Le diabète gestationnel, défini comme tout degré d’intolérance au glucose apparaissant ou diagnostiqué pendant la grossesse, est une complication médicale fréquente. Le tabagisme, qu'il soit actif ou passif, expose les fumeurs à de nombreux risques et, associé au diabète, il aggrave considérablement les complications micro et macro-vasculaires. Cette revue explore en profondeur les liens complexes entre le tabagisme, le diabète gestationnel et les risques associés.

Tabagisme et risque de diabète de type 2

Le tabagisme constitue un facteur de risque de pré-diabète et de diabète de type 2 (DT2). Des études font état d’une association dose-dépendante entre tabagisme actif et risque de DT2. En comparaison avec des non-fumeurs, les fumeurs actifs présentent un risque relatif de développer un DT2 augmenté. Le tabagisme actif a été trouvé associé à une augmentation du risque de développer un DT2 chez les femmes par rapport aux non-fumeuses.

Prévalence du tabagisme chez les diabétiques

La prévalence du tabagisme dans le monde est de l’ordre de 20,8 % chez les individus avec un diabète de type 2. En 2007, l’étude Entred avait montré une prévalence du tabagisme de 13 % chez les personnes ayant un diabète de type 2 et de 39 % chez celles atteintes d’un diabète de type 1. Chez les individus avec DT1 et DT2, le tabagisme est plus fréquent chez les patients jeunes et les individus physiquement inactifs.

Mécanismes biologiques impliqués

Bien que les données montrent que le tabagisme augmente la résistance à l’insuline chez les personnes en bonne santé et celles atteintes de diabète, les mécanismes exacts restent à élucider. L’insulinorésistance semble en partie résulter de l’augmentation de la sécrétion de certaines hormones induite par la nicotine, telles que le cortisol, les catécholamines et l’hormone de croissance, qui toutes contrecarrent l’action de l’insuline, ce qui entraîne un besoin accru en insuline. Le tabagisme modifie par ailleurs l’équilibre entre hormones mâles et femelles via l’action anti-œstrogène qu’exercent certains composés du tabac, dont la nicotine, avec pour conséquence de favoriser une distribution des graisses de type androïde. Le tabagisme favorise également un état inflammatoire chronique de bas grade, un mauvais fonctionnement des cellules qui tapissent l’intérieur des vaisseaux (dysfonction endothéliale) et un stress oxydatif. Outre les effets du tabagisme sur la résistance à l’insuline, le tabac peut également perturber le fonctionnement des cellules bêta pancréatiques sécrétrices d’insuline.

Tabagisme et diabète gestationnel

Le tabagisme actif au cours de la grossesse est également associé à un surrisque de développer un diabète gestationnel (DG). Se fondant sur une analyse des données du Système de surveillance de l’évaluation des risques de grossesse, les chercheurs montrent que les femmes enceintes qui ne modifient pas leur consommation de tabac, voire qui l’augmentent, ont un risque de développer ce type de diabète majoré de 50% par comparaison avec les femmes qui n’ont jamais fumé ou qui ont arrêté au moins deux ans avant la grossesse.

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Études contradictoires

L'association entre le tabagisme avant ou pendant la grossesse et le diabète gestationnel est encore un sujet de débat. Une étude a constitué une cohorte française de 15.801 femmes enceintes, dont 1.234 fumeuses (7,8%) et 624 anciennes fumeuses sevrées (4,5%), ayant accouché entre 2015 et 2018. Selon le statut tabagique des femmes, la prévalence de diabète gestationnel a été inférieure chez les fumeuses (12,3%) et chez les femmes enceintes sevrées (15,4%) que chez les non-fumeuses qui ne l'ont jamais été (19,9%). Les fumeuses ont ainsi été associées à un risque réduit de 21% de diabète gestationnel par rapport aux non-fumeuses, mais aucune réduction significative n'a été mesurée chez les anciennes fumeuses.

Impact croisé du tabagisme et du diabète gestationnel

Une seconde étude a cherché à évaluer l'existence ou non d'un impact croisé du tabagisme et du diabète gestationnel sur plusieurs résultats de la grossesse. Une interaction délétère n'a été retrouvée que dans le risque de troubles hypertensifs.

Complications du tabagisme chez les diabétiques

Les fumeurs présentent un risque accru de mortalité (toutes causes confondues), de complications touchant les petits vaisseaux sanguins (complications microvasculaires) et des artères principales (atteinte dite macrovasculaire), de cancer et de détérioration de l’équilibre glycémique. Le risque de faire un événement cardiovasculaire et de décès augmente avec le nombre de cigarettes consommées par jour. Le tabagisme aggrave la dyslipidémie, avec une augmentation du LDL-cholestérol et des triglycérides et une baisse du HDL-cholestérol des fumeurs diabétiques, en comparaison avec les non-fumeurs diabétiques. Le tabagisme est associé à un risque accru de développer une néphropathie chez les personnes avec un DT1, et peut également augmenter le risque d’ulcère du pied et majore le risque de lésions nerveuses par le biais du stress oxydatif. La consommation de tabac chez les sujets diabétiques est associée à un surrisque de survenue de cancer. Les diabétiques fumeurs actuels présentent également un risque plus élevé d’hospitalisation pour infection en comparaison aux diabétiques non-fumeurs. Une étude a rapporté que le tabagisme est associé à un risque de développer un trouble dépressif majeur ou mineur.

Impact sur l'équilibre glycémique

Chez les patients avec DT1, DT2 et les femmes présentant un diabète gestationnel, le tabagisme actif est associé à une détérioration de l’équilibre glycémique, de manière dose-dépendante. Les sujets diabétiques non-fumeurs ont un taux d’hémoglobine glyquée (HbA1c, reflet de la glycémie) moins élevé que les diabétiques fumeurs. La consommation de tabac augmente le risque d’hypoglycémie chez les patients avec un DT1.

Sevrage tabagique et diabète

L’arrêt du tabac est associé à des améliorations de la santé mentale. Le sevrage tabagique s’accompagne souvent d’une prise de poids, mais celle-ci diminue cependant avec le temps. L’arrêt du tabac est associé à une détérioration du contrôle glycémique au cours de la première année de sevrage, mais au fur et à mesure du sevrage tabagique, le contrôle glycémique s’améliore et devient comparable à celui de non-fumeurs après trois ans.

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Recommandations

Les recommandations actuelles soulignent l’intérêt de la nécessité du sevrage tabagique chez les sujets pré-diabétiques et diabétiques. Des interventions psycho-comportementales (intervention brève, entretien motivationnel, activité physique, programmes d’éducation thérapeutique) devraient être associées à une aide pharmacologique. Une sensibilisation et une formation à l’aide au sevrage tabagique des équipes éducatives diabétologiques sont par ailleurs indispensables.

Idées reçues sur le tabac

Les vertus prêtées à la cigarette, comme son rôle anti-stress ou coupe-faim, le fait d’être un “petit fumeur” sont des préjugés qui méconnaissent les dangers réels du tabac. L’effet calmant de la cigarette est temporaire et ne fait que renforcer la dépendance, entravant ainsi le contrôle du stress, de l’alimentation, et du sommeil.

Tabagisme pendant la grossesse : risques pour l'enfant

Le tabagisme des parents pendant la grossesse influence aussi le métabolisme de l'enfant. Il augmente le risque d'apparition de ce diabète à l'âge adulte, en particulier si c'est une fille. Les filles dont les mères ont fumé durant leur grossesse ont plus de risques de développer un diabète de type 2 à l'âge adulte.

Risques accrus pour le fœtus

Chez la femme enceinte, le fœtus subit de plein fouet les effets nocifs du tabac, avec des risques très importants pour sa santé pouvant aller jusqu’au décès par fausse couche ou à la mort subite du nourrisson. Fumer ou être exposée à la fumée pendant la grossesse augmente le risque de survenue d’accidents gravidiques, de prématurité, de retard de croissance intra-utérine. Les toxines inhalées par la femme enceinte traversent le placenta, sont assimilées par le fœtus et peuvent avoir un impact sur la santé immédiate et future de l’enfant. Conséquence première du tabac pendant la grossesse : une augmentation considérable du risque de faire une fausse couche. En second : un poids de naissance anormalement faible. Le risque d’accouchement prématuré est multiplié par deux. Le tabagisme durant la grossesse peut entraîner un risque de mort subite du nourrisson, trois à quatre fois plus élevé que chez la femme non-fumeuse.

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