Le diabète gestationnel, une condition caractérisée par une hyperglycémie (taux de sucre élevé dans le sang) qui se développe pendant la grossesse, suscite de nombreuses questions. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble complète du diabète gestationnel, en abordant ses causes, son diagnostic, ses conséquences potentielles et les stratégies de prise en charge.
Qu'est-ce que le diabète gestationnel ?
Le diabète gestationnel se définit comme une intolérance au glucose conduisant à une hyperglycémie détectée pour la première fois pendant la grossesse. Il affecte environ 3 à 5 % des femmes enceintes. Il se distingue du diabète préexistant associé à la grossesse, moins fréquent mais entraînant des complications maternelles et fœtales plus importantes. Le cas le plus dangereux est celui du diabète de type 2 préexistant à la grossesse mais non diagnostiqué, dont la prévalence est en forte augmentation.
Diagnostic du diabète gestationnel
Dépistage systématique
En France, une recherche de sucre dans les urines (glycosurie) est effectuée systématiquement lors de chaque consultation mensuelle de suivi de la grossesse. Toutefois, la glycosurie ne suffit pas à elle seule à poser un diagnostic de diabète gestationnel.
Test HGPO (Hyperglycémie Provoquée par voie Orale)
Le test HGPO est l'examen de référence pour diagnostiquer le diabète gestationnel. Il consiste à mesurer la glycémie à jeun, puis à nouveau après l'ingestion d'une solution glucosée. Ce test est généralement réalisé entre la 24e et la 28e semaine d'aménorrhée (entre 22 et 26 semaines de grossesse). Depuis 2010, le test du diabète gestationnel n’est plus systématique, il ne concerne plus toutes les femmes enceintes, seulement celles qui présentent des facteurs de risque.
Comment se déroule le test HGPO ?
- La femme enceinte se présente au laboratoire d’analyses médicales à jeun.
- Une première prise de sang permet de mesurer la glycémie à jeun.
- La femme enceinte doit ingérer, en cinq minutes, une solution de 75 g de glucose mélangée à 250 ml d’eau. La solution de glucose doit être retirée en pharmacie.
- Des prises de sang sont effectuées à intervalles réguliers (1 heure et 2 heures après l'ingestion de la solution glucosée) pour mesurer la glycémie.
Une seule valeur de glycémie au-delà des seuils définis (0,92 g/L à jeun ; ou 1,80 g/L 1h après la charge orale en glucose ; ou 1,53 g/L 2 h après) suffit à diagnostiquer un diabète gestationnel.
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Contre-indications et précautions
Il existe des contre-indications à la réalisation d’un test HGPO, du fait qu’il peut être mal toléré et occasionner des complications. Le test HGPO est ainsi déconseillé en cas de by-pass ou de sleeve, deux dispositifs résultant d’une chirurgie bariatrique, dans le traitement d’une obésité. Dans ces configurations, le test HGPO peut en effet occasionner un dumping syndrome, c’est-à-dire un malaise général résultant de l’arrivée brutale de tout ce sucre dans l’intestin grêle. Certaines patientes conseillent de la boire d’un coup pour éviter d’avoir des nausées, car tout vomissement annule le dépistage, et il faut alors tout recommencer, un autre jour. Si l’on craint de se trouver mal, notamment si l’on tolère mal le fait d’être à jeun ou que l’on se sait sujette aux nausées et vomissements, on peut prévoir, si l’on peut, la présence d’un proche.
Facteurs de risque
Depuis 2010, en France, le dépistage du diabète gestationnel se concentre en priorité sur les femmes présentant des facteurs de risques, notamment :
- Âge supérieur à 35 ans
- IMC supérieur à 25 (surpoids ou obésité)
- Antécédents personnels de diabète gestationnel lors d'une précédente grossesse
- Antécédents familiaux de diabète (parents, frères ou sœurs)
- Antécédents personnels d'accouchement d'un bébé de plus de 4 kg
Causes du diabète gestationnel
Comme pour le diabète de type 1 et le diabète de type 2, le diabète gestationnel est une intolérance aux glucides, c’est-à-dire un trouble de la régulation du glucose (glycémie) entraînant un excès de sucre dans le sang ou hyperglycémie chronique. S’il y a un risque accru de diabète pendant la grossesse, c’est que la grossesse est par nature diabétogène car il existe physiologiquement pendant cette période un état d’insulinorésistance qui va s’aggraver progressivement au cours de la grossesse.
La grossesse est par nature diabétogène, à tel point qu’elle peut déclencher un diabète temporaire dit “gestationnel” chez les femmes qui ne sont pas diabétiques, ou révéler un diabète ancien passé inaperçu. La grossesse soumet l’organisme à des fluctuations de glycémie avec des effets de déséquilibre glycémique dangereux pour la mère diabétique et le fœtus.
Modifications hormonales
Les modifications hormonales de la grossesse entrainent une augmentation des besoins de la femme enceinte en insuline, l’hormone qui régule la glycémie. En effet, la régulation de la glycémie évolue au cours de la grossesse. Au 1er trimestre, la sécrétion d’insuline et la sensibilité à cette hormone augmentent, ce qui peut conduire à des hypoglycémies. Au cours de la deuxième moitié de la grossesse la sensibilité à l’insuline diminue et le pancréas compense en produisant davantage d’insuline. Chez certaines femmes, qui développent un diabète gestationnel, le pancréas est déficient et ne parvient pas à sécréter suffisamment d’insuline, la glycémie est alors anormalement élevée.
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Symptômes du diabète gestationnel
Le diabète gestationnel peut passer inaperçu, être asymptomatique (sans symptôme) ou présenter des symptômes similaires à ceux des autres types de diabète :
- Une soif intense
- Des mictions (urines) fréquentes et abondantes
- Une fatigue importante
- Des signes d’hyperglycémies répétées
Conséquences du diabète gestationnel
Le diabète gestationnel a des conséquences à la fois sur la santé de la mère et sur celle de l’enfant.
Risques pour la mère
- Hypertension artérielle gravidique
- Œdèmes
- Prise de poids
- Risque accru de césarienne
- Pré-éclampsie (ou toxémie gravidique)
- Risque de développer un diabète de type 2 après la grossesse
Risques pour l'enfant
- Poids excessif (macrosomie) dû au passage du glucose en excès à travers le placenta
- Hypoglycémie à la naissance
- Détresse respiratoire
- Dystocie des épaules
- Risque de développer plus tard un diabète de type 2
Prise en charge du diabète gestationnel
La prise en charge du diabète gestationnel repose sur un ensemble de mesures visant à maintenir une glycémie normale et à minimiser les risques pour la mère et l'enfant.
Mesures hygiéno-diététiques
La mise en place de mesures hygiéno-diététiques est primordiale. Ces mesures comprennent :
- Alimentation équilibrée : Les besoins nutritionnels sont déterminés en fonction du poids, de la taille et de l’activité physique de la maman.
- Fractionnement des repas : Répartition de la prise des glucides au cours de la journée (3 repas, 2 collations).
- Privilégier les fibres : Consommer suffisamment de légumes et de fruits pour ralentir l’absorption des glucides.
- Activité physique régulière : Environ 30 minutes d’activité physique, 3 à 5 fois par semaine, sont recommandées, en dehors de contre-indications médicales.
Autosurveillance glycémique
L’objectif de l’autosurveillance glycémique est de conserver une glycémie à un taux acceptable en la contrôlant à l’aide d’un lecteur de glycémie entre 4 et 6 fois par jour (au moins une fois à jeun et 2 heures après les repas). Les objectifs glycémiques sont :
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- < 0,95 g/L à jeun
- < 1,20 g/L deux heures après le début du repas
Traitement par insuline
Un traitement par injection d’insuline analogue peut être mis en place si 10 jours de changement d’habitudes alimentaire et d’activités physiques ne suffisent pas à réguler la glycémie. L'insuline est réservée aux femmes pour qui les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas pour atteindre l’équilibre glycémique. Les antidiabétiques oraux sont contre-indiqués pour la femme enceinte. Des injections d’insuline rapide de type “analogues rapides” peuvent être prescrites, de même que des insulines lentes, si nécessaire.
Suivi médical
Lorsque le diabète gestationnel est équilibré, le suivi de la grossesse est identique à celui d’une grossesse classique. Tout au long de votre grossesse, des examens réguliers et spécifiques seront pratiqués en complément de votre suivi médical classique.
Accouchement
Souvent, l’accouchement est programmé avec un déclenchement entre 38 et 39 SA (semaines d’aménorrhée). Plusieurs risques peuvent motiver cette décision : risque d’augmentation du poids du bébé dans les dernières semaines de grossesse, risques obstétricaux, souffrance fœtale voire risque de mort in utero. Si les tentatives d’accouchement par voie basse échouent ou si le poids du bébé est déjà trop élevé (> à 4,250 kg), on a recours à une césarienne. Dans tous les cas, un protocole sera mis en place avec l’anesthésiste et votre diabétologue pour la gestion des glycémies et de l’insuline pendant l’accouchement et immédiatement après la délivrance (chute importante des besoins dans les heures qui suivent).
Après l'accouchement
Après la délivrance (l’expulsion du placenta), vous êtes susceptibles de faire des hypoglycémies car vos besoins en insuline diminuent et l’allaitement, pour celles qui l’ont choisi, consomme beaucoup de calories. Le risque principal pour le nouveau né est l’hypoglycémie qu’il faut surveiller dès les premières heures.
Dans la majorité des cas, le diabète disparaît après l’accouchement, sauf si la mère était diabétique avant la grossesse sans le savoir. Dans ce cas, le diabète persistera après l’accouchement. Si le diabète a disparu après l’accouchement, les femmes qui ont présenté un diabète gestationnel l’auront à nouveau très probablement à la prochaine grossesse, et sont à haut risque de développer un diabète permanent dans les années suivantes.
Prévention
Bien que le diabète gestationnel ne soit pas toujours évitable, certaines mesures peuvent contribuer à réduire le risque :
- Maintenir un poids santé avant la grossesse
- Adopter une alimentation équilibrée
- Pratiquer une activité physique régulière
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