À l'approche de l'élection présidentielle américaine, l'intérêt pour la famille Trump ne cesse de croître, alimenté par la publication de livres révélateurs. Parmi ceux-ci, l'ouvrage de Mary Trump, nièce du président, promet de dépeindre un portrait peu flatteur de Donald Trump et de la famille toxique qui l'a façonné. Ce livre, intitulé "Too Much and Never Enough" ("Trop et jamais assez"), explore l'histoire sombre de la famille Trump, expliquant comment Donald Trump est devenu "l'homme qui menace désormais la santé, la sécurité économique et le tissu social du monde".

L'enfance et l'héritage familial

Mary Trump a passé une grande partie de son enfance dans la maison de ses grands-parents, au cœur du Queens, à New York, là où Donald et ses quatre frères et sœurs ont grandi. Elle décrit cet environnement comme "un cauchemar de traumatismes, de relations destructrices et une combinaison tragique de négligence et d'abus". L'ouvrage se penche particulièrement sur la relation étrange entre Fred Trump et ses deux fils aînés, Fred Jr. et Donald. Mary Trump y révèle comment Donald, le fils préféré, tournait en dérision son père, atteint de la maladie d'Alzheimer, et pratiquait "la triche comme mode de vie".

Après la mort du patriarche Fred Trump, Mary et son frère Fred III ont poursuivi la famille en justice. Selon eux, le testament a été modifié illégalement pour priver les enfants de Fred Jr., décédé des suites d'alcoolisme, de la part d'héritage qui leur revenait. En représailles, Donald et son frère Robert avaient cessé de payer les soins de William, le fils de Fred III, atteint de paralysie cérébrale.

Selon le site d’information Daily Beast, Mary Trump devrait aussi révéler qu’elle est elle-même la source principale d’une grande enquête sur les finances de Donald Trump, publiée en 2018 par le New York Times, et couronnée par un prix Pulitzer. Les documents fiscaux fournis par elle au quotidien américain auraient permis de montrer que, loin d’être un self-made-man, Trump doit largement sa fortune à l’héritage paternel, l’équivalent de 400 millions de dollars (354 millions d’euros). Et que son oncle a échappé en grande partie à l’impôt sur les successions, grâce à une série de montages financiers frauduleux.

Fred Trump III : Un neveu critique

Fred Trump III, fils de Fred Trump Jr. et neveu de Donald Trump, s'est également exprimé publiquement sur sa relation avec son oncle. Dans une interview accordée à France 2, il a qualifié Donald Trump de "fou atomique". Il a également publié un livre intitulé "All in the family: the Trumps and how we got this way" ("Ça reste en famille : les Trump et comment on en est arrivé là"), dans lequel il relate ses expériences avec Donald Trump et dresse un portrait nuancé mais peu flatteur de son oncle.

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Fred Trump III n'a jamais caché son désaccord avec les opinions et les actions de Donald Trump. Il a révélé qu'il ne voterait pas pour son oncle à l'élection présidentielle et qu'il soutiendrait Kamala Harris. Il a également accusé Donald Trump d'avoir tenu des propos racistes et d'avoir affirmé que les personnes handicapées devraient mourir.

Fred Trump III a partagé de nombreux dîners avec son oncle dans la maison à colonnades - et 23 pièces - du patriarche, à Jamaica Estates, une enclave de riches au milieu du quartier populaire du Queens, berceau newyorkais de la dynastie. « Il m'expliquait que, pour draguer les filles, il valait mieux porter des lentilles plutôt que des lunettes, se souvient-il. Donald était un gamin odieux : « Ses deux formules favorites étaient : 'Je veux ce que je veux', et 'Ce n'est pas juste'. Au fond, il n'a pas changé »

Fred affirme « avoir grandi dans une famille tout droit sortie d'une sitcom des années 1950 ». Dans le scénario, le rôle attribué à Donald était celui du gamin odieux. « Autrefois, il rendait folle sa mère, qui, de guerre lasse, lui passait tout. Un jour, en classe, il a balancé une gomme sur son institutrice, qui s'est retrouvée avec un coquard. Ses deux formules favorites étaient : 'Je veux ce que je veux', et 'Ce n'est pas juste'. Au fond, il n'a pas changé. Comme aujourd'hui, il fallait déjà au petit Donald beaucoup d'attention et de compliments sur les jouets qu'il fabriquait dans le sous-sol de la maison. Un jour, mon père en a eu marre et lui a balancé une grosse boulette de purée au visage. Au lieu de riposter, Donald a préféré s'enfuir pour cacher son humiliation. L'anecdote est restée célèbre dans la famille. Quand ma tante Maryanne la lui a rappelée en avril 2017, lors d'un dîner d'anniversaire à la Maison-Blanche, il n'a pas aimé. Je me suis dit qu'après toutes ces années, c'était incroyable. »

En 1968, son oncle, qui a alors 22 ans, risque d'être enrôlé pour le Vietnam. « Mon grand-père était très inquiet. Je le vois encore tournicoter dans la bibliothèque et lâcher : 'J'ai une idée, appelons le Dr Larry Braunstein.' Ce podologue louait son cabinet au rez-de-chaussée d'un de ses immeubles. C'est lui qui a signé le certificat selon lequel Donald souffrirait d'une excroissance à l'os d'un pied. Personne n'avait pourtant jamais entendu mon oncle s'en plaindre… » Le certificat a permis au futur commandant en chef des armées américaines d'échapper à la conscription militaire. À l'époque, déjà, Donald est le « fils préféré », l'élu qui a supplanté son aîné.

Fred comprend alors qu'il est devenu un « Trump de seconde classe »

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Freddy, le père de Fred, est un esprit libre et fantasque qui a beaucoup d'amis mais aucune envie de travailler avec le tyran paternel. Il rêve - quelle drôle d'idée ! - de devenir pilote d'avion pour la TWA. « Un chauffeur de bus volant », se moque cruellement Donald. Lui ne jure déjà que par l'argent et suit le patriarche sur tous les chantiers. Très vite, il devient P-DG du groupe. Freddy, lui, sombre dans l'alcool. « Atavisme familial, constate Fred. Donald y a échappé parce que, m'a-t-il dit un jour : 'Si je m'y mettais, je tenterais de devenir le plus grand buveur du monde.' Ma tante Maryanne, qui fut juge fédérale, avait elle aussi un vrai problème, tout comme Donnie [Donald Jr., le fils aîné de l'ancien président], qui a heureusement réussi à s'arrêter. J'ai moi-même été alcoolique mais, grâce au soutien de ma femme et de mes enfants, je suis sobre maintenant. Mon père n'a pas eu cette chance. Personne ne l'a aidé. Fred comprend alors qu'il est devenu un « Trump de seconde classe ». Contrairement à Donald, qui roule en cabriolet Cadillac - « et accuse, sans aucune preuve, les 'Nègres' du quartier quand il découvre une grosse entaille sur la capote du véhicule » -, Fred vit modestement avec sa mère et sa petite soeur Mary dans un appartement sans charme du « Highlander », un immeuble qui appartient à son grand-père. Il demeure néanmoins l'héritier de ce dernier, dont la fortune est estimée au (très) bas mot à 200 millions de dollars. Sa part doit théoriquement s'élever à au moins 20 millions. En tant que chef de famille de substitution, Donald est nommé « curateur » aux côtés d'un avocat de la famille. « Il lui revenait donc de gérer au mieux mes intérêts », explique amèrement Fred.

En juin 1999, le grand-père décède. Son petit-fils apprend avec effarement que l'aïeul les a évincés, sa soeur et lui, de la succession. Au lieu des 20 millions escomptés, il récupère les 200 000 dollars alloués à chaque héritier, autant dire l'aumône. La nouvelle tombe au pire moment : il vient d'avoir son troisième enfant, William, victime de terribles crises d'épilepsie qui vont l'handicaper à vie. Scandalisé, il décide, avec sa soeur, de contester le testament en justice. Ce qui rend Donald furieux. La guerre est déclarée.

Les frais médicaux de William, exorbitants, couverts par une assurance maladie familiale, ne sont plus remboursés. « J'étais pris à la gorge financièrement, dit-il. Et j'ai aussi découvert que Donald avait tout manigancé, à une époque où la Trump Organization, qu'il dirigeait, était au bord de la faillite. Les banques étaient à ses trousses. Avec la complicité de mes oncles et tantes, il a profité de la sénilité de mon grand-père pour récupérer du cash et la part d'héritage qui revenait à mon père. En avril 2001, après deux ans de bataille judiciaire, nous avons fini par signer un accord à l'amiable pour régler l'affaire. C'était très loin de ce dont j'aurais dû hériter. Mais j'avais un enfant handicapé et deux autres à charge…

Un an plus tard, Donald réapparaît. Il fait savoir à Fred qu'il souhaiterait le nommer membre « honoraire » (à titre gratuit) de son club de golf de Briarcliff, qu'il vient d'ouvrir. Pour se faire pardonner ? « C'était un geste de sa part, explique Fred. Le club était situé à côté de chez moi et j'adore le golf. Après réflexion, j'ai accepté, à condition de jouer avec lui. Et nous nous sommes ainsi retrouvés ensemble, comme si de rien n'était. À la fin, il m'a demandé : 'On ne s'en veut plus ?' Après un moment de surprise, j'ai répondu que c'était bon. Il m'a alors reproché d'avoir évoqué la perruque de son père dans ma plainte en justice, un détail qui compte beaucoup pour lui apparemment, puis il m'a serré dans ses bras, ce qui était très inhabituel de sa part. » Une réconciliation « à la Trump »… En janvier 2017, Fred est invité à la cérémonie d'investiture présidentielle de son oncle. « Il m'a pris à part pour me dire : 'Tu y crois à ce truc de dingue ?' J'avais voté pour Hillary Clinton, mais il ne m'a jamais posé de questions, tant mieux », sourit le neveu, qui se dit « démocrate depuis toujours, comme Donald jadis ».

L'ex-président n'a jamais rencontré William, le fils handicapé de Fred, auquel il aurait dit : « Ton fils ne te reconnaît même pas. Tu devrais le laisser mourir »

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Fred ne « regrette rien ». Comme si c'était l'histoire presque ordinaire d'une famille extraordinaire. Au début de sa présidence, Trump se sent seul à la Maison-Blanche. « Son garde du corps historique, Keith Schiller, m'a glissé un jour que ce serait bien que je vienne, ma présence rappelait à Donald ses années dans le Queens », révèlet-il. Fred fait alors carrière dans l'immobilier commercial. Mais il s'investit de plus en plus dans la cause des enfants handicapés et reçoit l'aide d'Ivanka, alors conseillère de son père. Il se retrouve ainsi parfois dans le bureau Ovale, où il assiste à des scènes surréalistes. Comme ce jour où il entend son oncle se vanter sur hautparleur auprès du roi de Jordanie d'avoir « tué comme un chien » Abou Bakr Al-Baghdadi, le calife de l'État islamique, à l'issue d'un raid.

C'est drôle, fascinant, mais Trump reste Trump et Fred vote pour Joe Biden en 2020. Les deux hommes continuent à se voir épisodiquement, à Mar-a-Lago, où l'ancien président s'est replié. Jusqu'à ce jour de début 2023 où, selon Fred, son oncle finit par lâcher ce qu'il a toujours pensé de William, cet enfant handicapé devenu adulte qu'il n'a jamais voulu rencontrer : « Ton fils ne te reconnaît même pas. Tu devrais le laisser mourir. Et t'installer en Floride. » Cette fois, pour Fred, c'en est trop.

D'autant que, pour lui, le nom Trump est devenu lourd à porter. Juste avant l'insurrection du 6 janvier 2021, il est limogé par son employeur Cushman & Wakefield, qui coupe les ponts avec la Trump Organization, cliente de longue date. « J'ai un jour avoué à Donald que notre patronyme devenait toxique. Il m'a dit : 'Ne répète jamais ça.' Je me serais cru dans une scène du 'Parrain'. » En novembre prochain, Fred votera Kamala Harris. « Si elle gagne, il n'y a aucune chance qu'il l'accepte, pronostique-t-il. Car pour Donald, être battu, par une femme de surcroît, et noire par-dessus le marché, c'est insupportable. Il contestera la défaite comme il l'avait fait en 2020. Et il ne lâchera jamais : je suis convaincu qu'il se représentera en 2028.

Fred Trump Jr. : Le frère aîné et ses démons

Fred Trump Jr., le frère aîné de Donald Trump, est décédé en 1981 des suites d'alcoolisme. Son histoire tragique a profondément marqué la famille Trump. Fred Trump Jr. avait choisi de ne pas suivre les traces de son père dans l'immobilier et s'était orienté vers l'aviation. Cependant, il a sombré dans l'alcool, une addiction qui a détruit sa vie.

Sa fille, Mary Trump, a décrit une enfance marquée par la dureté de Fred Trump Sr., qui aurait contribué à la chute de son fils aîné. Donald Trump a également confié avoir été profondément marqué par l'alcoolisme de son frère.

Donald Trump a été fortement marqué par l’alcoolisme de son frère. «Il était si beau et j'ai vu l'effet que l'alcool a eu sur lui physiquement… et sur moi également», a-t-il confié au Washington Post.

Selon sa fille, Mary Trump, Fred Jr. - ainsi que l’ensemble des enfants de Fred Sr. - ont été traumatisés par l’éducation d’un père obsédé par l’idée de faire de ses fils des «tueurs», et qu’il n’hésitait pas à les humilier au moindre signe de faiblesse de leur part. Elle n’a pas non plus épargné Donald Trump, qui aurait été plus soucieux de plaire à leur père, qu’à véritablement aider son frère.

L'héritage de Fred Trump Sr. et la nouvelle génération

Fred Trump Sr. a bâti un empire immobilier à New York, léguant une fortune considérable à ses enfants. Cependant, la répartition de cet héritage a été source de conflits, notamment avec les enfants de Fred Trump Jr., qui ont été exclus d'une partie de l'héritage.

Fred Trump Sr. gérait sa famille comme une lutte où il ne pouvait y avoir qu'un seul gagnant et où tous les autres étaient des perdants, raconte Mary, la nièce de Donald Trump. Il se trouve que le jeune Donald était déterminé à gagner. Il l'a fait, du moins aux yeux de son grand-père, et a gagné le droit de reprendre l'affaire familiale.

À la mort de son père, en 1999, Donald Trump aurait reçu un héritage colossal. En 2018, une enquête du New York Times démontre qu'il aurait empoché 413 millions de dollars (383 millions d’euros).

Aujourd'hui, la famille Trump continue de faire parler d'elle, tant par ses activités politiques que par ses affaires financières. Les enfants de Donald Trump, tels qu'Eric et Donald Jr., sont également impliqués dans l'entreprise familiale et ont vu leur fortune augmenter considérablement.

Les Trump ne sont pas les premiers à tirer profit de la présidence. Mais jamais une première famille n’a autant exploité la fonction présidentielle pour s’enrichir que celle de Donald Trump. Les membres de la famille qui ne possédaient jusqu’alors pas de fortune significative - Eric, Don Jr., Barron et Melania - ont vu leur patrimoine grimper en flèche, atteignant d’abord des dizaines, puis des centaines de millions de dollars.

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