Introduction
Jacqueline Maillan, figure emblématique du théâtre de boulevard français, aurait eu 100 ans le 11 janvier 2023. Souvent comparée à Louis de Funès pour son registre comique, elle a marqué l'histoire du divertissement en France par sa fantaisie, sa malice et son art de ne jamais se prendre au sérieux. Cet article explore sa vie, sa carrière et les secrets qui entouraient cette artiste pétulante et attachante.
Jeunesse et Débuts
Jacqueline Maillan est née après ses deux sœurs, Christiane et Suzanne, dans une famille bourgeoise où l'on espérait un fils. Elle grandit en Saône-et-Loire, avec son père Louis, ingénieur, et sa mère, Emilie. Cette déception parentale a-t-elle influencé son parcours ? Après des études de droit avortées et une formation de puéricultrice, elle devient secrétaire auprès d'un pharmacien. Cependant, son humour et sa capacité à faire rire dans toutes les situations ne passent pas inaperçus. En 1944, sa famille déménage à Paris pour lui permettre de poursuivre sa carrière d’actrice.
Les Premiers Pas sur Scène
Avant de connaître le succès, Jacqueline Maillan fait ses armes. Pierre Mondy raconte qu'elle a débuté grâce à lui. Roger Pierre et Jean-Marc Thibault cherchaient une comédienne pour un de leurs spectacles. Pierre leur propose Jacqueline. Jean Richard, qui participe au projet, est surpris, car il ne l'a vue que dans des rôles de dame "bon chic bon genre".
Georges Vitaly, qui travaille au théâtre de la Huchette, un lieu prisé par les étudiants américains, la remarque également. Lors d'une rencontre, Vitaly lance : « Y a Vitaly qui cherche des gens… ». Après le départ de Jacqueline, il confie : « Dis donc, elle est pas drôle, ta copine… ». On lui répond : « Si, je vous assure, là elle est intimidée, mais sinon elle est très marrante… ». Et effectivement, Jacqueline, sérieuse dans la vie, va rapidement conquérir le public.
Elle suit ensuite l'école du cabaret, aux côtés de Jean Poiret, Michel Serrault et Jacques Dufilho, qui ont formé tant de comédiens éblouissants. Elle rejoint ensuite la compagnie de Georges-Vitaly, où elle affirme son style.
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L'Ascension Théâtrale
Dès lors, son monde devient le théâtre. On la voit dans Les Belles Bacchantes de Robert Dhéry, puis dans Ornifle de Jean Anouilh, avec Pierre Brasseur. Le succès se transforme en triomphe, et elle joue mille sept cents fois Croque Monsieur de Marcel Mithois. En 1964, elle obtient le prix de la meilleure comédienne du syndicat de la critique pour son rôle dans cette pièce.
Dès lors, elle règne sur le théâtre de boulevard, où sa fantaisie fait merveille. D'autres avant de brûler les planches battent le briquet et soufflent sur les braises. Avec elle, cela flambait du premier coup. Aucun effort apparent chez cette perfectionniste qui allait droit à l'instant où le personnage bascule et cède au vertige du burlesque. L'œil malin, la voix blagueuse, elle n'était jamais en repos. Trépidante, nerveuse, inquiète, rien ne lui échappait, pas le moindre détail, pas le plus petit effet, et elle faisait monter la salle au septième ciel par son jeu dérisoire et franc où elle prenait tous les risques, et d'abord ceux de la clownerie. Cet art de ne pas se prendre au sérieux, et de s'inventer sous nos yeux, lui venait du cabaret, où il s'agit de faire flèche de tout bois, et sans crainte de s'exposer. L'enthousiasme faisait le reste, et un génie de la caricature à gros traits lui permettait de tout oser, dans le bouffon, dans le loufoque, ce qui chez une femme n'est point facile et demande un tact secret.
Pour elle, les auteurs adapteront Le Pont japonais et lui écriront du « sur mesure » avec Potiche et Lily et Lily, trois grands succès du théâtre Antoine, une maison où Jacqueline se sentait heureuse, choyée par ses directeurs. Mais son vrai triomphe, celui qui dépasse de loin toutes ses autres prestations, restera le personnage de Folle Amanda avec lequel elle embrasa les Bouffes-Parisiens.
Carrière Cinématographique et Télévisuelle
Parallèlement à sa carrière théâtrale, Jacqueline Maillan apparaît dans une trentaine de films. Elle travaille notamment aux côtés de Louis de Funès au théâtre, puis au cinéma, dans le film populaire Pouic-Pouic. On la retrouve, quelques années plus tard, dans la comédie à succès Papy fait de la résistance, réalisé par Jean-Marie Poiré.
Elle participe également à des émissions de variété à la télévision avec ses amis Jean Poiret, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Jean Yanne, Sophie Desmarets…
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Vie Privée et Secrets
En 1954, elle épouse Michel Emer, auteur de chansons pour des artistes comme Edith Piaf. Pierre Mondy, dans son livre, la décrit comme une femme calme, parfois silencieuse, très cliente des blagues des copains, mais qui gardait toujours une certaine réserve. Elle écoutait, elle observait, et elle n'avait pas la repartie à jet continu de Jean Poiret ou Michel Serrault, par exemple. Elle réservait son exubérance pour la scène.
Le couple n’a pas eu d’enfant. Michel Emer décède en 1984. Il était au courant de l'orientation sexuelle de son épouse. Tous deux forment un "couple libre avant l'époque". Lorsque la journaliste avait décrit l'année 1975 comme étant "l'année internationale des femmes", l'actrice a eu bien du mal à dissimuler sa gêne. Plus tard, dans Un Jour, Un Destin, France Nespo a décrypté ce moment: "Elle devait penser que j'étais au courant de son secret de vie, de son amour des femmes ou en tout cas d'une femme."
Les Dernières Années
En mai 1992, juste avant sa mort, elle apparaît sur scène pour la dernière fois dans Pièce montée, un monologue écrit pour elle par Pierre Palmade. Elle décède des suites d'une hémorragie interne, survenue dans son appartement du XVIe arrondissement de Paris. Elle devait subir une lourde opération cardiovasculaire le lendemain.
Héritage
Jacqueline Maillan laisse derrière elle un héritage théâtral et cinématographique riche et diversifié. De Anouilh à Mithois, de Dorin (La Facture) à Barillet et Gredy (Potiche, Folle Amanda, Lily et Lily), sa gaieté, ses facéties, sa bonne humeur, ses niches de gamine, ses fous rires d'enfant allaient fasciner un public qui demandait au théâtre les bonheurs du divertissement, un peu d'oubli, un brin d'innocence. On l'attendait au tournant, on connaissait ses astuces, ses trouvailles, on la précédait dans ses métamorphoses, on allait la voir comme on va voir une cousine de province, pétulante et vaillante. Si l'on se souvient de la facétieuse interprète de Suzanne dans Potiche pour son sens de l'humour, on en sait moins sur ses complexes d'enfance, son mariage avant-gardiste ou sa bisexualité. Elle restera à jamais une figure emblématique du théâtre de boulevard, une reine de la comédie dont le talent et la personnalité ont marqué des générations de spectateurs.
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