Les déchets menstruels, un sujet longtemps tabou, sont aujourd'hui au centre des préoccupations environnementales et sanitaires. Cet article se penche sur la composition des protections menstruelles jetables, les risques potentiels qu'elles représentent, et les alternatives durables disponibles pour une gestion plus écologique des règles.

Les protections menstruelles jetables : une composition préoccupante

Les tampons et serviettes hygiéniques jetables, utilisés par des millions de femmes à travers le monde, sont souvent composés de matériaux synthétiques et de substances chimiques potentiellement nocives.

Glyphosate et autres pesticides

Des études ont révélé la présence de glyphosate, l'herbicide controversé de Monsanto, dans les tampons traditionnels. Le glyphosate est classé comme "cancérigène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer, bien que l'Autorité européenne de sécurité des aliments ne partage pas cet avis. On retrouve également d'autres pesticides et produits phytosanitaires problématiques dans les serviettes et protège-slips.

Chlore et dioxines

Le chlore est utilisé pour blanchir le coton dans les tampons traditionnels. Bien que ses effets néfastes n'aient pas été pleinement démontrés, l'OMS encourage à limiter l'utilisation des dérivés du chlore et du brome en raison de leur impact sur la couche d'ozone et de leur potentiel irritant. Les dioxines, des polluants organiques persistants, sont également présentes dans les tampons. Ces substances chimiques sont extrêmement toxiques, agissant comme perturbateurs endocriniens et étant cancérigènes à des niveaux d'exposition élevés.

Autres composés chimiques préoccupants

Des analyses ont mis en évidence la présence d'insecticides, de lindane, de quintozène (interdits en Europe depuis 2000), d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et de phtalates dans les protections menstruelles. Ces composés sont reconnus pour leurs effets cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR), et sont considérés comme des perturbateurs endocriniens. Divers métaux, tels que l’arsenic, le zinc ou le cadmium, ont également été détectés.

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Le greenwashing des fabricants

Face à ces préoccupations, de nombreux fabricants de protections menstruelles ont recours au greenwashing, tentant de faire croire à des efforts sur la composition de leurs produits. Cependant, la réglementation actuelle n'oblige pas à mentionner précisément tous les composants sur les emballages, ce qui rend difficile pour les consommateurs de faire des choix éclairés. L'ANSES a réclamé en 2018 l'exclusion des composés chimiques cancérigènes et des perturbateurs endocriniens des tampons et des serviettes, mais des analyses ultérieures ont continué de révéler la présence de ces substances dangereuses.

Un rapport d'information de 2020 souligne que les protections menstruelles vendues sous le label "biologique" ne présentent pas toujours une composition plus exempte de substances indésirables que les produits non biologiques. Il est donc crucial d'examiner minutieusement la composition des tampons, même ceux étiquetés "bio", pour s'assurer qu'ils sont réellement exempts de matières synthétiques et de substances indésirables.

Les risques pour la santé

Outre les irritations, intolérances et allergies qu'elles peuvent provoquer, les substances chimiques présentes dans les protections menstruelles jetables peuvent avoir des effets néfastes sur la santé à long terme. Les perturbateurs endocriniens peuvent interférer avec le système reproducteur et hormonal, tandis que les composés CMR peuvent augmenter le risque de cancer. Le syndrome du choc toxique (SCT), une infection bactérienne rare mais grave, est également un risque associé à l'utilisation prolongée de tampons et de protections menstruelles internes.

L'impact environnemental des protections jetables

L'utilisation massive de protections menstruelles jetables a un impact environnemental considérable. Chaque année, des milliards de tampons et de serviettes sont jetés, contribuant à la pollution des sols et des eaux.

Production et déchets

La fabrication des protections jetables consomme d'importantes quantités de ressources, notamment de l'eau, des matières premières et des ressources fossiles non renouvelables. Les matériaux utilisés, tels que le coton et le plastique, nécessitent souvent l'utilisation de pesticides et de produits chimiques nocifs. Une fois jetées, les protections jetables et leurs emballages finissent incinérés ou enfouis, libérant des gaz à effet de serre et des polluants dans l'environnement. Le plastique contenu dans ces produits met en moyenne 500 ans à se dégrader.

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Pollution aquatique

Il arrive fréquemment que les protections menstruelles soient jetées dans les toilettes, obstruant les canalisations et polluant les eaux usées. Les microparticules de plastique et les substances chimiques présentes dans ces produits ne sont pas toutes traitées par les stations d'épuration, contaminant ainsi les sols et les cours d'eau, et portant atteinte à la biodiversité.

Alternatives durables et écologiques

Face aux problèmes posés par les protections menstruelles jetables, de plus en plus de femmes se tournent vers des alternatives durables et écologiques.

La coupe menstruelle

Fabriquée en silicone médical hypoallergénique, la coupe menstruelle est une protection interne réutilisable pendant plusieurs années. Elle se place dans le vagin pour recueillir le flux menstruel, offrant une protection efficace contre les fuites et réduisant les risques de syndrome du choc toxique par rapport aux tampons.

Les serviettes hygiéniques lavables

Fabriquées à partir de matériaux naturels tels que le coton biologique, les serviettes hygiéniques lavables sont une alternative écologique et respectueuse de la peau. Elles se nettoient facilement à l'eau et au savon, et peuvent être réutilisées pendant plusieurs années.

Les culottes menstruelles

Les culottes menstruelles sont conçues avec des tissus absorbants qui retiennent le flux menstruel, offrant une protection confortable et discrète. Elles se lavent en machine et peuvent être réutilisées pendant plusieurs années, réduisant ainsi les déchets et les coûts liés aux protections jetables.

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Adopter une consommation responsable

Pour adopter une consommation responsable en matière de protections hygiéniques, il est essentiel de privilégier les alternatives réutilisables et écologiques, de soutenir les marques engagées dans le développement durable, et de participer à des initiatives locales et des campagnes de sensibilisation. En faisant des choix éclairés, les consommateurs peuvent contribuer à réduire l'impact environnemental des produits menstruels et à protéger leur santé.

Initiatives et actions

De nombreuses initiatives sont mises en place pour promouvoir une gestion plus écologique des règles. Des ateliers de couture d'auto-fabrication de serviettes lavables ou de culottes menstruelles sont organisés, permettant aux participantes de créer leurs propres protections réutilisables. Certaines entreprises, comme Lola Health, offrent des culottes menstruelles à leurs adhérents pour encourager l'utilisation de produits plus durables. Des programmes nationaux d'information et de sensibilisation sur les protections menstruelles réutilisables sont également nécessaires pour informer les citoyens et les professionnels de santé sur les alternatives disponibles et leurs modalités d'utilisation.

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