Il n'est pas normal de ressentir de la douleur pendant ou après un rapport sexuel. Ce trouble sexuel, bien qu'assez fréquent, affecte une part significative de la population et peut avoir diverses causes. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble des causes possibles des douleurs contractiles après un rapport, ainsi que des solutions pour soulager ces douleurs et améliorer la qualité de vie sexuelle.

Qu'est-ce que la Dyspareunie ?

Les dyspareunies désignent toutes les douleurs aiguës ou chroniques liées à une pénétration ou à une tentative de pénétration. C'est un trouble sexuel qui touche autant les femmes que les hommes. Chez les femmes, les dyspareunies touchent 7,5 % des femmes de 16 à 74 ans actives sexuellement. Les femmes de 55 à 64 ans (10,4 %) et celles de 16 à 24 ans (9,5 %) sont les plus fréquemment touchées.

Manifestations des Dyspareunies

Les dyspareunies se manifestent par :

  • Des douleurs superficielles ressenties au niveau de la vulve, du vagin ou du pénis.
  • Des douleurs profondes ressenties au niveau du vagin ou du ventre.

Au quotidien, les dyspareunies peuvent être très difficiles à vivre pour la personne qui en souffre et son ou ses partenaires. Si elles ne sont pas prises en charge, elles peuvent mener à une baisse du désir et à des problèmes au sein du couple.

Types de Dyspareunies

On distingue principalement deux types de dyspareunies :

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  • Dyspareunies superficielles (ou d’intromission) : La douleur apparaît au début du rapport sexuel, lors de la pénétration.
  • Dyspareunies profondes : La douleur survient à la pression du fond vaginal.

Causes des Dyspareunies

Les dyspareunies peuvent avoir des causes physiques, psychologiques ou une combinaison des deux.

Causes Physiques chez les Personnes Ayant un Vagin

Les causes physiques sont souvent liées à des conditions médicales ou à des changements physiologiques. L'apparition progressive des douleurs indique plutôt une cause physique. Il peut s'agir de :

  • Insuffisance de lubrification : Un manque de lubrification peut rendre la pénétration douloureuse.
  • Infections : Une mycose vaginale ou une infection sexuellement transmissible (IST) comme le chlamydia ou l'herpès génital peuvent causer des douleurs.
  • Dysfonctionnement musculaire du périnée : Souvent causé par des chocs sur le bassin lors de pratiques sportives.
  • Sécheresse vaginale : Parfois provoquée par une pilule mal adaptée ou par la ménopause. Pour de nombreuses femmes ménopausées, la dyspareunie est causée par une sécheresse ou atrophie vaginale.
  • Endométriose : Cette condition peut provoquer des douleurs profondes lors des rapports.
  • Cicatrices : Une cicatrice d’épisiotomie peut être une source de douleur.
  • Anomalies anatomiques : Un kyste, un fibrome ou une tumeur, ou leurs traitements, peuvent également être en cause. Certaines femmes présentent des douleurs dès leurs premiers rapports sexuels sans amélioration ensuite. Il est important de rechercher en consultation gynécologique une éventuelle particularité de l’hymen (épais ou imperforé) ou du vagin (bride ou cloison vaginale).
  • Vulvo-vestibulodynie : Ce sont des douleurs de la vulve et/ou du vestibule de type brûlures ou coupure, avec ou sans signe d'inflammation, qui ne sont pas expliquées par une cause identifiée. On retrouve plus souvent des vulvo-vestibulodynie chez les femmes souffrant d'endométriose sans que le lien de cause à effet soit clairement établi.

Causes Physiques chez les Personnes Ayant un Pénis

Ces dyspareunies ont une cause physique. Il peut s’agir de :

  • Maladie de Lapeyronie : Courbure du pénis qui concerne surtout les hommes après 50 ans.
  • Rupture du frein : Situé entre le gland et le prépuce.
  • Maladies de la peau : Eczéma ou psoriasis touchant le prépuce.

Causes Psychologiques

Parfois, la douleur n’est pas causée uniquement par un problème physique, mais par un blocage psychologique. Cela ne veut pas dire que la douleur est imaginaire, elle est au contraire très réelle et nécessite d’être prise en charge par un professionnel de santé. Dans tous les cas, des examens cliniques poussés doivent avoir écarté une cause physique avant de pouvoir conclure à une cause psychologique.

Les origines psychologiques de la douleur peuvent être diverses :

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  • Problèmes relationnels avec son partenaire
  • Absence de désir
  • Expérience traumatisante : Une agression sexuelle, un accouchement difficile…
  • État anxieux ou dépressif

Douleur Après l'Orgasme

Après l’amour, certaines femmes ressentent des douleurs au niveau du clitoris, du bas-ventre et de l’utérus. D’autres déclarent avoir mal à la tête (migraines).

L’orgasme est décrit médicalement comme le pic de l’excitation, et l’expression d’un plaisir intense, avec déclenchement de la tension sexuelle et des contractions rythmiques des muscles périnéaux et des organes pelviens liés à la reproduction ainsi qu’un état de conscience modifié. Cela pourrait expliquer les douleurs ou crampes ressenties par certaines femmes dans le bas-ventre - elles évoquent souvent des douleurs aux ovaires, mais sans savoir si c’est vraiment là qu’elles se situent. Une douleur ou une crampe peut également se situer au niveau du clitoris, et pour cause : fortement gorgé de sang durant l’orgasme, et hypersensible à ce moment-là, cette hypersensibilité peut persister et devenir douloureuse post-orgasme.

Diagnostic et Consultation

Qui Consulter ?

Les professionnels de santé pouvant être impliqués dans la prise en charge des dyspareunies sont nombreux : médecin généraliste, spécialiste des douleurs pelviennes et périnéales, médecin, gynécologue, urologue, sage-femme, masseur-kinésithérapeute, ostéopathe, sexologue, psychologue, hypnothérapeute, sophrologue…

Il est important de trouver un professionnel qui prendra le temps nécessaire pour vous écouter et vous examiner, si ce spécialiste est clinicien.

Les femmes peuvent consulter un gynécologue ou une sage-femme en première intention. Ce soignant pourra alors les orienter vers un autre spécialiste si nécessaire.

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Les hommes peuvent en parler à leur médecin traitant, qui les orientera si besoin vers un médecin urologue ou un autre professionnel compétent.

Examens et Diagnostic

Lors de la consultation, le médecin procède à un interrogatoire détaillé pour comprendre l'historique de la douleur, sa localisation, son intensité et les facteurs qui l'aggravent ou la soulagent. Un examen physique est également réalisé pour identifier d'éventuelles anomalies anatomiques, infections ou autres causes physiques.

Des examens complémentaires peuvent être prescrits, tels que :

  • Bilan sanguin : Pour vérifier la présence d’une inflammation ou d’une infection.
  • Dépistage des IST : En cas de pertes inhabituelles, de démangeaisons ou de douleurs autour des parties génitales.

Solutions et Traitements

Quelles que soient les causes des dyspareunies, il existe des solutions pour soulager la douleur et améliorer la qualité de vie sexuelle.

Traitements Médicaux

  • Traitement des infections : Si la douleur est causée par une infection, un traitement antibiotique ou antifongique peut être prescrit.
  • Hormonothérapie : En cas de sécheresse vaginale liée à la ménopause, un traitement hormonal local (crème ou ovules à base d’œstrogènes) peut être recommandé.
  • Anesthésiants locaux : Des crèmes à base de lidocaïne ou de menthol peuvent diminuer la sensibilité de la vulve et du vagin. Il faut impérativement demander conseil à son médecin ou pharmacien avant de les appliquer, car certains produits fragilisent les préservatifs.

Approches Non Médicamenteuses

  • Lubrifiants : L’utilisation d’un gel afin d’optimiser la qualité de la pénétration est toujours à envisager en premier lieu. Il est conseillé de choisir une huile neutre qui convient aux muqueuses, comme l’huile de coco.
  • Kinésithérapie : La kinésithérapie a toute sa place dans le traitement des douleurs pendant ou après les rapports sexuels causées par le vaginisme, la vulvodynie, les tissus cicatriciels, les prolapsus et la sécheresse vaginale. L'outil principal du kinésithérapeute dans le traitement des dyspareunies est sa main. D’autres techniques peuvent être sollicités comme le Taping.
  • Biofeedback (BFB) : Sert à permettre à la patiente de visualiser ce qu'elle fait avec son périnée. Action-visualisation-correction : cette boucle d'apprentissage peut être utilisée pour relâcher le périnée ou le renforcer en fonction des besoins.
  • Radiofréquence : Les radiofréquences augmentent la température des tissus, favorisant ainsi le relâchement musculaire. En fonction de l'intensité de l'énergie utilisée, la tecarthérapie va favoriser le drainage, faciliter le travail des cicatrices, ou encore stimuler la synthèse de collagène, d'élastine et de matrice extra-cellulaire.
  • Ondes de chocs : L'utilisation des ondes de chocs en périnéologie est relativement récente mais déjà certaines études sont encourageantes et nous ont amené à les proposer en cas de douleurs liée à la sécheresse vaginale, vulvodynie, syndrome de vessie douloureuse ou encore prostatite.
  • Thérapie manuelle : Le jeu d’étirement post-isométrique d’un agoniste versus raccourcissement de son antagoniste entraînera une réinitialisation des récepteurs tendino-articulaires. De plus, ces manipulations sont tout à fait accessibles en éducation thérapeutique de la patiente à travers des auto-étirements, d’où son intérêt en douleur chronique comme la vulvodynie ou l’endométriose.
  • Électrostimulation neuro-musculaire : Elle peut aussi présenter des effets neurologiques à visée antalgique (TENS et Gate control) ou revitaliser une hypoesthésie et/ou une hypoproprioceptivité. Elle peut être réalisée par des patchs cutanés externes, des sondes endocavitaires vaginales ou anales, mais également désormais sans contact grâce aux champs magnétiques pulsés (CEMP).
  • Biophotomodulation : Le CNGOF en 2021 encourage la poursuite des études sur son recours27. L’énergie vibratoire, thermique et photonique utilisée démontre, à partir de biopsie pré et post traitement, une augmentation des kératinocytes et une collagénèse améliorée.

Approches Psychologiques

  • Thérapie sexuelle : Un sexologue peut aider à identifier et à traiter les problèmes psychologiques ou relationnels qui contribuent à la dyspareunie.
  • Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : La TCC peut aider à modifier les pensées et les comportements négatifs associés à la douleur.
  • Hypnothérapie et sophrologie : Ces techniques peuvent aider à réduire l’anxiété et à améliorer la relaxation.

Conseils au Quotidien

  • Communication : Parlez ouvertement avec votre partenaire de vos douleurs et de vos besoins.
  • Préliminaires : Accordez suffisamment de temps aux préliminaires pour favoriser la lubrification naturelle. Les douleurs aux rapports par sécheresse vaginale sont très souvent dues à un manque de préliminaires.
  • Positions confortables : Expérimentez différentes positions sexuelles pour trouver celles qui sont les plus confortables.
  • Massage du périnée : Quand les douleurs sont dues à une contraction du périnée, le massage de ce dernier peut soulager. C’est aussi l’occasion de reprendre contact avec son anatomie intime. Il est conseillé de choisir une huile neutre qui convient aux muqueuses, comme l’huile de coco, et de masser la sur toute la zone du périnée.
  • Éviter les produits irritants : Utilisez des savons doux et évitez les douches vaginales.
  • Gestion du stress : Pratiquez des techniques de relaxation pour réduire le stress et l’anxiété.

Dyspareunie et Grossesse

Pendant la grossesse, les femmes peuvent également ressentir des douleurs pendant les rapports sexuels. La libido des deux partenaires peut fortement varier au cours de la grossesse. Si, généralement, le premier trimestre est plutôt placé sous le signe de l'inconfort (nausées, fatigue, inconfort physique face à un corps qui change…), il n'est pas étonnant que la libido baisse durant cette période. De plus, la crainte d'une fausse-couche pousse de nombreux couples à prendre plus de précautions que nécessaires. En effet, les rapports sexuels ne vont pas causer ce type d'évènement dramatique. Bébé est bien protégé, au fond de l'utérus, par la poche amniotique et le col est scellé par le bouchon muqueux, qui le protège du sperme et des bactéries extérieures. Durant le second trimestre de grossesse, de nombreuses femmes vont voir leur libido remonter en flèche. En cause, les hormones très présentes dans le corps ainsi que l'afflux sanguin vers le vagin. Bien sûr, ceci ne constitue pas une règle. Certaines femmes seront au contraire assez mal à l'aise dans un corps complètement modifié par la grossesse et pourront se sentir moins désirables pendant cette période. Durant le troisième trimestre, enfin, de nombreuses femmes peuvent être gênées par les désagréments en fin de grossesse, malgré les hormones encore très présentes dans leur corps. Bébé a pris beaucoup de poids, il presse sur leur vessie, leur donnant une envie fréquente d'uriner, sa croissance leur demande beaucoup d'énergie, ce qui peut causer une fatigue importante chez la future maman.

Les professionnels de santé sont formels: dans la majorité des cas, il est plus bénéfique que néfaste de continuer à faire l'amour pendant la grossesse. En effet, il n'a a aucun risque pour le bébé sauf dans certains cas très spécifiques: si votre col est ouvert avant le terme, si vous risquez un accouchement prématuré ou que vous en avez vécu un par le passé, si votre grossesse et gémellaire, si le professionnel de santé vous a demandé du repos et vous a mis à l’arrêt ou encore si vous souffrez d'un placenta prævia (le placenta est trop bas). Pour ce qui est de la pénétration, il est vrai que l’acte peut provoquer des contractions chez la femme enceinte. Mais qu’on se rassure : elles ne sont d’aucun risque pour le bébé. En effet, l'orgasme féminin va produire une dose importante d’ocytocines (l’hormone du plaisir), ce qui a pour effet de causer des contractions utérines. Celles-ci sont en général très discrètes et on ne les sens pas le plus souvent. Pendant la grossesse, cependant, les sensations décuplées peuvent amener à ressentir celles-ci plus intensément. Cela dit, il s'agit de contractions bénignes. Des contractions similaires peuvent survenir lors d’une stimulation des seins. Le point positif, c’est que lorsque bébé est dans le ventre, il va ressentir la décharge d’ocytocine de la maman lors du rapport sexuel. Après un rapport sexuel, les signes qui doivent vous alerter sont des contractions persistantes, pendant plus de deux heures et qui durent chacun environ 40 secondes. Celles-ci peuvent être le signe d'un début de travail et il vaut mieux ne prendre aucun risque et se diriger rapidement vers la maternité la plus proche. Il peut arriver que vous ayez des pertes de sang après un rapport sexuel. Cela dit s’il celles-ci sont trop importantes, il ne faut pas hésiter à aller consulter immédiatement. Pareil si vous perdez du liquide amniotique en grande quantité, ce qui peut être le signe que la poche des eaux s'est rompue.

Bien que les chances que les rapports sexuels déclenchent le travail sont minimes en-dehors des cas mentionnés précédemment, il faut être à l’écoute des craintes et appréhensions de chaque partenaire. Il n’est pas nécessaire de maintenir une sexualité active si on a peur que cela déclenche des contractions. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la « méthode italienne ». Celle-ci consiste à faire l’amour, à l’approche du terme, pour déclencher le travail. Cela peut paraître contre-intuitif vis-à-vis de ce que l’on vient de décrire. En réalité, cette méthode serait efficace seulement lorsque le col de l’utérus commence à s’ouvrir, donc à l’approche de l’accouchement.

Dans certains cas, les futures mères vont constater une diminution importante de leur lubrification naturelle ou encore une sécheresse vaginale qui peut entraver leur sexualité pendant la grossesse. Certaines positions sont réputées plus agréables durant cette période de la vie que le missionnaire. En effet, la levrette, l’andromaque ou encore la cuillère peuvent être plus confortables à la fois pour la femme enceinte et son partenaire. Enfin, il est fondamental de continuer à se protéger pendant la grossesse. En effet, les préservatifs ne sont pas seulement un moyen contraceptif, ils permettent également d’éviter de se transmettre des infections sexuellement transmissibles.

Dyspareunie Post-Partum

Dans la période du post-partum, les douleurs périnéales spontanées sont identiques à J+2, y compris si le périnée est intact, d’après une revue de littérature de 20196, la différence devenant significative à partir du quatrième jour, les déchirures du 2nd et du 3ème degré et l’épisiotomie étant plus douloureuses que les périnées intacts et les déchirures du premier degré. Le périnée intact ne protège pas de la douleur à la reprise des rapports sexuels à trois comme à douze mois, mais les traumatismes périnéaux majorent le risque. En 2016, Mc Donald7 retrouvait déjà dans sa cohorte de suivi de dyspareunies du post accouchement sur 18 mois, 85% de dyspareunie d’intromission lors du premier rapport, 44% persistantes à trois mois, et encore 22% à 18 mois. Pour affiner les facteurs de risque de persistance des dyspareunies au long cours, Manresa, dans une cohorte suivie à six mois, trouvait en 20209, une association entre lésions du bulbe-spongieux et des transverses périnéales et douleur spontanée à J+10 (OR 1,9 (1,1 - 3,9)) sans différence à sept semaines mais avec un risque de dyspareunies multiplié par 3 (3,3 (1,4 - 7,8)) à 6 mois. Une méta-analyse de 202210 retrouve comme facteur de risque les lésions du sphincter anal et l’épisiotomie. La césarienne est retrouvée comme un facteur de protection par certains10, 11, mais peut aussi être source de dyspareunies profondes7. Pour d’autres, c’est avant tout le vécu de l’accouchement plus que la voie d’accouchement qui peut avoir un impact défavorable sur les douleurs sexuelles persistantes à distance12. Les dyspareunies préexistantes avant et pendant la grossesse sont aussi liées à une plus grande prévalence des dyspareunies persistantes dans le post-partum12.

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