Charles Darwin, naturaliste britannique dont les travaux ont révolutionné la biologie, est bien plus qu'un simple scientifique. Son enfance et sa vie de famille ont joué un rôle crucial dans le développement de ses théories et ses observations, notamment celles concernant le développement de l'enfant. Cet article explore la jeunesse de Darwin, son parcours académique, son célèbre voyage à bord du Beagle, sa vie de famille et son intérêt pour l'observation des enfants, qui a contribué à l'émergence de la psychologie génétique.
Jeunesse et Formation d'un Naturaliste en Herbe
Né en 1809 à Shrewsbury, Charles Darwin est le cinquième de six enfants d'une famille prospère et cultivée. Son père est médecin, et son grand-père paternel, Erasmus Darwin, était un homme aux multiples talents : poète, botaniste et zoologiste. Dès son plus jeune âge, Darwin manifeste un intérêt prononcé pour la nature, collectionnant minéraux et insectes, et classant tout ce qui peut s’étudier dans le domaine des sciences naturelles et de la biologie.
Cependant, Darwin se montre peu intéressé par les études formelles, tant à l'école secondaire de Shrewsbury qu'à l'université d'Édimbourg, où il entre en 1825 pour suivre la voie paternelle et étudier la médecine. Il se moque des programmes universitaires de Cambridge qui l’auront bien ennuyé. « Triple zéro ! », les qualifie-t-il. Son père le pousse à devenir médecin, puis clergyman. Son intérêt pour l'histoire naturelle s'éveille grâce à l'étude des invertébrés marins, à laquelle l'initie Robert Grant (1793-1874), l'un de ses professeurs.
Face au manque d'enthousiasme de Darwin pour la médecine, son père lui propose de devenir pasteur de l'Église anglicane. En 1831, il obtient son Bachelor of Arts degree à Cambridge. Bien qu'il ne soit pas un étudiant modèle, ces années à Cambridge développent son intérêt passionné pour le monde vivant, notamment grâce à son professeur de botanique, John Stevens Henslow (1795-1861). Darwin passe son temps libre à parcourir la campagne avec d'autres étudiants, collectionnant des spécimens de coléoptères.
Le Voyage du Beagle : Une Expérience Déterminante
John Henslow joue un rôle clé dans la carrière de Darwin en le recommandant au capitaine Robert Fitzroy, commandant du HMS Beagle, un navire de recherche de la Royal Navy. Engagé comme naturaliste durant cinq années à bord du Beagle, Darwin gagne le sobriquet d’attrapeur de mouches par ses compagnons d’expédition.
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Le voyage du Beagle, qui dure cinq ans, jusqu'en octobre 1836, est une expérience cruciale pour Darwin. Il fait escale aux îles du Cap-Vert, sur les côtes sud-américaines, aux îles Galápagos (où les 13 espèces de « pinsons » qu’il y capture lors de son séjour vont avoir un rôle très important dans l’élaboration de sa future théorie), à Tahiti, en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Tasmanie, aux îles Cocos, aux Maldives, à l'île Maurice, à Sainte-Hélène, à l'Ascension, au Cap, au Brésil, et retourne au Cap-Vert et aux Açores.
Darwin manifeste sa reconnaissance envers John Henslow en lui adressant de longues lettres riches d'observations inédites et de remarques pénétrantes. Durant le voyage, Darwin contracte une maladie tropicale, qui fait de lui un semi-invalide pour le reste de sa vie. Il met en doute l'avis que les fossiles étaient des reliques de l'Arche de Noé et il participe de plus en plus aux discussions sur les transmutations des espèces.
Vie de Famille et Œuvre Scientifique
En 1838, Charles Darwin devient secrétaire de la Geological Society, et membre de la Royal Society dès 1839, à trente ans. Le jeune savant épouse en janvier 1839 Emma Wedgwood, sa cousine germaine. La même année, il publie Journal de recherche (Journal of Researches) - passé à la postérité sous le titre de Voyage du Beagle (Voyage of the Beagle), titre apparu sur une édition de 1905.
Tout concourt à faire de l'ancien navigateur autour du monde un homme sédentaire et retiré. Une santé médiocre l'oblige à ménager ses forces physiques : c’est ainsi qu’il va mener à bien son œuvre immense en passant douze heures par jour dans son lit ! Son caractère paisible ne s'accommodera pas des violentes polémiques que sa doctrine va provoquer. Lui privilégie le soin de s'occuper de sa femme et de ses sept enfants, avec infiniment de délicatesse, comme de ses pigeons, de ses fleurs de serre et de tous les êtres vivants dont il s'est entouré dans sa maison de Down (comté de Kent). Il vit de ses rentes, à l’abri des nécessités financières, et travaille à son grand œuvre, qu’il entend affiner dans ses moindres détails.
En 1846, Charles Darwin publie plusieurs ouvrages sur la base des découvertes du voyage. Dans les années 1840, Darwin travaille sur ses observations de l'origine des espèces pour son propre usage. Il s'interroge sur le fait que les espèces soient susceptibles de partager un ancêtre commun.
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En 1858, Alfred Russel Wallace, naturaliste vivant dans les Indes orientales, envoie à Charles Darwin son étude contenant les principales idées de la théorie de la sélection naturelle. Les amis de Charles Darwin, le géologue Charles Lyell et le botaniste Joseph Dalton Hooker présentent ce texte à la Linnean Society - sans que Wallace soit au courant -, accompagné de textes de Darwin originellement non destinés à publication. Cette présentation jointe est intitulée On the Tendency of Species to form Varieties; and on the Perpetuation of Varieties and Species by Natural Means of Selection (De la tendance des espèces à former des variétés, de la conservation des variétés et des espèces à l’aide de la sélection naturelle) ; elle est publiée dans le Journal de la Linnean Society en août 1858. Le concept d’évolution par sélection naturelle est alors présenté comme la théorie de Darwin-Wallace.
À la suite de cette publication, sur la demande pressante de Lyell et Hooker qui craignent, face à l’avancée des travaux de Wallace, que leur ami ne se fasse devancer, Darwin se résout à publier ce qui, à ses yeux, n'est que le résumé d’une théorie bien plus vaste. Le 24 novembre 1859, l’ouvrage - dont le titre complet est On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life (l’Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie, selon la traduction française la plus fidèle au titre anglais) - paraît en librairie. Le soir du même jour, tout est vendu.
Six éditions différentes se succéderont jusqu’en 1872, au fil desquelles le texte de l’ouvrage évoluera de façon considérable. Charles Darwin prend en effet soin de modifier son texte pour répondre de façon argumentée aux critiques qui lui sont faites, pour corriger des erreurs, pour parachever sa théorie.
L'Observation de l'Enfant : Une Contribution à la Psychologie Génétique
1Le grand Charles Darwin lui-même, en marge des ouvrages qui ont fait sa célébrité, a consacré son attention à l’observation du jeune enfant. C’est en 1877 qu’il publia le récit de l’observation d’un enfant intitulé « A Biographical Sketch of an Infant », « L’Esquisse biographique d’un petit enfant1 », récit qui n’a cessé de fasciner ses successeurs ; connu dès sa parution, ce texte est fréquemment mentionné en tant qu’origine de la psychologie génétique2. Cependant, l’influence de ce texte a été en quelque sorte recouverte par les travaux d’un successeur de Darwin, George John Romanes, chez qui la théorie de l’évolution se transforme en psychologie de l’enfant à part entière.
Darwin effectua un voyage sur le Beagle qui représente une étape cruciale de la formation de sa pensée. Marqué par la lecture de Charles Lyell qui lui fait prendre conscience, à partir de la géologie, de l’importance de changements insensibles additionnés dans la longue durée, il collecte observations et spécimens aux îles Galapagos, ce qui constituera le matériau de ses réflexions ultérieures sur l’évolution des espèces. À son retour, en 1836, il rédige ses carnets de notes, et l’on y trouve déjà des réflexions sur le comportement des jeunes enfants. Le premier fils de Darwin, William Erasmus, naît en 1839 : c’est l’observation systématique des débuts de son développement qui constitue le texte publié seulement en 1877.
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Cette observation de l'enfant s'inscrit dans une réflexion plus large sur le développement mental et ses manifestations. L'enfance est le siège d'une dynamique qui dépasse largement l'individu, celle de l'évolution psychologique, dont Darwin contribue à inaugurer l'exploration.
Darwin lui-même, faisant remonter ses premières observations à 1838, déclare : « À cette date, j’inclinai déjà à croire au principe de l’évolution, c’est-à-dire à la production d’espèces à partir d’autres formes inférieures4. »
Ainsi, Darwin, accordant encore à cette époque une place prépondérante à l’action du milieu, par rapport à sa réflexion ultérieure qui le mènera à mettre l’accent sur les rapports des êtres entre eux dans la lutte pour la vie, chercherait à trouver un équilibre entre la vision lamarckienne d’une transformation généralisée et la vision de Charles Lyell, pour qui les espèces sont peu variables. La naissance et la mort permettraient l’existence d’une relative stabilité des formes sans pour autant exclure la transformation.
L’intérêt pour la question du développement et l’intérêt pour la question de l’individu, dans la mesure où il diffère des autres par des variations, ne se séparent pas. Ainsi, dans La Descendance de l’homme, la partie consacrée au développement des facultés commence par des considérations sur les différences individuelles. L’intérêt de Darwin pour celles-ci se manifeste, outre la reprise des travaux de Francis Galton sur le génie héréditaire, par le souci de comparer le développement de ses différents enfants. Le développement des facultés diffère selon les individus, et ces différences fascinent Darwin. L’observation attentive de ses propres enfants conforte cette idée.
Ce champ de recherche est ouvert : en effet, loin d’expliquer le développement par l’actualisation de virtualités propres à l’espèce, Darwin le conçoit comme une accumulation de variations. Le développement individuel, l’ontogenèse, est susceptible de témoigner à son niveau du mouvement de transformation graduel qui commande la diversité des espèces et le progrès de l’espèce humaine elle-même. À côté de la gradation insensible de la variation, d’un individu à l’autre, constatable au présent, il y a la gradation insensible de la transformation, sur un axe non horizontal mais vertical, celui de la durée. L’enfant en témoigne de manière privilégiée. Dans La Descendance de l’homme, Darwin fait d’ailleurs correspondre les différences graduelles qui mènent « du plus parfait idiot » à l’intelligence de Newton, que l’on peut appréhender par comparaison, aux gradations parcourues par le développement des facultés chez l’enfant, qui s’observent dans le temps8.
L’expression est d’abord apparence, surface ; cette apparence renvoie à une réalité psychique, instinct et/ou intelligence, à propos desquels Darwin veut tester l’hypothèse du développement progressif. Les changements de l’expression éclairent la progressivité du développement mental, problème central mais que Darwin n’a dans ses œuvres principales considéré qu’à l’échelle de l’espèce. Elle amène un questionnement sur la communication et le rapport à autrui, orientant la réflexion vers le problème du langage et des facultés supérieures de l’homme.
Réactions et Controverses
Succès ne veut pas dire approbation, et dans bien des milieux piétistes ou de strictes obédiences théologiques, il s'agit d'un succès de scandale. Ce qui n’est pas pardonné à cette nouvelle théorie, c’est d’une part de présenter une sélection naturelle sans pitié, ternissant l'image doucereuse d'une bonne nature, œuvre pure d'un Dieu bon et, d’autre part, de dépouiller l’homme de l’épisode de création divine qui lui est propre… pire encore, de laisser entendre qu’il pourrait descendre du singe (théorie que Darwin expose dans son ouvrage la Descendance de l’homme et la sélection sexuelle [The Descent of Man and Selection in Relation to Sex, 1871 - également traduit sous le titre la Filiation de l’homme]). La lecture littérale de la Genèse, familière à tous les Britanniques, contredit formellement une telle assertion, et Darwin fait alors figure d'hérétique.
Dans les milieux scientifiques, une autre cause de résistance aux idées de Darwin est l'influence persistante des vues de Linné. En fait, à cette époque, on vient à peine de terminer l'admirable édifice de la systématique, de donner à chaque être vivant une identité faite d'un nom de genre et d'un nom d'espèce comme l'avait proposé Linné (→ classification des espèces), et il est pénible de s'avouer que ce bel édifice, payé de tant d'efforts, héberge des informations qui ne sont pas éternelles. C'est pourquoi Darwin revient avec insistance sur le caractère abstrait, mal défini et parfois contradictoire des coupures établies entre les espèces. Les travaux de Charles Darwin sur l'origine des espèces sont attaqués car ils ne donnent pas la même représentation de la création donnée par la Bible.
Un Héritage Durable
Charles Darwin est loin d’être l’homme d’un seul sujet. Toute sa vie, Darwin se passionne pour les orchidées. Ayant reçu d’un correspondant une orchidée originaire de Madagascar (Angraecum sesquipedale), dont les fleurs présentent un éperon de 25 à 30 cm de long, Darwin suppose l’existence sur cette île d’un papillon doté d’une trompe suffisamment longue pour parvenir à aspirer le nectar au fond de l’éperon (il n’en connait aucun en mesure d’atteindre une telle profondeur), permettant ainsi la pollinisation des fleurs sans laquelle l’orchidée aurait disparu.
Darwin meurt le 19 avril 1882. Il est enterré en grande pompe à l’abbaye de Westminster. De l’origine des espèces, son œuvre la plus connue, figure au nombre des ouvrages marquants de l’histoire de la biologie : elle a imprimé un virage profond à la pensée scientifique et, au-delà, à la conception philosophique de la nature même de l’espèce humaine. Ponctuée de controverses et de débat, la pensée évolutionniste de Darwin, passée à la postérité sous le nom de darwinisme, a peu à peu gagné toute l’Europe, puis les États-Unis. En quelques décennies, le darwinisme s’est imposé dans tous les milieux scientifiques, et en-dehors, jusqu’à ce que l’Église elle-même décide de ne plus y voir de contradiction avec la foi.
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