Bien que rare, la dépression peut affecter les nourrissons, se manifestant comme un manque d'élan vital et de curiosité envers le monde. Il est crucial de reconnaître les symptômes, les situations à risque et les traitements possibles pour ce trouble psychologique chez les tout-petits.
Prévalence et Reconnaissance Historique
La dépression infantile est souvent sous-évaluée, similaire à ce qui se passe chez les adultes. Les bébés ressentent des douleurs morales et du bien-être psychique. Historiquement, on pensait que les jeunes enfants ne pouvaient pas être dépressifs en raison de leur développement incomplet. Cependant, dans les années 1940, les scientifiques ont reconnu que les nourrissons pouvaient éprouver de la tristesse et souffrir de dépression.
En 1946, le psychanalyste René Spitz a conceptualisé la notion de dépression du nourrisson, en observant que les enfants séparés de leur mère développaient un syndrome de repli relationnel et un arrêt du développement psychomoteur. Les enfants placés en institutions, avec une absence de figure maternelle de référence et un cantonnement aux soins d’hygiène et de nourrissage, développaient l’hospitalisme, une forme extrême de la dépression du nourrisson caractérisée par une passivité, un immobilisme, une absence d’expression et de réactions.
Symptômes de la Dépression du Nourrisson
Il est essentiel de ne pas ignorer la possibilité de dépression chez les nourrissons. Les symptômes peuvent être discrets et varier d'un enfant à l'autre, car les tout-petits ne peuvent pas exprimer verbalement leur mal-être. Le diagnostic repose donc sur l'observation de leur comportement. Les manifestations de ces troubles dépressifs varient en fonction du stade de développement de l’enfant.
Les signes courants incluent :
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- Apathie et retrait : Le nourrisson est dans un état d’apathie avec un refus de contact à l’entourage.
- Humeur dépressive : Humeurs dépressives, des comportements immatures quand il ne supporte pas la séparation d’avec les parents.
- Irritabilité et agitation : Le bébé peut être irritable, agité, avoir des sautes d’humeur.
- Troubles du sommeil et de l'alimentation : Présente des troubles du sommeil ainsi qu’alimentaires, refuse des activités habituelles.
- Manque d'expression : Il est sans pleurs, ni larmes. Il a alors une mimique pauvre, répond peu aux sollicitations, il est peu expressif.
- Comportements répétitifs : A des conduites répétées et monotones.
- Altération de la communication : Une altération de la communication qui est amplifiée par le désarroi de l’entourage face à ce tout-petit qui ne répond pas.
- Retard des acquisitions motrices
- Comportements de balancements et de rythmies : Les cas les plus graves montrent des comportements de balancements et de rythmies qui surviennent alors à la transition veille-sommeil.
Il est important de noter qu'un enfant qui n'interagit pas avec son entourage n'est pas nécessairement "sage". Ce manque d'interaction peut être un signe de dépression.
Causes de la Dépression du Nourrisson
Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine de la dépression du nourrisson. Le principal est le manque d'interaction avec la figure d'attachement. L’adulte en charge du bébé peut répondre à ses besoins vitaux (changer ses couches, l’habiller, le nourrir…) sans pourtant créer de lien affectif avec lui. En effet, cette personne peut parfois rencontrer des problèmes de santé, financiers ou familiaux. Un enfant a besoin d’avoir une figure d’attachement active dans la relation.
L'absence de communication et le manque d'affection ont un impact néfaste sur le développement de l'enfant. Les adultes ne sont pas obligés d’avoir une vie parfaite et d’être toujours dans la joie. Néanmoins, ils doivent être dans la communication avec le bébé en lui expliquant pourquoi ils pleurent ou sont tristes. L’absence de communication ainsi que le manque d’affect ont un impact néfaste sur le développement d’un enfant.
L'environnement joue également un rôle crucial. Un bébé se met en retrait lorsqu’il ressent que le milieu dans lequel il vit est hostile, voire agressif. Le placement en foyer, la précarité, la violence intrafamiliale et la maltraitance peuvent être les déclencheurs d’une dépression du nourrisson.
D'autres facteurs de risque incluent :
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- Terrain génétique : Si l’un des parents de l’enfant souffre ou a souffert de troubles de la santé mentale (dépression, bipolarité).
- Déséquilibre biologique : Entravant le bon fonctionnement du cerveau de l’enfant.
- Tempérament : Tel que l’hypersensibilité, un haut potentiel intellectuel, un trouble de l’attention ou un trouble du spectre autistique.
- Problèmes de santé : Notamment si l’enfant vit avec une pathologie chronique ou une maladie nécessitant un traitement durable.
- Stress, anxiété et épuisement psychologique : Notamment si l’enfant subit du harcèlement scolaire de la part de ses camarades ou s’il se considère comme étant différent de ces derniers (orientation sexuelle, activités pratiquées…) et que cela entraîne un rejet ou de l’intimidation de la part de la société et de ses pairs.
- Changement environnemental : Comme un décès dans l’entourage, un déménagement ou une séparation.
Diagnostic
Le diagnostic de la dépression du nourrisson repose sur l'observation clinique et l'évaluation du développement psychomoteur de l'enfant. Près de sept examens de suivi sont prévus entre les trois et dix-huit mois d’un bébé. Le pédiatre ou le médecin généraliste va notamment surveiller son développement psychomoteur. Ce praticien peut s’inquiéter lorsque le nourrisson ne réagit pas aux examens médicaux. « En consultation, un enfant est généralement curieux. Il va s’intéresser aux instruments, soutenir notre regard, nous sourire. On va se poser des questions lorsque l’on constate qu’il est complètement absent plusieurs fois d’affilée. Pour poser le diagnostic de la dépression du nourrisson, on va vérifier s’il a bien les acquis psychomoteurs en fonction de son âge et interroger les parents sur son comportement », précise la Docteure Catherine Salinier. Avant d’ajouter : « C’est le travail des pédiatres de faire la distinction entre un retard psychomoteur d’origine organique ou lié à la dépression du nourrisson. Par exemple, un enfant qui ne babille pas ou ne tient pas assis à neuf mois peut être corrélé à ce trouble psychique.
Traitement de la Dépression du Nourrisson
À cet âge, aucun traitement médicamenteux n’est envisagé. Les professionnels de la santé valorisent plutôt une intervention auprès de la famille et du cercle social de l’enfant. Dans un premier temps, il faut supprimer les facteurs qui peuvent entraîner la dépression du nourrisson. Pour ce faire, des travailleurs sociaux peuvent intervenir pour évaluer la manière dont vit la famille ou le couple. L’objectif est de trouver des solutions pour que chaque membre de la famille soit actif dans la relation avec le bébé. Dans les hôpitaux, il existe aussi des unités mère/bébé qui permettent de renforcer le lien entre la maman et son enfant. Pour bénéficier de cette prise en charge, les parents peuvent en faire la demande auprès du médecin traitant, d’un psychiatre ou d’un psychologue.
Les approches thérapeutiques peuvent inclure :
- Intervention sociale : Évaluation et soutien de la famille pour améliorer l'environnement de l'enfant.
- Unités mère/bébé : Renforcement du lien entre la mère et l'enfant dans un cadre hospitalier.
- Psychothérapie : Aide psychologique pour les parents et l'enfant.
Conséquences et Pronostic
En l’absence de prise en charge, la dépression du nourrisson peut persister chez l’enfant plus âgé. Cette maladie psychique peut causer des troubles psychomoteurs et de l’apprentissage. Un épisode dépressif chez l’enfant peut se répéter à l’adolescence ou à l’âge adulte. La dépression chez l’enfant influe sur son raisonnement ainsi que sur son humeur et son comportement. Chez certains enfants, elle peut occasionner des symptômes physiques en plus de signes psychiques. L’adolescent dépressif à contrario du jeune enfant, à plus de risque de se faire du mal physiquement en s’infligeant des mutilations et/ou un passage à l’acte en envisageant le suicide afin de mettre fin à ses souffrances.
Dépression ou Détresse ? Une Question de Perspective
La question de savoir si la dépression du nourrisson est une véritable dépression ou un état de détresse est un sujet de débat. On peut voir l’état de détresse du nourrisson comme la situation de l’enfant à l’aube de la vie, désemparé face à l’excès du vivant qui l’habite. Il est pris par l’émoi, submergé, dépassé dans ses capacités de faire face à quelque chose qui le déborde. Une des caractéristiques du petit d’homme est de naître dans l’inachèvement. Il naît inachevé de naissance. L’inachèvement, c’est son statut qui le fait désemparé tant par rapport à ce qui l’entoure, que par rapport à ce que manifeste son corps, qui s’impose à lui. L’inachèvement amène à cette forme de chaos des effractions intéroceptives et extéroceptives qui submergent potentiellement le nouveau-né, le plongeant dans la détresse (Hilflosigkeit).
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Au commencement est la détresse, une détresse dont il ne peut advenir seul. Il lui faut l’action spécifique de l’autre, du Nebenmensch comme le dit Freud, pour décharger l’excitation qui l’habite, pour passer du déplaisir au plaisir. C’est ce qui est au centre de la première expérience de satisfaction. Dans la détresse, la question de l’excès du vivant est centrale. La trace est nécessaire pour traiter cet excès. Elle a d’abord une fonction homéostatique par rapport à la destruction potentielle portée par le vivant. Et la trace résulte de l’intervention de l’autre, qui permet la décharge et fait entrer le petit d’homme dans le monde du langage qui le précède. C’est un fondamental pour naître humain.
Importance de la Détection Précoce
Il est crucial d'être attentif aux signes de dépression chez les nourrissons et de rechercher une aide professionnelle dès que possible. Si votre enfant ou adolescent présente des symptômes de dépression infantile, soyez à l’écoute de ses ressentis afin qu’il ne sombre pas davantage dans son mal-être. Ouvrez le débat s’il est enclin à la discussion et prouvez-lui qu’il peut se confier sans crainte. Soyez empathique et veillez à son hygiène de vie, notamment sur la prise des repas et la qualité de son sommeil. Vous pouvez également lui proposer des exercices de relaxation pour apaiser ses maux.
Un pédopsychiatre, un médecin généraliste ou psychologue pourrait lui venir en aide en lui apportant les clés qui lui seront nécessaires pour sortir de cet état. Une intervention précoce peut améliorer considérablement le pronostic et prévenir les complications à long terme.
Controverses et Perspectives Historiques
Le statut de la dépression chez l’enfant a fait l’objet de bien des controverses durant les soixante dernières années. Si dans nombre d’adolescences difficiles, la souffrance dépressive vient s’imposer comme une donnée clinique de premier plan, sa reconnaissance durant l’enfance est beaucoup moins évidente. C’est un fait que la clinique psychiatrique traditionnelle a remarquablement ignoré cette éventualité. Aussi jusqu’à la dernière guerre mondiale, voit-on la littérature psychiatrique écarter l’éventualité d’une maladie dépressive chez l’enfant. Leo Kanner, dans l’édition de 1937 de son fameux manuel de psychiatrie de l’enfant, estime que la survenue d’un état mélancolique au dessous de l’âge de 15 ans est d’une rareté telle qu’on peut la mettre en doute.
La réaction va surgir à partir des années cinquante, aux USA avant tout. Certains numéros de la revue Nervous Child vont ainsi être le théâtre d’une forte polémique ayant pour enjeu la reconnaissance de troubles dépressifs graves chez de nombreux enfants. Des auteurs comme Campbell, et puis Harms (1952) y mènent l’attaque contre la position officielle de l’American Psychiatric Association en dénonçant l’inadéquation de la grille nosographique héritée de Kraepelin et de Bleuler. Ils évoquent une « conspiration à grande échelle » qu’ils attribuent à la résistance foncière des adultes à se trouver mis en cause au travers de la constatation d’un trouble affectif sévère chez un enfant.
Beaucoup de psychiatres s’en tiennent aujourd’hui encore à une vision essentiellement organiciste du phénomène, et s’appliquent par conséquent à en donner une description aussi objective que possible. Ceux-là sont d’ailleurs rejoints par tous ceux qui considèrent, avec Bowlby (1961) par exemple, que chez l’enfant il ne peut s’agir que des effets de la privation actuelle d’un objet réel externe.
Il en va tout autrement dès lors qu’on envisage le phénomène dépressif selon des critères psycho-dynamiques, et notamment, comme c’est mon cas, dans une conception psychanalytique du fonctionnement de la psyché. On entend alors par état dépressif un phénomène qui se joue essentiellement au sein d’une subjectivité ; et on s’efforce de l’évaluer et d’en rendre compte dans des termes aptes à rendre compte de cette subjectivité, à partir notamment bien sûr de ce que le sujet lui-même peut en exprimer. On peut définir l’état dépressif comme manifestation psychique durable d’une détresse internalisée.
Formes Cliniques et Équivalents Dépressifs
Les formes cliniques de dépression durant l’enfance varient selon l’âge. Aujourd’hui la plupart des psychiatres admettent l’existence d’un tableau clinique d’état dépressif franc chez des enfants, filles et garçons, mais plus souvent des filles, parvenus en fin de période de latence, c’est à dire vers les dix ans, ainsi qu’à la période pré-pubertaire.
La diversité de ces symptômes manifestes, avec les rationalisations fumeuses que l’enfant peut en donner, font souvent taxer celui-ci de paresseux, provocateur, caractériel, de mauvaise volonté. Mais l’examen attentif découvre que ces symptômes sont sous-tendus par un vécu d’être mauvais, méchant, inacceptable par autrui. L’explicitation du matériel fantasmatique et des rêves de ces enfants permet peu à peu de rattacher leurs comportements antisociaux à un sentiment d’autodépréciation et un vécu intime dominé par la perte d’amour.
Chez nombre d’enfants plus jeunes, cette notion d’équivalent dépressif a pris peu à peu toute son importance. Dans les premières années de la vie, la menace dépressive se manifeste au travers de symptômes de couverture concernant l’alimentation ou le sommeil, mais aussi le fait de pleurer à tout propos, ou des comportements auto-agressifs. Outre diverses formes assez courantes de manifestation de fragilité et d’insécurité interne chez de nombreux enfants en bas âge l’attention a été plus précisément portée sur la gravité de certains états que ces mêmes auteurs n’ont pas hésité à considérer comme « psychoses affectives » de l’enfance.
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