Introduction
L'ouvrage "De la fécondation des orchidées par les insectes, et des bons résultats du croisement" de Charles Darwin, publié initialement en anglais en 1862, représente une étape cruciale dans le développement de sa théorie de l'évolution. Il est remarquable que trois années seulement séparent cette publication de celle de "L'Origine des espèces". L'étude, bien que semblant austère et limitée au monde végétal, s'avère être un argumentaire puissant en faveur de la sélection naturelle et de l'importance de la variation.
Un Livre "Pour Faire du Bien à l'Origine"
La publication de cet ouvrage peut être interprétée comme une volonté de Darwin de renforcer les arguments présentés dans "L'Origine des espèces", qui avaient été jugés insuffisants ou sujets à caution par certains. Darwin s'attache désormais à développer et renforcer ce qui dans L'Origine est jugé insuffisant ou sujet à caution. Rérolle évoque la publication en langue française de "L'Origine des espèces" et de "Variation des animaux et des plantes à l'état de domestication" (1868). Il déclare : "L'ouvrage dont je publie la traduction a sans doute une moindre portée, car il n'étudie qu'une seule famille végétale, au seul point de vue des phénomènes qui assurent la fécondation… Nous avons vu l'éminent naturaliste anglais, dans ses autres ouvrages, faire une large place à l'interprétation des faits, raisonner et juger en philosophe, formuler des hypothèses que l'on peut combattre mais dont on ne saurait nier la grandeur; il sera juste de l'apprécier aussi dans un volume où, sans perdre ses autres mérites, il se montre plus particulièrement observateur exact et ingénieux expérimentateur".
La neutralité apparente de ce livre cache en réalité une volonté de mettre en évidence, de manière plus détaillée et approfondie, l'apparition constante des variations sur lesquelles peut agir la sélection. La démarche est claire.
L'Importance des Orchidées dans l'Argumentation Darwinienne
Darwin a toujours eu avec les plantes une relation particulière, empreinte d’admiration et même de tendresse. "J’ai toujours placé les plantes très haut sur l’échelle des êtres organisés", écrit-il dans son autobiographie.
Darwin s'est particulièrement intéressé aux orchidées indigènes qui poussaient dans les prés environnant Down House. Ses travaux sur les orchidées avancèrent vite et bien, et dès 1862 il était en mesure d’envoyer à l’imprimeur le manuscrit de son livre, "The Various Contrivances by Which Orchids are Fertilised by Insects" publié en français en 1870 sous le titre "De la fécondation des orchidées par les insectes et du bon résultat du croisement" - un titre long et explicite, bien dans la manière victorienne.
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Dès les premières pages, il affichait ses intentions et ses espoirs : « Dans mon livre L’Origine des espèces, je n’ai donné que les raisons générales qu’il y a de croire que c’est une loi de nature presque universelle que les êtres organisés supérieurs ont besoin [pour se reproduire] de se croiser avec un autre individu […] . Je souhaite montrer ici que je n’ai pas parlé sans y avoir réfléchi en détail […] ».
Darwin admirait particulièrement un livre paru en 1793, intitulé "The Secret of Nature Revealed in the Structure and Fertilization of Flowers" le secret de la nature révélé par la structure et la fertilisation des fleurs, le botaniste allemand Christian Konrad Sprengel, un observateur extrêmement minutieux, avait noté que les abeilles chargées de pollen charriaient celui-ci d’une fleur à l’autre. Darwin a toujours considéré ce livre comme « merveilleux ».
Le Rôle des Insectes dans la Fécondation
Une de ses principales préoccupations fut d’expliquer comment les plantes s’adaptaient de façon à utiliser les insectes comme agents pour leur propre fertilisation. À son époque, on savait déjà que les insectes étaient attirés par certaines plantes et les visitaient, et qu’ils ressortaient parfois d’une fleur couverts de pollen. Darwin avait commencé à douter de l’autopollinisation dès 1840, et pendant les années 1850 il mit au travail cinq de ses enfants pour cartographier les chemins suivis par les bourdons mâles dans leur vol.
Avant lui, des insectes bourdonnant autour de fleurs aux couleurs éclatantes ne formaient qu’un tableau charmant. Avec Darwin, cela devint une scène essentielle de la vie, chargée d’une signification biologique capitale. Les couleurs et les odeurs des fleurs étaient adaptées aux sens des insectes. Les abeilles sont attirées par les fleurs jaunes et bleues, mais ignorent les rouges, parce qu’elles ne voient pas la couleur rouge. Par ailleurs, leur capacité de voir au-delà du violet est exploitée par certaines fleurs, qui utilisent des marqueurs ultraviolets - appelés guides à nectar - pour guider les abeilles vers leurs nectaires. Les papillons, qui ont une bonne vision du rouge, fertilisent les fleurs rouges mais ignorent les bleues et les violettes. Les fleurs pollinisées par les papillons de nuit ont tendance à être ternes, mais exhalent leurs fragrances durant la nuit.
La Sélection Naturelle à l'Œuvre
Dans "De la fécondation des orchidées", Darwin démontre comment la sélection naturelle a façonné les structures florales des orchidées pour favoriser la pollinisation croisée par les insectes. Il examine en détail les adaptations complexes qui permettent aux orchidées d'attirer les insectes, de leur faire transporter le pollen d'une fleur à l'autre, et d'éviter l'autofécondation. Ces adaptations, souvent remarquables par leur ingéniosité, constituent une preuve tangible de la puissance de la sélection naturelle pour produire des organismes complexes et bien adaptés à leur environnement.
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L'Importance de la Variation
L'étude des orchidées permet également à Darwin de mettre en évidence l'importance de la variation au sein des espèces. Il observe que les orchidées présentent une grande diversité de formes et de couleurs, ce qui leur permet d'attirer une variété d'insectes pollinisateurs. Cette variation est essentielle pour la survie des orchidées, car elle leur permet de s'adapter aux changements de leur environnement et de résister aux maladies.
L'Expérimentation et l'Observation Minutieuse
L'ouvrage de Darwin sur les orchidées est remarquable par sa rigueur scientifique et son approche expérimentale. Darwin a passé de nombreuses heures à observer les orchidées dans leur habitat naturel, à disséquer leurs fleurs, et à réaliser des expériences pour comprendre leur mode de pollinisation. Il a également étudié les travaux d'autres botanistes, tels que Christian Konrad Sprengel, pour étayer ses propres observations.
Georges Coutagne et ses Observations sur les Orchidées
Georges Coutagne, biologiste lyonnais, s'est également intéressé à la fécondation des orchidées. Il fait à la Société physiophile un exposé sur les travaux de Darwin relatifs la fécondation des Orchidées, et y joint ses propres observations, très originales puisqu’il effectue un comptage comparatif des fleurs dont les pollinies avaient été enlevées par les insectes au sein de deux populations d’Orchis laxiflora.
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