Juan Carlos Ier, né à Rome le 5 janvier 1938, est une figure marquante de l'histoire espagnole. Roi d'Espagne du 22 novembre 1975 au 18 juin 2014, son règne a été marqué par la transition démocratique du pays après la dictature franquiste, mais aussi par des scandales qui ont terni son image. Cet article explore la vie de Juan Carlos Ier, de sa naissance à son abdication, en passant par les moments clés de son règne.
Une naissance et une jeunesse marquées par l'exil et le franquisme
Fils de don Juan, comte de Barcelone, et de Maria de las Mercedes de Bourbon, princesse des Deux-Siciles, Juan Carlos de Bourbon est né à Rome le 5 janvier 1938. Petit-fils d'Alphonse XIII, il passe une partie de son enfance en exil. En 1941, le prince et sa famille quittent l'Italie pour les environs de Lausanne où ils demeurent cinq ans. Après la défaite de l'Axe, don Juan, héritier légitime du trône d'Espagne, publie un manifeste dans lequel il désavoue le régime de Franco, et somme le Caudillo de renoncer au pouvoir, en vain. En 1946, Juan Carlos et les siens s'installent à Estoril près de Lisbonne.
L'année suivante, Franco fait approuver par référendum une « loi de succession » qui transforme l'Espagne en royaume, mais il se réserve le droit de désigner ou de révoquer son successeur. Le Caudillo organise en août 1948 une rencontre avec le comte de Barcelone sur son yacht, l'Azor, au large de Saint-Sébastien. Les entretiens portent sur l'avenir de Juan Carlos qui est autorisé à faire ses études en Espagne.
En septembre 1948, le prince est inscrit à l'institution de San Isidro à Madrid, qu'il quittera en 1954. En décembre 1954 a lieu une nouvelle entrevue, officielle cette fois-ci, entre Franco et don Juan à Cáceres en Estrémadure ; les deux hommes conviennent que Juan Carlos entrera en juillet 1955 comme cadet à l'académie militaire de Saragosse.
Formation militaire et mariage
Promu lieutenant d'infanterie en juin 1957, l'infant est reçu au palais du Pardo par le Caudillo. Il sert ensuite dans la marine en faisant le tour du monde sur le navire-école Juan Sebastian el Cano : ce voyage est l'occasion pour lui de parcourir les États-Unis avec son père et lui vaut la promotion de capitaine de frégate (1958). Enfin, il entre à l'École de l'armée de l'air.
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En 1962, il épouse à Athènes la princesse Sophie de Grèce, et le couple s'installe au palais de la Zarzuela aux environs de Madrid. Ils ont trois enfants : les infantes Elena et Cristina et le prince Felipe.
Désignation comme successeur de Franco
La loi organique de 1966, approuvée par référendum, réaffirme la qualité de royaume dévolue à l'Espagne, et c'est le 5 janvier 1968 que Juan Carlos atteint ses trente ans, âge requis pour la majorité constitutionnelle. En février, le baptême de son fils aîné, l'infant Felipe, se déroule en présence de la veuve d'Alphonse XIII et du comte de Barcelone dont l'audience dans les milieux monarchistes inquiète Franco. Aussi, par un décret signé en juillet 1968, proclame-t-il que l'héritier du trône est le deuxième personnage de l'État après lui dans les cérémonies officielles ; la présence fréquente de Juan Carlos au côté du dictateur confirme le choix de ce dernier.
En juillet 1969, Franco célèbre le trentième anniversaire de son régime en faisant approuver par les Cortes la désignation de l'infant comme son successeur. Pendant les six années qui le séparent du trône, Juan Carlos parcourt de nombreux pays. Le 23 juillet 1969, Juan Carlos de Bourbon est désigné comme le successeur de Franco.
Un règne marqué par la transition démocratique
À la mort de Franco (20 novembre 1975), Juan Carlos est proclamé roi d'Espagne sous le nom de Juan Carlos Ier, et bien qu'il ait prêté serment de fidélité au Mouvement national franquiste devant les Cortes, il fait évoluer son pays vers la démocratie. Le 22 novembre 1975, Juan Carlos Ier est proclamé roi d’Espagne, deux jours à peine après la mort du général Franco.
Celle-ci, timide sous le cabinet d'Arias Navarro, progresse de façon spectaculaire à partir du moment où le roi choisit comme président du gouvernement Adolfo Suárez, un ami personnel (juill. 1976). Le nouveau ministre fait approuver par référendum, en décembre, la loi de réforme politique et organise les élections législatives du 15 juin 1977, où sont représentées légalement les principales formations politiques. Pendant ce temps, le roi effectue des déplacements dans les provinces périphériques, régions névralgiques où se manifeste l'opposition.
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En 1977, Juan Carlos met en place les premières élections libres depuis 1936, faisant évoluer l’Espagne vers la démocratie. En 1978, il fait adopter une nouvelle Constitution et instaure la monarchie parlementaire, faisant de son règne le socle d’une démocratie retrouvée.
Le 23 février 1981, il réaffirme sa place dans l'Histoire en neutralisant un coup d'État militaire. À la veille de l’élection du nouveau président du gouvernement espagnol, le lieutenant-colonel Tejero, à la tête d’un commando de gardes civils se réclamant du roi, s’empare de la Chambre des députés, à Madrid. En une nuit, Juan Carlos, qui dément cautionner cette prise d’otages, s’assure la loyauté démocratique de tous les chefs de l’armée et obtient la reddition des putschistes. Le roi entre dans la légende.
Scandales et abdication
La fin de son règne est marquée par plusieurs affaires qui discréditent non seulement son image, mais également celle de la monarchie espagnole. En 2012, son accident de chasse au Botswana révèle au grand jour le luxe de ses loisirs alors que le pays sombre dans la dépression. Un an auparavant, éclatait l’affaire Nóos, pour laquelle son gendre Iñaki Urdangarin était accusé de corruption. Les multiples rebondissements du dossier ont suscité l’indignation lorsque l’infante Cristina a été appelée à la barre comme témoin assisté, faisant d’elle le premier membre de la famille royale inquiété par la justice.
Le 2 juin 2014, Juan Carlos annonce son abdication. La mauvaise santé du roi, ses nombreuses opérations chirurgicales, les scandales impliquant la famille royale, la gronde des Indignés, ne paraissaient pas pouvoir ébranler sa volonté. Juan Carlos semblait déterminé à respecter la parole de son père, don Juan, comte de Barcelone : "Tu vois, Juanito, un roi n’abdique jamais."
Juan Carlos 1er abdique le 18 juin 2014 en faveur de son fils, Felipe VI, après 38 années de règne. Depuis sa "retraite", l'ex-roi d'Espagne perçoit chaque année, une allocation de 197.356 euros, alors qu'il assume une trentaine d'engagements officiels par an, presque dix fois moins que lorsqu'il régnait encore.
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Exil et controverses
En août 2020, soupçonné de corruption et sous le coup d'une enquête de la Cour suprême espagnole, il s'exile aux Émirats arabes unis. Toutes les enquêtes le visant sont classées sans suite en 2022.
Malgré son exil, Juan Carlos continue de faire parler de lui. En novembre 2025, il publie ses mémoires, intitulées Réconciliation (éd. Stock), dans lesquelles il évoque les moments clés de son règne et les scandales qui l'ont marqué.
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