La grossesse est une période de changements et d'ajustements, et un diagnostic de diabète gestationnel peut ajouter une couche supplémentaire de complexité. Cet article vise à fournir des informations claires et complètes sur le diabète gestationnel, son impact sur la perte de poids, et les stratégies pour gérer cette condition tout en assurant la santé de la mère et de l'enfant.
Qu'est-ce que le diabète gestationnel ?
Le diabète gestationnel est un trouble de la tolérance glucidique qui se manifeste par une hyperglycémie (taux de sucre élevé dans le sang) de sévérité variable, diagnostiqué pour la première fois pendant la grossesse. Il est lié à une baisse de la tolérance au glucose, un phénomène physiologique normal pendant la grossesse. Les tissus de l’organisme de la femme enceinte deviennent plus résistants à l’action de l’insuline, ce qui nécessite que le pancréas sécrète davantage d’insuline pour réguler la glycémie. Chez certaines femmes, le pancréas ne produit pas suffisamment d’insuline pour compenser cette résistance, entraînant une hyperglycémie et, par conséquent, un diabète gestationnel.
Selon l'enquête périnatale menée en France en 2021, la fréquence du diabète gestationnel serait de 16,4 %.
Risques associés au diabète gestationnel
Le diabète gestationnel peut entraîner des risques tant pour la mère que pour le bébé.
Risques pour le bébé
- Macrosomie: Le risque le plus important est la macrosomie, c'est-à-dire un poids de naissance excessif (supérieur à 4 kg), ce qui peut compliquer l'accouchement et entraîner des complications telles que la dystocie des épaules. Le sucre en excès dans le corps de la mère est transmis au fœtus, qui stocke ce surplus de sucre dans ses organes, entraînant une croissance excessive.
- Hypoglycémie néonatale: Après la naissance, le bébé peut présenter une hypoglycémie, surtout si la mère a reçu de l'insuline ou si le nouveau-né a un poids de naissance très faible ou très élevé.
- Prédisposition au surpoids, à l’obésité ou au diabète: L'enfant peut être plus prédisposé au surpoids, à l'obésité ou au diabète plus tard dans sa vie.
Risques pour la mère
- Pré-éclampsie: Le risque le plus important pour la mère est la pré-éclampsie ou toxémie gravidique, qui associe hypertension artérielle, œdèmes et prise de poids rapide.
- Diabète de type 2: Les femmes ayant eu un diabète gestationnel ont un risque accru (7 fois plus élevé) de développer un diabète de type 2 dans les années suivantes.
- Récidive lors de grossesses ultérieures: Le diabète gestationnel récidive fréquemment lors des grossesses ultérieures (30 à 84% des cas).
Traitement du diabète gestationnel
Le traitement du diabète gestationnel vise à maintenir la glycémie dans des valeurs cibles pour minimiser les risques pour la mère et le bébé.
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Autosurveillance glycémique
À l'aide d'un lecteur de glycémie prescrit par le médecin, la femme enceinte doit mesurer son taux de glycémie 4 à 6 fois par jour. C'est ce qu'on appelle l'autosurveillance. Les objectifs glycémiques sont généralement :
- Glycémie à jeun inférieure à 0,95 g/L.
- Glycémie post-prandiale (deux heures après le début du repas) inférieure à 1,2 g/L.
Prise en charge diététique personnalisée
Le premier traitement du diabète gestationnel est la prise en charge diététique personnalisée. Il ne faut pas suivre un régime restrictif, mais plutôt adopter une alimentation saine, équilibrée et diversifiée. Cette prise en charge comprend :
- Calcul de la ration calorique: Détermination des besoins caloriques quotidiens.
- Répartition des glucides: Répartition de la prise de glucides au cours de la journée (3 repas, 2 collations) pour éviter les pics de glycémie. Il est crucial de ne pas sauter de repas et de surveiller l'apport en glucides de chaque repas.
- Privilégier les aliments à faible index glycémique (IG): Choisir des aliments qui font peu monter la glycémie.
- Augmenter la consommation de fibres: Les fibres ralentissent l'absorption des glucides et donc le pic d'hyperglycémie post-prandiale.
Aliments recommandés
- Fruits et légumes: Indispensables pour les vitamines, minéraux et fibres. Il est préférable de les consommer frais et à chaque repas. Privilégier les fruits à faible taux de sucre (inférieur à 11g pour 100g).
- Féculents et légumineuses: Essentiels pour les fibres, vitamines, minéraux et protéines végétales. Privilégier les céréales complètes et semi-complètes, et limiter les farines raffinées. Les légumineuses (lentilles, pois, haricots) sont une bonne alternative aux protéines animales.
- Produits laitiers: Indispensables pour les besoins en calcium du fœtus. Opter pour des yaourts nature non sucrés, yaourts au lait de chèvre, faisselles, fromage blanc ou petits suisses.
- Protéines: Essentielles pour la croissance du fœtus. Privilégier les viandes blanches, peu grasses, aux viandes rouges.
- Boissons: Boire entre 1,5 et 2 litres d'eau par jour. Éviter les boissons sucrées et édulcorées.
Aliments à éviter ou à limiter
- Produits sucrés: Limiter autant que possible les produits sucrés, source de sucres rapides, car ils provoquent des pics de glycémie. Attention aux étiquetages trompeurs : certains produits "sans sucre" peuvent contenir des ingrédients sucrés cachés.
- Féculents à IG élevé: Éviter le pain blanc, la pomme de terre, le riz blanc et les pâtes blanches.
- Sodas et jus de fruits: Ils ne contiennent pas d'apport nutritionnel intéressant et augmentent instantanément le taux de glycémie.
Exemples de menus
- Petit-déjeuner: Un produit céréalier (pain aux céréales, flocons d'avoine), un fruit, une boisson non sucrée et un laitage (yaourt nature). Privilégier un petit déjeuner riche en protéines et en fibres.
- Déjeuner et dîner: Une source de protéines (volaille, poisson, œuf, viande), une portion de féculents à IG faible (pain aux céréales, riz basmati, pâtes complètes, lentilles, quinoa, haricots secs, pois), et une portion de légumes au moins équivalente à la portion de féculents.
Activité physique adaptée
Si la future maman ne présente pas de contre-indication obstétricale, il est recommandé de commencer ou de poursuivre une activité physique adaptée, environ 30 minutes de trois à cinq fois par semaine. L'activité physique aide à réduire les taux de glycémie dans le sang et procure de nombreux bénéfices pour la forme, la santé et le bien-être.
Injections d'insuline
Si les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas à atteindre les objectifs glycémiques, des injections d'insuline peuvent être prescrites.
Suivi spécifique pendant la grossesse
Il est souhaitable qu’une équipe pluridisciplinaire de professionnels de santé (médecin généraliste, gynécologue, nutritionniste, diabétologue…) suive la grossesse et le diabète. En fonction de l’équipe médicale, des ateliers d’éducation thérapeutique peuvent être proposés pour apprendre à adapter l'alimentation et atteindre les objectifs glycémiques.
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D’un point de vue obstétrical, avec un diabète bien équilibré, le suivi de la grossesse ne sera pas très différent de celui d'une femme non diabétique. Une échographie supplémentaire pourra être faite en fin de grossesse pour évaluer la taille du bébé. Si le diabète est difficilement équilibré ou en présence d'autres facteurs de risques, comme l’hypertension artérielle, le suivi sera plus rapproché et d'autres examens pourront être prescrits pour vérifier la vitalité du fœtus.
Accouchement
Une femme atteinte de diabète gestationnel peut accoucher dans une maternité de proximité (niveau 1), sauf en cas de prématurité, de malformation grave ou de troubles importants de la croissance fœtale. En l’absence de facteurs de risques, si le diabète gestationnel est bien équilibré, la grossesse est prise en charge comme une grossesse normale. Une césarienne pourra être proposée si le poids du bébé est estimé à plus de 4,200 kg. En cas de diabète gestationnel déséquilibré, un déclenchement avant terme sera envisagé, dans la mesure du possible après 39 SA (semaines d'aménorrhée) en tenant compte des risques et bénéfices pour la mère et pour l'enfant.
Après la naissance
Durant le post-partum, la glycémie de la mère sera surveillée afin de vérifier que le diabète disparaît. Un dépistage du diabète de type 2 est fortement conseillé lors de la consultation post-natale, puis tous les 1 à 3 ans, pendant au moins 25 ans. Ce dépistage peut être effectué avec une glycémie à jeun ou une HGPO (HyperGlycémie Provoquée par voie Orale). Pour réduire le risque de développer un diabète de type 2, il est important de continuer après la grossesse à avoir une alimentation équilibrée, de contrôler son poids et de pratiquer une activité physique régulière.
Après la naissance, le risque principal pour le bébé est l'hypoglycémie. Ce risque est plus important si la mère a reçu de l'insuline ou si le nouveau-né a un très petit ou un très gros poids de naissance. Le cas échéant, le bébé doit être nourri le plus tôt possible après la naissance et toutes les 2/3 heures. Sa glycémie sera surveillée, en l'absence de signes cliniques d'hypoglycémie, juste avant la tétée, à partir de la 2e tétée.
Diabète gestationnel et perte de poids : ce qu'il faut savoir
Il est possible de perdre du poids pendant la grossesse, surtout au début, en raison des nausées, des vomissements ou d'un changement d'alimentation pour adopter des habitudes plus saines. Cependant, une perte de poids significative et involontaire nécessite une consultation médicale.
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Perte de poids et diabète gestationnel : est-ce normal ?
La perte de poids pendant la grossesse, en particulier au troisième trimestre, peut susciter des inquiétudes. Cependant, elle peut être normale dans certains cas, notamment chez les femmes en surpoids ou obèses, ou chez celles qui ont été diagnostiquées avec un diabète gestationnel et qui suivent un régime alimentaire spécifique et font de l'exercice.
- Surveillance de l'IMC: En début de grossesse, l'Indice de masse corporelle (IMC) est évalué pour identifier les femmes en sous-poids ou en surpoids et mettre en place un suivi spécifique.
- Suivi du poids: Le soignant qui suit la future maman va observer l'évolution de son poids à chaque rendez-vous de suivi de grossesse.
- Changement d'alimentation: Souvent, les femmes enceintes surveillent leur alimentation pour être sûres d'être en forme et que leur bébé le soit aussi. Or, quand on mange mieux, on perd souvent un peu de poids ! Ce n'est donc pas rare que cela se produise en début de grossesse, et notamment chez les futures mamans atteintes de diabète ou en situation d'obésité, à qui l'on va donner des conseils diététiques spécifiques.
- Nausées et vomissements: Les nausées et les vomissements dus à la grossesse peuvent également entraîner une perte de poids.
Quand s'inquiéter ?
Il est important de consulter un médecin si :
- La perte de poids se produit brutalement.
- Elle concerne une femme qui n'est pas en surpoids ou en situation d'obésité.
- Elle perdure pendant toute la grossesse.
- Elle représente 10 % ou plus du poids d'avant la grossesse.
- Elle s'accompagne de nausées et vomissements sévères (hyperémèse gravidique).
Conseils pour une perte de poids saine
Si une perte de poids est observée et que le médecin la juge acceptable, il est important de s'assurer qu'elle se fait de manière saine et contrôlée :
- Alimentation équilibrée: Adopter une alimentation équilibrée et adaptée au diabète gestationnel, en privilégiant les aliments à faible IG et en répartissant les glucides sur la journée.
- Activité physique régulière: Pratiquer une activité physique régulière et adaptée à la grossesse.
- Suivi médical régulier: Assurer un suivi médical régulier pour surveiller la glycémie et le bien-être du bébé.
Perte de poids après l'accouchement
La perte des kilos du post-partum est une question récurrente, en particulier dans le suivi d’un diabète gestationnel. Il est crucial d'éviter les régimes restrictifs, qui se traduiront à terme par une reprise de poids. Les conseils alimentaires doivent être personnalisés en fonction du nombre de kilos à perdre, des antécédents métaboliques, en particulier l’existence d’un diabète gestationnel. Dans ce cas, perdre du poids et surtout ne pas en reprendre est crucial pour éviter l’apparition d’un diabète de type 2 définitif.
- Éviter les aliments sucrés à index glycémique élevé le matin.
- Augmenter la satiété en commençant les repas principaux par une grosse quantité de légumes crus ou cuits.
Apprivoiser le diabète gestationnel
L'annonce d'un diabète gestationnel peut être angoissante. Il est important de se rappeler que, dans la grande majorité des cas, le recours à l’insuline n’est pas indispensable et que les femmes enceintes peuvent parvenir à réguler leur glycémie en respectant des conseils alimentaires et une bonne hygiène de vie.
Une des difficultés des femmes atteintes de diabète gestationnel est qu'elles doivent, en quelques semaines, acquérir une « culture » du diabète, savoir mesurer et interpréter leur glycémie, modifier et contrôler leur alimentation, vivre avec la crainte d'une conséquence sur la santé de leur bébé de ce diabète.
Il est essentiel de bien s'informer, de poser des questions à l'équipe médicale et de ne pas hésiter à parler de ses craintes et de ses difficultés. Des ateliers d'éducation thérapeutique peuvent également être très utiles pour apprendre à gérer son diabète et à adapter son alimentation.
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