Mireille Darc, actrice emblématique du cinéma français, a marqué les esprits par ses rôles de femme libre et son style élégant. Son parcours, jalonné de succès cinématographiques et d'engagements humanitaires, en fait une figure inoubliable du paysage culturel français.

Jeunesse et Débuts

Née le 15 mai 1938 à Toulon sous le nom de Mireille Christiane Gabrielle Aimée Aigroz, elle était la fille de Gabrielle Reynaudo, épicière originaire de Turriers, dans les Alpes-de-Haute-Provence, et de Marcel Aigroz, horticulteur d'origine suisse (Combremont-le-Petit, canton de Vaud). Elle grandit à Toulon avec ses deux frères aînés, Roger et Maurice. La famille Aigroz vivait modestement, voire parfois pauvrement.

Pendant la guerre, les trois enfants sont envoyés en Suisse, puis retournent à Toulon où son père est jardinier et sa mère tient une petite épicerie. Mireille suit sa scolarité à l'école de Valbourdin, puis au collège de jeunes filles, mais arrête les études à quinze ans pour se consacrer à la danse. Elle entre au conservatoire à rayonnement régional de Toulon, école alors gratuite, et y obtient un prix d'excellence.

À 20 ans, Mireille monte à Paris en août 1958 et choisit le pseudonyme Darc, en référence à Jeanne d'Arc et à "l'Arc", la rivière de son enfance. Elle adopte officiellement ce nom de scène comme nom d'usage. Pour payer ses cours de théâtre chez Maurice Escande, elle exerce divers petits boulots : promenade de chien, garde d'enfants, présentations de mode et pose pour des peintres et des romans-photos.

Ascension Cinématographique

C'est la télévision qui la révèle grâce à La Grande Bretèche de Claude Barma en 1960 et à Hauteclaire de Jean Prat en 1961, où elle incarne le rôle féminin principal. En 1963, elle a déjà une dizaine de films à son actif quand elle tourne pour la première fois avec Lautner, qui en fait une vedette avec "Des pissenlits par la racine", puis "Les Barbouzes" un an plus tard.

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Dès 1965, elle devient l'égérie du réalisateur Georges Lautner, avec qui elle tournera treize films. Parmi ses collaborations notables avec Lautner, on retrouve Les Barbouzes (1964), Ne nous fâchons pas (1966), et La Grande Sauterelle (1967). En 1964 et 1965, elle tourne Des pissenlits par la racine aux côtés de Michel Serrault et Louis de Funès ainsi que Galia de Georges Lautner, où elle incarne une jeune femme libre, changeant d'amant comme il lui plaît.

Dans les années 1970, elle continue de tourner avec Georges Lautner dans Il était une fois un flic (1971) et La Valise (1973). En 1972, elle accède à une notoriété encore plus grande grâce à son rôle dans Le Grand Blond avec une chaussure noire d'Yves Robert, aux côtés de Pierre Richard. La comédie la montre dans une robe noire signée Guy Laroche, dénudant largement son dos, qui fait sensation et marque les esprits. Elle reprend son rôle dans Le Retour du Grand Blond (1974). Ces rôles lui permettent de confirmer son statut de sex-symbol et d'actrice phare du début des années 1970. Son image de sex-symbol s'installe, l'actrice est volontiers comparée à Brigitte Bardot et même à Marilyn Monroe. Elle essaie de changer de registre, avec "Les Seins de glace" de Georges Lautner en 1974, ou "L'homme pressé" d'Edouard Molinaro en 1977. Mais son image de vamp un peu niaise lui colle à la peau.

Collaboration avec Alain Delon

Fin de l’hiver 1968 , Mireille et Alain Delon tombent amoureux. En 1968, elle rencontre Alain Delon sur le tournage du film Jeff. Avec Delon, elle joue dans plusieurs films dont "L'homme pressé", "Mort d'un pourri" ou "Borsalino". Ils forment un couple emblématique du cinéma français pendant près de quinze ans.

Difficultés et Rebondissements

Dans les années 1980, sa carrière est interrompue par des problèmes de santé et des événements personnels. Le professeur Christian Cabrol l'opère à cœur ouvert pour un rétrécissement mitral en 1980. Lors d'un accident de voiture dans un tunnel en Vallée d'Aoste le 7 juillet 1983, elle est grièvement blessée et sa colonne vertébrale fracturée l'immobilise pendant trois mois dans une coquille à l’hôpital de Genève. Au début des années 80, le couple se sépare. Elle se sépare d'Alain Delon après quinze ans de vie commune, et ne fait plus de cinéma après 1986.

Retour à la Télévision et Réalisation de Documentaires

Délaissée par le cinéma, elle était revenue sur le devant de la scène dans les années 1990 par la télévision, renouant avec la popularité dans des rôles de femme décidée et indépendante dans plusieurs séries comme "Les coeurs brûlés" ou "Les yeux d'Hélène". Ce retour à la télévision au début des années 1990 est une véritable renaissance. Elle revient à la télévision dans les années 1990 pour de nombreux rôles dont une bourgeoise redoutable dans Les Cœurs brûlés ou Les Yeux d'Hélène. Dans les années 1990, Mireille Darc reprend sa carrière de comédienne à la télévision.

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A la même époque, elle se lance dans la réalisation de documentaires, sur les greffes d'organes, le cancer, la prostitution ou, plus récemment, en 2015, les femmes SDF. Le dernier portait sur l'excision. De 1992 à 2015, elle réalise une série de reportages documentaires pour France Télévisions (Envoyé spécial, Des racines et des ailes, Infrarouge) sur des thèmes sociaux, souvent centrés sur la condition féminine : femmes en prison, ex-prostituées, actrices de films pornographiques, femmes sans abri. Elle s'est aussi penchée sur la transplantation d'organes, le deuil ou le pardon. Cette activité est centrale dans sa carrière, ainsi qu'elle l'expliquait en 2015 à Libération : "Ces documentaires, ce sont mes lettres de noblesse. C’est ce qui m’a le plus enrichie sur le plan humain. […] Aucun scénariste ne m’a écrit quelque chose d’aussi violent."

Vie Privée et Engagements Humanitaires

Mireille Darc s’engage dans des causes humanitaires, notamment comme marraine de La Chaîne de l’Espoir à partir de 2005 et de l’opération + de Vie en 2008, pour améliorer la condition des femmes et des personnes âgées hospitalisées. Elle réalise des documentaires sur des sujets sociaux, comme l’itinérance et la prostitution.

Sur le plan personnel, sa vie fut également marquée par des relations importantes. De 1968 à 1983, elle est la compagne d’Alain Delon. Après leur séparation, elle épouse le journaliste Pierre Barret de 1983 à 1988, puis l’architecte Pascal Desprez en 2002.

Décès et Hommages

Victime de deux hémorragies cérébrales en 2016, l'actrice souffrait d'une valvulopathie depuis l'enfance : elle est opérée du cœur en 1980 puis en 2013 dans la plus grande discrétion. Mireille Darc décède le 28 août 2017 à Paris, à l'âge de 79 ans, des suites de plusieurs hémorragies cérébrales. Ses obsèques religieuses, célébrées par Mgr Di Falco, ont lieu le vendredi 1er septembre 2017 en l'église Saint-Sulpice, à Paris, en présence de plus de mille personnes : personnalités publiques, proches et admirateurs anonymes ayant répondu à l'invitation de son mari, Pascal Desprez. L'inhumation de Mireille Darc a lieu ensuite au cimetière du Montparnasse (11e division).

Son décès suscitait de nombreuses réactions. Sur RTL, le réalisateur Alexandre Arcady a déclaré : "Mireille Darc était rayonnante, avec une silhouetteincomparable. On avait l'impression que le temps n'avait pas de prise sur elle. Elle était toujours la même : toujours curieuse, toujours attentive aux autres. C'était une comédienne de comédie et elle aimait ces rôles. Elle avait plusieurs vies : magnifique actrice, réalisatrice de documentaires…". Pour Jean Sagols, réalisateur de la série "Les coeurs brûlés" dans laquelle Mireille Darc avait tourné en 1992 : "C'était quelqu'un qui était dans le coeur de beaucoup de Français (…) A la différence d'Annie Girardot qui était populaire, elle, elle l'était sans l'être. Elle avait cette espèce de réserve qui faisait que les gens l'approchaient avec délicatesse. Elle était respectée et aimée." Pour Alain Deloche, chirurgien, fondateur de "La Chaîne de l'espoir" dont Mireille Darc était la marraine : "Mireille, c'est la grande dame de coeur, engagée. (…) Elle avait une attache particulière avec les enfants malades du coeur. Etant elle-même cardiaque, elle pouvait mieux comprendre la souffrance de l'enfant cardiaque. On la surnommait la dame de coeur". Sur Europe 1, Philippe Labro, qui l'a dirigée dans un court-métrage, se souvient : "Mireille Darc, c'est les années 1960 ! "Je pleure Mireille, Mimi, ma petite soeur de cinéma qui avait gardé son âme d'enfant, jouait à la dame en cachant sa fragilité et sa pudeur", a confié Brigitte Bardot dans un texte adressé à l'AFP. "Généreuse, elle donnait plus qu'elle ne recevait. Le chanteur Michel Sardou avec qui Mireille Darc avait enregistré une chanson, "Requin chagrin" (1975): "Elle était mon amie, ma soeur, ma complice. Courageuse comme je ne le serai jamais. Un petit oiseau certes, mais un oiseau de fer. Comme elle le pensait, l'éternité n'est pas vide. La chanteuse Fabienne Thibault : "Mireille Darc est partie.

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