L'accès à l'avortement est un sujet complexe et sensible qui suscite des débats passionnés à travers le monde. En Australie, la légalisation de l'avortement a été un long processus, marqué par des disparités entre les États et territoires, des obstacles persistants et des mobilisations de différents acteurs de la société. Cet article explore l'évolution de la législation sur l'avortement en Australie, les défis qui subsistent et les perspectives d'avenir.
Un Aperçu Mondial de l'Avortement
Selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), on estime à 73 millions le nombre d'IVG pratiquées chaque année dans le monde, et 45 % d’entre eux sont "non sécurisés", c'est-à-dire, "effectuées dans de mauvaises conditions, qui sont en grande majorité liées à son interdiction". Cette statistique souligne l'importance cruciale de la légalisation et de la sécurisation de l'avortement pour la santé et les droits des femmes.
Évolution de la Législation en Australie
L'avortement est légal en Australie. Cela a été une longue et complexe évolution depuis la fin des années 1800, mais actuellement, l'avortement est légalisé à l'échelle nationale. En mars 2024, l'État de Western Australia (WA) a été le dernier à décriminaliser la procédure.
Nouvelle-Galles du Sud : Un Tournant Historique
La Nouvelle-Galles du Sud est le dernier État australien à avoir décriminalisé l’avortement, après des semaines d’affrontements entre militants des deux camps. C’est à l’issue de quarante heures de débat parlementaire, deux mois après l’introduction de sa proposition de loi, mais surtout cent dix-neuf ans après une première législation criminalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG), que la pratique sort du code pénal de cet État, le dernier d’Australie à l’y avoir maintenue.
Inspiré des législations des États voisins, la Nouvelle-Galles du Sud autorise désormais l’avortement jusqu’à vingt-deux semaines de gestation et permet la pratique au-delà avec l’approbation de deux médecins dans un hôpital public. Toute personne cherchant à persuader une femme à avorter ou à l’en dissuader risque deux ans de prison.
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Disparités Législatives Antérieures
L'accès à l'avortement se légifère au niveau des Etats fédérés, créant une grande disparité. Dans l’Etat du Victoria, l’avortement est légal depuis 2008 jusqu’à la 24e semaine de grossesse. Un avortement peut-être réalisé après cette échéance avec l'accord d’un médecin. Dans le Territoire du Nord, une femme peut demander un avortement jusqu’à la 14e semaine de grossesse. Jusqu’à la 24e semaine, un avortement doit être approuvé par une médecin. Depuis 2018, il est légal d’avorter dans le Queensland jusqu’à la 22e semaine de grossesse. En Australie-Méridionale, un avortement peut-être demandé avec l’autorisation d’un médecin, jusqu’à la 28e semaine de grossesse. La patiente doit justifier de difficultés de santé pour voir sa demande acceptée. Depuis 2013, l’avortement est légal en Tasmanie.
Australie-Occidentale : La Fin d'un Long Combat
Le 20 septembre, avec 25 voix contre 6, le Parlement d’Australie-Occidentale a rejeté le projet de loi sur l’avortement « Babies Born Alive » et adopté de nouvelles mesures afin d’aligner sa législation sur celles des autres Etats australiens. L’avortement est désormais dépénalisé même si le fait pour une « personne non qualifiée » de pratiquer ou d’aider un avortement restera un délit. Par ailleurs, les femmes qui souhaitent avorter ne seront plus obligées de se référer à l’avis d’un médecin avant d’y avoir recours. De plus, l’exigence d’un conseil obligatoire et d’une approbation ministérielle et collégiale pour les avortements tardifs a été abolie. Enfin les nouvelles mesures autorisent les médecins à faire valoir leur clause de conscience pour refuser de pratiquer un avortement. Dans ce cas, ils sont tenus de transférer le dossier de la patiente vers un autre praticien ou de l’orienter vers un lieu où elle pourra recourir à l’avortement. La loi est entrée en vigueur le 27 mars. Au-delà du délai légal porté à 23 semaines de grossesse, les avortements « tardifs » restent possibles, mais ils doivent être approuvés par deux médecins.
Obstacles et Défis Persistants
Bien que l'avortement ait été légalisé, cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de problèmes d'accès au service. Une enquête du Sénat en 2023 a révélé que l'accès à l'avortement est une "loterie postale", ce qui signifie que celles qui vivent dans des zones régionales ou rurales ou qui subissent d'autres désavantages socio-économiques, ont plus de mal à accéder aux avortements. Fin 2024, il a été révélé que certains praticiens médicaux faisaient obstruction aux avortements, laissant les femmes sans accès à la procédure dans certaines parties de la région rurale de la Nouvelle-Galles du Sud (NSW). Dans d'autres régions, il a été rapporté que des patientes se voyaient refuser l'accès à l'avortement en raison de positions idéologiques, de directives floues, de pénuries chroniques de personnel, de ressources surchargées et du manque de financement gouvernemental.
Opposition et Contestation
La proposition de réforme en Nouvelle-Galles du Sud s’est heurtée à de vives oppositions au sein du Parlement fédéré, particulièrement de mandataires de la coalition conservatrice au pouvoir, appuyés par l’ex-premier ministre Tony Abbott (Parti libéral) et l’ancien vice-premier ministre adjoint Barnaby Joyce (Parti national). Le premier a comparé la proposition de loi à « un infanticide sur demande », le second au « débat sur l’esclavagisme de notre époque », lors d’un rassemblement anti-avortement à Sydney, mi-septembre.
Soutien et Mobilisation
Selon l'organisation principale du pays en matière de santé reproductive et sexuelle, Family Planning Alliance Australia, notre population est largement pro-choix. Ainsi, la violence liée à l'avortement est rare, bien qu'il y ait eu quelques incidents. Ce qui était plus courant étaient des protestations devant les cliniques impliquant des insultes verbales, des tentatives d'empêcher l'entrée dans une clinique et des affichages d'images violentes.
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Perspectives Internationales
L’annulation de Roe vs Wade constitue un recul important des droits des femmes dans la première puissance économique mondiale. La décision américaine va toutefois plutôt à rebours de l’évolution dans le monde sur ce sujet. Ces deux dernières décennies, plus de cinquante pays ont adopté des législations moins restrictives en matière d’IVG, en reconnaissant parfois son rôle essentiel pour la protection de la vie, de la santé et des droits fondamentaux des femmes, notent le Centre pour les droits reproductifs et Amnesty International.
Exemples de Pays avec des Lois Restrictives
L’avortement est encore interdit dans près d’une vingtaine de pays, notamment dans de nombreuses nations d’Afrique - parmi lesquelles l’Egypte, le Sénégal, le Gabon, Madagascar ou encore la Mauritanie. Sur le continent sud-américain, l’accès à l’IVG est particulièrement difficile. L’avortement n’est pas autorisé au Suriname, au Nicaragua ou encore au Salvador. Ce dernier Etat a même adopté en 1998 une législation draconienne qui prévoit des peines pouvant aller jusqu’à huit ans de prison en cas d’interruption de grossesse.
Exemples de Pays Ayant Récemment Libéralisé l'Avortement
Dans certains Etats, l’accès à l’avortement n’est garanti que depuis très peu de temps. En Irlande, l’IVG n’est légale que depuis 2018, à la suite d’un référendum historique abrogeant son interdiction constitutionnelle. L’avortement a également été libéralisé en 2019 en Irlande du Nord, seule partie du Royaume-Uni où il était encore interdit, mais reste toujours difficile d’accès. La Nouvelle-Zélande n’a dépénalisé l’avortement qu’en 2020. En Thaïlande, l’avortement a été décriminalisé en février 2021 et peut désormais être pratiqué jusqu’à douze semaines d’aménorrhée. La Colombie a dépénalisé l’IVG en février 2022, pour tout motif et jusqu’à vingt-quatre semaines de grossesse. Au Mexique enfin, un arrêt historique de la Cour suprême a déclaré inconstitutionnelle la pénalisation de l’avortement en septembre. Sur le continent africain, le Bénin a légalisé l’IVG à l’automne.
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