Elle critique notamment la PMA sans père et sans motif médical, arguant que cela détourne la médecine de sa finalité et prive l'enfant de la figure paternelle dès sa conception. Selon elle, il n'existe pas de "droit à l'enfant" et le projet de loi, en donnant accès à la PMA aux couples de lesbiennes, crée une "filiation invraisemblable". Elle demande donc le retrait du projet de loi, ou a minima un report, estimant qu'il n'y a aucune urgence à légiférer sur cette question.
Guillemette, venue de Versailles avec ses amies, exprime sa crainte de voir l'État créer "des orphelins de père". Elle souligne l'importance de défendre les droits de l'enfant, notamment le droit d'avoir un père et une mère. Alain, un "gilet jaune", établit un lien entre son mouvement et l'opposition à la PMA, affirmant que les deux combats sont liés à la défense de la famille et de l'identité nationale.
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Patrick, cadre dans l'industrie pharmaceutique, assimile l'opposition à la PMA à un combat "écologique", soulignant l'incohérence entre le respect de la nature prôné par ailleurs et la permission de "tout" pour l'homme. De nombreux manifestants craignent également que l'ouverture de la PMA n'entraîne à terme la légalisation de la GPA, malgré les assurances du gouvernement.
Un contexte moins favorable que lors du débat sur le mariage pour tous
Le contexte actuel est moins favorable aux opposants à la PMA qu'il ne l'était lors du débat sur le mariage pour tous, où la mobilisation avait été massive. Une majorité de Français se déclare favorable à l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux lesbiennes, selon un sondage Ifop réalisé en septembre. De plus, le clivage gauche-droite s'est atténué, ce qui rend la mobilisation plus difficile.
En 2013, les Invalides étaient pleines à craquer, les bus venaient de toute la France et 1 million et demi de personnes étaient dans les rues selon les organisateurs. Sept ans plus tard, c’est beaucoup plus modeste. "Le sujet est plus technique, moins porteur", tente de justifier la Manif pour tous.
Réactions politiques et associatives
La ministre de la santé et des solidarités, Agnès Buzyn, a déclaré qu'elle n'était pas "surprise" par l'ampleur de la mobilisation, mais n'envisage pas de retrait du projet de loi. Elle a souligné que le vote des députés était "sans appel" et que la PMA pour toutes les femmes avait été adoptée à une large majorité des voix.
Les associations LGBT craignent que cette mobilisation ne relance les actes homophobes, qui avaient connu une forte augmentation en 2013.
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Évolution et divisions au sein du mouvement
La Manif pour tous a connu des divisions internes, notamment le départ de son égérie Frigide Barjot. Ludovine de la Rochère, figure catholique moins excentrique, reste à la tête du mouvement. Au niveau politique, les soutiens se sont clairsemés au fil des années.
L'organisation a également donné naissance à des émanations telles que le parti politique Sens Commun, des think-tanks et des revues.
Manifestation Nationale contre la PMA : Un Avertissement au Gouvernement
Agitant des drapeaux vert et rouge « Liberté Égalité Paternité », plusieurs dizaines de milliers d’opposants à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes ont marché dans le calme, depuis les Jardins du Luxembourg, près du Sénat, jusqu’au pied de la Tour Montparnasse, à l’appel d’un collectif d’une vingtaine d’associations, dont la Manif pour tous.
Quelque 74 500 personnes ont marché dans la capitale pour cette mobilisation nationale, selon un comptage réalisé par le cabinet Occurrence pour un collectif de médias. Les organisateurs annoncent avoir comptabilisé de leur côté 600 000 manifestants. La préfecture de police de Paris avance elle le chiffre de 42 000. A titre de comparaison, 100 000 manifestants avaient défilé en France lors de la première action contre le mariage pour tous en novembre 2012.
« Cette manifestation, c’est un avertissement au gouvernement. Ouvrira-t-il le dialogue ou restera-t-il comme Hollande en 2012 dans le mépris ? », avait déclaré la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, avant le départ du cortège. Dans sa ligne de mire, l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, promesse de campagne d’Emmanuel Macron et mesure phare de la loi bioéthique adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale.
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Les Enjeux Bioéthiques et les Droits de l'Enfant
La question de la PMA soulève des enjeux bioéthiques fondamentaux, notamment en ce qui concerne les droits de l'enfant. Les opposants à la PMA pour toutes les femmes mettent en avant le droit de l'enfant à avoir un père et une mère, et craignent que la PMA sans père ne crée des déséquilibres dans le développement de l'enfant. Ils soulignent également les risques potentiels liés à la marchandisation du corps et à la dérive vers la GPA.
La grande majorité des études, réalisées pour l’essentiel à l’étranger, concluent que les enfants nés par PMA dans des familles homoparentales grandissent dans d’aussi bonnes conditions que les autres, mais les opposants réfutent leur « scientificité ».
Les partisans de la PMA pour toutes les femmes mettent en avant le droit à l'égalité et à l'autonomie reproductive des femmes, ainsi que le droit des couples de lesbiennes et des femmes célibataires à fonder une famille. Ils soulignent que l'amour et l'éducation sont les éléments essentiels pour le développement de l'enfant, et que l'absence de père ne constitue pas nécessairement un obstacle.
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