En Provence, les traditions calendales sont une véritable institution. Elles débutent le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe, et se prolongent jusqu'à la Chandeleur en février. Cette période est marquée par l'attente et la célébration de Noël, une fête riche en coutumes et en symboles. Parmi les pratiques les plus ancrées en Provence, la tradition des crèches occupe une place de choix. On en trouve dans chaque village, dans chaque église et dans de nombreux foyers.
Origines et Histoire de la Crèche
La légende attribue à saint François d’Assise la création de la première crèche vivante en 1223. Il se pourrait même qu’il ait hérité cette pratique de sa mère, Pia de Bourlémont, originaire de Tarascon, auquel cas la crèche italienne serait elle-même l’héritage d’une tradition provençale.
Au début du XIXe siècle, le sculpteur marseillais Jean-Louis Lagnel crée les premiers santons de Provence. Les personnages sont alors réalisés en argile, façonnés dans un moule de plâtre puis séchés au soleil. Ils sont ensuite peints à la main par l’atelier du santonnier. Cette standardisation permet de populariser la pratique de la crèche, jusqu’ici réservée aux milieux les plus aisés. La première foire aux santons a lieu en 1803 à Marseille et lance la longue tradition des marchés aux santons, dont les plus fameux sont ceux d’Aubagne, d’Apt, dans le Lubéron, d’Aix et de Marseille.
L’origine de la tradition de la crèche est attribuée à François d’Assise qui, en 1223, a l’idée de créer une sorte de pièce de théâtre représentant la naissance de Jésus. La première crèche est donc une crèche vivante, jouée par les habitants du village de Greccio, en Italie. Elle permet aux chrétiens de mieux imaginer le contexte au sein duquel Jésus est né et donc d’exprimer le sens de la Nativité et du mystère de l’Incarnation. L’idée se répand ensuite dans toute l’Italie et s’invite en Provence, grâce aux prédicateurs franciscains.
Au XVIe siècle, les Jésuites introduisent des modèles réduits de la crèche dans les églises d’Europe de l’Est, notamment à Prague. Dans le cadre de la Contre-Réforme, ils s’en servent ainsi comme catéchèse. Les modèles vivants sont donc remplacés par des personnages en cire, en plâtre, en terre cuite, en bois et même parfois en mie de pain.
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La tradition des crèches domestiques s’installe en France pendant la Révolution. En effet, il est alors interdit de représenter des scènes religieuses en public, la messe de minuit est prohibée, ainsi que l’installation de crèches dans les églises. Les croyants n’ont donc d’autre choix que de faire des crèches de Noël chez eux, à l’abri des regards. C'est depuis ce temps-là que nous avons gardé l’habitude d’installer, au sein de nos foyers, la crèche de Noël.
Les Santons : Âmes de la Crèche Provençale
Au début du XIXe siècle, la crèche provençale apparaît à Marseille et se développe en Provence. Sa particularité est d’être composée de santons (du provençal santoun, « petits saints »), inspirés de scènes de la vie locale et représentant les métiers traditionnels de l’époque. Ainsi, en plus de retrouver les personnages principaux de la crèche, comme la Sainte Famille et les Rois mages, on peut trouver des petites figurines d’argile représentant un boulanger, un meunier, une lavandière, un poissonnier, etc.
Les santons sont donc apparus dans le sud de la France il y a un peu plus de deux siècles. Ils sont les nobles descendants de leurs ancêtres de mie de pain, de plâtre, de cire ou de verre filé. Ils représentent la scène de la nativité chrétienne, mais aussi des vieux métiers et des personnages ancrés dans la tradition provençale. Un étonnant mélange entre religion, tradition et culture locale.
À l'origine, les santons ne représentent pas des individus mais des personnalités, des métiers, des fonctions sociales ou politiques des 18 et 19ème siècles.
Personnages Clés de la Crèche Provençale
La crèche commémore le soir de Noël. Dans chaque crèche, on retrouve donc la Sainte Famille, abritée dans un décor d’étable : l’Enfant Jésus est entouré de Saint Joseph et de la Vierge Marie. Ce sont les santons essentiels de la crèche, vers lesquels convergent tous les autres. Une grande procession s’organise dans le village pour rejoindre l’étable. On y retrouve des personnages traditionnels : les bergers et leur troupeau, l’aveugle et son fils, les boumians ou bohémiens, le vieux et la vieille, le ravi, et différents personnages représentant des métiers provençaux. Ils sont guidés par le santon de l’ange Boufarèu, qui souffle dans sa trompette pour alerter le village de la naissance de l’enfant. A l’opposé de la crèche, la caravane des Rois Mages s’avance vers l’étable qui accueille l’Enfant Jésus.
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- L'Ange Boufarèu: L’ange est un incontournable de la crèche, il est le messager de la naissance de Jésus. C’est l’ange Boufarèu qui, avec sa trompette, guide les bergers vers l’enfant Jésus.
- Pistachié ou Bartoumièu: C'est le même personnage issu des deux pastorales (la pastorale Maurel pour Pistachié et La neissenço doù Christ, d'Audibert, pour Bartoumièu). Il ne faut jamais l'oublier dans une crèche. C'est une cervelle d'oiseau, un brave homme qui répond par le rire quand on lui parle. Un grand rire qui le secoue tout entier et qu'il entretient à coups de verres de vin. Il se laisse facilement berner. Dans la pastorale, il est le valet de ferme.
- Le couple de bohémiens: Sortis du contexte de la pastorale, les gens du voyage séjournaient à dates fixes pour faire de menus travaux et, à ce titre, faisaient partie de la communauté.
- L'aveugle et son fils: Ils symbolisent à la fois l'amour filial, la mélancolie et l'espoir de recouvrer la vue.
- Le Maire: Avec son écharpe tricolore, il est particulièrement bien vêtu et porte toujours son haut de forme ainsi qu’un parapluie.
- Le tambourinaire et la farandole: Le tambourinaïre est représenté avec son tambourin et son galoubet. Par tradition, c’est lui qui mène la farandole. Les farandoleurs forment une longue file qui se déplace en serpentant. Les femmes sont soit vêtues en arlésienne soit en provençale ou comtadine avec les différentes nuances vestimentaires qu’apporte le santonnier.
- Le ravi: Il représente le fou du village ou plutôt le surpris, son étonnement est marqué par ses bras levés en l’air. Il se réjouit de la naissance de l’enfant, mais n’a rien à offrir si ce n’est sa joie et son sourire. Il porte bonheur !
- Le vieux et la vieille: Ils s’appellent Grasset et Grassette. Ils sont souvent représentés assis ensemble sur un banc de la place du village ou debout, bras dessus, bras dessous, et toujours avec de riches atours. Traditionnellement Grasset porte un parapluie et Grassette un panier plein de victuailles.
Les Foires aux Santons : Un Événement Incontournable
Les crèches n’existeraient pas si la tradition n’était pas transmise par des santonniers de talent. Depuis deux siècles, de Marseille à Aix en passant par Aubagne, des artisans proposent chaque année de nouvelles créations, personnages et décors, pour embellir toutes les crèches de Provence.
Chaque année, à l'approche des fêtes de Noël, la Provence s'anime au rythme des foires aux santons, ces marchés de Noël uniques où l'on trouve les célèbres santons de Provence et des décors de crèche artisanaux. Ces foires, profondément ancrées dans la culture provençale, sont un événement incontournable pour tous ceux qui souhaitent perpétuer la tradition de la crèche de Noël.
Les foires aux santons de Provence remontent à la fin du XVIIIe siècle. En 1793, la Révolution française interdit la célébration des messes de Noël dans les églises. Privés de ce moment religieux central, les Provençaux ont trouvé une nouvelle manière de célébrer Noël chez eux : en recréant la crèche de Noël dans l’intimité de leur foyer. C’est à cette époque que les santons (dérivés du mot provençal "santoun" signifiant "petit saint") font leur apparition dans les maisons. Ces figurines d'argile, représentant non seulement la Nativité, mais aussi les métiers et les personnages de la vie quotidienne provençale, permettent de raconter l’histoire de Noël en intégrant des scènes locales.
Rapidement, les artisans santonniers ont commencé à vendre leurs créations sur les marchés de Provence, et les premières foires aux santons sont nées. La plus célèbre d’entre elles, la Foire de Marseille, voit le jour en 1803, et elle continue d'attirer des milliers de visiteurs chaque année. Ces foires sont un véritable hommage à l’artisanat provençal et à la créativité des fabricants de santons.
Aujourd’hui, les foires aux santons offrent un large choix de figurines d'argile et de décors de crèche, permettant à chacun de personnaliser sa crèche de Noël en fonction de ses goûts et de son imagination. Les santons représentent souvent des métiers traditionnels, comme le boulanger, le forgeron ou le rémouleur, mais aussi des personnages plus modernes, comme des joueurs de football, qui trouvent leur place dans les crèches de Noël contemporaines.
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Décors de Crèche : Un Art à Part Entière
Les décors de crèche occupent une place centrale dans la crèche provençale. Ils permettent de recréer les paysages typiques de la région et d'apporter une dimension immersive à la scène de la Nativité. Les artisans provençaux sont particulièrement créatifs dans la conception de ces décors de crèche, qui peuvent inclure des éléments tels que des fontaines, des moulins à vent, des ponts en pierre, et bien sûr des maisons provençales.
Ces décors de crèche sont souvent fabriqués en bois, en plâtre ou en argile, et peints à la main. Certains sont même animés, avec des roues de moulin qui tournent ou des fontaines qui coulent, ajoutant une touche de réalisme à la crèche de Noël. Les foires aux santons sont l’occasion idéale pour découvrir ces décors de crèche et enrichir sa collection chaque année.
De plus, la crèche provençale est une tradition vivante qui évolue avec le temps. Chaque famille peut ajouter de nouveaux santons et décors de crèche en fonction de ses préférences, créant ainsi une crèche de Noël unique et personnalisée. Les foires aux santons proposent également des figurines d'argile modernes, représentant par exemple des personnages célèbres ou des scènes contemporaines, permettant à chacun d'exprimer sa créativité.
Préparatifs de Noël : Les Traditions Calendales
En Provence, les fêtes calendales se déroulent du 4 décembre jusqu’à la Chandeleur.
- Le 4 décembre : la Sainte Barbe: On met des grains de blé (ou lentilles, pois chiche…) à germer dans trois coupelles. Le chiffre 3 symbolise la Trinité (Père, Fils et Saint-Esprit) ou la Sainte Famille (Marie, Joseph et Jésus). Elles seront déposées sur la table de Noël, parfois une de plus pour la crèche. Il faut 3 semaines pour que les graines germées poussent. Les brins doivent être beaux et drus, présage de la prospérité. C'était aussi un moyen de vérifier la qualité du blé afin de savoir si la future récolte avait des chances d'être une réussite !
- Le dernier dimanche avant Noël : la crèche: Il est temps de faire la crèche, "faire la capello" ou faire la chapelle ! Le mot crèche vient du mot latin "cripia" qui signifie mangeoire, premier berceau de Jésus d'après l'évangile Saint Luc.
La Veillée de Noël et le Gros Souper
- La Veillée de Noël le 24 décembre: Tout d'abord, le "cacho-fio" qui signifie écraser le feu, mettre le feu. Cette cérémonie se retrouve dans d'autres régions et existe au moins depuis le 16ème siècle. Pour les chrétiens, c'est la mort du Christ, un lien avec la libation : répandre du vin ou un autre liquide pour une divinité. La bûche doit venir d'un fruitier donnant des fruits à noyaux, mort dans l'année. Il faut la couper en automne et la laisser sécher au soleil. Le plus jeune et le plus vieux de la famille portent cette bûche en faisant trois fois le tour de table ou de la maison puis la déposent dans la cheminée. Elle est arrosée de vin cuit et l'on formule : "Alègre, Alègre ! Mi bèus enfant, Dièu nous alègre ! Emé Calèndo, tout bèn ven, e si noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens". On ajoute les braises du cacho-fio de l'an passé. Le feu est allumé avec un rameau d'olivier béni. La bûche est rallumée un peu tous les soirs jusqu'au jour de l'an. Ses cendres sont conservées pour en mettre dans la maison et tout le domaine afin de se protéger des incendies. On les rallume en cas de danger. C'est le symbole du cycle de l'année et de la continuité de la vie.
- Le Gros Souper: est le repas du 24 décembre, au soir, avec des plats maigres, sans viande. Il doit y en avoir beaucoup, signe d'abondance. Les plats peuvent différer selon les régions :
- Les soupes : soupe de lentilles, de pois cassés, soupe à l'oignon
- Les entrées : ravioles et raviolis, céleri à l'anchois, escargots, omelettes
- Les poissons et coquillages : tian de morue aux épinards, moules farcies, anguilles
- Les légumes : carde à la sauce aux truffes, tourtes, tians, panais
- La salade : frisée
- Les fromages …et parfois l'aïoli en plat unique
Les Treize Desserts : Une Tradition Gourmande
Les treize desserts remplacent la coutume abandonnée des 13 petits pains (dont un gros coupé en 3 : un morceau pour le pauvre de la crèche ; un morceau dans l'armoire à linge pour les malades, les incendies, emporté par les voyageurs ; un morceau partagé par les convives et les animaux).
- La fougasse à l'huile d'olive appelée pompe à huile, on doit la rompre et non la couper sous peine d'être ruiné dans l'année
- Nougat noir
- Nougat blanc
- Les dattes, connues en Provence grâce à la foire de Beaucaire au 12ème siècle.
- Les mandarines ou oranges (fruits d'ailleurs, symbole de luxe)
- Le melon d'hiver (melon vert) qui a un peu déserté la table provençale
- Les raisins
- Les poires
- Les Fruits confits ou la pâte de coing
Les 4 mendiants :
- figues sèches (gris des Franciscains),
- raisins secs (noir des Augustins),
- amandes (blanc des Dominicains),
- noix ou noisette (brun des Carmes)
Le tout est accompagné de vin cuit ! La liste varie selon les régions, voir les villes et les familles, chacun compose la table des desserts à sa façon ! Pas moins de 55 desserts ont été répertoriés en Provence !
Autres traditions entre Noël et la Chandeleur
- L'épiphanie le 6 janvier: Célèbre l'arrivée des mages. le gâteau des rois est une couronne de pâte briochée parfumée à la fleur d'oranger, garnie et recouverte de fruits confits. On en mange pendant un mois.
- Les pastorales au mois de janvier: Du provençal "pastre" qui signifie berger.
- La Chandeleur en février: Dans la tradition Provençale, la Chandeleur clôture les fêtes Calendales (qui débutent le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe).
La Crèche Provençale d'Avignon et Autres Crèches Notables
La crèche provençale la plus attendue chaque hiver est sans doute celle d’Avignon, d’abord accueillie par la place de la mairie, puis déplacée dans une église de la ville il y a quelques années. Une autre crèche notable est celle de Grignan, la plus grande du monde, qui représente une vraie source d’attraction pour le tourisme de la ville. Au Rocher Mistral, vous pouvez cette année admirer la magnifique crèche réalisée par l’association Li Balaire Dóu Rèi Reinié, un groupe folklorique qui perpétue la tradition et l’histoire de la crèche provençale.
La Pastorale : Complément de la Crèche
Au fil du temps, la crèche s’est doublée de nouvelles représentations, et s’est vue enrichie par la pratique de la pastorale, pièce traditionnelle provençale ayant pour thème la Nativité. Cette tradition remonte au XIXème siècle et s’inspire directement des personnages de la crèche provençale. Chaque santon de la crèche voit son histoire développée dans ces pièces. Si la pastorale la plus connue est la Pastorale Maurel, écrite intégralement en provençal en 1844, il existe un nombre incalculables de pièces plus confidentielles. En Provence, de nombreux villages ont leur propre version de la pastorale, jouée par les habitants pendant la période de Noël.
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