La question du don d'ovules soulève des interrogations complexes, notamment au sein de l'Église catholique. Cet article explore les différentes facettes de cette problématique, en tenant compte des positions de l'Église, des témoignages de personnes concernées et des enjeux éthiques soulevés.
La Position de l'Église Catholique sur la PMA
L'Église catholique s'est longuement exprimée sur la Procréation Médicalement Assistée (PMA), notamment par la voix de ses évêques. Elle considère que la procréation ne doit pas être l'objet d'une volonté à tout prix, mais plutôt le fruit du désir d'accueillir un enfant. Selon Monseigneur Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail bioéthique de la Conférence des Évêques de France, la première question à se poser est de savoir si la dignité de l'enfant est respectée dans le processus de la PMA.
L'Église catholique s'oppose à la GPA (Gestation Pour Autrui) et à la FIV (Fécondation In Vitro) car elle implique le diagnostic préimplantatoire, soit l'élimination volontaire d'un nombre conséquent d'embryons porteurs d'éventuelles anomalies, sans oublier la difficile question du devenir des ovules fécondés surnuméraires. Leur destruction comme leur utilisation pour la recherche scientifique ne sont pas envisageables pour le catholicisme. La Conférence des évêques de France recommande de privilégier l’insémination artificielle à la FIV, technique la plus proche de la nature et la plus à même de respecter la dignité de l’enfant tout en excluant le recours au don de gamètes.
L'insémination artificielle avec le sperme du conjoint (IAC), technique qui se rapproche le plus du rapport sexuel puisqu'elle consiste à placer les spermatozoïdes préalablement sélectionnés dans l'utérus, est préférée à la fécondation in vitro (FIV) qui requiert plusieurs étapes, depuis la stimulation ovarienne jusqu'au transfert embryonnaire.
Pour l'Église catholique, le fait que la procréation doive se dérouler à l’intérieur du couple et dans l’acte conjugal lui-même ne changera pas. Le Code civil dit que : "La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie." (Article 16, 1994) Si l’on sait quand commence la vie - dès la fécondation - la question se pose de savoir à partir de quand on doit la respecter. Sur ce sujet, "l’Église catholique a pris une position très ferme".
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Le Témoignage de Claire et Robin : Un Couple Catholique Face à l'Infertilité
Claire et Robin, un couple de juristes catholiques pratiquants, témoignent de leur parcours face à l'infertilité de Claire, due à un syndrome de Turner. Ils ont envisagé l'adoption, mais Robin a finalement renoncé, craignant les difficultés liées à l'adoption et souhaitant avoir un enfant par voie naturelle.
Claire, initialement réticente face au don d'ovocytes, a évolué dans sa réflexion. Elle considérait au départ cette pratique comme une sorte de "Frankenstein", mais a été rassurée par les explications médicales. Le couple a exploré différentes options, y compris le don d'ovocytes à l'étranger et le don direct par les sœurs de Claire.
Robin exprime ses réticences face au don direct, le considérant comme une forme d'inceste symbolique. Il s'interroge également sur l'impact psychologique pour la sœur donneuse et pour l'enfant. Claire, quant à elle, se renseigne sur la génétique et découvre que le matériel génétique de deux sœurs est potentiellement identique, ce qui la rassure et la séduit.
Le couple est conscient des directives catholiques en matière de PMA, mais Robin critique les "règles" édictées par des dignitaires de l'Église qui n'ont pas d'enfants et sont déconnectés des réalités du monde. Claire estime que ces règles poussent à la réflexion et que, au final, c'est Dieu qui décide si un couple aura un enfant ou non.
Les Enjeux Éthiques du Don d'Ovules
Le don d'ovules soulève plusieurs enjeux éthiques, notamment :
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- Le respect de la dignité de l'enfant : La question centrale est de savoir si le processus de PMA respecte la dignité de l'enfant à naître. L'Église catholique insiste sur l'importance de ne pas instrumentaliser l'enfant et de garantir son bien-être psychologique et social.
- L'anonymat du donneur : Le principe d'anonymat est remis en question par certains, qui prônent l'accès aux origines pour les enfants nés d'un don. Cependant, la levée de l'anonymat pourrait entraîner une baisse du nombre de donneurs et des difficultés pour le couple receveur à se construire en tant que parents.
- La marchandisation du corps humain : La question de la rémunération des donneurs est également débattue. Si certains préconisent une indemnisation pour compenser le temps passé en soins et en suivi médical, d'autres craignent que cela n'entraîne une commercialisation du corps humain et une exploitation des donneuses.
- La filiation : Le don de gamètes fragmente la filiation de l'enfant, en écartant un de ses géniteurs. Cela peut avoir des conséquences psychologiques pour l'enfant, qui peut ressentir un manque ou une interrogation quant à ses origines.
- Le droit de l'enfant de connaître ses parents : L'article 7-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant pose le droit pour tout enfant, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d'être élevé par eux. Le don de gamètes peut être perçu comme une violation de ce droit, car il prive l'enfant d'un de ses parents biologiques.
Le Don de Gamètes et les Droits de l'Enfant
Du point de vue juridique, le recours à des gamètes extérieurs au couple ne semble pas compatible avec le respect des droits de l’enfant. En effet, l’article 7-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France, pose « le droit pour tout enfant, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux ». Ni l’adoption plénière ni l’accouchement sous X ne permettent de relativiser la mise à l’écart d’un des géniteurs de l’enfant par le don de gamètes. En effet, la possibilité offerte à une femme d’accoucher dans le secret est dans l’intérêt de l’enfant en le protégeant contre le risque d’infanticide ou d’abandon. Pour le don de gamètes, c’est le contraire : il fragmente la filiation de l’enfant en évinçant un de ses parents biologiques pour satisfaire le désir de l’adulte. Ce désir d’enfant, aussi légitime soit-il, trouve sa limite dans le respect du droit de l’enfant, car « l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale », selon la Convention internationale des droits de l’enfant.
Les Alternatives au Don d'Ovules
Face aux enjeux éthiques soulevés par le don d'ovules, certains couples peuvent envisager d'autres alternatives, telles que :
- L'adoption : L'adoption permet d'offrir un foyer à un enfant qui en a besoin. Cependant, les démarches d'adoption peuvent être longues et complexes, et il peut être difficile d'adopter un enfant en bas âge et en bonne santé.
- L'acceptation de l'infertilité : Certains couples choisissent d'accepter leur infertilité et de se concentrer sur d'autres aspects de leur vie, tels que leur carrière, leurs loisirs ou leur engagement social.
- Le don d'embryons : Le don d'embryons consiste à accueillir un embryon conçu par un autre couple et qui n'a pas été implanté. Cette option permet de vivre une grossesse et de donner naissance à un enfant, tout en évitant les enjeux éthiques liés au don de gamètes.
L'Évolution des Mœurs et la PMA
Les mœurs évoluent en matière de procréation, comme en témoigne la légalisation de l'avortement en 1975. Robin souligne que, jusqu'à cette date, les femmes qui avortaient étaient celles qui avaient les moyens d'aller en Belgique ou en Angleterre, tandis que les autres le faisaient dans des conditions sordides. Il espère que les mœurs évolueront également en matière de don de gamètes, mais Claire constate que les choses ne bougent pas assez vite, car il n'y a pas de publicité pour le don d'ovocytes.
La Pénurie de Donneurs
En France, il existe une pénurie de donneurs d'ovocytes, ce qui allonge les délais d'attente pour les couples receveurs. Claire souligne que, si on laissait cette pratique se faire dans le privé, cela ne changerait pas les choses, car il n'y a pas assez de donneuses.
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