Maurice Auguste Chevalier, né le 12 septembre 1888 à Ménilmontant, quartier populaire de l’Est parisien, et décédé le 1er janvier 1972 à Paris, fut un artiste aux multiples talents : chanteur, acteur, écrivain, parolier, danseur, imitateur, comique, et brièvement chroniqueur et homme d'affaires. Sa carrière, qui débuta en 1899 dans un modeste café-concert de Ménilmontant et s'étendit sur près de trois quarts de siècle, est sans conteste l'une des plus prestigieuses du monde du spectacle.

Issu des milieux ouvriers, il contribua à populariser son quartier natal. Arborant souvent un canotier et un nœud papillon, Maurice Chevalier et son accent parisien volontairement forcé représentèrent au long de sa carrière une certaine image de la France et du Français à l'étranger, et notamment aux États-Unis : celle du Parisien typique, gouailleur, souriant, désinvolte et charmeur. Star internationale de son vivant, il est aujourd'hui encore l'un des chanteurs français les plus connus dans le monde.

Jeunesse et Débuts

Maurice Chevalier est né dans un quartier populaire de Paris, à Ménilmontant, le 12 septembre 1888. Son père, Charles Victor Chevalier, était peintre en bâtiment. Sa mère, Joséphine Van der Bosche, d'origine belge et surnommée "La Louque", joua un rôle central dans son éducation. Avec ses frères Paul et Charles, il passe une enfance très modeste de "titi" parisien. Mais son père, peintre en bâtiment, abandonne sa femme et ses trois enfants, une dizaine d’années plus tard. Maurice quitte alors l’école.

À douze ans, Maurice imite les chanteurs à la mode dans les cafés. En 1900, il bénéficie déjà d'une petite expérience et sait amuser un public souvent difficile avec des imitations, dont celles du chanteur Dranem, grande vedette de l'époque. Grâce à un agent artistique, il décroche une audition publique au Casino des Tourelles. L'exercice est périlleux, mais l'adolescent s'en tire brillamment. Petit à petit, il passe d'un répertoire très populaire à des numéros plus "dandy". Il adopte le costume et le canotier, qui resteront ses signes de reconnaissance. Moins de dix ans plus tard, il passe en vedette à Paris aux Folies Bergères.

En 1905, lors de son passage à l'Alcazar de Marseille, il obtient un succès énorme, ce qui lui permet d'effectuer un retour triomphal à Paris. Lancé dans le métier et sachant très bien gérer sa carrière, Maurice Chevalier apparaît aussi dès 1908 dans quelques court-métrages muets. En 1909, il a le premier rôle dans un spectacle des Folies Bergères, véritable institution parisienne du music-hall. À cette époque, il devient le compagnon de la célèbre chanteuse Fréhel. Mais celle-ci est déjà très handicapée par l'alcool et la drogue : leur liaison se termine en 1911. Maurice Chevalier, grand séducteur, devient alors l'amant d'une des vedettes les plus prestigieuses de la chanson française d'avant-guerre, Mistinguett. Il a 23 ans, elle en a 36.

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L'Ascension et les Années Folles

Personnalité exubérante, et pour laquelle le music-hall parisien n'a aucun secret, Mistinguett apprend bon nombre des ficelles du métier au jeune artiste. En 1913, il part faire son service militaire. Un an plus tard, la Première Guerre mondiale éclate et Maurice Chevalier est blessé dès les premières semaines de combat. Il est alors fait prisonnier et reste deux ans au camp d'Alten Grabow en Allemagne. Libéré en 1916 grâce aux nombreuses relations de Mistinguett, il revient vite sur le devant de la scène. En 1917, il devient la vedette d'une nouvelle salle, le Casino de Paris, et joue devant un public de soldats anglais et surtout américains. Il découvre alors le jazz, le ragtime, et commence à penser à la lointaine Amérique. Il continue à travailler avec Mistinguett, mais toujours dans son ombre. Le désir de devenir une vedette à part entière, seul face au public, est une des raisons de leur rupture au début des années 20.

Une jeune artiste américaine, Elsie Janis, introduit Maurice Chevalier sur la scène londonienne. Ayant appris l'anglais pendant son emprisonnement, il possède ainsi un sérieux avantage sur les artistes français et même sur une star comme Mistinguett. Le succès ne se fait pas attendre, même si c'est grâce à un répertoire en français.

La guerre finie, les Années folles règnent sur Paris. Maurice Chevalier crée des chansons légendaires telles "Dans la vie faut pas s'en faire" en 1921 ou "Valentine" en 1924. Il tourne quelques films et fait un malheur grâce à l'opérette "Dédé". À cette occasion, il rencontre même les compositeurs américains, George Gershwin et Irving Berlin. Il pense alors de plus en plus à monter "Dédé" à Broadway et part pour New York durant l'été 1922. Mais rien ne se passe et Maurice Chevalier rentre en France un peu démoralisé. Ce passage à vide le mène à une tentative de suicide en 1924. La même année, il rencontre Yvonne Vallée, une jeune danseuse, qui le soutient dans cette épreuve. Ils se marient en 1927.

Hollywood et la Consécration Internationale

Chanteur de revue confirmé, Maurice Chevalier signe en 1928 un contrat avec la Paramount, une excellente opportunité alors qu’Hollywood, au tout début du parlant, produit à outrance des œuvres musicales. Il travaille beaucoup avec Ernst Lubitsch et donne la réplique à Jeanette MacDonald et Claudette Colbert. Parmi ses grands succès citons «La veuve joyeuse» (1934), une version clinquante qui ne peut néanmoins faire oublier le chef-d’œuvre du muet réalisé par Erich von Stroheim avec John Gilbert et Mae Murray.

À l'aube du cinéma parlant, Maurice Chevalier part pour Hollywood en 1928. Le chanteur et acteur français séduit les Américains qui lui font un succès dès son arrivée. Il signe un contrat avec les studios Paramount et tourne dix films entre 1929 et 1933. Sa filmographie américaine est marquée par son travail avec le réalisateur Ernst Lubitsch, génie de la comédie. En 1934, ils tournent ensemble l'opérette "La Veuve joyeuse" qui reste un de ses films les plus connus. Maurice Chevalier mène à Hollywood une vie de star entourée de stars, et devient un des rares Français connus aux États-Unis.

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En 1935, il change de studios et signe avec la Metro Goldwyn Mayer. Mais, il décide de rentrer à Paris cette année-là et son retour est triomphal, en particulier auprès du public féminin. L'euphorie du retour est ponctuée d'une visite sur la tombe de sa mère décédée en 1929. Maurice Chevalier se sépare de son épouse en 1937, peu après avoir rencontré sa nouvelle compagne, la danseuse Nita Raya. Il reprend les tournées et les spectacles devant des salles toujours combles. En 1937, il triomphe dans la Revue "Paris en joie" au Casino de Paris, puis en 1938, dans "Amours de Paris". Durant cette période, il crée aussi quelques-unes de ses plus fameuses chansons dont "Prosper" en 35, "Ma Pomme" en 36 ou "Ça fait d'excellents français" en 1939, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale.

La Seconde Guerre Mondiale et l'Après-Guerre

Mais à partir de 1935, Maurice Chevalier préfère retrouver les music-halls parisiens et triomphe avec notamment «Ça fait d’excellents Français» (1939), chanson très révélatrice de l’état d’esprit du pays face à la menace hitlérienne. Il participe aussi à quelques films en France et en Angleterre.

Pendant l’occupation, malgré sa notoriété Outre-Atlantique, il reste en France et se produit dans de nombreux récitals. Il ne cache pas, non plus, son admiration pour le maréchal Pétain, ce qui lui vaudra quelques difficultés à la libération. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il anime sur Radio-Paris des émissions de 30 minutes qui lui sont payées 60 000 francs chacune. Il n'arrêtera de travailler qu'en 1942 ; reproche lui en sera fait à l'heure de l'épuration de la Libération alors qu'il est déjà condamné à mort par contumace par un tribunal spécial à Alger le 27 mai 1944.

Début 1942, il retourne chez lui à la Bocca, près de Cannes. Mais en septembre, il est de retour au Casino de Paris pour son nouveau spectacle, "Pour toi Paris". En 1944, il fournit une nouvelle cachette et de faux papiers aux parents de sa compagne. Cependant, après le débarquement américain du 6 juin 1944, les ennuis commencent pour Maurice Chevalier. Il est une des cibles du comité d'épuration qui recense, entre autres, les artistes ayant fait preuve de sympathie voire de complicité envers l'occupant allemand. Les rumeurs concernant le chanteur vont l'obliger à se cacher pendant plusieurs mois pour échapper à une épuration souvent expéditive. Puis, défendu par de nombreux autres artistes et intellectuels dont Marlène Dietrich et le poète Louis Aragon, Maurice Chevalier revient à Paris et participe même à un défilé organisé par le parti communiste le 10 octobre 44. Cette fois, le malentendu semble disparaître même si l'image de Chevalier en sort écornée. En 45, il fait quelques concerts dans un Paris juste libéré, mais la presse anglo-saxonne reste très sévère à son égard. Londres lui refusera un visa pendant encore quelques années.

Il retrouve vite la faveur du public comme chanteur et acteur avec encore une vingtaine de films de facture surtout hollywoodienne dont la nouvelle version de «Gigi» (1958) de Vincente Minnelli d’après Colette avec Leslie Caron.

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En janvier 45, il fait sa grande rentrée parisienne à l'ABC qu'il retrouve en décembre. En 1946, il se sépare de Nita Raya et entreprend d'écrire ses mémoires, "Ma route, mes chansons", qui compteront quelques années plus tard 10 volumes de souvenirs. Maurice Chevalier a toujours eu un goût certain pour l'écriture et pour la correspondance. Après la guerre, il découvre aussi la peinture et petit à petit, va devenir un collectionneur avisé. Toujours en 46, il tourne "le Silence est d'or" sous la direction de René Clair. Puis 1947, marque son retour aux États-Unis. Accueilli aussi triomphalement qu'avant la guerre, il donne de nombreux récitals. Après plus de six mois de tournées, il rentre en France en mai 48.

En 1949, Maurice Chevalier fait partie des nombreux signataires de l'Appel de Stockholm, pétition à l'initiative du parti communiste contre l'armement nucléaire. D'un naturel plutôt neutre et peu engagé, Maurice Chevalier a des soucis avec une Amérique en proie à une chasse aux sorcières acharnée envers tout ce qui touche au communisme. Au début des années 50, il est donc déclaré persona non grata aux États-Unis. À défaut de pouvoir chanter dans le pays qui le reçut en star quelques années plus tôt, il navigue donc entre le Canada, l'Amérique du Sud, le Moyen-Orient et l'Europe. Créateur du principe du "One man show", Chevalier démontre à plus de 60 ans, son entrain et son talent d'homme de scène devant des publics de toutes nationalités et de toutes cultures.

En 1952, Maurice Chevalier achète une immense propriété en banlieue parisienne, à Marnes-la-Coquette, qu'il surnomme "La Louque" en hommage à sa mère. À cette même époque, il entame une nouvelle relation sentimentale avec Janie Michels, une jeune femme divorcée et mère de trois enfants. Très indépendante et pratiquant la peinture, Janie Michels encouragera fortement Chevalier dans son goût pour l'art.

En 1954, Maurice Chevalier est informé qu'il est à nouveau autorisé à pénétrer sur le territoire américain. Dès 1955, il entreprend donc une nouvelle tournée, mais qui ne remporte qu'un succès moyen. Il y tourne également quelques films. C'est aux États-Unis, en janvier 1957, qu'il apprend la mort de Mistinguett qui l'affecte beaucoup. Il connaît alors une nouvelle période de déprime. Mais en 1957, le réalisateur Billy Wilder l'engage pour le film "Ariane" avec Audrey Hepburn et Gary Cooper. Grand succès, ce film est un tremplin pour Chevalier dont la carrière marque un redémarrage. C'est surtout le film "Gigi" qu'il tourne aussi en 1957 sous la direction de Vincente Minnelli qui relance Maurice Chevalier au sommet de la gloire internationale. Tourné entre Paris et Hollywood, le film est une comédie musicale inspirée du livre de la romancière française Colette. Lors de la cérémonie des Oscars 1958, le film obtient neuf récompenses dont une décernée à Maurice Chevalier pour sa "contribution de plus d'un demi-siècle au monde du spectacle".

Les Dernières Années et l'Héritage

L'énorme succès de "Gigi" redonne à la carrière de Maurice Chevalier un nouvel élan qui durera jusqu'à sa mort. Le jeune public américain le découvre lors de nombreux galas triomphaux, et redécouvre sa carrière passée. Que ce soit en Europe ou en Amérique, il est invité régulièrement à de nombreuses premières ou manifestations prestigieuses en présence de personnalités et parfois de chefs d'États. On le voit à la télévision, en couverture des magazines, ou à la table du Président Eisenhower. De nombreux jeunes artistes se montrent en sa compagnie comme Brigitte Bardot. Il est désormais une référence pour tout le monde du spectacle.

Très heureux de ce statut de star, il continue de travailler avec une énergie et un enthousiasme impressionnants. Il tourne huit films entre 1960 et 1963, date à laquelle il se lance à nouveau sur les routes américaines pour une tournée longue mais qui réunit des foules entières. À son retour en France, il est convié par le général de Gaulle pour un déjeuner. En 1965, il crée un nouveau spectacle, "Chevalier at 77" qu'il présente une nouvelle fois au public américain. Il fait cependant quelques galas dans d'autres pays dont l'Afrique du Sud en 1967. Puis, incapable de cesser toute activité, Maurice Chevalier entame fin 67 "La Tournée des 80 ans" qui traverse l'Amérique latine, les États-Unis, le Canada et l'Europe.

Le 1er octobre 1968, Maurice Chevalier monte sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées pour ses adieux officiels. C'est un événement. Il est très fatigué mais le soutien du public lui permet d'effectuer trois semaines de récitals émouvants et inoubliables. Le 21 octobre, il quitte définitivement la scène. En 1970, il accepte d'interpréter la chanson titre du dessin animé de Walt Disney, "les Aristochats". Il sort également le dernier volume de sa volumineuse autobiographie, "Môme à cheveux blancs". Après un dernier voyage aux États-Unis à l'automne, il se retire définitivement chez lui, à "La Louque" avec sa dernière compagne, Odette Meslier. Il reçoit régulièrement les journalistes du monde entier, et quelques amis pour son dernier anniversaire, le 12 septembre 71. Mais après presque un mois d'hospitalisation, il meurt le 1er janvier 1972.

Maurice Chevalier dont on peut s’ébaubir que la gouaille d’une vulgarité achevée et l’élégance tapageuse, aient été considérées par les Nord-Américains des années trente comme l’archétype du charme à la française, n’en est pas moins un artiste qui mérite un grand respect, ne serait-ce que pour le chemin semé d’obstacles qu’il lui a fallu parcourir pour parvenir à un succès international.

Porteur d'un certain cliché français, Maurice Chevalier fut néanmoins un des plus grands ambassadeurs de la culture française à travers le monde. Grâce à son immense volonté et à son amour du spectacle et de la scène, il a atteint les sommets de la popularité.

Plusieurs de ses chansons furent de grands succès populaires, telles que Prosper (Yop la boum), Dans la vie faut pas s'en faire, La Chanson du maçon, Valentine, Ah ! si vous connaissiez ma poule, Ma pomme, Ça sent si bon la France, Ça fait d'excellents Français, sa version de Y'a d'la joie, Thank Heaven for Little Girls ou encore son dernier enregistrement, le générique du film Les Aristochats.

Filmographie Sélective

  • 1931 : Le lieutenant souriant (The Smiling Lieutenant) de Ernst Lubitsch avec Claudette Colbert & Miriam Hopkins
  • 1936 : L’homme du jour de Julien Duvivier avec Elvire Popesco, Josette Day, Renée Devillers & Sinoël
  • 1950 : Ma pomme de Marc-Gilbert Sauvajon avec Sophie Desmarets, Raymond Bussières & Jacques Baumer
  • 1958 : Gigi de Vincente Minnelli avec Leslie Caron
  • 1960 : Un scandale à la cour (A Breath of Scandal) de Michael Curtiz avec Sophia Loren & John Gavin

Récompenses

  • Oscar d’honneur aux Academy Awards, USA (1959)
  • Prix Cecil B. DeMille (1959)

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