Le Rajasthan, une région de l'Inde du Nord, est un creuset de cultures, d'ethnies et d'histoires fascinantes. Cet article explore les diverses facettes de cette région, en mettant en lumière son héritage ethnique, son histoire riche et sa culture vibrante.

Introduction aux Ethnies du Rajasthan

Le Rajasthan est un territoire vaste et étendu qui offre une superbe palette de paysages variés. Les terres de l’ouest sont caractérisées par le désert du Thar, tandis que la chaîne montagneuse des Aravalli le sépare des grandes plaines et des vallées agricoles situées à l’Est. Les champs de culture et les troupeaux de chèvres et de dromadaires ajoutent une touche pittoresque aux panoramas. L’ensemble de la province est parsemé de villages authentiques et médiévaux, de forts et de palais hérités d’un riche passé.

Au cœur de cette mosaïque culturelle, on retrouve une multitude d'ethnies, chacune contribuant à la diversité et à la richesse du Rajasthan. Parmi elles, les Raika, connus comme les principaux chameliers de l’Inde du Nord, constituent le groupe de pasteurs le plus important dans cette région du monde. Les Raika, dont la population est estimée à un demi-million de personnes, vivent principalement au Rajasthan.

Les Raika : Gardiens du Savoir Chamelier

Les Raika sont un groupe de pasteurs dont l'histoire et l'identité sont intimement liées à l'élevage des dromadaires. Pour les Raika, être chamelier, c’est d’abord s’inscrire dans l’histoire d’une caste, qu’il s’agisse de son origine mythique ou de sa place dans la hiérarchie sociale ; c’est aussi s’inclure dans des rapports sociaux particuliers au sein de la société indienne ; c’est enfin posséder des compétences techniques et intellectuelles, ainsi que des habiletés personnelles. C’est un savoir-être entouré de règles sociales qui conditionnent la relation de l’homme à l’animal.

Selon leur récit, leur spécialisation est une qualification héréditaire accordée par le dieu Shiva. C’est ainsi que le dieu Shiva aurait créé les Raika pour contrôler un animal potentiellement dangereux. Il s’agit d’une qualification originelle qui leur permet « d’être au monde ». C’est à la fois l’attribut du groupe social et le fondement de sa différence.

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Même si d’autres castes, comme les Jat et les Rajput, en possèdent et en élèvent aussi, les Raika sont toujours considérés comme les spécialistes des dromadaires. Au National Research Centre on Camel, organisme gouvernemental situé à une dizaine de kilomètres de Bikaner, le dressage leur est confié.

La place des Raika dans la société

En tant que chameliers, les Raika étaient dans le passé au service des Rajput, caste guerrière et noble du Rajasthan. Être au service de ces hommes puissants prouvait leurs qualités morales, en particulier leur loyauté, valeur associée à l’image noble du guerrier. Ils s’occupaient des larges troupeaux possédés par les souverains, et tenaient le rôle d’hommes de confiance chargés de faire parvenir des messages confidentiels à leur destinataire dans les meilleurs délais. Ils chevauchaient les dromadaires les plus rapides, et la collaboration entre l’homme et l’animal leur permettait de réaliser des exploits.

Aujourd'hui, les Raika valorisent leur spécialisation, qui justifie leur existence dans le monde et leur place dans l’histoire. Le dromadaire, comme objet de leur savoir, bénéficie aussi d’une valeur sociale élevée. Il joue un rôle majeur dans le déroulement de la cérémonie du mariage, puisque le jeune fiancé arrive dans la maison de la promise à dos de dromadaire.

Savoir-faire et compétences des chameliers Raika

Les techniques pastorales relèvent d’une combinaison d’habiletés, d’expériences et de capacités personnelles intériorisées, difficiles d’accès à qui n’a pas suivi un apprentissage durant de longues années. Ces techniques sont fondées sur une observation très fine du comportement animal et du milieu.

Les techniques pastorales sont apprises dans le cadre de l’unité familiale. Les anciens - le père, le grand-père ou l’oncle - enseignent aux plus jeunes la manière de s’occuper des bêtes. À partir de 6 ans, les jeunes garçons doivent savoir promener un dromadaire, et à 16-17 ans être capables d’en dresser un. Ils apprennent successivement les différentes étapes du dressage. La première consiste à fixer dans la narine de l’animal un morceau de bois sur lequel est nouée une longe, puis, en tirant sur la corde, à le faire baraquer - c’est-à-dire s’accroupir - en prononçant les mots « jay-jay », et le faire se lever au son d’un claquement de dents « tuch-tuch ».

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La difficulté du dressage fait la fierté des Raika, car eux seuls savent contrôler de tels animaux. Le dressage ne se fait pas de manière tendre et le reste de la population en est conscient. Un adage populaire énonce : « Si une personne commet une mauvaise action, elle risque de se réincarner en dromadaire, sera battue par les Raika et obligée de porter des charges très lourdes ».

Les Bishnoïs : Protecteurs de la Nature

Parmi les autres communautés notables du Rajasthan, les Bishnoïs se distinguent par leur engagement envers la protection de la nature et de l'environnement. Les Bishnoïs, présents principalement dans les régions de Jodhpur, Bikaner et marginalement dans l’Haryana, forment une communauté fondée au XV siècle par le guru Jambeshwar Bhagavan, affectueusement surnommé Jambaji. Guidés par vingt-neuf principes spirituels, ils se distinguent par un végétarisme rigoureux, un profond respect de toute forme de vie et une véritable philosophie de préservation de la nature. Souvent décrits comme les pionniers de l'écologie en Inde, les Bishnoïs ont bâti leur identité autour de la protection des arbres, des animaux et de leur environnement, faisant de leur culture un exemple unique d’harmonie entre spiritualité, tradition et écologie.

Autres communautés

Il est important de garder à l’esprit que la population du Rajasthan est diverse et variée tant au point de vue religieux, vestimentaire, alimentaire, linguistique, etc. Ainsi, à moins d’être un anthropologue averti, vous n’observerez toujours qu’une petite partie du grand nombre des communautés qui peuplent le Rajasthan. Les castes et communautés du Rajasthan correspondent souvent à la fonction occupée par ceux qui y appartiennent. Ce système hindou est basé sur les principes de la pureté et de la réincarnation. Les Rajputs, fils de roi, sont les membres de clans patrilinéaires dirigeant autrefois les Rajputanas, anciens territoires du Rajasthan. Ils possèdent un code de conduite chevaleresque basé sur l’honneur et la loyauté et leur histoire est abondante en contes de bravoure, de courage suicidaire et de « sati » (immolation des veuves).

Histoire du Rajasthan

L’histoire du Rajasthan est riche et complexe, marquée par l'ascension et la chute de diverses dynasties et empires.

Les premières civilisations

Les premières traces de vie remonteraient à près de 500 000 ans av. J.-C. Mais l’histoire du Rajasthan commence à s’écrire dès l’arrivée des Aryens, venus de l’ouest, environ 1 500 ans avant notre ère. Puis les différentes dynasties s’octroient le pouvoir du territoire, des Maurya aux Gupta. La première grande civilisation du Rajasthan est la civilisation très élaborée de l'Indus. Au IIe millénaire avant J.-C. Cette période de l’histoire du Rajasthan coïncide avec les premières invasions aryennes (du terme indien Aryas), venues du Nord-Ouest, qui submergent la civilisation de l'Indus. Au Ier siècle avant J.C. L'Empire Maurya domine la plus grande partie de l'Asie du Sud. Du Ier siècle avant J.C. Du IVe au VIe siècle après J.C. L'Empire Gupta réunifie tout le Nord de l'Inde. C’était une époque de prospérité et de grande activité artistique, la période Gupta est considérée comme l'âge d'or du classicisme indien. Il reste encore des traces de cette explosion artistique dans certaines villes du Rajasthan comme près de Jodhpur et à Jhalawar.

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L'âge d'or des Rajputs

L’âge d’or du Rajasthan débute cependant au VIe siècle, lorsqu’il tombe aux mains des Rajputs. Leurs clans s’organisent dans de petits royaumes assez autonomes, tous dirigés par des chefs, eux-mêmes gouvernés par un monarque. Les Rajputs sont composés de nombreux clans parfois amis ou parfois ennemis. Malgré de nombreuses invasions musulmanes durant cette période, les Rajputs résistent et la civilisation indienne s'épanouit dans tout son raffinement, avec notamment l'édification des temples de Khajuraho ou des sanctuaires de Mont Abu.

Les Moghols et les Britanniques

Du XVIe siècle au XVIIIe siècle après J.C. L'Inde du Nord voit arriver de nouveaux envahisseurs venus d'Asie Centrale, les Moghols, qui fondèrent l'Empire Moghol. La première période de l’histoire du Rajasthan fut très violente et les Rajputs ont dû se replier et organiser une résistance active. Puis, vint Akbar, l'Empereur le plus emblématique de la période moghole, qui a voulu gouverner son empire en souverain indien et mena une politique religieuse libérale et tolérante. Il eut l'ambition d'unifier son empire et a employé face aux princes Rajputs une double politique à la fois militaire et diplomatique. Cette politique porta ses fruits avec les Rajas qui firent allégeance, à l'exception notoire du Royaume du Mewar, qui resta intransigeant.

Mais le début du XVIIIe siècle marque le déclin du règne moghol, et l’afflux des Marathes. La zone explose de nouveau en sous-territoires contrôlés par des princes. Ces derniers souhaitent toutefois calmer les conflits et voient la venue des colons anglais comme une aubaine. Ils pensent que ceux-ci vont leur apporter de la stabilité économique, ainsi qu’une protection, et vont les guider dans l’établissement d’une seule et même administration. Une alliance forte et bénéfique, du moins pour une partie de la population haut placée, s’installe entre les maharajas et le pouvoir britannique.

Au XIXe siècle après J.C. C'est la période de l’histoire du Rajasthan de la montée en puissance de la domination anglaise. La Compagnie des Indes Orientales avait implanté des comptoirs commerciaux sur les côtes de l'inde à partir du XVIIe siècle, avant de s'installer dans tout le Nord de l'Inde, profitant de la décadence moghole. En 1818, lassés par l'oppression des Mahrattes et les pillages de brigands venus de l'Ouest, les maharajas signèrent des accords avec les Anglais pour obtenir la protection de leur armée. En échange, ils reconnurent la tutelle britannique tout en conservant leurs pouvoirs à l'intérieur de leurs États. C'est l'âge d'or pour les Maharajas qui vivent dans un luxe exubérant et raffiné : palais aux murs incrustés de pierres précieuses, parades d’éléphants caparaçonnés de tissus et pierres semi-précieuses, festivités durant plusieurs semaines, chasses aux tigres, Rolls Royce.

L'indépendance de l'Inde

À partir de l’indépendance de 1947, les rois du Rajasthan vont rejoindre l’Union indienne. Mais c’est une mauvaise période pour la région, toujours dirigée par les maharajas, qui ne sont à l’origine d’aucune réforme pour le bien-être de leur peuple. Aussi, dans la nouvelle structure démocratique et républicaine de l’Inde, leur position ne peut être maintenue.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le 15 août 1947, les Anglais finirent par accorder à l'Inde son indépendance, qui eut un double impact : d'une part la partition entre l'Inde et le Pakistan, séparation devenue inévitable en raison de l'hostilité attisée entre musulmans et hindous, et d'autre part celui de l'intégration des Etats Rajputs à la jeune république indienne. Une fois l'Inde devenue indépendante, les princes durent renoncer à leurs pouvoirs.

En 1970, ils doivent faire une croix sur leurs terres, leurs titres et leurs privilèges. C’est alors qu’une stratégie de tourisme est imaginée. Le but est de faire du Rajasthan une destination majeure dans le pays. Et cela passe, en partie, par la réhabilitation des palais des maharajas en hôtels de luxe.

Le Rajasthan contemporain

De l'indépendance jusqu'à 1991, la politique économique fut socialisante et étatique. Puis, l'Inde fut un des grands leaders des pays non alignés. La chute de l'Union Soviétique coïncida avec la libération économique. Il s’en suivit l'émergence d'une grande classe moyenne et une course à la consommation qui stimula la croissance économique (+ 5 à 8 % par an) et l'écart se creusa entre l'Inde traditionnelle des campagnes (70% de la population) et des villes de plus en plus modernes, et entre les classes sociales. L'Inde a commencé à sérieusement sentir les effets de la crise monétaire et économique depuis 2008 et depuis le début de l'année voit sa croissance ralentir dangereusement…

Culture du Rajasthan

Le Rajasthan est célèbre pour son architecture exceptionnelle. Les haveli, par exemple, étaient des demeures royales ou qui appartenaient à des marchands. On les remarque par la richesse des décors de leurs façades. Leurs balcons sont finement sculptés avec des dentelles de pierre. Des fresques et des motifs variés recouvrent les parois extérieures. Les fenêtres sont nombreuses et se placent dans des avancements de murs. Le travail est subtil et délicat, et offre de superbes édifices ! On trouve également de magnifiques temples, et des puits à escalier incroyables, typiques de la province.

Dans le milieu des arts, le Rajasthan est remarquable. Il existe dans l’État des danses traditionnelles, comme celles de la communauté Kalbelia, classées au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Dans de nombreuses régions, le chant est utilisé pour transmettre des contes, des récits ou des prières. La musique soufie, célébrée lors d’un festival à Jodhpur, se veut sacrée et spirituelle, et prend la forme de chanson, de poésie et de mélodies. Aussi, on ne manque pas de contempler les œuvres d’art créées dans le cadre de l’école de peinture miniature du Rajasthan !

Les pierres semi-précieuses du Rajasthan sont également particulièrement réputées, de même que les textiles, avec la typique tenue du choli.

Enfin, en plats emblématiques du Rajasthan, on retrouve les ladoos, petites sphères à base de farine, de sucre et d’épices. Le malpua est une sorte de beignet que l’on mange en encas. Et le rasgulla est une boule de fromage trempée dans du sirop, et servie au dessert.

Sites incontournables

Le Rajasthan regorge de cités historiques et culturelles d'une beauté saisissante. Parmi les sites incontournables, on peut citer :

  • Jaipur : La « ville rose » abrite une architecture saisissante, comme celle du Palais des vents ou du City Palace. Vous y contemplez également le Jantar Mantar, observatoire astronomique datant du XVIIIe siècle et classé à l’UNESCO.
  • Ajmer : Admirez le mélange d’architectures de la cité d’Ajmer, ancien siège de l’autorité moghole puis britannique. Les différentes influences de son histoire lui procurent une ambiance spéciale.
  • Pushkar : Pushkar est une ville très spirituelle, mais pour les hindouistes cette fois. Elle est bâtie autour d’un lac sacré. Vous pourrez vous rendre au bord de celui-ci dès le matin pour capter des instants de la vie quotidienne et des traditions des habitants.
  • Bikaner : Bikaner, située au cœur du désert du Thar, baigne encore dans son jus de cité des maharajas ! Elle a su garder son aspect authentique. Elle propose une architecture éblouissante, entre le fort de Junagarh, les palais, et les centaines de demeures haveli de sa vieille ville.
  • Jaisalmer : Jaisalmer, sa voisine du désert, est particulièrement réputée pour sa citadelle, toujours habitée, et perchée sur un éperon rocheux qui domine la ville à son pied. Ce monument emblématique est l’un des plus anciens forts du Rajasthan et est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
  • Jodhpur : Surnommée la « ville bleue » grâce à la couleur de ses maisons, Jodhpur bénéficie d’un charme authentique. De plus, vous découvrez l’impressionnant Fort de Mehrangarh, l’un des plus beaux du pays.
  • Udaipur : Cette ville typiquement inspirée de l’art Rajput est sublime. Elle est surnommée la « cité blanche » pour la couleur de ses édifices qui se reflètent dans le lac Pichola, mais aussi la « Venise de l’Inde ». Son monument emblématique est le City Palace, un palais vaste, dont les premières fondations remontent au XVIe siècle.
  • La région du Shekhawati : Celle-ci, outre le fait d’avoir su garder son authenticité et son côté traditionnel, est surtout célèbre pour les havelis qu’il est toujours possible d’observer. Ses superbes demeures sont, en partie, originaires du XVIIIe siècle, à une époque de fastes pour les marchands du Rajasthan.
  • Les parcs nationaux de Ranthambore et de Keoladeo Ghana : Le parc national de Ranthambore est célèbre pour le Tiger Project. Celui de Keoladeo Ghana est réputé pour le spectacle qu’il offre durant l’hiver, lorsque les oiseaux migrateurs des montagnes viennent s’y réfugier par milliers !

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