Le diabète gestationnel, une condition qui se manifeste pendant la grossesse, est défini comme une anomalie de la tolérance au glucose conduisant à une hyperglycémie de sévérité variable, dont le diagnostic est effectué pendant la grossesse. Bien qu'il disparaisse généralement après l'accouchement, il peut poser des risques tant pour la mère que pour le bébé à naître. Cet article explore les causes, les risques, les mesures à prendre et les taux à surveiller en cas de diabète gestationnel, en particulier lorsqu'il est diagnostiqué autour de 38 semaines d'aménorrhée (SA) et que le bébé montre des signes de ralentissement de sa croissance.
Qu'est-ce que le diabète gestationnel ?
Le diabète gestationnel, également appelé diabète de grossesse, se caractérise par une hyperglycémie (taux de sucre élevé dans le sang) détectée pour la première fois pendant la grossesse. Dans la majorité des cas (85%), il apparaît dans la deuxième moitié de la grossesse, entre la 22e et la 24e semaine. Pendant cette période, le placenta produit des hormones qui favorisent le passage des nutriments, de l'oxygène et de l'énergie nécessaires à la croissance du fœtus. Ces hormones ont également pour effet de réduire l'efficacité de l'insuline, l'hormone responsable de la régulation du taux de sucre dans le sang. Si le pancréas de la mère ne parvient pas à produire suffisamment d'insuline pour compenser cette résistance, le taux de sucre dans le sang augmente, entraînant un diabète gestationnel.
Il est important de noter que le diabète gestationnel ne provoque souvent pas de symptômes, ce qui rend le dépistage systématique crucial. C'est pourquoi une analyse de sang permettant de mesurer la glycémie est réalisée au cours du 6e mois de grossesse.
Facteurs de risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer un diabète gestationnel :
- Âge maternel avancé : Les femmes de plus de 40 ans sont plus à risque.
- Obésité ou surpoids : Un indice de masse corporelle (IMC) élevé avant la grossesse augmente le risque. Les femmes enceintes avec facteurs de risque, notamment en cas d'obésité, sont les plus à risque de complications, il est indispensable de les dépister au plus tôt pour les prendre en charge rapidement.
- Antécédents familiaux de diabète : Avoir des parents ou des frères et sœurs atteints de diabète de type 2 augmente le risque.
- Antécédents personnels de diabète gestationnel lors d'une grossesse précédente : Les femmes ayant déjà eu un diabète gestationnel sont plus susceptibles d'en développer un à nouveau. Les femmes enceintes ayant un diabète gestationnel sont également plus à risque d'en refaire lors d'une prochaine grossesse, et s'exposent également à un diabète de type 2 après la naissance de bébé.
- Origine ethnique : Certaines populations, comme les femmes d'origine africaine, hispanique, amérindienne ou asiatique, présentent un risque plus élevé.
- Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : Ce trouble hormonal est associé à une résistance à l'insuline et augmente le risque de diabète gestationnel.
- Prise de poids importante pendant la grossesse
Idéalement, le dépistage doit être pratiqué lors de la conception pré-natale, donc avant de concevoir l'enfant. Cela évite que le fœtus ne se développe alors que sa mère est déjà diabétique, ce qui augmenterait les risques de malformations. Sinon, le dépistage de la glycémie peut se faire lors de la première consultation gynécologique (avant 15 semaines). Il s'agit d'une glycémie à jeun. Lorsque la glycémie est supérieure à 1,26 g/L, il s'agit d'un diabète de type 2 antérieur à la grossesse. Lorsqu'elle est comprise entre 0,92 g/L et 1,26 g/L, il s'agit alors d'un diabète gestationnel. Chez les autres patientes non diagnostiquées préalablement, mais avec facteur de risque, on pratique un test de dépistage du diabète gestationnel par une hyperglycémie provoquée par voie orale (test HGPO) entre la 24e et la 28e semaine d'aménorrhée, au moment où la tolérance au glucose est moins bonne.
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Risques associés au diabète gestationnel
Le diabète gestationnel peut entraîner des complications pour la mère et le bébé.
Risques pour le bébé
- Macrosomie fœtale : Le principal risque pour le bébé est la macrosomie foetale (un bébé d'un poids supérieur ou égal à 4 kg). L’enfant stocke cette réserve calorique dans ses organes. Une échographie sera réalisée pour vérifier son poids, aux alentours de 32 ou 33 semaines d'aménorrhée. Si la taille et le poids du bébé sont à ce stade plus importants que la norme, alors on programme une nouvelle échographie trois semaines plus tard. En cas de besoin, un déclenchement de l'accouchement sera programmé 15 jours avant le terme afin d'éviter que le bébé ne soit encore plus gros à l'accouchement. Un poids élevé à la naissance peut compliquer l'accouchement et augmenter le risque de dystocie des épaules (blocage des épaules du bébé lors de l'accouchement).
- Hypoglycémie à la naissance : L'autre risque pour le bébé : l'hypoglycémie à la naissance. En effet, après avoir été habitué au sucre in utero, bébé risque de manquer de sucre à la naissance. L'équipe médicale surveillera alors le taux de sucre, au niveau du talon du bébé durant la première journée de vie.
- Prématurité : Dans certains cas, un accouchement prématuré peut être nécessaire pour protéger la santé de la mère ou du bébé.
- Difficultés respiratoires : Les bébés nés de mères atteintes de diabète gestationnel peuvent avoir un risque accru de problèmes respiratoires à la naissance.
- Risque accru d'obésité et de diabète de type 2 plus tard dans la vie : Les enfants nés de mères atteintes de diabète gestationnel ont un risque plus élevé de développer ces conditions à l'âge adulte.
Risques pour la mère
- Pré-éclampsie : Les femmes atteintes de diabète gestationnel ont un risque accru de développer une pré-éclampsie, une complication grave de la grossesse caractérisée par une hypertension artérielle et la présence de protéines dans l'urine. Pour la future maman, le risque le plus important est la pré-éclampsie ou toxémie gravidique (associant hypertension artérielle, œdèmes, prise de poids rapide).
- Accouchement par césarienne : La macrosomie fœtale peut augmenter la probabilité d'un accouchement par césarienne. Bébé peut prendre rapidement du poids, ce qui n'est pas sans poser problème au moment d'accoucher ce qui implique un risque accru de césarienne et d'extraction instrumentale.
- Diabète gestationnel lors de grossesses ultérieures : Les femmes ayant eu un diabète gestationnel ont un risque plus élevé d'en développer un lors de grossesses ultérieures.
- Risque accru de diabète de type 2 : Les femmes ayant eu un diabète gestationnel ont un risque accru de développer un diabète de type 2 plus tard dans leur vie.
- "C'est la raison pour laquelle, la prise en charge du diabète ne s'arrête pas à l'accouchement. En post partum, les mères doivent continuer à bien s'alimenter et à faire contrôler leur glycémie tous les ans", ajoute le Pr Anne Vambergue, diabétologue à l'hôpital Claude Huriez à Lille.
Diabète gestationnel à 38 SA et ralentissement de la croissance du bébé
Lorsqu'un diabète gestationnel est diagnostiqué autour de 38 SA et que le bébé présente un ralentissement de sa croissance, cela soulève des préoccupations spécifiques. Normalement, à ce stade de la grossesse, le bébé devrait continuer à prendre du poids régulièrement. Un ralentissement de la croissance peut indiquer que le bébé ne reçoit pas suffisamment de nutriments ou d'oxygène, ce qui peut être lié à des problèmes placentaires ou à un mauvais contrôle du diabète gestationnel.
Causes possibles du ralentissement de la croissance :
- Insuffisance placentaire : Le placenta peut ne pas fonctionner correctement, ce qui limite le transfert de nutriments et d'oxygène au bébé. Laëtitia a appris vers son 4e mois de grossesse qu’elle souffrait d’un défaut de vascularisation de son placenta.
- Mauvais contrôle du diabète gestationnel : Si le taux de sucre dans le sang de la mère n'est pas bien contrôlé, cela peut affecter la croissance du bébé.
- Autres problèmes de santé de la mère : Des problèmes tels que l'hypertension artérielle ou les maladies cardiaques peuvent affecter la croissance du bébé.
- Anomalies chromosomiques ou génétiques chez le bébé : Dans de rares cas, un ralentissement de la croissance peut être lié à des problèmes génétiques chez le bébé.
- Le RCIU ou hypotrophie fœtale est une notion complexe : le fœtus a un poids insuffisant comparé à son âge gestationnel (hypotrophie). « En France, un bébé sur 10 est touché par cette pathologie. Mais on le sait moins, c’est aussi la première cause de mortalité des bébés !
Prise en charge :
Dans cette situation, une surveillance étroite est essentielle. L'équipe médicale surveillera de près la croissance du bébé grâce à des échographies régulières. Ils évalueront également la fonction placentaire et surveilleront le taux de sucre dans le sang de la mère.
En fonction de la situation, les mesures suivantes peuvent être prises :
- Optimisation du contrôle du diabète gestationnel : Cela peut impliquer des ajustements du régime alimentaire, de l'activité physique ou de la médication (insuline).
- Surveillance accrue du bien-être fœtal : Des tests tels que le monitoring fœtal peuvent être effectués pour évaluer la santé du bébé.
- Déclenchement de l'accouchement : Si la croissance du bébé continue de ralentir ou si des signes de détresse fœtale sont présents, un déclenchement de l'accouchement peut être envisagé. Oui, l'accouchement est déclenché à 38 semaines de grossesse en cas de diabète de type 2. La gynéco m'explique que si le ventre de bébé continue à grossir il faudra provoquer l'accouchement au alentour de SA38.
Diagnostic du diabète gestationnel
Le dépistage du diabète gestationnel est généralement effectué entre la 24e et la 28e semaine d'aménorrhée. Il existe deux principaux tests de dépistage :
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- Test de dépistage du glucose (test d'O'Sullivan) : Ce test consiste à boire une solution sucrée, puis à mesurer le taux de sucre dans le sang une heure plus tard. Si le taux est élevé, un test de tolérance au glucose (HGPO) est effectué pour confirmer le diagnostic.
- Hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) : Avec le test HGPO, vous effectuez une première glycémie, à jeun, puis avalez du glucose (sucre). Vous patientez alors au laboratoire car vous ne devez pas user vos réserves en glucose et donc fausser les résultats. Ce test consiste à mesurer le taux de sucre dans le sang à jeun, puis à intervalles réguliers (généralement une et deux heures) après avoir bu une solution sucrée. Les résultats sont comparés à des valeurs de référence pour déterminer si un diabète gestationnel est présent. Rappelons que ce test remplace le test O'Sullivan qui était jusqu'alors utilisé pour mesurer le taux de glycémie.
Traitement du diabète gestationnel
Le traitement du diabète gestationnel vise à maintenir le taux de sucre dans le sang dans des limites normales afin de minimiser les risques pour la mère et le bébé. Il comprend généralement les éléments suivants :
- Régime alimentaire : Une alimentation saine et équilibrée est essentielle. Il consiste à limiter les sucres rapides, à privilégier les fibres et les aliments à indice glycémique élevé (sucre, gâteaux, confiture…) et à équilibrer les apports en protéines et lipides. Vous allez être suivie avec des rendez-vous supplémentaires, notamment avec une diététicienne qui vous guidera pour vous conseiller et vous aider à avoir une alimentation équilibrée.
- Activité physique : L'activité physique est recommandée aux femmes enceintes diabétiques, à raison de 30 minutes par jour, 5 fois par semaine. L’exercice physique a un effet immédiat et très puissant sur la glycémie ! J’ai marché 1 à 2h par jour pendant toute ma grossesse, c’est ce qui m’a permis de conserver des glycémies correctes malgré le diabète.
- Surveillance de la glycémie : Vous devrez également mesurer votre glycémie. "Elle s'effectue grâce à un lecteur de la glycémie à partir d'une goutte de sang prise au bout du doigt. Enceinte de 6 mois, je dois me piquer le doigt six fois par jour avant et après chaque repas, afin de mesurer le taux de sucre dans le sang. Une application "MyDiabby" me permet de reporter tous les résultats y compris ce que j'ai mangé durant le repas, afin d'adapter mon alimentation et d'être mieux suivie pour la fin de la grossesse", nous explique Géraldine. En parallèle, une auto-surveillance de la glycémie à jeun avec un lecteur glycémique, 4 à 6 fois par jour est nécessaire (avant et après chaque repas).
- Insuline : C'est seulement lorsque le régime diététique ne suffit pas (20 % des cas) que l'on y associe des injections d'insuline, sans danger pour le bébé.
Objectifs glycémiques
Les objectifs glycémiques pour les femmes atteintes de diabète gestationnel sont les suivants :
- Glycémie à jeun : Inférieure à 0,95 g/L.
- Glycémie une heure après le début du repas (glycémie post-prandiale) : Inférieure à 1,40 g/L.
- Glycémie deux heures après le début du repas (glycémie post-prandiale) : Inférieure à 1,20 g/L.
Accouchement
Si le diabète est bien équilibré, la grossesse de la patiente est prise en charge comme une grossesse normale. Si votre diabète est difficilement équilibré ou que vous présentez d'autres facteurs de risques, comme l’hypertension artérielle, par exemple, le suivi sera plus rapproché et d'autres examens pourront être prescrits pour vérifier la vitalité du fœtus. Une césarienne pourra parfois être programmée, notamment lorsque le poids du bébé à terme est estimé à plus de 4,200 kg.
En cas de diabète gestationnel déséquilibré, un déclenchement avant terme sera envisagé, dans la mesure du possible après 39 SA (semaines d'aménorrhée) en tenant compte des risques et bénéfices pour vous et pour votre enfant.
Suivi après l'accouchement
Le diabète disparaît dans 98% des cas après l'accouchement. Durant le post-partum, votre glycémie sera surveillée afin de vérifier que le diabète disparaît. Il est également recommandé de surveiller la glycémie environ six mois après la naissance du bébé, et une fois par an par la suite.
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Après la naissance, le risque principal pour votre bébé est l'hypoglycémie. Ce risque est plus important si vous avez reçu de l'insuline ou si votre nouveau-né a un très petit ou un très gros poids de naissance. (<10e et >90e percentile). Le cas échéant, votre bébé doit être nourri le plus tôt possible après la naissance et toutes les 2/3 heures. Sa glycémie sera surveillée, en l'absence de signes cliniques d'hypoglycémie, juste avant la tétée, à partir de la 2e tétée.
Les femmes enceintes ayant développé un diabète gestationnel présentent plus de risques de développer un diabète de type 2 dans les années qui suivent. Il est donc recommandé d’effectuer un dépistage régulier, tous les 1 à 3 ans. Pour réduire le risque de développer un diabète de type 2, il est important de continuer après la grossesse à avoir une alimentation équilibrée, de contrôler son poids et de pratiquer une activité physique régulière.
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