Le diabète gestationnel, ou diabète de grossesse, est un trouble de la tolérance au sucre qui se manifeste pendant la grossesse. Il touche près d’une grossesse sur dix et se caractérise par une hyperglycémie, c’est-à-dire un excès de sucre dans le sang. Bien que cette condition soit généralement transitoire et disparaisse après l’accouchement, elle nécessite une prise en charge adéquate pour assurer la santé de la mère et de l’enfant. L’alimentation joue un rôle primordial dans cette prise en charge. Cet article vous propose un guide complet sur l’alimentation à adopter en cas de diabète gestationnel, afin de vous aider à vivre une grossesse sereine et en pleine santé.
Qu'est-ce que le diabète gestationnel ?
Le diabète gestationnel est un trouble de la tolérance au sucre, caractérisé par une augmentation de la glycémie (quantité de sucre dans le sang) plus ou moins importante, diagnostiqué pour la première fois au cours de la grossesse. Cette anomalie est généralement transitoire, apparaissant au cours du deuxième trimestre et disparaissant après l’accouchement.
Pendant la grossesse, le placenta produit des hormones qui diminuent la sensibilité à l’insuline. Chez les femmes atteintes de diabète gestationnel, l'adaptation du pancréas est insuffisante, et la sécrétion d'insuline n'augmente pas suffisamment pour compenser cette insulino-résistance, entraînant une hyperglycémie.
En France, le diabète gestationnel touche environ 7 % des femmes enceintes.
Dépistage et facteurs de risque
Le dépistage du diabète gestationnel n’est pas recommandé pour toutes les femmes enceintes, mais il est proposé à celles présentant des facteurs de risque, tels que :
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- Antécédents obstétricaux de diabète gestationnel ou antécédent de macrosomie (gros bébé).
- Origine ethnique (plus de risque dans les populations nord-africaines).
- Syndrome des ovaires polykystiques.
- Prise de poids excessive lors du premier trimestre de la grossesse.
Le dépistage s’effectue généralement entre 24 et 28 semaines d’aménorrhée et consiste à réaliser un test HGPO (Hyperglycémie Provoquée par voie Orale). Ce test consiste à mesurer la glycémie à jeun, puis 1 heure et 2 heures après l’ingestion de 75 g de glucose.
Risques associés au diabète gestationnel
Le diabète gestationnel est associé à plusieurs risques, tant pour la mère que pour l’enfant :
- Pour la mère : risque accru de pré-éclampsie et de césarienne. De plus, le diabète gestationnel expose à un risque ultérieur accru de diabète de type 2, multiplié par 7.
- Pour l’enfant : la macrosomie (poids de naissance élevé) est la principale conséquence néonatale démontrée du diabète gestationnel et est le facteur principal associé aux complications rapportées.
Importance de l'alimentation dans la prise en charge
L’alimentation est primordiale dans la prise en charge du diabète gestationnel. Une prise en charge diététique précoce permet, dans la plupart des cas, d’éviter une insulinothérapie et ses contraintes. Le régime recommandé repose essentiellement sur la consommation d’aliments à faible indice glycémique (IG) et à charge glycémique (CG) modérée.
Il ne s’agit pas d’un régime restrictif visant à maigrir, mais plutôt d’une alimentation variée et équilibrée permettant d’éviter les hyperglycémies répétées et de limiter la prise de poids pendant la grossesse.
Principes clés de l'alimentation en cas de diabète gestationnel
1. Privilégier les aliments à faible indice glycémique (IG)
L’indice glycémique (IG) mesure la capacité d’un aliment à élever le taux de glucose dans le sang. Plus l’IG est élevé, plus l’aliment provoque une augmentation rapide de la glycémie.
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Les aliments à faible IG (inférieur à 55) sont à privilégier, car ils entraînent une élévation plus lente et modérée de la glycémie. Parmi ces aliments, on retrouve :
- Les céréales complètes : pain complet ou pain aux céréales, quinoa, flocons d’avoine.
- Les légumineuses : lentilles, haricots (rouges, blancs), pois chiches, fèves.
- La plupart des fruits et légumes frais.
- Les produits laitiers nature : yaourt nature, fromage blanc.
2. Contrôler la charge glycémique (CG)
La charge glycémique (CG) prend en compte à la fois l’IG d’un aliment et la quantité de glucides qu’il contient. Elle permet d’évaluer l’impact réel d’une portion d’aliment sur la glycémie.
Pour calculer la CG, on multiplie la quantité de glucides (en grammes) par l’IG de l’aliment, puis on divise le résultat par 100.
Une CG inférieure à 10 est considérée comme faible, entre 10 et 20 comme modérée, et supérieure à 20 comme élevée.
Il est recommandé de privilégier les aliments à faible CG et de consommer avec modération ceux à CG modérée.
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3. Adopter une alimentation fractionnée
Il est conseillé de fractionner les repas en plusieurs petites portions réparties sur la journée (3 repas principaux et 2 à 3 collations). Cela permet de limiter les pics de glycémie et de faciliter la gestion du diabète gestationnel.
Voici un exemple de répartition des repas :
- Petit-déjeuner : pain complet ou aux céréales avec un peu de beurre, yaourt nature ou fromage blanc, fruit frais.
- Collation du matin : une poignée d’oléagineux (noix, amandes, noisettes) ou un fruit.
- Déjeuner : légumes (la moitié de l’assiette), protéines (viande, poisson, œufs ou légumineuses), féculents à faible IG (céréales complètes, légumineuses).
- Collation de l’après-midi : yaourt nature ou fromage blanc, quelques amandes.
- Dîner : légumes, protéines, féculents à faible IG.
4. Privilégier les glucides complexes et les fibres
Les glucides complexes, présents dans les céréales complètes, les légumineuses et les légumes, sont digérés plus lentement que les glucides simples (sucre, produits transformés). Ils permettent une libération progressive du glucose dans le sang, évitant ainsi les pics de glycémie.
Les fibres, également présentes dans ces aliments, ralentissent l’absorption des glucides et contribuent à stabiliser la glycémie. Elles favorisent également la satiété, ce qui peut aider à contrôler la prise de poids.
5. Ne pas supprimer les matières grasses
Il ne faut surtout pas supprimer les acides gras insaturés, mono-insaturés et poly-insaturés, qui contribuent à faire baisser le taux de triglycérides dans le sang et à prévenir l’apparition de maladies cardiovasculaires. Parmi eux, les Oméga 3, 6 et 9 que l’on trouve dans l’huile d’olive, l’huile de colza, l’avocat, les petits poissons gras (sardine, maquereau, hareng) mais aussi les oléagineux (noix, noisette, amande) qui seront à consommer quotidiennement.
6. Limiter les aliments à index glycémique élevé (IG)
Il n’est pas vraiment question d’aliments « interdits », mais plutôt à éviter au maximum. Le premier, en toute logique, est bien évidemment le sucre. Les aliments à IG élevé sont à limiter, car ils provoquent une augmentation rapide et importante de la glycémie. Parmi ces aliments, on retrouve :
- Le sucre et les produits sucrés : bonbons, chocolats, pâtisseries, sodas, jus de fruits.
- Les céréales raffinées : pain blanc, riz blanc, pâtes blanches.
- Les pommes de terre.
- Certains fruits : pastèque, dattes.
Il est préférable de consommer ces aliments occasionnellement et en petites quantités, en les associant à des aliments riches en fibres pour réduire leur impact sur la glycémie.
7. Boire suffisamment d'eau
Oui, l’eau peut aider à « diluer le sang ». Il est important de s’hydrater suffisamment tout au long de la journée, en buvant de l’eau (plate, gazeuse ou aromatisée sans sucre ajouté), du thé ou du café sans sucre. Il faut éviter les boissons sucrées (sodas, jus de fruits, sirops, thé et café sucrés, eaux aromatisées sucrées).
8. Attention aux produits "sans sucre" ou "light"
Attention à ne pas tomber dans le piège des gâteaux sans sucres ou avec moins de sucre. En regardant leur composition, ils sont encore très sucrés ou le sucre est remplacé par des édulcorants non conseillés lorsque l’on est enceinte.
On peut s’octroyer un petit plaisir de temps en temps (gâteaux ou biscuits), mais il vaut mieux les consommer à la fin du repas, après avoir mangé des légumes car cela va permettre de limiter l’élévation de la glycémie. Les aliments sucrés isolés élèvent beaucoup plus la glycémie que s’ils sont intégrés dans un repas.
9. Petit-déjeuner : faire les bons choix
Les rayons “petit-déjeuner” des supermarchés et des magasins d’alimentation regorgent de produits et de nouveautés. Des paquets de céréales survitaminées aux biscottes allégées, en passant par les pains et viennoiseries en sachet, l’offre est pléthorique mais pas toujours de bonne qualité.
- Évitez les céréales petit déjeuner : Le produit final est pauvre en fibres, vitamines et minéraux bien que l’emballage vante souvent leur richesse en ces nutriments. Ces céréales sont également enrichies en sucres, en sel et sont souvent composées de graisses saturées.
- Je mange des flocons d’avoine le matin, est-ce que cela peut convenir ? Les flocons d’avoine nature constituent un exemple d’alternative. Riches en glucides lents, en fibres, vitamines, minéraux et graisses d’excellente qualité, ils procurent un sentiment de satiété durable et n’engendrent pas d’hyperglycémie postprandiale.
- Limitez les brioches, pains au lait, viennoiseries en sachet : Ils contiennent de nombreux conservateurs, sont souvent fabriqués avec des farines très raffinées et des huiles de mauvaise qualité nutritionnelle.
- Les biscottes, pains grillés, tartines… occasionnellement : Les principaux défauts des biscottes, pains grillés et autres tartines soufflées sont qu’ils contiennent souvent beaucoup de matières grasses saturées ou « trans », des conservateurs, du sucre et trop de sel.
- Et le pain ? Privilégiez un pain, de préférence aux céréales ou complet.
10. Lire les étiquettes
Lisez la liste des ingrédients et les valeurs nutritionnelles, et comparez les produits. Évitez ceux composés d’ingrédients peu naturels et hyperglycémiants (sirop de glucose, de fructose, huiles hydrogénées, sucre inverti…) et prêtez attention à l’ordre dans la liste : si le sucre et les graisses figurent en tête, cela signifie qu’ils sont majoritairement présents dans le produit.
Dans une même catégorie d'aliments, repérez les produits mentionnant le Nutriscore et choississez de préférence ceux avec un Nutriscore A et B.
Autosurveillance glycémique (ASG)
L’autosurveillance glycémique (ASG) permet de surveiller les patientes et d’indiquer l’insulinothérapie. Celle-ci est instaurée dans 26 % des cas de diabète gestationnel en France. Lorsque les femmes sont traitées par insuline, l’ASG est indispensable pour adapter les doses d’insuline.
Selon les recommandations, l’ASG est prescrite entre 4 et 6 fois par jour, au moins une fois à jeun et deux heures après les repas selon le traitement - diététique ou insuline - et l’équilibre obtenu.
La Fédération des Diabétiques recommande de conserver jusqu’à la fin de votre grossesse un taux de glycémie inférieur à 0,95 g/L à jeun et inférieur à 1,2 g/L deux heures après le début de votre repas.
Activité physique
La seule manière de faire naturellement baisser la glycémie (en dehors de l’insuline) est l’activité physique. Il est recommandé de marcher au moins une demi-heure par jour, mais on peut également s’adonner à la natation, à la danse… Les muscles vont alors consommer du sucre pour fonctionner et participer à réguler la glycémie sanguine.
Accompagnement médical
En cas de diabète gestationnel, il est recommandé de se faire accompagner par une équipe de professionnels de santé multidisciplinaires afin d’adapter non seulement vos menus mais d’avoir un suivi plus complet. Votre médecin peut vous orienter vers d’autres professionnels de la santé spécialisés dans le diabète, tels qu’un endocrinologue, un diététicien ou un éducateur spécialisé dans le diabète.
Prévention du diabète de type 2 après la grossesse
Une femme qui développe un diabète gestationnel court 50 % de risques supplémentaires d’avoir un diabète de type 2 dans les dix ans qui suivent. Plusieurs consignes peuvent aider à prévenir cette pathologie : contrôler ses apports caloriques pour maîtriser son poids, consommer suffisamment de fibres, faire de l’activité physique, et allaiter si possible.
Les études démontrent que l’allaitement diminue le risque ultérieur de diabète de type 2. Cette diminution est proportionnelle à la durée de l’allaitement, allant de -25 % (< 6 mois), jusqu’à -47 % (> 6 mois) au-delà.
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