La grossesse ectopique, également appelée grossesse extra-utérine, est une complication potentiellement grave de la grossesse qui survient lorsque l'ovule fécondé s'implante et se développe en dehors de la cavité utérine. L'utérus est le seul organe du corps humain à pouvoir supporter le processus de grossesse en s'y adaptant. Ainsi, lorsque le zygote se niche en dehors de l'endomètre, il ne peut se développer normalement. Dans des circonstances normales, la fécondation et le développement embryonnaire jusqu’à l’implantation se réalisent à travers la trompe de Fallope. Anormalement, ce développement peut se produire vers la cavité péritonéale ou dans des endroits proches de la cavité endométriale. Bien que relativement rare, représentant environ 2 % de toutes les grossesses, la grossesse ectopique est une cause majeure de morbidité et de mortalité maternelles au cours du premier trimestre. Il est donc essentiel de comprendre les différents types de grossesses ectopiques, leurs causes, leurs symptômes et leurs options de traitement.

Types de grossesses ectopiques

Avant d’aborder pleinement les types de grossesse ectopique, il convient de faire la différence entre les grossesses ectopiques tubaires et non tubaires. Dans le cas des grossesses tubaires, nous faisons référence à celles qui se développent dans la trompe de Fallope, alors que les grossesses non tubaires se développent dans d’autres parties du corps, mais sont moins fréquentes.

La localisation la plus fréquente d'une grossesse ectopique est la trompe de Fallope. Dans ces cas, on parle de grossesse tubaire extra-utérine. Parfois, ce mouvement embryonnaire stagne simplement au même site où la fécondation a eu lieu, provoquant une grossesse dans la trompe de Fallope (Tubal Ectopic Pregnancy). Ainsi, la grossesse extra-utérine tubaire est la plus fréquente de ce type de grossesse, représentant 90% d’entre elles. Cependant, si la migration de l’embryon se produit anormalement dans la cavité endométriale, il peut s’implanter aussi dans la zone où l’utérus et le tube se rencontrent.:

  • Grossesse ectopique isthmique: elle est moins fréquente (12 %).
  • Grossesse ectopique infundibulaire: dans 5 % des cas, l’ovule fécondé peut s’implanter dans l’infundibulum.
  • Grossesse ectopique interstitielle ou cornique: Dans le myomètre, qui est la zone entourant la cavité: grossesse extra-utérine myométriale.
  • Grossesse extra-utérine cervicale: Dans une césarienne ou une cicatrice utérine due à d’autres circonstances. Il peut également s’implanter dans le canal cervical.

Outre la trompe de Fallope, une grossesse ectopique peut également se produire dans d'autres parties du corps, bien que cela soit beaucoup moins fréquent. Ces grossesses sont dites non tubaires. Dans le cas d’une grossesse extra-utérine non-tubaire, il s’agit généralement d’une anomalie de l’ovulation . L’ovocyte n’est pas capturé par le pavillon de la trompe de Fallope.

  • Grossesse ectopique ovarienne: elle a lieu dans 0,5 % des cas, lorsque l’embryon s’implante dans l’ovaire. De la même manière, si l’exode de l’embryon se produit dans la cavité péritonéale, il peut nicher dans l’ovaire, provoquant une grossesse ectopique ovarienne, cette localisation étant la deuxième plus fréquente, avec environ 3% d’occurrence.
  • Grossesse ectopique abdominale: l’embryon s’implante dans la cavité péritonéale (l’abdomen). En outre, une implantation dans toute la cavité abdominale a également été rapportée, à la fois dans la paroi abdominale, comme le foie ou la rate: ectopique abdominale.
  • Grossesse ectopique cornuale: à cet endroit, le sac gestationnel s’implante dans la corne utérine, dans le segment interstitiel de la trompe de Fallope.
  • Grossesse ectopique intra ligamentaire: c’est un type de grossesse ectopique abdominale, où l’embryon s’implante dans le ligament large, à savoir une couche de tissu qui connecte les côtés de l’utérus aux parois et au plancher pelvien. Le ligament large couvre l’utérus, les ovaires et les trompes de Fallope.
  • Grossesses intramurales: Ces grossesses intra-utérines à implantation pathologique sont associées à la présence de cicatrices du myomètre qui communiquent avec la cavité de l’utérus. Ces cicatrices sont dues à des césariennes ou des curetages antérieurs.
  • Grossesse hétérotopique: Enfin, bien que très rare et pratiquement anecdotique, il y a grossesse hétérotopique. Ce type de grossesse survient lorsqu’il y a une implantation d’embryon normale dans la cavité endométriale et une autre implantation ectopique.

Causes et facteurs de risque

Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de grossesse ectopique. Les facteurs de risque peuvent être regroupés en plusieurs catégories : maternels, anatomiques et embryonnaires. Il semble concluant que le fait d’être fumeur, d’avoir des antécédents d’infertilité, d’être âgé ou de prendre un type d’antidépresseur (benzodiazépines) avant la grossesse augmente le risque de souffrir de cette affection.

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  • Antécédents de grossesse ectopique: Les femmes ayant déjà eu une grossesse ectopique sont plus susceptibles d'en avoir une autre. Les femmes présentant des antécédents de grossesse extra-utérine ont plus de chances de récidives.
  • Infections sexuellement transmissibles (IST) : Les infections telles que la chlamydia et la gonorrhée peuvent endommager les trompes de Fallope, augmentant ainsi le risque de grossesse ectopique. La fréquence croissante des maladies sexuellement transmissibles (M.S.T.) est un facteur important : un antécédent d'infection (salpingite) multiplie par 6 le risque de grossesse extra-utérine par suppression des cils qui tapissent la trompe et facilitent le déplacement de l'ovule. La GEU (grossesse extra utérine) est une des complications des MST (maladies sexuellement transmissibles).
  • Maladie inflammatoire pelvienne (MIP) : La MIP est une infection des organes reproducteurs féminins qui peut endommager les trompes de Fallope.
  • Chirurgie des trompes de Fallope : Les interventions chirurgicales sur les trompes de Fallope, telles que la ligature des trompes ou la réparation des trompes, peuvent augmenter le risque de grossesse ectopique.
  • Fécondation in vitro (FIV) : La FIV a toujours été considérée comme un facteur de risque de grossesse extra-utérine. Ainsi, les différentes techniques de PMA seraient responsables de 5% des grossesses extra-utérines. Cependant, les femmes prises en charge en PMA présentent de nombreuses prédispositions à cette pathologie (infections ou malformations tubaires, endométriose, malformations utérines, atrophie de l’endomètre…). Par conséquent, afin d’éviter de telles circonstances, il a été observé que réduire le milieu de culture avec lequel le transfert d’embryon est effectué, le réaliser à une distance prudente du fond utérin et du canal cervical, et se concentrer sur une bonne préparation de l’endomètre est efficace.
  • Stérilet (DIU) : Le stérilet, bien qu'efficace comme contraception multiplie par 3 le risque de grossesse ectopique par rapport à la contraception orale. Le stérilet, bien que très efficace en tant que contraceptif, multiplie par 3 le risque de grossesse extra-utérine par rapport aux méthodes de contraception orale. Les stérilets contenant de la progestérone multiplient le risque par 6 ou 7. Ce risque, qui s'accroît après 2 ans d'utilisation du stérilet, est réversible lorsque le stérilet est enlevé.
  • Tabagisme : Le tabac est un facteur de risque de grossesse extra-utérine ; plus une femme fume, plus le risque grandit. La consommation de tabac entraîne une GEU sur 5.
  • Âge maternel avancé : Les femmes de plus de 35 ans ont un risque plus élevé de grossesse ectopique.
  • Exposition au diéthylstilbestrol (DES) : Les femmes dont les mères ont pris du DES pendant la grossesse ont un risque accru de grossesse ectopique. Les autres facteurs d'augmentation de fréquence de la grossesse extra-utérine comprennent les micropilules (contraceptifs oraux faiblement dosés) et une atteinte in utero consécutive à un traitement par le diéthylstilbestrol suivi par la mère, car ce médicament altère l'anatomie tubaire.
  • Anomalies tubaires: Les grossesses tubaires ont lieu suite à une anomalie du transport de l’embryon vers l’utérus. Dans le cas d’une grossesse tubaire où le blastocyste s’implante dans la trompe de Fallope, c’est la taille de l’embryon qui est en cause. Celui-ci, trop gros, n’a pas pu parcourir la trompe. L’état des trompes lui-même peut également gêner le transport de l’embryon jusque dans la cavité utérine.

Symptômes

Il est difficile de savoir quand apparaissent les symptômes d’une grossesse ectopique, car cela varie d’une femme à l’autre. La grossesse extra-utérine peut être asymptomatique, bien qu’elle provoque généralement des saignements vaginaux au cours des premières semaines de grossesse. De telle sorte que cela peut aller de saignements abondants à des saignements très légers. De même, la douleur abdominale qui l’accompagne n’est pas très pertinente et ne diffère généralement pas de la douleur qui peut être ressentie au cours du premier trimestre d’une grossesse normale.

Les premiers symptômes d’une grossesse extra-utérine ne diffèrent pas de ceux d’une grossesse normale : absence de règles, faibles douleurs abdominales, fatigue et nausées. Les périodes menstruelles apparaissent plus tard ou pas ou bien disparaissent. Certaines femmes ne soupçonnent même pas qu’elles sont enceintes.

Les symptômes d'une grossesse ectopique peuvent varier, mais les plus courants sont les suivants :

  • Douleur abdominale : La douleur peut être légère ou intense, et elle peut être localisée d'un seul côté de l'abdomen. Une grossesse extra-utérine se manifeste par des douleurs abdominales et des hémorragies utérines survenant après un retard de règles, de 3 à 6 semaines généralement.
  • Saignements vaginaux : Les saignements peuvent être légers ou abondants, et ils peuvent être continus ou intermittents.
  • Douleur à l'épaule : La douleur à l'épaule peut être un signe de saignement interne causé par la rupture d'une trompe de Fallope.
  • Étourdissements ou évanouissements : Ces symptômes peuvent également être un signe de saignement interne. Si la femme a une perte de sang significative, il est possible qu’elle perde connaissance, transpire ou se sente étourdie. Ces symptômes peuvent indiquer qu’elle a perdu tellement de sang qu’elle a la tension artérielle dangereusement basse.

Dans les cas les plus graves, la grossesse extra-utérine est malheureusement découverte sur le tard, lorsque la structure qui abrite le fœtus s’est rompue. En cas de rupture, des douleurs intenses et soudaines dans le bas ventre avec d’importantes pertes de sang sont ressenties par la patiente. Le danger d'une grossesse extra-utérine réside dans la rupture de la trompe, qui peut entraîner une hémorragie interne de plus ou moins grande importance et est à l'origine de lésions irréversibles.

Diagnostic

Les médecins soupçonnent que les femmes en âge fertile ont une grossesse ectopique lorsqu’elles ressentent une douleur dans la partie inférieure de l’abdomen ou qu’il y a un saignement vaginal, qu’elles perdent connaissance ou qu’elles entrent en état de choc. Une grossesse ectopique est évoquée lorsqu’une femme en âge de procréer présente une douleur dans le bas-ventre ou un saignement vaginal, associé à des évanouissements ou un état de choc.

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Le diagnostic d'une grossesse ectopique repose sur une combinaison d'antécédents médicaux, d'examen physique et de tests diagnostiques. Dans ces situations, le premier pas consiste à réaliser un test de grossesse pour mesurer les taux de l’hormone gonadotrophine chorionique humaine (hCG), qui est détectée dans l’urine et le sang d’une femme enceinte. Le contrôle des niveaux sanguins de l’hormone de la grossesse - la βhCG - permet de mettre en évidence un risque de grossesse extra-utérine. Le dosage, dans l'urine ou le plasma sanguin, d'une hormone spécifique de la grossesse, l'hormone chorionique gonadotrophique (h.C.G.), sécrétée par le chorion puis par le placenta, organes nourriciers de l'œuf, indique un taux en général inférieur au taux attendu pour l'âge gestationnel.

Les tests diagnostiques suivants peuvent être utilisés pour confirmer une grossesse ectopique :

  • Test de grossesse : Un test de grossesse positif confirme qu'une femme est enceinte, mais il ne peut pas déterminer si la grossesse est ectopique ou non.
  • Échographie : Une échographie peut être utilisée pour visualiser l'utérus et les trompes de Fallope. Si un sac gestationnel est visible en dehors de l'utérus, cela confirme le diagnostic de grossesse ectopique. Si le test de grossesse est positif, on réalise une échographie endovaginale afin de détecter si le fœtus est situé ailleurs que dans l’utérus. L’échographie endovaginale et l’augmentation de la performance des échographes ont développé la qualité de l’image. Une visualisation directe de l’image intra-tubaire rend ainsi possible un diagnostic échographique précoce des GEU. L'échographie peut mettre en évidence une activité cardiaque embryonnaire hors de l'utérus.
  • Dosage de l'hormone hCG : Des dosages sanguins de l'hormone hCG peuvent être effectués pour déterminer si les taux de l'hormone augmentent normalement. Dans une grossesse normale, les taux d'hCG devraient doubler tous les deux jours. Si les taux d'hCG n'augmentent pas normalement, cela peut être un signe de grossesse ectopique.

Traitement

Une grossesse ectopique doit être interrompue au plus vite. Le seul et unique traitement d’une grossesse extra-utérine consiste à extraire l’œuf implanté au mauvais endroit. La prise en charge de la grossesse extra-utérine dépendra à la fois de sa localisation et de son évolution. La réponse dépendra du degré d’intervention nécessaire pour traiter la grossesse ectopique.

Les options de traitement pour une grossesse ectopique comprennent :

  • Médicaments : Pour les grossesses ectopiques qui sont détectées tôt, et dont la structure ne s’est pas rompue, on peut avoir recours à une dose de méthotrexate, administrée par voie intramusculaire. Lorsque le diagnostic est très précoce, il s’agira d’une IVG médicamenteuse utilisant des agents pharmacologiques comme le méthotrexate : un inhibiteur de l’acide folique. Le méthotrexate bloque la réplication des cellules placentaires, entraînant l’arrêt de la grossesse. Parmi les agents cytotoxiques, la molécule la plus fréquemment utilisée est le Méthotrexate®, essentiellement en injection intramusculaire. La posologie est de l’ordre de 1 mg/kg ou 50 mg/m2. Le taux de succès est compris entre 90 et 94 %. La surveillance nécessite des dosages des bêta-HCG plasmatiques au deuxième, cinquième et dixième jour, puis tous les 7 à 10 jours jusqu’au retour à la normale du taux des bêta-HCG. Pour savoir si ce traitement initial a fonctionné, on contrôle les taux de l’hormone hCG afin d’observer sa diminution. Si une stagnation des taux de βhCG est observée ou pour les diagnostics plus tardifs, l’IVG sera chirurgicale.
  • Chirurgie : Si la femme ne remplit pas les critères pour le traitement médical de la grossesse ectopique, celle-ci peut alors être traitée par la laparoscopie. Pour l’option chirurgicale, il s’agit, quand cela est possible, d’inciser la trompe utérine (salpingotomie) et d’aspirer l’œuf. Dans les cas où la grossesse extra-utérine se trouve à un stade trop avancé ou si la trompe est très abîmée, on enlève la trompe (salpingectomie). Le traitement est généralement chirurgical, radical (ablation de la trompe) ou conservateur (conservation de la trompe) selon les cas. L'ouverture de l'abdomen est indiquée lorsqu'une grave hémorragie interne suit la rupture brutale de la trompe ou quand un épanchement sanguin s'est enkysté et que des adhérences se sont créées. Les grossesses interstitielle, ovarienne et abdominale constituent ses indications. Dans d'autres cas, la cœliochirurgie permet d'intervenir sans avoir à pratiquer de grandes incisions. Les instruments chirurgicaux sont en effet introduits par une minuscule incision sous contrôle visuel assuré par un cœlioscope (tube muni d'un système optique). Pour les cas les plus graves, notamment dans le cas de rupture hémorragique, une laparotomie est réalisée. L’abdomen est incisé et l’ensemble de l’organe endommagé peut être retiré : la trompe dans le cas d’une grossesse tubaire, par exemple.

Fertilité après une grossesse ectopique

Dans la majorité des cas de grossesses extra-utérines, l’embryon cesse son développement spontanément. Il en résulte un avortement spontané : c’est ce qu’on appelle une fausse couche. Dans quelques cas cependant, la grossesse se poursuit. Dans le cas où l’embryon continue son développement, le risque de rupture de l’organe portant l’embryon (trompe, ovaire, col utérin…) augmente. Ces ruptures provoquent une hémorragie interne qui doit être prise en charge le plus tôt possible par l’équipe médicale.

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Les grossesses extra-utérines n’affectent en aucune manière la fertilité de la patiente. Même si l’on vous a enlevé une trompe, il existe encore la possibilité qu’un spermatozoïde féconde un ovule dans l’autre trompe, et que l’ovule fécondé atteigne l’utérus. Cependant, il est à noter que les femmes présentant des antécédents de grossesse extra-utérine ont plus de chances de récidives.

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