Le 24 mai 1819, à Londres, naissait Alexandrina Victoria, future reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande. Fille du prince Édouard-Auguste, duc de Kent, quatrième fils du roi George III, et de Marie-Louise Victoire de Saxe-Cobourg-Saalfeld, Victoria n'était initialement pas destinée à monter sur le trône. Cependant, le destin en a décidé autrement, faisant d'elle l'une des figures les plus marquantes de l'histoire britannique.

Un contexte familial et politique particulier

La naissance de Victoria survient dans un contexte familial complexe. Son grand-père, le roi George III, est atteint d’une maladie mentale, et la monarchie britannique est affaiblie. De plus, Victoria occupe la cinquième position dans l'ordre de succession à la couronne. Toutefois, le décès prématuré de son père en 1820, suivi de la mort de deux de ses oncles, la propulse au rang d'héritière présomptive en 1830, après le décès de George IV.

Élevée par sa mère, Victoria connaît une enfance qu'elle décrit elle-même comme «triste» et «mélancolique». Soumise à des règles strictes et isolée des autres enfants, elle trouve du réconfort auprès de sa gouvernante, Louise Lehzen.

L'accession au trône et les premières années de règne

Le 20 juin 1837, à l'âge de 18 ans, Victoria accède au trône à la mort de son oncle Guillaume IV. Elle devient reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande. La jeune reine prend ses distances avec sa mère, qui aspirait à la régence, et s'installe au palais de Buckingham.

Inexpérimentée, Victoria s'appuie sur les conseils de son oncle Léopold Ier, roi des Belges, et de son Premier ministre, Lord Melbourne, qui devient son mentor et conseiller politique. Elle s'installe à Buckingham, prend ses distances avec sa mère et veut exercer pleinement ses prérogatives royales. Elle montre clairement ses amitiés pour les Whigs (les libéraux) et empêche l’accès au 10 Downing Street à certains hommes politiques. Elle refuse aussi des nominations ministérielles, jugées inacceptables.

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Dès son accession au trône, la jeune reine se prend d'affection pour le Premier ministre en exercice, lord William Melbourne (58 ans), homme modéré et sensible. Il a l'honneur d'initier Victoria aux affaires publiques et surtout à la manière de bien tenir son rang.

Tout au long de son règne, Victoria s'implique activement dans les affaires du pays, envoyant des télégrammes aux ministres, donnant son avis et faisant des recommandations. Cependant, en raison du régime monarchique en place, les ministres restent libres de suivre ou non ses demandes.

Le mariage avec le prince Albert et la monarchie familiale

Un tournant majeur dans la vie de Victoria est son mariage avec son cousin, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, le 10 février 1840. Ce mariage d'amour, rare à l'époque, marque le début d'une relation fusionnelle et d'une collaboration étroite.

Très attachée à son époux, Victoria souhaite l'associer au pouvoir et lui accorder un statut élevé. Albert devient membre du Conseil privé, puis son secrétaire particulier, et enfin prince consort en 1857. Ils se partagent le pouvoir. Albert a un rôle public: il représente la reine -notamment au moment de ses grossesses- et l’épaule dans ses prérogatives royales. En raison de son ascendant sur elle, il est appelé «Queen Albertine» par la presse en 1853, au moment de la guerre russo-turque. Lors des déplacements royaux ils se répartissent les représentations: lui visite notamment les usines, les institutions éducatives; elle se rend dans les hôpitaux, les institutions caritatives.

Ensemble, Victoria et Albert incarnent un idéal de monarchie familiale, rompant avec le train de vie somptuaire de leurs prédécesseurs. Ils privilégient une vie simple et respectueuse des valeurs familiales, en phase avec celles des classes moyennes. La monarchie britannique devient familiale. En effet jusqu’à l’avènement de la reine Victoria, il existe une séparation entre le roi et le reste de la famille. Le rapprochement s’opère sous ce règne. Également par amour pour Albert, un homme pudibond qui n’aime pas les mondanités ni la ville, la reine délaisse les plaisirs mondains et se plaît à une vie de famille simple, sans cérémonial, à la campagne -notamment dans leur résidence privée à Osborne, sur l’île de Wight, ou à Balmoral dans les Highlands en Écosse.

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Le couple royal a neuf enfants, nés entre 1840 et 1857, dont les sept premiers au cours de la première décennie de leur mariage. Victoria, matriarche austère, rigide et autoritaire, organise avec son époux, puis seule, le mariage de ses enfants. Elle cherche à nouer, en fonction de ses intérêts, des alliances matrimoniales avec la plupart des cours européennes. Aussi la monarque britannique se retrouve à la tête d’une descendance -avec la naissance de ses petits-enfants (36) et arrière-petits-enfants (37)- où figure un grand nombre de familles régnantes en Europe: Allemagne, Suède, Danemark, Espagne, Grèce, Roumanie, Russie. Parmi ses descendants, le futur empereur d’Allemagne, son premier petit-fils, Guillaume II, avec lequel les relations se compliquent en raison des idées politiques autocratiques du Kaiser. Ainsi par ces alliances dynastiques Victoria devient «la grand-mère de l’Europe».

Cependant, les nombreuses grossesses de Victoria la plongent à chaque fois dans une profonde dépression. Elle ne se gênait pas pour pester contre les familles trop nombreuses, se récriant contre l’insupportable état de servitude que les grossesses imposaient à son sexe.Ce n’est que bien plus tard, consciente de son rôle de chef de l’Église d’Angleterre, qu’elle se fera un devoir de défendre la famille chrétienne traditionnelle en parlant de « bénédiction » et de « sens donné à la vie ».

Le deuil et le retrait de la vie publique

La mort prématurée du prince Albert en 1861 est un coup dur pour Victoria, qui sombre dans un deuil profond et se retire de la vie publique. Elle se cloître dans le chagrin, s'habillant exclusivement en noir et passant de longues périodes dans ses résidences de Balmoral et d'Osborne.

L’amour que Victoria porte à son mari la plonge dans un deuil interminable à la mort d’Albert, le 14 décembre 1861.

Son isolement et sa relation avec son serviteur écossais, John Brown, suscitent des critiques et ternissent l'image de la monarchie. Elle se rapproche alors de l’un de ses domestiques, l’Écossais John Brown, qui avait été le premier valet du défunt prince Albert. Jointe à son isolement, cette relation, qui suscita maintes rumeurs (on parla même d’un mariage secret), contribua à ternir la popularité de la reine et à nourrir un sentiment provisoire de républicanisme, exploité par le radical Charles Dilke. Elle commande une statue grandeur nature de Brown. Installée à Balmoral, elle porte la dédicace suivante: «Ami, plus que domestique, loyal, honnête, courageux!

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Victoria n’a pas non plus de préjugé de race. Ainsi, elle entretient également une relation privilégiée avec un jeune domestique indien de vingt-quatre ans, Abdul Karim à partir de 1887. Il arrive à la Cour à la demande de la reine, peu avant son Jubilé d’or. Il lui enseigne la langue indienne -il est nommé «Munshi», (professeur)- devient son conseiller politique pour l’Inde (depuis 1876 la souveraine britannique a le titre d’Impératrice des Indes).

Le retour en grâce et l'apogée du règne

Encouragée par son Premier ministre, Benjamin Disraeli, Victoria reprend progressivement ses activités publiques et retrouve la faveur de son peuple. De sa jeunesse romantique et tumultueuse, Disraeli avait conservé l’ambition et la fougue. Bien que conservateur, il mena une politique de réformes sociales et engagea le pays dans une vigoureuse campagne d’expansion coloniale. En Afghanistan, au Zoulouland, au Soudan, Victoria supporta ces « petites guerres », qui œuvraient selon elle à la grandeur du pays. Disraeli, qui avait gagné sa confiance, ramenait peu à peu la reine sur le chemin public. En avril 1876, il fit accepter par le Parlement le Royal Titles Act, qui faisait de Victoria l’impératrice des Indes.

Le dernier quart du XIXe siècle est marqué par la popularité croissante de la reine, ce qu’illustrent trois événements qui rencontrent un grand succès. La proclamation de Victoria impératrice des Indes en 1876, les jubilés d’or en 1887 et de diamant en 1897 confirment sa capacité à incarner la "nation" britannique.

Son règne est marqué par l'expansion de l'Empire britannique, la Révolution industrielle et d'importantes réformes sociales. Elle devient un symbole de la grandeur britannique et de la moralité victorienne.

Entre 1840 et 1882, pas moins de sept tentatives d’assassinat -dont trois en trois ans-sont perpétrées contre la reine Victoria. La première est le fait d’Edward Oxford. Le jeune homme tire deux coups de feu sur le couple royal se rendant chez la duchesse de Kent, la mère de Victoria, le 10 juin 1840. Maîtrisé, il est jugé pour haute trahison. Ces velléités de régicide sont paradoxalement l’occasion pour la reine de constater sa popularité auprès de ses sujets. Ainsi en 1872, quand elle est agressée par un jeune irlandais de 17 ans, les Londoniens manifestent leur sympathie envers leur souveraine en se rendant massivement devant les grilles de Buckingham.

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