Chaque année, environ 200 000 femmes en France sont confrontées à la douloureuse réalité d'une fausse couche. Cette épreuve, souvent minimisée, peut entraîner des conséquences physiques et psychologiques significatives, allant jusqu'à la dépression. Face à ce constat, des mesures législatives et des initiatives d'entreprises se mettent en place pour mieux accompagner les femmes et leurs partenaires.

La Fausse Couche : Un Drame Fréquent et Mal Pris en Charge

Une fausse couche, définie comme une interruption spontanée de grossesse avant la 22e semaine d'aménorrhée, touche une femme sur dix au cours de sa vie. Si certaines femmes ne vivent pas cet événement comme un traumatisme, d’autres auront besoin de temps pour s’en remettre, à la fois physiquement et psychologiquement. Douleurs, perte de sang, tristesse liée au deuil périnatal, l’après fausse couche peut s’avérer difficile. Un rapport établi en 2021 par The Lancet révèle qu'une femme sur dix a déjà été confrontée à une fausse couche au cours de sa vie.

Pour les futures mères, mais également les pères, une telle épreuve a des conséquences à la fois physiques et psychologiques lourdes, jusqu'à la dépression, à en croire les nombreux témoignages visibles sur les réseaux sociaux. Or, le sujet semble rester tabou et la prise en charge est jugée insuffisante.

Les conséquences psychologiques d'une fausse couche peuvent être profondes, incluant des symptômes anxieux, dépressifs et des états de stress post-traumatiques. Des études ont révélé l’existence de symptômes dépressifs et majoritairement anxieux 13 mois après une fausse couche. D’autres recherches ont montré que les scores de dépression, qui culminent à 6 mois, baissent ensuite progressivement, excepté pour les femmes qui ne parviennent pas à accéder à la maternité. Pour ces dernières, la symptomatologie dépressive persiste, avec un rebond entre 7 et 12 mois. Les séquelles psychologiques peuvent être assimilées à un trouble de l’adaptation.

Arrêt Maladie Sans Délai de Carence : Une Avancée Importante

Auparavant, les femmes victimes d'une fausse couche étaient contraintes d'attendre plusieurs jours de carence avant d’être indemnisées. Pour pallier cette situation et reconnaître la réalité de la douleur physique et psychologique, la loi du 7 juillet 2023 a introduit une mesure significative : un arrêt maladie sans perte de salaire pour les femmes victimes d'une interruption spontanée de grossesse.

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Depuis le 1er janvier 2024, les femmes ayant subi une fausse couche peuvent bénéficier d'un arrêt maladie sans jour de carence, différent donc d’un arrêt maladie classique. Elles toucheront donc des indemnités journalières de la Sécurité sociale dès le premier jour de leur arrêt. La règle s'applique également à celles qui exercent une profession indépendante ou ont le statut de non-salariée agricole. Le coût de la suppression de ce délai de carence pour la Sécurité sociale est estimé à huit millions d'euros.

Pour déclarer une fausse couche à la Sécurité sociale, il est nécessaire de se voir prescrire un arrêt de travail par un médecin. Cet arrêt de travail doit ensuite être adressé à l'Assurance maladie via votre espace personnel sur le site de l'assurance maladie (ameli.fr) ou par courrier. Il faut souligner qu'aucun délai de carence n'est appliqué en cas de fausse couche, ce qui signifie que vous serez indemnisée dès le premier jour de votre arrêt.

Il n'y a pas de carence lors d'une fausse couche intervenue avant 22 semaines d'aménorrhée. Dans ces deux situations, l'arrêt maladie doit être prescrit sur le formulaire papier spécifique nommé : "Avis d'arrêt de travail sans carence". Si ce n'est pas le cas ou si la carence a quand même été appliquée malgré l'utilisation du Cerfa adéquat, vous pouvez contacter votre caisse depuis l'Espace d'échanges de votre compte ameli ou par téléphone au 36 46 afin que la carence soit neutralisée.

La durée de l’arrêt de travail pour fausse couche n’est pas limitée, elle est fixée par le médecin du travail.

Protection contre le licenciement

Pour protéger la salariée, la loi va plus loin et remplit un vide juridique préalable dans le Code du travail. Les sénateurs ont en effet introduit dans le texte une protection supplémentaire, protégeant les femmes 10 semaines après leur fausse couche. Selon le texte « aucun employeur ne peut rompre le contrat de travail d’une salariée pendant les dix semaines suivant une interruption spontanée de grossesse médicalement constatée ayant eu lieu entre la quatorzième et la vingt et unième semaine d’aménorrhée incluse.

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Accompagnement Psychologique : Un Besoin Essentiel

L’objectif est de cesser de minimiser une douleur bien réelle qui peut durer dans le temps. C’est pourquoi la loi a aussi pour objectif de favoriser l’accompagnement psychologique des femmes victimes d'une fausse couche. À partir du 1er septembre 2024, chaque femme concernée pourra bénéficier d’un « parcours fausse couche » établi en collaboration avec son agence régionale de santé (ARS), avec des consultations remboursées par la Sécurité sociale. Le ou la conjointe n’est pas oublié(e) : parce qu’une fausse couche peut impacter le couple tout entier, la loi prévoit aussi que le ou la partenaire d’une patiente ayant subi une fausse couche puisse également se tourner vers ce dispositif.

Ce parcours de soins, mis en place à partir du 1er septembre 2024, associera médecins, sages-femmes et psychologues, hospitaliers et libéraux, afin d’améliorer le suivi médical et psychologique des personnes confrontées à une fausse couche. La prise en charge consiste notamment en un accès facilité à un suivi psychologique, pouvant se faire via le programme Mon Soutien Psy (dans ce cas, sages-femmes et médecins peuvent prescrire des séances). La formation des soignants sur les répercussions psychologiques de la fausse couche, et sur la douleur que cela peut engendrer, sera aussi renforcée.

L'Importance du Soutien en Entreprise

Malgré cette nouvelle possibilité de prendre un arrêt de trois jours sans conséquence pour ses revenus, la difficulté de la reprise du travail reste une réalité pour certaines. Bien souvent ce retour implique de révéler à la fois sa grossesse et sa fausse couche car les femmes attendent traditionnellement le premier trimestre pour dire à leur manager qu'elles sont enceintes. « On sait très bien que l'annonce de la maternité est encore très délicate en entreprise, il y a une peur de la discrimination », déplore Nathalie Lancelin-Huin, psychologue en périnatalité et auteure de l'ouvrage Traverser l'épreuve d'une grossesse interrompue.

Dans le cas où la travailleuse ne souhaite rien dire à son manager, Nathalie Lancelin-Huin suggère néanmoins « de trouver une ou deux personnes de confiance dans l'entreprise dont elle serait proche pour se sentir un peu comprise. Qu'elle puisse trouver du soutien si elle devait avoir une réaction émotionnelle plus forte dans des moments difficiles. » Et si la personne revenant de fausse couche désire n'en parler à personne, la psychologue conseille « de mettre en place des mots de code pour avoir accès rapidement aux proches par téléphone aux moments de pause afin de trouver du soutien à l'extérieur. Ça peut être par des SMS aussi ».

Nathalie Lancelin-Huin préconise dans cette situation « de trouver des solutions d'évitement, surtout pour les moments de rassemblement ». Cela peut passer par le fait d'arriver tout juste à l'heure sur son lieu de travail, apporter un Thermos plutôt que d'aller à la machine à café ou encore mettre un casque ou des boules Quiès. « L'idée n'est pas de se couper, ni de s'isoler, mais de se mettre à l'intérieur de soi. Intérioriser parce que l'extérieur est trop compliqué à gérer. »

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Enfin, la praticienne recommande de se faire accompagner, que ce soit par des proches, un professionnel de santé ou encore une association spécialisée comme « Agapa » - qui propose soutien et accompagnement à toutes les personnes touchées par une grossesse interrompue, quelle qu'en soit la cause : IVG, fausse couche, IMG, deuil périnatal etc.

Le Rôle des Entreprises : Initiatives et Sensibilisation

Certaines entreprises ont pris les devants en octroyant un congé en cas de fausse couche d’une salariée. L’Oréal, par exemple, donne trois jours de congé rémunérés à 100 %. Les femmes de la branche du Syntec, employant 950.000 salariés dans le numérique, le conseil et l’événementiel, pourront elles aussi bientôt bénéficier d’un congé de deux jours. La convention collective Syntec prévoit depuis le 1er mai 2023 l’octroi d’un congé pour fausse couche. En effet, un accord signé par la Fédération Syntec avec plusieurs organisations syndicales en décembre 2022 a introduit cette nouveauté avant le législateur. L’accord prévoit que la salariée bénéficie d’une “autorisation d’absence exceptionnelle” de 2 jours en cas d’interruption spontanée de grossesse. Il s’agit donc d’un congé pour fausse couche de 2 jours qui est pris en charge par l’employeur, et ne peut pas être déduit des congés payés de la salariée. Ce congé pour fausse couche n’entrainant pas de perte de rémunération, est octroyé à toute salariée subissant une interruption spontanée de grossesse avant 22 semaines d’aménorrhée. La salariée bénéficie de ce congé pour fausse couche même lorsqu’elle se voit prescrire un arrêt maladie à la suite de sa fausse couche. La convention Syntec prévoit également que le ou la conjoint(e) de la salariée, ou la personne liée par un Pacs, se voit octroyé ce congé pour fausse couche dans les mêmes conditions s’il s’agit d’un salarié d’une entreprise de la branche.

Judith Aquien, autrice de Trois mois sous silence et cofondatrice du collectif « Fausse couche, vrai vécu », a cocréé avec Selma El Mouissi, Isma Lassouani et Clémence Pagnon, le Parental challenge . Né l'année dernière, il s'agit d'un mouvement d'entreprises pour une politique familiale inclusive. Concrètement, le Parental challenge se traduit par un guide regroupant 100 mesures à mettre en place dans les structures professionnelles et par l'adhésion à une charte de douze points. Dans le guide, une section est consacrée aux fausses couches. On y retrouve des initiatives déjà évoquées comme le congé fausse couche mais également de « proposer le télétravail les jours qui suivent le congé (aussi bien à la femme qui était enceinte qu'au second parent) ». Le guide suggère également de proposer un rendez-vous avec la médecine du travail pour une aide psychothérapeutique.

Formation des managers

Côté manager, lorsqu'une employée dévoile sa fausse couche, les choses ne sont pas simples non plus. Sophie Plumer, aujourd'hui productrice de podcasts, a été RH dans sa précédente vie professionnelle. Ayant fait une fausse couche l'année dernière, elle prend du recul sur les pratiques qu'elle a pu avoir à l'époque : « J'étais démunie. Quand une collaboratrice venait me dire qu'elle avait fait une fausse couche, je ne savais pas quoi dire ni quoi faire. » Elle pointe un manque de formation pour apprendre à réagir de manière adéquate dans ces cas-là.

Nathalie Lancelin-Huin conseille aux managers « d'accueillir sobrement l'événement. Laisser à la personne la possibilité d'aménager son temps. Et si en tant que manager vous faites ça, il y a fort à parier que vous aurez une salariée d'autant plus loyale que vous aurez été capable de prendre en compte sa situation et d'adapter les choses. » Sophie Plumer ajoute également qu'il faut faire preuve de patience, « le deuil est un processus, ça ne se fait pas en deux jours. »

Les Conséquences Psychologiques et les Solutions Thérapeutiques

Les conséquences psychologiques de la fausse couche dépendent de divers paramètres : accès à l’information, niveau de reconnaissance par les soignants de la perte vécue, insatisfaction quant à l’accompagnement prodigué, ou encore soutien social reçu, notamment par le partenaire.

Pour aider les couples concernés par une fausse couche, plusieurs approches thérapeutiques peuvent être envisagées :

  • Psychoéducation : Aider les couples à identifier, exprimer et réguler leurs émotions.
  • Techniques de relaxation : Diminuer l'anxiété en se concentrant sur les sensations corporelles agréables.
  • Restructuration cognitive : Travailler sur les pensées négatives et les remplacer par des pensées plus rationnelles.
  • Thérapies structurées sur les souvenirs douloureux : Thérapie narrative ou thérapie EMDR (eye movement desensitization and reprocessing).

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