Les douleurs testiculaires, bien que moins fréquemment abordées que les douleurs périnéales féminines, peuvent survenir chez les hommes et engendrer un réel handicap. Cet article explore en profondeur les causes potentielles de douleurs testiculaires après l'accouchement, tout en mettant en lumière les affections périnéales plus générales qui peuvent affecter les hommes et les femmes.
Le périnée : un carrefour anatomique et fonctionnel
Le périnée est une zone anatomique complexe, un véritable "hamac" composé de muscles, de ligaments, de fascias et de membranes qui ferment la cavité abdominale à la partie inférieure du bassin. Il contient les organes génitaux externes féminins et masculins et les orifices des appareils génito-urinaires (vessie, urètre) et gastro-intestinal (rectum et canal anal). Plusieurs muscles s’y rejoignent, notamment les muscles élévateurs de l’anus qui s’attachent et sont réunis par un tissu fibreux, formant le diaphragme pelvien.
Le périnée assure plusieurs fonctions essentielles :
- Soutien : Il soutient la vessie, le rectum, le canal anal et les voies de la reproduction.
- Fixation : Il fixe les racines des organes génitaux externes (clitoris, pénis) sur le pubis.
- Continence : Il maintient une tension équilibrée pour retenir les urines, les gaz et les selles.
Causes potentielles de douleurs testiculaires après l'accouchement
Bien que l'accouchement soit un événement physiologique féminin, il peut indirectement impacter la santé masculine, notamment au niveau de la région pelvienne et testiculaire. Les causes de douleurs testiculaires sont diverses.
Douleurs testiculaires directes :
- Traumatismes : Lors d’une activité physique ou de la pratique d’un sport, lors d’une rixe (en cas de coup de pied mal placé, par exemple) ou d’un accident, les testicules peuvent subir un traumatisme voire une blessure, entraînant alors des douleurs plus ou moins vives, un gonflement et un hématome.
- Torsion testiculaire : Bien que plus fréquente chez les jeunes, la torsion du cordon spermatique peut survenir à tout âge et provoquer une douleur vive et brutale nécessitant une intervention chirurgicale rapide.
- Orchite et épididymite : Ces inflammations des testicules ou de l’épididyme peuvent être douloureuses.
- Varicocèle : Ce trouble chronique, caractérisé par la dilatation des veines du cordon spermatique, peut provoquer une gêne ou une douleur.
- Hydrocèle : L’hydrocèle ne disparaît généralement pas d’elle-même et peut être facilement observée en éclairant le testicule avec une lampe de poche à travers la partie gonflée du scrotum si l’on éteint la lumière dans la pièce. En général, l’hydrocèle est une pathologie bénigne qui est parfois très inconfortable et qui requiert une intervention chirurgicale que lorsqu’elle est inesthétique ou cause une gêne.
Douleurs testiculaires indirectes ou référées :
- Névralgie pudendale : L'accouchement peut être une cause de névralgie pudendale en raison d'un étirement excessif des tissus pelviens. Bien que la douleur soit principalement ressentie dans le périnée, elle peut irradier vers les testicules. La névralgie pudendale se caractérise par des douleurs chroniques au niveau du périnée, aggravées par la position assise. Ces douleurs sont liées à la compression du nerf pudendal (anciennement appelé nerf honteux), l’un des principaux nerfs qui innerve le périnée. La névralgie pudendale encore appelée syndrome du canal d’Alcock est une maladie neurologique causée par une compression ou une irritation du nerf pudendal durant son trajet dans différents tunnels qu’il traverse (syndrome canalaire).
- Syndrome de la charnière dorso-lombaire : L’irritation des nerfs rachidiens D12 et L1 peut provoquer des douleurs référées dans la région pubienne et testiculaire.
- Syndrome du piriforme : La contracture du muscle piriforme peut entraîner des douleurs fessières irradiant vers la région inguinale et périnéale, potentiellement affectant les testicules.
- Varices pelviennes : Bien que plus fréquentes chez les femmes, les varices pelviennes peuvent également survenir chez les hommes et provoquer une sensation de pesanteur ou de douleur dans la région pelvienne, pouvant irradier vers les testicules.
- Problèmes de posture : Lors de la grossesse, le poids du bébé augmente la contrainte mécanique sur le périnée. Ceci, accompagné de changements hormonaux qui détendent les ligaments, peut diminuer la tonicité musculaire du périnée.
Névralgie pudendale : un focus particulier
La névralgie pudendale est une cause importante de douleurs périnéales chroniques, et elle peut être exacerbée par les difficultés liées à l'accouchement (dues à un étirement excessif), un traumatisme, les cicatrices postchirurgicales ou postradiothérapie, une utilisation excessive de la bicyclette, une déviation de la colonne vertébrale, des fractures pelviennes ou une tumeur.
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Symptômes de la névralgie pudendale
Les symptômes de la névralgie pudendale varient en intensité et selon les nerfs touchés. Les plus courants sont : douleur : la douleur est souvent intense, brûlante et lancinante. Elle peut s'étendre aux organes génitaux, à la région périnéale, aux fesses, aux cuisses et au bas du dos ; engourdissements et picotements : des sensations d'engourdissement, de picotements, de fourmillements ou de « décharges électriques » peuvent se manifester dans la région génitale, périnéale et anale ; difficultés urinaires : la névralgie pudendale peut entraîner des problèmes urinaires tels que des envies fréquentes d'uriner, une incontinence urinaire, une sensation de vidange incomplète de la vessie ou une difficulté à démarrer la miction ; difficultés sexuelles : les femmes peuvent souffrir de douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunie), tandis que les hommes peuvent avoir des troubles de l'érection ou une éjaculation prématurée ;autres symptômes : des sensations de brûlure à l'anus, une constipation, une diarrhée ou une sensation de « corps étranger » dans le vagin peuvent également être présents.
Diagnostic de la névralgie pudendale
Le diagnostic de la névralgie pudendale peut être difficile car les symptômes ressemblent souvent à ceux d'autres affections. Il repose sur des Critères de Nantes qui, depuis 2008, sont utilisés dans le monde entier pour établir le diagnostic de la névralgie pudendale par syndrome canalaire. Les cinq Critères de Nantes à remplir avant la confirmation du diagnostic par infiltration sont : douleurs dans le territoire du nerf pudendal (de l’anus à la verge ou au clitoris) ; les douleurs sont aggravées par la position assise et sont soulagées par la position debout ou sur le siège des toilettes ; les douleurs ne réveillent pas la nuit ; le périnée n’est pas sensible et les urines sont perçues pendant la miction, ainsi que les gaz et les selles ; Le diagnostic est donc clinique et confirmé par l’infiltration test qui est le cinquième critère.
Prise en charge de la névralgie pudendale
La prise en charge de la névralgie pudendale repose sur le traitement de la douleur neuropathique par antidépresseurs (amitriptyline à faible dose ou duloxétine) ou antiépileptique (prégabaline, gabapentine) et une stimulation percutanée du nerf tibial postérieur. La physiothérapie, l'ostéopathie et la psychothérapie à court terme sont également proposées comme solutions de première intention. Les infiltrations anesthésiques du nerf pudendal ont un effet limité et ses effets thérapeutiques à moyen et long terme n'ont pas été démontrés. Dans les formes rebelles, la chirurgie de décompression du nerf pudendal par abord transglutéal est la seule dont l'efficacité a été prouvée.
Autres causes de douleurs périnéales
Outre la névralgie pudendale, d'autres affections peuvent provoquer des douleurs périnéales chez l'homme et la femme :
- Endométriose : Bien que principalement féminine, l'endométriose peut provoquer des douleurs périnéales irradiant vers les testicules.
- Vulvodynie : Cette douleur chronique de la vulve peut s'étendre à la région périnéale.
- Vulvo-vaginite cyclique : Cette affection provoque des démangeaisons, des douleurs, des brûlures, des fissures et des gonflements.
- Hyperplasie prostatique bénigne : L'hypertrophie de la prostate peut entraîner des douleurs périnéales chez l'homme.
- Coccydynie : La douleur est strictement localisée au coccyx, reproduite par la pression du coccyx par voie externe ou lors du toucher rectal. Elle peut parfois être le témoin d’une instabilité coccygienne démasquée par les clichés dynamiques du coccyx (une instabilité supérieure à 25° entre position debout et assise étant considérée comme pathologique). Lorsque le coccyx reste stable, les douleurs peuvent être dues à une arthrose inter-coccygienne ou une épine coccygienne.
- Syndrome myofascial : Le syndrome myofascial est défini par un syndrome douloureux musculaire avec faiblesse motrice, corde musculaire tendue, point gâchette et douleur référée. Il serait dû à un dysfonctionnement neuro-musculaire localisé, entraînant une sensibilisation des nocicepteurs de voisinage. La douleur myofasciale s’exprime par une douleur régionale complexe, mais reproductible à l’examen clinique.
- Varices pelviennes symptomatiques : Les varices pelviennes permanentes asymptomatiques, fréquentes dès la deuxième grossesse, peuvent néanmoins être à l’origine d’une symptomatologie spécifique invalidante.
L'importance de la rééducation périnéale et de l'ostéopathie
La rééducation périnéale a un rôle essentiel après l’accouchement. Elle peut être pratiquée par un kinésithérapeute ou une sage-femme. En suite de couche, toutes les femmes ont le droit à dix séances de rééducation périnéale remboursées par la sécurité sociale.
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L’ostéopathie est une thérapie manuelle prenant le patient en charge dans son entièreté. Si vous présentez des douleurs périnéales suite à votre accouchement, vous pouvez consulter un ostéopathe et ce avant même de commencer la rééducation périnéale afin de la potentialiser. Le rôle de l'ostéopathe est avant tout de déterminer, à travers des questions et des tests ostéopathiques, la cause de ces douleurs qu’elles soient psychologiques ou physiques. Dans le cas d’une névralgie pudendale, l’ostéopathe doit vérifier qu’il ne s’agisse pas d’une pathologie organique (par exemple une tumeur). Une fois cette hypothèse écartée, il déterminera s’il s’agit d’une compression du nerf par les structures ligamentaires environnantes.
Prévention et conseils
- Prévenir la constipation : La constipation exerce une contrainte sur le périnée. Adoptez une alimentation riche en fibres et pratiquez une activité physique régulière.
- Adopter une bonne posture aux toilettes : Lorsque vous êtes aux toilettes, placer un tabouret sous vos pieds pour les surélever.
- Choisir une selle de vélo adaptée : Si vous pratiquez le vélo, choisissez une selle adaptée à votre morphologie et réglez-la correctement pour éviter la compression du périnée.
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