Le diabète gestationnel, ou diabète de grossesse, est un trouble de la tolérance au sucre qui se manifeste généralement vers la fin du deuxième trimestre de la grossesse. La gestion de la glycémie devient alors un enjeu crucial pour la santé de la mère et de l'enfant à naître. Parmi les nombreux conseils alimentaires prodigués aux femmes enceintes atteintes de diabète gestationnel, la question de la consommation de pommes de terre revient souvent. Accusées d'accroître le risque de diabète gestationnel en raison de leur teneur en amidon, les pommes de terre suscitent des interrogations légitimes. Cet article vise à démêler le vrai du faux et à fournir des informations claires et nuancées sur la place des pommes de terre dans l'alimentation des femmes enceintes atteintes de diabète gestationnel.
Comprendre l'index glycémique et la charge glycémique
Pour bien comprendre l'impact des pommes de terre sur la glycémie, il est essentiel de se familiariser avec les notions d'index glycémique (IG) et de charge glycémique (CG).
L'index glycémique (IG) mesure la capacité d'un aliment à faire varier la glycémie, c'est-à-dire le taux de glucose dans le sang, de manière plus ou moins rapide et importante après son ingestion. Les aliments sont classés en fonction de leur réponse glycémique postprandiale, c'est-à-dire l'élévation du taux de glucose sanguin qui suit la prise alimentaire. Un IG élevé signifie que l'aliment provoque une élévation rapide et importante de la glycémie, tandis qu'un IG bas entraîne une élévation lente et modérée.
La charge glycémique (CG), quant à elle, prend en compte à la fois l'IG d'un aliment et la quantité de glucides qu'il contient par portion. Elle se calcule en multipliant l'IG par la quantité de glucides disponibles dans la portion et en divisant le résultat par 100. La CG donne une indication plus précise de l'impact réel d'un aliment sur la glycémie, car elle tient compte de la taille de la portion consommée. Par exemple, si l'on mangeait 2 pommes, la charge glycémique ne serait plus de 7 mais passerait à 13, ce qui représente une charge glycémique modérée. De même, si l'on ne mangeait qu'une demie barre chocolatée (25 g), la charge glycémique serait de 11, ce qui correspond également à une charge glycémique modérée.
Pommes de terre et diabète gestationnel : ce que disent les études
Plusieurs publications ont relayé des études mentionnant un lien entre la consommation de pommes de terre et un risque accru de diabète gestationnel. L'une d'entre elles, publiée en 2016 dans la revue British Medical Journal, a particulièrement attiré l'attention. Cette étude observationnelle a conclu que les femmes qui consommaient beaucoup de pommes de terre avant même leur grossesse présentaient un risque accru de développer un diabète gestationnel.
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Il est toutefois important de nuancer ces résultats. Tout d'abord, il s'agit d'une étude observationnelle, ce qui signifie qu'elle permet simplement d'observer une corrélation et non d'établir un lien de causalité direct. En d'autres termes, l'étude ne prouve pas que la consommation de pommes de terre est la cause du diabète gestationnel. D'autres facteurs pourraient être en jeu.
De plus, les femmes qui ont développé un diabète gestationnel dans cette étude consommaient plus de cinq portions de pommes de terre par semaine, ce qui représente une quantité considérable. Il est donc possible que l'effet observé soit lié à une consommation excessive de pommes de terre plutôt qu'à une consommation modérée et équilibrée.
Il est également important de noter que cette étude prospective de cohorte a inclus plus de 15.000 femmes de la Nurses’ Health Study (entre 1991 et 2001) ne souffrant ni de diabète ni de diabète gestationnel préalable ou de maladie chronique avant la grossesse. Sur les 10 ans de suivi et sur les 21.693 grossesses uniques, 854 cas de diabète gestationnel sont survenus. Après ajustement pour l’âge, la parité et les facteurs diététiques et non diététiques, les femmes qui consommaient plus de pommes de terre avant la grossesse avaient un taux supérieur d’incidence du diabète gestationnel. Le remplacement de deux portions de pommes de terre par des légumes ou des céréales aboutissait, en revanche, à diminuer le risque de diabète gestationnel de 9 à 12 %.
L'index glycémique des pommes de terre : un facteur à prendre en compte
La pomme de terre présente un index glycémique (IG) modéré à élevé, selon la variété et le mode de préparation. En d'autres termes, sa consommation peut être associée à un pic du taux de sucre dans le sang, ce qui demande au corps de produire beaucoup d'insuline. Plus la pomme de terre est cuite, ou écrasée, plus son IG est élevé.
Cependant, il est important de rappeler que l'IG ne rend pas compte seul de l'effet d'un aliment sur la glycémie, car il ne tient pas compte de la taille des portions. C'est la charge glycémique (CG) qui donne une indication plus précise de l'impact réel d'un aliment sur la glycémie.
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De plus, l'index glycémique peut être tempéré en associant la consommation de pommes de terre à d'autres aliments. Par exemple, si vous mangez en même temps des légumes, riches en fibres alimentaires, la glycémie va monter beaucoup moins après le repas. Ce réflexe tout simple contribue à prévenir le diabète gestationnel.
Il est également conseillé de réduire la durée de cuisson des pommes de terre, car cela augmente l'IG. De plus, il est préférable de consommer les pommes de terre une fois refroidies, par exemple en salade, car alors leur teneur en amidon résistant augmente, ce qui ralentit la digestion des glucides.
Conseils pour consommer des pommes de terre en toute sécurité pendant la grossesse
Les femmes enceintes atteintes de diabète gestationnel peuvent tout à fait consommer des pommes de terre, à condition de respecter certaines recommandations :
- Privilégier les variétés à IG bas ou modéré : La pomme de terre de la variété Carisma a un IG modéré à faible. Les autres variétés sont moins bien classées.
- Modérer les portions : Éviter de consommer de grandes quantités de pommes de terre en une seule fois.
- Choisir des modes de cuisson adaptés : Préférer la cuisson à la vapeur ou au four plutôt que la friture ou la purée.
- Associer les pommes de terre à d'autres aliments : Accompagner les pommes de terre de légumes riches en fibres, de protéines et de matières grasses saines pour ralentir l'absorption des glucides.
- Consommer les pommes de terre refroidies : Laisser refroidir les pommes de terre avant de les consommer, par exemple en salade, pour augmenter leur teneur en amidon résistant.
- Bien laver et brosser les pommes de terre : Avant de les faire cuire, bien brosser et laver les pommes de terre sous l'eau pour éliminer les traces de terre et réduire le risque de toxoplasmose. Pour celles qui présentent une peau plus rugueuse, il peut être préférable de les peler.
- Varier les sources de glucides : Ne pas se limiter à la consommation de pommes de terre et varier les sources de glucides en incluant des légumes, des céréales complètes, des légumineuses et des fruits dans son alimentation. La courge butternut, par exemple, est pauvre en glucides (3 g/100 g) avec un IG bas.
L'importance d'une alimentation équilibrée et d'une hygiène de vie saine
Il est important de rappeler qu'une alimentation équilibrée est primordiale pour les femmes enceintes, tout particulièrement en cas de diabète gestationnel. Le régime recommandé repose essentiellement sur la consommation d'aliments à faible indice glycémique. Cela peut faire peur de prime abord, mais rassurez-vous, vous êtes tout de même autorisée à manger un grand nombre d’aliments. Les féculents, à base de farine complète, ont un indice glycémique plus faible et sont donc à privilégier.
Il est important de consommer au moins 3 repas par jour, voire 4 ou 5 si vous mettez en place des collations. Cela permet d’éviter les périodes de jeûnes prolongées. Si vous mettez en place des collations, l’objectif n’est pas de manger davantage dans la journée, le but est de manger autant en fractionnant les repas et donc les organiser de manière différente. Tous les produits sucrés ainsi que les fruits peuvent être intégrés à une alimentation équilibrée. Cependant, ces aliments ne doivent jamais être consommés de manière isolée. Autrement dit, il faut éviter de manger une orange ou deux biscuits à 16h. Il faut équilibrer cet en-cas afin de limiter l’augmentation du taux sucre dans le sang (hyperglycémie).
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Il n’est pas vraiment question d’aliments « interdits », mais plutôt à éviter au maximum. Le premier, en toute logique, est bien évidemment le sucre. Eviter la consommation d’édulcorants pour remplacer le sucre de table. Aucune étude actuelle n’a permis de démontrer un bénéfice ni un risque lié à la consommation d’édulcorants pendant la grossesse. En absence d’études concluantes et en l’absence d’intérêt nutritionnel des édulcorants, il semble préférable de limiter leur consommation.
Outre l'alimentation, l'activité physique, en l’absence de contre-indications obstétricales et lorsqu’elle est possible, peut-être utile pour contrôler des glycémies. Il est recommandé de pratiquer une activité physique adaptée d’au moins 20 à 30 min/jour. Cela permet d’améliorer la sensibilité à l’insuline et l’utilisation musculaire du glucose.
Les fibres ont de nombreux effets bénéfiques de manière générale sur la santé, et sont également des alliées dans le cas du diabète gestationnel. Les fibres ont divers rôles : régulation du transit, diminution de l’index glycémique du repas, effet hypocholestérolémiant et augmentation de la satiété ce qui permet de ne pas avoir faim entre deux repas.
Avoir une hygiène de vie saine est tout aussi important. Si vous souffrez de diabète gestationnel, comme nous l’avons précédemment évoqué, l’alimentation joue un rôle essentiel dans son évolution.
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