Introduction

Oumou Sangaré, née à Bamako, au Mali, est bien plus qu'une chanteuse : elle est une figure emblématique de la musique africaine, une activiste passionnée pour les droits des femmes et une entrepreneuse accomplie. Son parcours exceptionnel, marqué par l'adversité et le triomphe, fait d'elle une source d'inspiration pour des millions de personnes à travers le monde.

Une enfance difficile à Bamako

Oumou Sangaré voit le jour le 2 février 1968 à Bamako, la capitale du Mali. Elle est la fille cadette d'une famille Peul originaire de la région forestière du Wassoulou. Son père, Dari Sangaré, quitte le foyer familial alors qu'elle n'a que deux ans, laissant sa mère, Aminata Diakité, seule avec quatre enfants à charge. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Aminata devient commerçante. Oumou l'aide en vendant des sachets d'eau potable dans les rues de Bamako.

Dès l'âge de cinq ans, le talent d'Oumou pour le chant devient évident. Elle devient une attraction locale, et son don lui permet de faire gagner son école maternelle du quartier Daoudabougou lors d'un concours interscolaire. Cette victoire marque le début de sa carrière musicale.

Premiers pas dans la musique

À 18 ans, Oumou a déjà une expérience professionnelle considérable. Elle est une chanteuse très demandée pour les « soumous » (cérémonies nuptiales et baptismales). Elle rejoint l'Ensemble National du Mali et part en tournée en Europe avec le groupe Djoliba. En 1987, elle enregistre sa première cassette à Abidjan, produite par Abdoulaye Samassa.

Le succès fulgurant de "Moussolou"

La cassette, intitulée "Moussolou" (les femmes), sort en 1988 et se vend à plus de 250 000 exemplaires en une semaine au Mali, un record inégalé à ce jour en Afrique de l'Ouest. Ce succès retentissant s'explique non seulement par la musique entraînante propre à sa région d'origine, le Wassoulou, mais aussi par la nature des textes chantés. Oumou aborde des thèmes tels que la condition féminine, l'exode économique et la déforestation, dénonçant les injustices avec une force et un talent qui trouvent un écho au-delà du continent africain.

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Une carrière internationale

En 1993, Oumou sort "Ko Sira", enregistré à Berlin, suivi de "Worotan" en 1996. Ces deux albums, parus sur le label World Circuit, lancent sa carrière internationale. Grâce à Ali Farka Touré, Oumou Sangaré signe ensuite avec le label anglais World Circuit Records. Elle est considérée comme une ambassadrice du Wassoulou, sa musique étant inspirée des musiques et danses traditionnelles de la région.

Une artiste engagée

Oumou Sangaré utilise sa musique pour défendre la cause des femmes à travers le monde. Elle s'insurge contre les abus de la tradition patriarcale africaine, tels que la polygamie, les mariages forcés impliquant de très jeunes filles et la pratique de la circoncision. Elle devient l'égérie d'une cause féministe qui n'a pas encore d'assise véritable dans cette partie du monde. Elle aborde également d'autres problématiques qui traversent la société africaine, comme le suicide, qu'elle évoque avec franchise dans "Yere Faga".

Son militantisme est récompensé en 2001 par l'UNESCO. Elle porte haut les valeurs humanistes et son combat pour l’émancipation féminine. Diva des sans-voix et icône majestueuse, la chanteuse malienne renoue avec les rythmes dansants et les mélodies lancinantes de la tradition wassoulou pour enchanter une Afrique aussi ancestrale que contemporaine.

Une femme d'affaires accomplie

Parallèlement à sa carrière musicale, Oumou Sangaré se lance dans les affaires. Elle ouvre un hôtel à Bamako (le Wassoulou), lance sa propre marque de voiture (Oum Sang) et crée sa ferme pilote. Elle explique qu'elle a créé un hôtel à Bamako et que c’est la première fois au Mali qu’une femme ose s’aligner au rang des hommes. Elle s'est également lancée dans l’agriculture et la vente de voitures pour créer des emplois dans son pays. Si vous croisez Oumou Sangaré, elle vous parlera avec une immense fierté de ses 10 000 poules pondeuses, de son troupeau de boeufs, des 280 tonnes de riz qu'ont produit les 10 hectares de sa ferme pilote de Baguinéda.

"Mogoya" : Un retour aux sources

Après une absence de plusieurs années, Oumou Sangaré fait son grand retour à la chanson en 2017 avec l'album "Mogoya". Dans cet album, elle parle de ce qu'elle connaît le mieux, à savoir les rapports humains. Elle y aborde les problèmes spécifiques que rencontre la femme africaine au quotidien, les rapports souvent difficiles qu'elle entretient avec le monde des hommes. Dans "Minata Waraba" (Aminata la lionne), elle rend un hommage bouleversant à sa mère, qui a fait preuve d'un courage exemplaire face aux épreuves.

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Oumou y parle aussi des maux que la notoriété lui attire : la jalousie, la calomnie, l'ingratitude, la trahison. Dans "Bena Bena" et "Kounkoun", elle invite à ne pas sombrer dans le ressentiment. Comme sur "Kamelemba" où elle prévient les jeunes filles de la fourberie de certains garçons dans une partie du monde où le phénomène des maternités précoces est dramatique. Si le nom d'Oumou Sangaré demeure associé à la remise en cause de coutumes ancestrales, telles que la polygamie et l'excision, il peut l'être également, avec les chansons "Mali Niale", "Djoukourou" et "Fadjamou", à la promotion de certaines valeurs dites traditionnelles.

Le projet "Mogoya" a été produit entre Stockholm et Paris, avec la contribution du collectif de musiciens français "Albert" (Vincent Taurelle, Ludovic Bruni et Vincent Taeger), et la participation du légendaire batteur Tony Allen. À partir d'une base enregistrée par le Suédois Andreas Unge, dans laquelle explose notamment le talent du jeune guitariste malien Guimba Kouyaté, Albert a ajouté sa french touch, réalisant l'imbrication parfaite entre instruments traditionnels africains et instruments occidentaux.

"Timbuktu" : Un album né de la pandémie

Installée aux États-Unis durant la pandémie de Covid-19, Oumou Sangaré occupe ses journées à composer avec Mamadou Sidibé, qui fut le premier joueur de kamele n’goni à l’accompagner à ses débuts. À la faveur de cette réclusion forcée va naître l’album "Timbuktu", recueil qui noue d’intimes correspondances sonores entre les instruments traditionnels ouest africains et ceux liés à l’histoire du blues. C’est cette culture aux fondements telluriques et à la portée universelle que célèbre ici Oumou Sangaré à la manière des très grandes, Aretha Franklin ou Nina Simone. Ses paroles sont d'une rare qualité poétique et sa profonde inspiration nous livre ses réflexions sur les mystères de l’existence, la situation périlleuse que traverse son pays ou sur la condition des femmes africaines.

L'album "Timbuktu" est disponible depuis le 29 avril et mêle la musique et les voix maliennes aux influences Rock, Folk et Blues pour un résultat intemporel, libre de tout genre et frontière. « Depuis 1990, je n’avais jamais eu la possibilité de me couper du monde de la sorte pour me consacrer exclusivement à la musique. De ce point de vue, le confinement a été une chance pour moi car il m’a permis de rester concentrée sur le travail de composition. Je pense que la musique s’en ressent mais aussi les textes qui sont le fruit de moments où j’ai pu me retirer en moi même pour méditer.

Reconnaissance et distinctions

Oumou Sangaré est reconnue comme l'une des plus grandes chanteuses africaines vivantes. Ses disques comptent parmi les plus décisifs du genre. Elle a été élevée au grade de Commandeur de l’Ordre National du Mali et faite Chevalier des Arts et des Lettres de la République Française. Elle est également Ambassadrice de bonne volonté de la F.A.O. (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) depuis 2003, après avoir reçu le prix de l’UNESCO deux ans plus tôt.

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Son influence est revendiquée par des artistes du monde entier, comme Alicia Keys, Beyonce et Aya Nakamura. Aya Nakamura lui a dédié la chanson "Oumou Sangaré" en 2017, et Beyoncé a samplé l’une de ses plus célèbres créations, "Diaraby Néné", pour le titre "Mood 4 Eva" tiré de la bande originale du film "The Lion King : The Gift" en 2019.

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