Dominique Bernard, un professeur de lettres modernes de 57 ans, a été assassiné le vendredi 13 octobre 2023 devant le collège-lycée Gambetta-Carnot d'Arras, où il enseignait depuis une quinzaine d'années. Cet acte barbare, perpétré par un ancien élève radicalisé, a suscité une vive émotion et une profonde indignation dans toute la France. L'attaque s'est déroulée presque trois ans jour pour jour après l'assassinat de Samuel Paty, un autre professeur victime du terrorisme islamiste.

Un homme passionné par l'enseignement et la transmission

Dominique Bernard était originaire d'Arras et avait fait toute sa carrière dans les Hauts-de-France. Agrégé de lettres modernes, il était passionné par son métier et avait à cœur de transmettre son amour de la littérature à ses élèves. Ses anciens élèves se souviennent de lui comme d'un professeur toujours souriant, blagueur et attentif à leurs besoins. Il était le genre de professeur dont les élèves gardent des photos et avec qui ils restent en contact après avoir quitté l'établissement.

Au-delà de son engagement en classe, Dominique Bernard était également impliqué dans la vie culturelle de sa région. Il avait fondé l'Université populaire du Nord-Pas-de-Calais, où il animait des conférences et des ateliers sur des sujets variés. Sur le site de l'Université populaire, on peut lire que, «parmi ses écrivains préférés, on compte Proust, Céline, Gracq, Simon, Michon, Rouaud. En cinéma, dans son top 3, il placerait Welles, Truffaut et Téchiné».

Un acte terroriste ciblé

L'assaillant, Mohammed Mogouchkov, un ancien élève du lycée fiché S, a revendiqué son acte comme un attentat terroriste islamiste. Lors de son interrogatoire, il a avoué avoir planifié l'attaque et ciblé Dominique Bernard en raison de son métier de professeur de lettres. Selon ses déclarations, il considérait que l'enseignement des lettres modernes véhiculait des valeurs qu'il rejetait, telles que «la passion, l'amour, l'attachement du système en général, de la République, de la démocratie, des droits de l'homme».

L'attaque a été minutieusement préparée. Mohammed Mogouchkov avait effectué des repérages les vendredis précédents et avait acheté deux couteaux pliants. Il a choisi de passer à l'acte un vendredi, jour symbolique pour l'islam.

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L'hommage et la mémoire

L'assassinat de Dominique Bernard a provoqué une onde de choc dans le monde de l'éducation et au-delà. De nombreux hommages lui ont été rendus, tant au niveau national que local. Une minute de silence a été observée dans tous les collèges et lycées de France. Le président de la République, Emmanuel Macron, s'est rendu sur les lieux de l'attentat et a salué le courage de Dominique Bernard, qui «s'est interposé d'abord et a sans doute sauvé lui-même beaucoup de vies».

À Arras, un square a été réaménagé en mémoire du professeur devant l'établissement où il a été assassiné. Frédéric Leturque, maire centriste d'Arras, a souligné que «ce square est un hymne à la vie et au vivre ensemble, un appel à ce dialogue si nécessaire dans notre monde d’aujourd’hui».

Un an après l'attentat, un hommage a été rendu à Dominique Bernard sur la place des Héros à Arras, en présence de quatre ministres. Sa veuve, Isabelle Bernard, a donné deux interviews rares aux journaux Le Monde et La Voix du Nord, dans lesquelles elle a exprimé sa volonté de «transmettre les valeurs humanistes de Dominique».

Renforcement de la sécurité dans les établissements scolaires

Suite à l'attentat d'Arras, le gouvernement a annoncé le renforcement de la sécurité aux abords des écoles, des collèges et des lycées. Des mesures ont été prises pour limiter les attroupements, interdire le stationnement des voitures devant les établissements scolaires et contrôler les sacs des élèves à l'entrée. Depuis l'attentat, 400 établissements scolaires ont été sécurisés en France grâce à la mise en place de caméras, de portiques anti-intrusion et d'alarmes. Des formations ont également été dispensées aux personnels.

L'importance de la transmission des valeurs républicaines

L'assassinat de Dominique Bernard a rappelé avec force l'importance de la transmission des valeurs républicaines à l'école. L'éducation est un rempart essentiel contre l'obscurantisme et la radicalisation. Il est crucial de former l'esprit critique des élèves, de leur faire comprendre ce qu'est la liberté d'expression et de leur transmettre les principes et valeurs inscrits dans la Constitution et dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

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Dans ce contexte, plusieurs initiatives ont été lancées pour encourager la réflexion et le débat sur les valeurs de la République. L'association des professeurs d'histoire-géographie (APHG) organise le prix Samuel Paty, qui a pour ambition de favoriser la cohésion et la coopération grâce à un projet de classe centré sur les principes et valeurs démocratiques. Tous les élèves de 4e, de 3e et de 2nde des académies de Lille, d’Amiens et de Normandie sont invités à prendre la plume pour écrire une nouvelle et concourir au prix.

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