L'usage de substances psychoactives, qu'elles soient licites ou illicites, représente un enjeu majeur de santé publique, particulièrement chez les enfants et les adolescents. Cet article vise à explorer les effets potentiels de ces substances sur le développement physique et psychologique des jeunes, en mettant en lumière des exemples concrets comme l'adrénochrome et le Buddha Blue, tout en abordant les questions de consommation de tabac, d'alcool et de cannabis chez les adolescents.
L'Adrénochrome : Mythe, Réalité et Théories du Complot
L'adrénochrome est une molécule qui a récemment fait l'objet de nombreuses discussions, souvent teintées de théories du complot. Invitée dans l'émission TPMP, Gérard Fauré, ex-trafiquant de cocaïne, a affirmé que "L'adrénochrome c'est du sang d'enfants, qu'on prend sur des enfants de trois ans", impliquant même des célébrités comme Pierre Palmade ou Céline Dion dans sa consommation.
Cependant, le Dr Hervé Martini, médecin addictologue, nuance ces propos en expliquant que "L'adrénochrome est un composé organique (formule C9 H9 NO3), qui ne correspond qu'au résultat de l'oxydation naturelle de l'adrénaline (ou C9 H13 NO3)". Il insiste sur le fait que "Ce n'est absolument pas une drogue ni même un médicament". En France, cette molécule n'a pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM) et n'a pas d'effets psychoactifs connus dans la pratique clinique.
L'adrénochrome est donc avant tout un mythe, popularisé notamment par le livre "Fear and Loathing in Las Vegas" de Hunter Stockton Thompson, adapté au cinéma sous le titre "Las Vegas Parano". Dans ce film, le personnage interprété par Johnny Depp consomme de l'adrénochrome, présentée comme une drogue puissante obtenue dans des conditions sinistres.
La théorie complotiste autour de l'adrénochrome s'appuie sur les nombreuses disparitions d'enfants, affirmant que ceux-ci sont enlevés, torturés et tués lors de rites satanistes. La torture provoquerait une production d'adrénaline, qui s'oxyderait pour devenir de l'adrénochrome. Celle-ci serait ensuite revendue comme la drogue la plus puissante du monde, dotée de vertus régénératrices.
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Bernard Basset, président de l'association Addictions France, souligne que l'adrénochrome est une molécule bien réelle, naturellement produite par le corps, mais que sa consommation à des fins psychoactives est un pur mythe. Il ajoute que l'adrénochrome "peut être produite très facilement puisque c'est une simple oxydation de l'adrénaline" et qu'il n'a "pas connaissance de recherches en cours spécifiquement sur cette molécule."
La théorie relayée par Gérard Fauré est très en vogue aux États-Unis où elle s'inscrit dans la thèse des « puissants pédo-satanistes, dont les démocrates seraient aujourd'hui les représentants », rappelle Laurent Cordonier, chercheur à la Fondation Descartes, spécialiste du complotisme.
L'origine de ce mythe remonte à une croyance antisémite du Moyen Âge, selon laquelle les Juifs sacrifieraient des enfants chrétiens pour boire leur sang. Cette dimension xénophobe persiste dans les théories modernes autour de l'adrénochrome.
Le Buddha Blue : Un Cannabinoïde de Synthèse Dangereux
Le Buddha Blue, également connu sous le nom de « Pète ton crâne », est un cannabinoïde de synthèse, c’est-à-dire une substance chimique fabriquée en laboratoire pour imiter les effets du THC, le principe actif du cannabis. Cette drogue ne contient rien de naturel et est commercialisée dans des petits sachets, parfois vendus comme encens ou comme un produit soi-disant légal.
Le Buddha Blue attire en grande partie un public jeune, souvent mal informé. Le principal danger de cette drogue réside dans l’instabilité de sa composition. Chaque sachet peut contenir une molécule différente, parfois modifiée pour échapper à la législation. Cette imprévisibilité rend tout usage risqué, même ponctuel. Dans certains cas, ces effets sont si forts qu’ils nécessitent une hospitalisation d’urgence.
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Il est important de souligner que le Buddha Blue n’a rien à voir avec le cannabis naturel. Il est essentiel d’informer les jeunes sans jugement, avec des faits clairs et concrets. Le Buddha Blue est une drogue extrêmement dangereuse, trompeuse et destructrice. Elle cible souvent les plus jeunes, sous une apparence inoffensive. Face à ce produit, la meilleure réponse est la connaissance, la vigilance et le dialogue. En parler, c’est déjà agir.
Consommation de Substances Psychoactives chez les Adolescents
L'adolescence est une période de transition entre l'enfance et l'âge adulte, marquée par des modifications corporelles et psychologiques importantes. C'est également une période où les jeunes sont particulièrement vulnérables à l'influence de leurs pairs et à la recherche de repères identitaires.
La consommation de produits psychoactifs est un comportement très répandu chez les adolescents. Ces produits peuvent être accessibles en vente libre (alcool, tabac) ou illicites (cannabis, cocaïne, ecstasy…). Le caractère psychoactif du produit est reconnu par ses modes d'actions sur le cerveau et les effets qui en découlent directement. Le phénomène de dépendance est caractérisé par un état de besoin d'une personne à l'égard d'une substance à la suite de sa consommation périodique ou continue.
Les usages et les conséquences de la consommation de drogue varient considérablement d'un sujet à l'autre. Les tableaux peuvent être très divers, et d'intensité variable, jusqu'à être d'une sévérité manifeste (scarifications, déscolarisation, tentatives de suicide, comportements à risque, violence, troubles du comportement alimentaire, actes de délinquance…).
Les trois produits les plus consommés par les adolescents, au potentiel addictogène, sont : le tabac, l'alcool et le cannabis.
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Le Tabac
Le tabac engendre des effets psychoactifs peu marqués, souvent de nature anxiolytique ou excitante. La dangerosité du tabac est essentiellement due à sa haute toxicité pour les voies respiratoires et l'appareil cardio-vasculaire ainsi que son haut potentiel cancérigène lorsqu'il est consommé sur un long terme. A 17 ans, plus de 4 jeunes sur 10 déclarent une consommation de tabac au cours des 30 derniers jours.
L'Alcool
L'alcool est prisé des adolescents, notamment sous la forme de prémix (mélange d'alcool fort et de sodas ou jus de fruits) ou d'alcopops (mélanges d'alcool parfois aromatisé), ou encore de bière, de champagnes (notamment chez les filles), et d'alcools forts. La pression des pairs, voire de la famille, est souvent retrouvée comme motivant les premières consommations.
Depuis ces dernières années, on observe un phénomène venant du monde anglo-saxon appelé « binge drinking », traduit en français par « biture express », le principe étant de boire le plus d'alcool en moins de temps possible (the more the better), afin d'obtenir un état proche de la « défonce ». Les effets seront généralement proportionnels aux doses absorbées. En effet, l'alcool est désinhibant et excitant (jusqu'à l'agitation) dans les premiers temps de son ingestion. Il peut ensuite engendrer une somnolence parfois importante, jusqu'au coma en cas d'absorption massive.
La prise d'alcool perturbe la mémoire et les apprentissages (effets plus marqués chez les adolescents que chez les adultes). Au long cours, son usage régulier peut engendrer un retrait progressif des apprentissages et des actes nécessitant de la rigueur et de la méthode (dommages neuro-cognitifs). Il favorise la désinsertion sociale et scolaire.
Le Cannabis
Le cannabis est une plante, dont le principe actif est le Tetrahydrocannabinol (THC), inscrit sur la liste des stupéfiants. Il se présente sous deux formes principales :
- L'herbe (marijuana, beuh…) : préparée avec les feuilles, les tiges, les sommités fleuries, qui sont séchées et coupées ou écrasées.
- La résine (haschisch, shit…) : est obtenue en mélangeant les sommités fleuries compactées avec d'autres ingrédients divers qui sont extérieurs à la plante, formant une matière compacte qui se présente sous la forme de barrettes vertes, brunes ou jaunes, vendue sous cette forme.
Il est fumé, en général, à plusieurs, se partage et provoque un phénomène d'émulation et de bien-être collectif (certains parlent d'usage « festif »). Appartenant à la classe des hallucinatoires, le cannabis n'engendre pas systématiquement ce type d'effets. En général, mais de manière variée, selon la concentration en THC, la quantité absorbée, la sensibilité individuelle, la consommation avec d'autres produits, il apporte un sentiment de sédation, d'apaisement, de détachement, une légère euphorie, un bien-être, parfois une hypersensitivité (meilleure perception des sons par exemple). Parfois, il provoque des phénomènes hallucinatoires, occasionnellement très désagréables, angoissants ou violents.
C'est la première substance illicite consommée. 1/4 des adolescents de 17 ans (20 % de filles, 30 % de garçons) déclarent avoir consommé du cannabis au cours du dernier mois (le plus souvent en week-end).
Prévention et Prise en Charge des Addictions chez les Adolescents
La prévention des addictions chez les adolescents est un enjeu majeur. Les actions de prévention visent à éviter les premières consommations et à éviter que celles-ci ne se transforment en comportement installé.
En général, le traitement des addictions va consister en une prise en charge d'ordre psychothérapeutique, dont les méthodes peuvent varier (approche cognitivo-comportementale, psychothérapies d'inspiration analytique, écoute et soutien, travail motivationnel…). Dans le cadre de cette relation de confiance qui s'instaure entre l'adolescent et le professionnel, se mettent en place tous les éléments en mesure de soutenir, d'accompagner ou de susciter les motivations à arrêter.
Depuis quelques années, des consultations « jeunes » spécialisées dans la prise en charge de ces addictions, ont été crées sur toute la France, proposées dans divers lieux tels des associations spécialisées, des hôpitaux, des centres médico-sociaux ou centres de santé. Il existe aussi des consultations spécialisées en tabacologie ou en alcoologie, pas forcément dédiées aux adolescents. La première démarche d'aller vers une consultation est déjà primordiale, car nombreux sont les adolescents qui refusent l'idée qu'ils en ont besoin ; le déni, la peur, la crainte d'avoir à se séparer d'une béquille identitaire indispensable, la volonté d'assurer, sont autant de raisons de refus d'aller vers le soin et de rester dans la non demande d'aide.
Lorsque le jeune consommera, non seulement en convivialité durant les soirées et les week-end, mais aussi seul, parfois le matin avant d'aller en classe, ce qui correspond à un critère de gravité, on observera un retentissement dans la vie scolaire avec attitudes de détachement ou désinhibition, excitation ou somnolence, parfois violence, et dans tous ces cas, les apprentissages et la mémorisation seront mis à mal.
Conséquences de la Consommation de Cocaïne et Projets de Grossesse
La consommation de cocaïne peut avoir des conséquences significatives sur la santé reproductive. Une consommation régulière de cocaïne peut provoquer des troubles hormonaux (retard ou absence de règles), et des troubles de l'érection, ce qui peut donc avoir une incidence sur la faisabilité de la conception.
La vigilance porte surtout sur des consommations de cocaïne pendant la grossesse, car la cocaïne peut entraîner une vasoconstriction ou une hypertension, et donc des risques pour la santé de la personne enceinte et du fœtus.
La cocaïne est détectable dans les urines maximum 2 semaines après l'arrêt (si l'on a une consommation quotidienne), ou 4 jours (pour une consommation occasionnelle). Dans le sang, peu importe la fréquence de consommation, la cocaïne n'est détectable que quelques heures après la consommation.
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