Le monde de la musique a été endeuillé le 2 mai 2020 par la disparition d'Idir, figure emblématique de la chanson kabyle. De son nom Hamid Cheriet, Idir est né le 25 octobre 1945 à Ath Yenni, Algérie (Grande-Kabylie) et mort le 2 mai 2020 à Paris 18e (France). Son parcours, d'un village kabyle aux scènes internationales, témoigne d'un engagement profond envers sa culture et d'une volonté de la faire rayonner à travers le monde. Cet article explore la vie et l'œuvre d'Idir, en mettant en lumière son héritage musical, son engagement identitaire et son impact sur la scène musicale maghrébine et internationale.

Un enfant de Kabylie bercé par la tradition

Né en pleine guerre d’Algérie, le 25 octobre 1945, à Aït Lahcène en Kabylie, Hamid Cheriet grandit dans une famille paysanne. Rien ne le prédestinait à une carrière de chanteur de renommée internationale. Le jeune Hamid est bercé par les contes et légendes traditionnels chantés et racontés par les femmes du village, une transmission orale qui façonne son imaginaire et nourrit son inspiration. Riche de ce patrimoine, il reçoit l’instruction des Pères blancs dès l’âge de 9 ans avant de s’installer à Alger au tournant des années 1970 pour s’engager dans des études de géologie.

L'éclosion d'un talent : de Radio Alger à la scène internationale

Le destin d'Hamid Cheriet bascule au printemps 1973. Repéré pour ses talents de compositeur, il est sollicité par un producteur de Radio Alger pour écrire des chansons pour les vedettes du moment. Contraint de remplacer Nouara, la grande vedette de la chanson algérienne, il interprète lui-même sur Radio Alger la berceuse qu’il venait d’écrire pour elle. Le succès est immédiat. C’est ainsi qu’il rencontre son public sous le pseudonyme d’Idir, qui signifie « il vivra », un prénom traditionnellement donné à l’enfant survivant en Kabylie. Ce choix de nom est un acte identitaire fort, une affirmation de sa culture berbère face à la politique d’arabisation massive en Algérie.

En 1974, son premier 45 tours sort en Algérie, avec en face B, « A vava inouva » (« Mon petit papa »), cette fameuse berceuse composée l’année précédente. Cette chanson, qui met en scène un père et sa fille dans les montagnes du Djurdjura, est choisie l’année suivante par les radios françaises pour illustrer le voyage de Valéry Giscard d’Estaing en Algérie. Rapidement adoptée comme une célébration identitaire par le public berbère, elle connaît un grand succès international, reprise en plusieurs langues, y compris en français par David Jisse et Dominique Marge sous le titre « Ouvre-moi vite la porte ».

L'exil et l'affirmation d'une identité

L’année 1973 marque un tournant pour Idir, mais aussi pour nombre de chanteurs maghrébins de l’exil, déjà bien installés en France. L’heure n’est plus aux chansons nostalgiques de la perte de la terre natale, mais à l’actualité d’un retour au pays, signifiant en cela le déclin des chansons de l’exil. C’est dans ce contexte qu’Idir s’installe en France en 1975 pour tenter sa chance après ce premier succès dans son pays.

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L’année suivante marque la sortie remarquée de son premier album, construit autour de sa célèbre chanson, « A vava inouva ». Cet album confirme son statut d'artiste engagé et son talent pour fusionner tradition et modernité.

Parcours musical : Entre succès et engagement

Idir travaille ensuite sur un deuxième album, « Ay Arrach Nec » (« À nos enfants »), qui sort en 1979. Si, dans les années qui suivent, il n’écrit pas de nouveaux albums, il continue néanmoins à se produire en concert et à s’engager pour la langue et la culture kabyles, cause qui lui est chère, et à condamner la politique d’arabisation et l’oppression culturelle en Algérie.

En 1991, sa carrière est relancée par la sortie d’une compilation tirée de ses deux premiers albums. En juin 1993, avec un nouvel album, « Les chasseurs de lumières », il présente ses chansons au public à l’Olympia. Marqué par la dérive d’une Algérie en proie à la guerre civile, il crée, avec son ami Khaled, l’association « L’Algérie la vie » et donne avec ce dernier un concert pour « la paix, la tolérance et la liberté », le 22 juin 1995 au Zénith de Paris.

En 1999, Idir sort un album hommage, « Identités », célébrant l’ouverture culturelle et réunissant de nombreux artistes (Maxime Le Forestier, Gnawa Diffusion, Zebda, L’Orchestre national de Barbès, Manu Chao, Gilles Servat, Geoffrey Oryema, Karen Matheson). En mai 2002, sa maison de disque produit une nouvelle compilation de ses succès, « Deux rives, un rêve », qui contient des inédits tels que « Pourquoi cette pluie » (écrit par Jean-Jacques Goldman) chantée en français. Sa carrière se clôt par son album de duos, « Ici et ailleurs » en 2017, qui célèbre toujours le métissage et la pluralité culturelle et linguistique.

Un héritage musical universel

Idir ne se destinait pas à la chanson. Mais un de ses premiers titres, « A Vava Inouva », devient rapidement dans les années 1970 un tube planétaire, le premier grand tube venu directement d'Algérie. Sa carrière est marquée par une irruption soudaine sur le devant de la scène, puis une éclipse volontaire d'environ une dizaine d'années à partir de 1981. La production discographique d'Idir est de onze albums studio au total, son œuvre a contribué au renouvellement de la chanson berbère et a apporté à la culture berbère une audience internationale.

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La musique d'Idir naît de l'association de différents instruments, mais celui qui est à la base de son œuvre est bien la flûte du berger kabyle. Il s'agit d'ailleurs du premier instrument dont il a appris à jouer dès son plus jeune âge. Les sonorités entremêlées des guitares, flûtes et autre derboukas caractérisent la musique d'Idir. Bien qu'écrites en kabyle, ses chansons ont une portée universelle et se veulent mondiales. D'où le qualificatif de World Music souvent donné à cette œuvre. Ce style de musique se veut profond, déclenche l'émotion et la nostalgie.

Idir était la figure de proue de la chanson kabyle engagée prônant la diversité culturelle, la tolérance et l’union des peuples face à la barbarie et à l’obscurantisme. Il est mort le 2 mai à Paris, à l’âge de 70 ans, des suites d’une maladie pulmonaire.

Réactions et hommages

La disparition d'Idir a suscité une vive émotion en Algérie et à travers le monde. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a salué en lui « une icône de l'art algérien », soulignant que « Avec sa disparition, l'Algérie perd un de ses monuments. » De nombreux artistes et personnalités ont également rendu hommage à sa mémoire, saluant son talent, son engagement et son humanité.

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