Introduction : L'Émergence du Bien-Être comme Préoccupation Centrale

À travers le monde, on observe une prolifération d'initiatives novatrices visant à évaluer le bien-être des populations, témoignant d'une prise de conscience globale quant à la nécessité de dépasser les indicateurs économiques traditionnels. Le Bonheur National Brut (BNB) instauré par le Bhoutan illustre cette tendance, cherchant à supplanter le Produit Intérieur Brut (PIB) jugé insuffisant pour rendre compte de la qualité de vie humaine et de la préservation de la nature. Cette approche contraste radicalement avec la primauté accordée à la performance économique, recentrant les politiques gouvernementales sur l'épanouissement des individus et le respect de l'environnement. L'OCDE a suivi cette voie en développant, en 2011, l'indice du Bonheur Intérieur Brut pour ses États membres. En 2012, l'Organisation des Nations Unies a proclamé la Journée internationale du bonheur, officialisée par la résolution 66/281 du 28 juin 2012, et publie depuis lors un Rapport mondial sur le bonheur annuel. Cette même année, les Émirats Arabes Unis ont créé un Ministère du Bonheur, institutionnalisant ainsi la quête du bien-être au niveau gouvernemental.

Le bien-être, souvent assimilé au bonheur, a suscité un intérêt scientifique croissant, bien que tardif. Les premières recherches sur le sujet remontent au début du XXe siècle dans les pays anglo-saxons, mais c'est surtout dans la seconde moitié du siècle, au sein des départements de psychologie sociale, que le domaine s'est véritablement structuré. En France, un changement de perspective s'est amorcé dans les années 1960, le bien-être étant perçu comme un devoir à la fois collectif et individuel. Cette injonction au bonheur s'est manifestée, entre autres, par l'émergence d'un nouveau genre cinématographique valorisant l'expression des sentiments intimes et la réflexion personnelle. L'OCDE a emboîté le pas dans les années 1970 en lançant les premières recherches économiques sur le bonheur.

Les sciences sociales se sont emparées de la question du bien-être, soulevant des interrogations fondamentales. L'économie du bonheur, s'appuyant sur la sociologie et la psychologie, cherche à identifier les paramètres et les circonstances qui favorisent l'épanouissement individuel. La signification même du bonheur et l'identité des personnes heureuses font également l'objet de débats, révélant la pluralité des conceptions du bonheur. Par ailleurs, la mesure directe du bien-être suscite un intérêt particulier, conduisant à la construction d'indices et à l'établissement de cartes et de classements basés sur des enquêtes et des données secondaires provenant de divers organismes. Adrian White, par exemple, a élaboré la première carte mondiale du bonheur en s'appuyant sur des données de l'UNESCO, de la CIA, de la New Economics Foundation, de l'OMS et d'autres sources, en utilisant cinq critères : la santé, la richesse, l'éducation, l'identité nationale et la beauté des paysages. De même, Ruut Veenhoven a développé des indicateurs à partir d'une base de données qu'il a constituée au fil des ans, lui permettant de réaliser des cartographies planétaires du bonheur. Ses travaux suggèrent que les pays heureux sont généralement riches, dotés d'économies compétitives, démocratiques, bien gouvernés, et caractérisés par l'égalité des sexes, la tolérance et la liberté individuelle.

Spécificités Africaines et Mesure du Bien-Être

Les recherches existantes et les typologies établies sur le bonheur accordent une attention limitée aux spécificités de l'Afrique. Le lien social, tel que la famille, la parentalité et le mariage, peut être un indicateur fort du bonheur dans ce contexte, contrairement aux sociétés privilégiant l'individualisme. De plus, les typologies se concentrent souvent sur les pays du Nord, reléguant les pays du Sud au bas de l'échelle. Les modèles économiques et culturels semblent donc exercer une influence considérable sur la définition et la perception du bien-être. Une analyse approfondie des spécificités des pays du Sud permettrait de corriger ces déséquilibres en mettant en lumière des travaux s'appuyant sur des indicateurs du bien-être novateurs, adaptés aux réalités sociales, culturelles et économiques de ces territoires.

De nombreux indices ont été développés, intégrant des indicateurs mesurant des dimensions non économiques de la vie ou prenant en compte les aspects subjectifs de celle-ci, à l'inverse du PIB. Le Bonheur National Brut (BNB), le World Happiness Index (WHI) et le Gross Domestic Happiness (GDH) en sont des exemples.

Lire aussi: Guide d'achat doudou bébé

L'Étude de la Multilocalité Résidentielle et le Rôle des Objets

En Belgique, la séparation parentale est devenue une expérience relativement courante, conduisant à une remise en question du modèle occidental de la famille nucléaire. L'hébergement égalitaire, privilégié par un tiers des parents séparés, inscrit les enfants dans un mode de vie multilocal, caractérisé par l'alternance entre deux résidences.

La multilocalité résidentielle, définie comme le fait de résider dans plusieurs lieux sur une période d'un an, implique une appropriation de l'espace non plus comme une transition, mais comme un mode de vie à part entière. Les objets jouent un rôle essentiel dans cet "habiter multilocal", en particulier ceux qui sont assignés prioritairement à un lieu d'habitation ou qui accompagnent les individus dans leurs déplacements.

Contrairement à l'idée que l'alternance résidentielle est source de déstabilisation, certaines recherches suggèrent qu'elle peut être une ressource permettant aux enfants d'acquérir des compétences et des identités multiples. Il est important de comprendre comment les enfants créent de la continuité dans l'alternance, en se concentrant sur le rôle que joue la gestion de leurs objets du quotidien. L'hypothèse est que les enfants s'appuient sur ces objets pour construire leur rapport à leur double espace de vie, l'ordonner et lui donner sens, reliant ainsi les espaces pour former un tout cohérent. La transition physique d'une maison à l'autre implique des pratiques particulières, telles que la planification des objets à emporter, la préparation du sac et l'installation des objets personnels chez chaque parent.

La Matérialité et la Construction du "Chez-Soi"

La matérialité joue un rôle central dans la vie sociale, car "penser l'espace est équivalent à penser le social dans sa matérialité". Les études qui s'inscrivent dans la tradition des material studies portent une attention particulière à la relation dialectique entre les sujets et les objets, soulignant le rôle que les possessions domestiques jouent dans la construction des relations, des identités, des histoires et des cultures de différents groupes d'individus. Il est important de comprendre ce que les individus éprouvent au contact des objets et à leur usage, comment ils les mobilisent pour affronter les épreuves de la vie quotidienne, telle que l'alternance entre deux résidences. Les objets peuvent avoir un effet facilitateur, mais également compliquer la vie quotidienne. Ils permettent de se familiariser et de se stabiliser dans le monde social, de s'orienter dans le temps et l'espace, et sont porteurs de mémoire et marqueurs de l'existence. Ils constituent des supports d'identité et de sociabilité, et servent de support esthétique à la singularité.

Les recherches sur la matérialité dans la vie des enfants en famille post-divorce ou séparation ont majoritairement porté sur la manière dont l'agencement et l'usage des objets domestiques contribuent au sentiment du chez-soi des enfants et, par-delà, à asseoir leur place dans la famille. Affirmer leur droit à avoir leur propre chambre et affaires personnelles chez chacun de leurs parents permet aux enfants de faire de leurs deux lieux de résidence "leurs maisons" et de se sentir reconnus en tant que membres de la famille. Les affaires personnelles que les adolescents laissent en permanence dans chacune de leurs maisons créent une empreinte spatiale de leur présence, leur permettant de réaffirmer qu'ils rentrent "chez eux" à chaque fois qu'ils y retournent, reflétant ainsi la place qu'ils occupent au sein de la configuration familiale.

Lire aussi: Votre enfant à la micro-crèche Câlins Doudou

La question de la continuité dans le changement est également abordée à partir de l'angle de la logistique qui entoure les va-et-vient entre foyers. La manière dont les affaires personnelles transitent entre deux maisons est une question centrale dans la vie des enfants mobiles. On peut distinguer trois groupes d'enfants : ceux qui voyagent avec un gros sac contenant leur "chambre unique mobile" ; ceux qui se rendent au compte-gouttes chez l'autre parent pour y prendre ce qu'ils y ont oublié, comme s'ils étaient chez eux dans un "grand territoire" ; et enfin, ceux qui n'emportent qu'un petit sac, se satisfaisant de peu dans une des chambres parce que l'autre apparait comme une référence dominante. Quel que soit le procédé de déplacement des objets, ces pratiques individuelles semblent être mises en œuvre pour construire un "espace vécu", où les ici et là-bas se superposent et se complètent simultanément.

Objets en Stationnement et Objets en Transit : Assurer la Continuité

Il est essentiel de distinguer deux types d'objets : les "objets en stationnement", qui contribuent à nourrir et donner corps à des lieux d'ancrage, et les "objets en transit", qui voyagent à l'intérieur des espaces mobiles et assurent une continuité entre les lieux d'ancrage. Ces objets relativement stables offrent des repères aux individus mobiles. Il est important de prendre en considération non seulement la localisation de ces objets, mais également le lien entre ici, là-bas et l'entre-deux. Ce chemin de transition, cet "espace de flottement" où des activités prennent place, contribue à stabiliser la vie partagée entre deux lieux de vie et donne un sens particulier à la relation entre ces lieux de résidence.

Les objets du quotidien occupent un rôle essentiel pour créer un espace vécu qui fait sens pour les enfants, qui leur permet d'ordonner leur "monde" et de s'y ancrer. La présence d'objets en transit et en stationnement, en tant qu'éléments-clés de leur vie mobile, offre des repères aux enfants. Ces "choses humbles" les orientent, délimitent les espaces et les temps passés avec chaque "nouvelle famille" à l'intérieur d'une résidence. Toujours là, à leur côté, ils leur permettent de s'ancrer dans leur vie. Il s'agit de comprendre ce que ces objets leur apportent pour s'intégrer à leurs univers de vie et affronter les défis liés à leur mobilité constante. Notons que les objets du quotidien pourraient être perçus par ces enfants tant comme des facilitateurs que comme des freins qui pèsent - dans le sens physique du terme - sur leur mode de vie circulaire.

Méthodologie de Recherche

Une étude a été menée auprès de 17 familles belges au sein desquelles ont été interviewés au total 10 filles et 11 garçons, âgés entre 10 et 16 ans, qui vivent en hébergement égalitaire depuis au moins un an. Les enfants de cette tranche d’âge présentent un intérêt car ils expérimentent des phases de transitions-clés et acquièrent davantage d’autonomie. Les familles ont été recrutées via des appels diffusés par divers canaux ainsi que par un effet boule de neige. La majorité des enfants (13) pratiquent une alternance hebdomadaire (7/7), 4 alternent tous les 5 jours, 3 sont dans un rythme 6j-8j et un enfant pratique le 9j-5j. L’hébergement égalitaire a été mis en place quand les enfants étaient âgés de moins de 3 ans dans 7 cas, entre 3 et 6 ans dans 3 cas, et de plus de 6 ans dans 11 cas. 8 parents sont célibataires alors que 26 ont formé une famille recomposée. Le degré de conflits entre parents est faible à modérément élevé (dans 7 cas). La majeure partie des familles sont issues de la classe moyenne, mais des disparités existent en termes de niveau de diplôme des parents et de niveau de vie ressenti. Les parents de 12 enfants habitent à moins de 25 minutes en voiture l’un de l’autre. Pour les 9 autres enfants, les lieux de vie se situent entre 20 et 50 km de distance. Tous vivent dans un environnement urbain ou péri-urbain.

La collecte des données s’est faite en quatre temps, en commençant par un entretien semi-directif avec au moins un des deux parents afin de comprendre le contexte et la culture familiale de l’enfant.

Lire aussi: Doudou : un atout ou un obstacle ?

tags: #doudou #Louvain #la #Neuve #definition

Articles populaires: