Charles Darwin, naturaliste britannique dont le nom est inextricablement lié à la théorie de l'évolution, a marqué un tournant décisif dans l'histoire de la biologie et de la pensée humaine. Sa vie, son œuvre et les controverses qu'elles ont suscitées continuent de fasciner et d'inspirer. Cet article explore les dates clés de sa vie, les événements marquants de son parcours et l'impact durable de ses découvertes.
Naissance et Jeunesse : L'Éveil d'un Naturaliste
Charles Robert Darwin est né le 12 février 1809 à Shrewsbury, dans le Shropshire, en Angleterre. Il était le cinquième de six enfants d'une famille prospère et cultivée. Son père, Robert Darwin, était médecin, perpétuant une tradition familiale. Son grand-père paternel, Erasmus Darwin, s'était illustré comme poète, botaniste et zoologiste, laissant ainsi un héritage intellectuel stimulant. Sa mère, Susannah Darwin (née Wedgwood), décède alors qu'il a seulement 8 ans.
Dès son jeune âge, Charles manifeste un intérêt pour l'histoire naturelle. La chasse et la collecte de coquillages, de minéraux et d'objets divers (monnaies, sceaux) sont ses passions.
Études et Premiers Intérêts Scientifiques
Charles Darwin se montre peu intéressé par les études, tant à l'école secondaire de Shrewsbury qu'à l'université d'Édimbourg, où il entre en 1825 pour étudier la médecine et suivre ainsi la voie paternelle. C’est là qu’il commence à s’intéresser à l’histoire naturelle, par le biais de l’étude des invertébrés marins, à laquelle l’initie l’un de ses professeurs, Robert Grant (1793-1874). Mais d’intérêt pour la médecine, point. Son père lui propose alors de devenir pasteur de l’Église anglicane. En 1831, âgé de vingt-deux ans, il obtient son Bachelor of Arts degree. Il n’a toujours rien d’un étudiant modèle, mais ces années à Cambridge ont développé son intérêt passionné pour le monde vivant, qu’il nourrit notamment auprès de son professeur de botanique, John Stevens Henslow (1795-1861). À ses heures perdues, en compagnie d’autres étudiants, il parcourt la campagne pour collectionner des spécimens de coléoptères.
Le Voyage du Beagle : Une Expédition Transformative (1831-1836)
Un tournant décisif dans la vie de Darwin se produit en 1831 lorsqu'il embarque à bord du HMS Beagle en tant que naturaliste. John Henslow a alors l'idée d'adresser une lettre de recommandation en faveur de Darwin au capitaine Robert Fitzroy, commandant du HMS Beagle, navire de recherche de la Royal Navy. Ce voyage, qui dure près de cinq ans, le mène à travers le monde, lui offrant une occasion unique d'observer la diversité de la vie et de collecter des données cruciales.
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Le voyage va durer plusieurs années, jusqu'en octobre 1836 : îles du Cap-Vert, côtes sud-américaines, îles Galápagos (les 13 espèces de « pinsons » qu’il y capture lors de son séjour vont avoir un rôle très important dans l’élaboration de sa future théorie), Tahiti, Nouvelle-Zélande, Australie, Tasmanie, îles Cocos, Maldives, île Maurice, Sainte-Hélène, Ascension, Le Cap, Brésil, retour au Cap-Vert, Açores et retour. Il manifeste sa reconnaissance envers John Henslow en lui adressant de longues lettres riches d'observations inédites et de remarques pénétrantes.
Darwin profite de l’occasion pour étudier les propriétés géologiques des continents et des îles visitées au cours de cette expédition, ainsi qu’une multitude d’organismes vivants et de fossiles. À son retour de voyage, le 2 octobre 1836, Darwin analyse les très nombreux spécimens qu’il a rapportés et note des similitudes entre les fossiles et les espèces vivantes dans la même zone géographique. Il remarque notamment que chaque île possède son propre type de tortues et d’oiseaux, dont l’apparence et le régime alimentaire diffèrent légèrement, mais qui sont par ailleurs assez semblables, surtout dans le cas des spécimens provenant des Îles Galapagos. Il élabore alors la théorie selon laquelle, par exemple, chaque sorte de tortue a pour origine une même espèce, chacune étant adaptée de façon différente à la vie sur les différentes îles.
Lors de son escale aux Galapagos, Darwin s’attache à l’étude d’un groupe de moineaux qui deviendront célèbres sous le nom de «pinsons de Darwin». Ces oiseaux, tout en présentant entre eux de frappantes ressemblances morphologiques, se distinguent par divers détails comme la forme et la taille de leur bec. Darwin comprend que l’isolement de ces volatiles sur des îles les a conduits, à partir d’une souche unique d’origine continentale, à présenter des variations liées probablement à des différences de mode de vie et d’habitudes alimentaires.
Élaboration de la Théorie de l'Évolution
En 1837, il formule ses pensées sur les modifications et le développement des espèces dans son Carnet sur la transmutation des espèces, en accord avec les Principes de géologie de Charles Lyell. En 1842, Darwin formule sa théorie sous la forme d’un « schéma » et, en 1844, il rédige un essai de 240 pages contenant une version augmentée de ses idées premières sur la sélection naturelle.
En 1838, Charles Darwin devient secrétaire de la Geological Society, et membre de la Royal Society dès 1839, à trente ans. Le jeune savant épouse en janvier 1839 Emma Wedgwood, sa cousine germaine. La même année, il publie Journal de recherche (Journal of Researches) - passé à la postérité sous le titre de Voyage du Beagle (Voyage of the Beagle), titre apparu sur une édition de 1905.
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Tout concourt à faire de l'ancien navigateur autour du monde un homme sédentaire et retiré. Une santé médiocre l'oblige à ménager ses forces physiques : c’est ainsi qu’il va mener à bien son œuvre immense en passant douze heures par jour dans son lit ! Son caractère paisible ne s'accommodera pas des violentes polémiques que sa doctrine va provoquer. Lui privilégie le soin de s'occuper de sa femme et de ses sept enfants, avec infiniment de délicatesse, comme de ses pigeons, de ses fleurs de serre et de tous les êtres vivants dont il s'est entouré dans sa maison de Down (comté de Kent). Il vit de ses rentes, à l’abri des nécessités financières, et travaille à son grand œuvre, qu’il entend affiner dans ses moindres détails. Après avoir vécu pendant plusieurs années à Londres, le couple déménage finalement à Down House, à Downe dans le Kent (qui est à présent ouverte aux visites du public). Entre 1839 et 1843, son ouvrage Zoology of the Voyage of H.M.S. Beagle est publié en 5 volumes. Entre 1840 et 1858, il publie plusieurs ouvrages, tout en travaillant à sa théorie : The Structure and Distribution of Coral Reefs (1842), un ouvrage sur la géologie des atolls et des récifs coralliens. Il est le premier à comprendre l’origine organique des atolls et le rôle primordial des coraux. Il étudie aussi l’Amérique du Sud, les îles volcaniques, les crustacés cirripèdes (1851-1854). Enfin, il travaille sur la distribution géographique des organismes, et Lyell le convainc de publier sa théorie.
La Publication de L'Origine des Espèces et la Révolution Darwinienne (1859)
Le 1er juillet 1858, Charles Darwin lit une communication devant la Société linnéenne de Londres, le même jour qu’Alfred Russel Wallace, lequel avait élaboré indépendamment une théorie similaire. Comme Darwin, Wallace avait passé de nombreuses années à observer la diversité de la vie, et en était arrivé à des conclusions semblables. Les amis de Charles Darwin, le géologue Charles Lyell et le botaniste Joseph Dalton Hooker présentent ce texte à la Linnean Society - sans que Wallace soit au courant -, accompagné de textes de Darwin originellement non destinés à publication. Cette présentation jointe est intitulée On the Tendency of Species to form Varieties; and on the Perpetuation of Varieties and Species by Natural Means of Selection (De la tendance des espèces à former des variétés, de la conservation des variétés et des espèces à l’aide de la sélection naturelle) ; elle est publiée dans le Journal de la Linnean Society en août 1858. Le concept d’évolution par sélection naturelle est alors présenté comme la théorie de Darwin-Wallace.
À la suite de cette publication, sur la demande pressante de Lyell et Hooker qui craignent, face à l’avancée des travaux de Wallace, que leur ami ne se fasse devancer, Darwin se résout à publier ce qui, à ses yeux, n'est que le résumé d’une théorie bien plus vaste. Le 24 novembre 1859, l’ouvrage - dont le titre complet est On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life (l’Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie, selon la traduction française la plus fidèle au titre anglais) - paraît en librairie. Le soir du même jour, tout est vendu. Six éditions différentes se succéderont jusqu’en 1872, au fil desquelles le texte de l’ouvrage évoluera de façon considérable. Charles Darwin prend en effet soin de modifier son texte pour répondre de façon argumentée aux critiques qui lui sont faites, pour corriger des erreurs, pour parachever sa théorie.
Bien que Charles Darwin soit considéré, à juste titre, comme le père de la théorie de l'évolution, d'autres scientifiques avaient déjà ouvert la voie dans le domaine. C'est notamment le cas du Français Jean-Baptiste de Lamarck dont les travaux sont les premiers à avancer une théorie d'apparition des êtres vivants par évolution naturelle. Des travaux sur lesquels le naturaliste britannique s'est appuyé pour concevoir sa propre théorie supposant des mécanismes différents. Par ailleurs, il n'est pas le seul scientifique à avoir planché sur une telle théorie dans les années 1850, c'est aussi le cas du Britannique Alfred Wallace qui devint par la suite ami avec Darwin.
Le succès ne signifie pas l'approbation, et dans de nombreux milieux piétistes ou d'obédiences théologiques strictes, c'est un succès de scandale. Ce qui n’est pas pardonné à cette nouvelle théorie, c’est d’une part de présenter une sélection naturelle sans pitié, ternissant l'image doucereuse d'une bonne nature, œuvre pure d'un Dieu bon et, d’autre part, de dépouiller l’homme de l’épisode de création divine qui lui est propre… pire encore, de laisser entendre qu’il pourrait descendre du singe (théorie que Darwin expose dans son ouvrage la Descendance de l’homme et la sélection sexuelle [The Descent of Man and Selection in Relation to Sex, 1871 - également traduit sous le titre la Filiation de l’homme]). La lecture littérale de la Genèse, familière à tous les Britanniques, contredit formellement une telle assertion, et Darwin fait alors figure d'hérétique.
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Dans les milieux scientifiques, une autre cause de résistance aux idées de Darwin est l'influence persistante des vues de Linné. En fait, à cette époque, on vient à peine de terminer l'admirable édifice de la systématique, de donner à chaque être vivant une identité faite d'un nom de genre et d'un nom d'espèce comme l'avait proposé Linné (→ classification des espèces), et il est pénible de s'avouer que ce bel édifice, payé de tant d'efforts, héberge des informations qui ne sont pas éternelles. C'est pourquoi Darwin revient avec insistance sur le caractère abstrait, mal défini et parfois contradictoire des coupures établies entre les espèces.
Si la théorie de l'évolution a fait grand bruit lors de sa publication en 1859, c'est qu'à cette époque, les interrogations sur l'origine des espèces sont encore largement empreintes de la vision chrétienne et créationniste, selon laquelle tous les êtres vivants sont le fruit d'une intervention divine et ont été créés tels qu'ils sont de façon intentionnelle et indépendante. Une théorie contredite par les arguments avancés par Darwin. La publication de son ouvrage a d'ailleurs suscité de vives réactions au sein de l'Eglise.
Autres Contributions Scientifiques et Intérêts
Charles Darwin est loin d’être l’homme d’un seul sujet. Toute sa vie, Darwin se passionne pour les orchidées. Ayant reçu d’un correspondant une orchidée originaire de Madagascar (Angraecum sesquipedale), dont les fleurs présentent un éperon de 25 à 30 cm de long, Darwin suppose l’existence sur cette île d’un papillon doté d’une trompe suffisamment longue pour parvenir à aspirer le nectar au fond de l’éperon (il n’en connait aucun en mesure d’atteindre une telle profondeur), permettant ainsi la pollinisation des fleurs sans laquelle l’orchidée aurait disparu.
Héritage et Impact Posthume
Charles Darwin meurt le 19 avril 1882. Il est enterré en grande pompe à l’abbaye de Westminster. De l’origine des espèces, son œuvre la plus connue, figure au nombre des ouvrages marquants de l’histoire de la biologie : elle a imprimé un virage profond à la pensée scientifique et, au-delà, à la conception philosophique de la nature même de l’espèce humaine. Ponctuée de controverses et de débat, la pensée évolutionniste de Darwin, passée à la postérité sous le nom de darwinisme, a peu à peu gagné toute l’Europe, puis les États-Unis. En quelques décennies, le darwinisme s’est imposé dans tous les milieux scientifiques, et en-dehors, jusqu’à ce que l’Église elle-même décide de ne plus y voir de contradiction avec la foi.
Jusqu'à sa mort, le 19 avril 1882, le naturaliste a poursuivi ses travaux pour approfondir sa théorie de l'évolution. S'il est parvenu à préciser et appuyer certains aspects, les idées de Darwin demeuraient incomplètes, faute de preuves pour les confirmer. Il a fallu attendre le début du XXe siècle pour que sa théorie ne revienne sur le devant de la scène grâce à l'émergence de la génétique et notamment de la génétique des populations, à savoir l'étude des facteurs qui influencent la diversité génétique au sein des populations d'êtres vivants. Cette discipline a fourni aux scientifiques les outils pour appuyer les principes de variation et d'hérédité à la base de la théorie de l'évolution des espèces. Ceci a donné naissance, dans les années 1940, à la "théorie synthétique de l'évolution" qui rassemble les lois sur l'hérédité, la génétique des populations et les concepts de Darwin. Une décennie plus tard, la découverte de l'ADN et de sa structure en double hélice est venue ajouter de nouvelles pièces au puzzle. Depuis, la théorie de l'évolution n'a cessé de s'enrichir, de se nuancer et de se complexifier grâce aux progrès scientifiques dans les différents domaines. Les recherches ont montré que, si les espèces évoluent bel et bien au fil des générations, le processus implique différents mécanismes qui ne se résument pas à la sélection naturelle.
Quelques repères chronologiques sur le darwinisme:
- 1809: le 12 février, naissance à Shrewsbury (Angleterre) de Charles Darwin. Lamarck présente sa théorie transformiste.
- 1831: le 27 décembre, il s'embarque comme naturaliste sur le "Beagle" pour un voyage autour du monde qui durera cinq ans.
- 1835: le "Beagle" fait escale aux Galapagos, où Darwin note des variations dans la forme des becs des pinsons qui inspireront sa théorie.
- 1837: première esquisse par Darwin d'un arbre évolutionnaire figurant dans son Notebook on Transmutation of Species.
- 1858 (1er juillet): présentation à Londres d'articles en commun avec Wallace sur la Perpétuation des variétés et des espèces par les moyens naturels de la sélection.
- 1859 (22 novembre): publication de l'Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la Préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie.
- 1865: Gregor Mendel, fondateur de la génétique, publie dans l'indifférence générale Recherches sur des hybrides végétaux.
- 1871: Darwin livre ses vues sur l'origine de l'homme dans La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe.
- 1882: 19 avril, mort de Darwin dans sa demeure de Down, dans le Kent. Il sera enterré à l'abbaye de Westminster.
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