La crèche pastorale et les santons de Provence constituent un pilier des traditions provençales, particulièrement pendant la période de Noël. Ces éléments, empreints d'histoire et de culture, racontent la naissance du Christ à travers des personnages typiques de la région, façonnés en argile et mis en scène dans des décors minutieux.
Origines et Histoire de la Crèche Provençale
La tradition de la crèche provençale plonge ses racines dans le Moyen Âge. Les "Mystères" médiévaux, des pièces de théâtre religieuses, étaient joués sur les parvis des églises. Saint François d'Assise est souvent crédité de la création de la première crèche vivante en 1223, à Greccio. Il est par ailleurs le Saint Patron des santonniers. Selon les légendes, elle se serait déroulée à proximité du village de Gréccio, en Italie, en 1223. Il fit construire une étable, choisit des gens du village pour mettre en scène la nuit de la nativité, installa un âne et un bœuf. Cette crèche vivante eut un tel succès qu'elle fut répétée l'année suivante dans d'autres villages d'Italie.
Dans le même temps, les santibelli se vendaient par des colporteurs italiens, véritables œuvres d'art que ne pouvaient s'offrir que la bourgeoisie.
En Provence, cette tradition a évolué au fil des siècles, passant des acteurs vivants aux figurines. La première crèche connue à Marseille, en 1775, était une œuvre de Laurent, constituée de mannequins articulés vêtus de costumes locaux, agrémentée d’éléments exotiques tels que girafes et hippopotames.
Un événement majeur dans l'histoire de la crèche provençale fut la Révolution française. La politique révolutionnaire entraîna la fermeture des églises en 1793 et la suppression des messes. Ne pouvant plus rentrer pour voir la crèche de Noël, le peuple commença à faire la crèche à la maison, en modèle réduit, tout en se cachant car cela était interdit. Les gens réalisaient de tous petits personnages qu'ils pouvaient cacher facilement. Ces sujets étaient appelés les petits saints - santoun en provençal d'où l'appellation de "santon" : Joseph, Marie et Jésus. Ils étaient confectionnés avec de la mie de pain ou du papier mâché.
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En 1798, alors que le sculpteur Louis Lagnel se promenait dans la campagne d'Aubagne, il ne put se débarrasser de l'argile humide qui collait à ses chaussures. Il vit que cette terre se travaillait très bien. Il eut l'idée de l'utiliser pour faire une petite crèche qu'il trouva à vendre aussitôt ! Par la suite, son procédé de moulage fit naître le métier de santonnier. L'argile rouge provenant des gisements de Marseille et d'Aubagne deviendra le matériau caractéristique qui fera le succès des santons. L'argile crue, utilisée au départ, sera plus tard cuite, rendant les santons plus solides.
En 1803, la première Foire aux santons a été inaugurée à Marseille, donnant naissance à une tradition persistante. Cette foire propose une variété de santons, des petits saints peints aux “santons habillés” en costume traditionnel.
Les Santons: Âmes de la Crèche Provençale
Le mot "santon" vient du provençal "santoun", qui signifie "petit saint". Ces figurines en argile, peintes à la main, représentent des personnages de la vie quotidienne provençale, ainsi que des figures de la Nativité. Ils sont les nobles descendants de leurs ancêtres de mie de pain, de plâtre, de cire ou de verre filé. Ils représentent la scène de la nativité chrétienne, mais aussi des vieux métiers et des personnages ancrés dans la tradition provençale. Un étonnant mélange entre religion, tradition et culture locale.
Au XIXème siècle apparaissent les premiers santonniers de Provence qui empruntent leurs personnages à la vie quotidienne.
Chaque santon a son rôle, sa personnalité, et sa petite anecdote. Derrière chaque santon, il y a un savoir-faire artisanal bien précis. Les couleurs, la finesse des vêtements, les petites expressions du visage rien n’est laissé au hasard. Les santons ne vivent jamais seuls : ils s’inscrivent dans une crèche, un véritable paysage miniature. Montagnette, rivière faite en papier aluminium, mas provençal, champs d’olivier.
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Personnages Clés de la Crèche
- La Sainte Famille: Marie, Joseph et l'Enfant Jésus sont les figures centrales de la crèche. Marie est à genoux en contemplation devant l’enfant. Joseph est dans une robe de bure lui aussi à genoux. Traditionnellement, la statue de l’Enfant Jésus est placée dans la crèche à la nuit du 24 décembre, à minuit.
- L'Ange Boufarèu: L’ange est un incontournable de la crèche, il est le messager de la naissance de Jésus. C’est l’ange Boufarèu qui, avec sa trompette, guide les bergers vers l’enfant Jésus.
- Les Bergers: Ils sont parmi les premiers à être informés de la naissance de Jésus et se rendent à la crèche pour lui rendre hommage.
- Le Ravi: Il représente le fou du village ou plutôt le surpris, son étonnement est marqué par ses bras levés en l’air. Il se réjouit de la naissance de l’enfant, mais n’a rien à offrir si ce n’est sa joie et son sourire. Il porte bonheur !
- Le Vieux et la Vieille: Ils s’appellent Grasset et Grassette. Ils sont souvent représentés assis ensemble sur un banc de la place du village ou debout, bras dessus, bras dessous, et toujours avec de riches atours. Traditionnellement Grasset porte un parapluie et Grassette un panier plein de victuailles.
- L'Aveugle et son Fils: Ils symbolisent à la fois l'amour filial, la mélancolie et l'espoir de recouvrer la vue.
- Pistachié ou Bartoumièu: C'est le même personnage issu des deux pastorales (la pastorale Maurel pour Pistachié et La neissenço doù Christ, d'Audibert, pour Bartoumièu). Il ne faut jamais l'oublier dans une crèche. C'est une cervelle d'oiseau, un brave homme qui répond par le rire quand on lui parle. Un grand rire qui le secoue tout entier et qu'il entretient à coups de verres de vin. Il se laisse facilement berner. Dans la pastorale, il est le valet de ferme.
- Le Couple de Bohémiens: Sortis du contexte de la pastorale, les gens du voyage séjournaient à dates fixes pour faire de menus travaux et, à ce titre, faisaient partie de la communauté.
- Le Maire: Avec son écharpe tricolore, il est particulièrement bien vêtu et porte toujours son haut de forme ainsi qu’un parapluie.
- Le Tambourinaire et la Farandole: Le tambourinaïre est représenté avec son tambourin et son galoubet. Par tradition, c’est lui qui mène la farandole. Les farandoleurs forment une longue file qui se déplace en serpentant. Les femmes sont soit vêtues en arlésienne soit en provençale ou comtadine avec les différentes nuances vestimentaires qu’apporte le santonnier.
Santons d'Art vs Santons de Crèche
Il est important de distinguer les santons d'art des santons de crèche. Le santon d'art est une pièce unique, souvent façonnée et peinte à la main par un artisan. Les santons de crèche, quant à eux, sont généralement produits en série et vendus à des prix plus abordables.
La Pastorale: Une Représentation Théâtrale de la Nativité
Parallèlement à la crèche, la pastorale est une autre tradition provençale importante liée à Noël. C'est une représentation théâtralisée de la naissance du Christ, jouée lors de la messe de minuit ou pendant la période de Noël.
C’est à la fin du XVIIIe s. qu’apparaissent les Pastorales en Provence. Une des plus célèbres est la Pastorale Maurel, créée en 1844 par un ouvrier miroitier de Marseille, Antoine Maurel, membre du Cercle Catholique d’Ouvriers, dirigé par l’Abbé Julien (rue Nau). Pièce théâtrale et musicale en 5 actes en provençal (sauf le dernier acte, écrit en français mais rarement donné), elle raconte le pèlerinage des Provençaux vers Bethléem, village de Provence pour l’occasion. C’est l’annonce aux Bergers (« li pastre », qui a donné « pastorale »), qui préviennent à leur tour les gens du village… Etonnement, doute, espoir… chacun se prépare à venir saluer le nouveau né. Si au départ l’argument de la pièce est très fortement imprégné de l’esprit religieux, petit à petit, du fait de la baisse de l’utilisation de la langue Provençale, cette Pastorale Maurel revêt un caractère plus culturel voire identitaire.
La Pastorale la plus représentée dans les paroisses aujourd’hui est sans doute celle écrite par Yvan Audouard, en français et accessible à ceux qui ne pratiquent pas le provençal. C’est à la fois un conte et une ouvre de piété. Dans la nuit de Noël, les miracles s’accumulent : les avares deviennent généreux, les voleurs honnêtes, Mireille et Vincent sont toujours amoureux… et la paix règne sur le monde. Beethléem se situe dans les Alpilles et les Bergers parlent provençal.
Yvan Audouard (1914-2024), journaliste et écrivain, a écrit sa Pastorale en souvenir de sa mère. Elevé chrétiennement par sa mère, Baptistine, et sa tante Joséphine (son père militaire est souvent absent), il n’hésitait pas à dire que « le Jésus de (sa) maman se sentait chez (eux) comme chez lui. C’était un véritable « ami » de la famille. Les saints du paradis aussi. Baptistine les invoquait en toutes circonstances, à tel point (qu’il) les croyais tous à son service. Ce n’est pas par piété (qu’il a) écrit la Pastorale, c’est pour elle, en souvenir de (son) enfance.
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Pièce typique de la culture provençale, elle est jouée dans la langue de Frédéric Mistral. Elle raconte la marche des villageois provençaux vers l’étable où ils vont honorer la naissance de l’enfant Jésus. La plupart de nos santons s’inspirent d’ailleurs de ces personnages. Ces pastorales se jouent durant toute la période qui va de Noël à la Chandeleur.
Actes Principaux d'une Pastorale
- Premier acte: L'ange annonce la nouvelle aux bergers.
- Deuxième acte: La nouvelle de la naissance de l'enfant est divulguée aux villageois.
- Troisième acte: Les villageois se rassemblent et se préparent à se rendre à l'étable.
- Quatrième acte: Chaque personnage offre son présent à l'enfant Jésus et des miracles se produisent.
Préparer Noël en Provence: Traditions et Coutumes
La période de Noël en Provence est riche en traditions et coutumes qui contribuent à l'atmosphère festive et chaleureuse de cette période.
La Sainte Barbe (4 décembre)
Le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe, on met des grains de blé (ou lentilles, pois chiche…) à germer dans trois coupelles. Le chiffre 3 symbolise la Trinité (Père, Fils et Saint-Esprit) ou la Sainte Famille (Marie, Joseph et Jésus). Elles seront déposées sur la table de Noël, parfois une de plus pour la crèche. Il faut 3 semaines pour que les graines germées poussent. Les brins doivent être beaux et drus, présage de la prospérité. C'était aussi un moyen de vérifier la qualité du blé afin de savoir si la future récolte avait des chances d'être une réussite !
La Crèche (dernier dimanche avant Noël)
Il est temps de faire la crèche, "faire la capello" ou faire la chapelle ! Le mot crèche vient du mot latin "cripia" qui signifie mangeoire, premier berceau de Jésus d'après l'évangile Saint Luc. Les félibres y ont mis quelques règles :
- des collines provençales,
- une verdure symbole d'espérance et de renouveau (solstice d'hiver, les jours rallongent) notamment du cyprès et du buis,
- des végétaux morts
- la présence de fleurs, symbole de prospérité qui sont blanches pour la pureté ou rouges pour le sang du Christ versé à sa mort : pyracantha ; olivier des Rameaux ; le laurier thym avec des baies bleues et une fleur blanche; hellébore symbole de pureté ; poinsettia ou étoile de Noël
- la présence de l'eau qui rappelle le baptême et la purification
- le vent qui est le souffle de vie et symbole de la présence de Dieu
…Sans oublier l'étoile, un ange, le blé de la Sainte Barbe et une lumière !
La Veillée de Noël (24 décembre)
Tout d'abord, le "cacho-fio" qui signifie écraser le feu, mettre le feu. Cette cérémonie se retrouve dans d'autres régions et existe au moins depuis le 16ème siècle. Pour les chrétiens, c'est la mort du Christ, un lien avec la libation : répandre du vin ou un autre liquide pour une divinité. La bûche doit venir d'un fruitier donnant des fruits à noyaux, mort dans l'année. Il faut la couper en automne et la laisser sécher au soleil. Le plus jeune et le plus vieux de la famille portent cette bûche en faisant trois fois le tour de table ou de la maison puis la déposent dans la cheminée. Elle est arrosée de vin cuit et l'on formule : "Alègre, Alègre ! Mi bèus enfant, Dièu nous alègre ! Emé Calèndo, tout bèn ven, e si noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens". On ajoute les braises du cacho-fio de l'an passé. Le feu est allumé avec un rameau d'olivier béni. La bûche est rallumée un peu tous les soirs jusqu'au jour de l'an. Ses cendres sont conservées pour en mettre dans la maison et tout le domaine afin de se protéger des incendies. On les rallume en cas de danger. C'est le symbole du cycle de l'année et de la continuité de la vie.
La table de Noël est dressée de 3 nappes blanches, symbole religieux du 3 mais aussi pour un aspect car on passait 3 jours à table (le 24 au soir, 25 midi et 26 midi pour le deuxième Noël). Sur la table on installe le blé germé, 3 chandelles, la belle vaisselle, la ménagère,…et l'on garde toujours une place pour le pauvre.
Le Gros Souper est le repas du 24 décembre, au soir, avec des plats maigres, sans viande. Il doit y en avoir beaucoup, signe d'abondance. Les plats peuvent différer selon les régions :
- Les soupes : soupe de lentilles, de pois cassés, soupe à l'oignon
- Les entrées : ravioles et raviolis, céleri à l'anchois, escargots, omelettes
- Les poissons et coquillages : tian de morue aux épinards, moules farcies, anguilles
- Les légumes : carde à la sauce aux truffes, tourtes, tians, panais
- La salade : frisée
- Les fromages
…et parfois l'aïoli en plat unique
Les Treize Desserts (après la messe de minuit)
Les treize desserts remplacent la coutume abandonnée des 13 petits pains (dont un gros coupé en 3 : un morceau pour le pauvre de la crèche ; un morceau dans l'armoire à linge pour les malades, les incendies, emporté par les voyageurs ; un morceau partagé par les convives et les animaux).
- La fougasse à l'huile d'olive appelée pompe à huile, on doit la rompre et non la couper sous peine d'être ruiné dans l'année
- Nougat noir
- Nougat blanc
- Les dattes, connues en Provence grâce à la foire de Beaucaire au 12ème siècle.
- Les mandarines ou oranges (fruits d'ailleurs, symbole de luxe)
- Le melon d'hiver (melon vert) qui a un peu déserté la table provençale
- Les raisins
- Les poires
- Les Fruits confits ou la pâte de coing
Les 4 mendiants :
- figues sèches (gris des Franciscains),
- raisins secs (noir des Augustins),
- amandes (blanc des Dominicains),
- noix ou noisette (brun des Carmes)
Le tout est accompagné de vin cuit ! La liste varie selon les régions, voir les villes et les familles, chacun compose la table des desserts à sa façon ! Pas moins de 55 desserts ont été répertoriés en Provence !
L'Épiphanie (6 janvier)
Célèbre l'arrivée des mages. le gâteau des rois est une couronne de pâte briochée parfumée à la fleur d'oranger, garnie et recouverte de fruits confits. On en mange pendant un mois. En Provence, il s'agit d'une brioche parsemée de fruits confits et de sucre. On dispose à l'intérieur du gâteau une fève et un santon.
La Chandeleur (2 février)
Origines de la Fête : La chandeleur (candelouso en Provençal) est une fête traditionnelle Chrétienne ayant lieu 40 jours après Noël. Elle correspond à la présentation de Jésus au Temple et à sa reconnaissance par Syméon « lumière qui se révèle aux nations » et c’est l’une des 12 grandes fêtes Liturgiques de l’Église orthodoxe. Le terme Chandeleur vient du Latin « festa candelarum » qui signifie « fête des chandelles » en rapport avec les bougies allumées et pour mettre à l’honneur la lumière pendant cette fête.
Aujourd’hui, la Chandeleur est célébrée dans une ambiance festive en mangeant des crêpes. Ces dernières sont attribuées au Pape Gélase Ier qui en aurait fait distribuer aux pèlerins arrivant à Rome. On dit aussi que les crêpes avec leur forme ronde et dorée font penser au soleil, le retour de la lumière et donc le Printemps.
La Chandeleur en Provence : Dans la tradition Provençale, la Chandeleur clôture les fêtes Calendales (qui débutent le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe).
La tradition voulait aussi que les familles Provençales fassent bénir une chandelle, de l’allumer et de rentrer dans les maisons avec. Si elle s’éteignait, c’était le présage d’une catastrophe. Si elle restait allumée, la famille faisait le signe de croix devant chaque portes et fenêtres de la maison pour la protéger de la foudre.
En Provence, nous avons aussi la crèche blanche (tradition peu connue), cette dernière est visible la semaine suivant la Chandeleur.
Où Découvrir les Crèches et Santons en Provence
Dans le Grand Avignon, plusieurs églises, villages et associations proposent chaque année des crèches monumentales, souvent animées et accompagnées de décors incroyables. Autour d’Avignon, plusieurs santonniers artisanaux de renom vous accueillent pour compléter votre crèche avec des pièces authentiques. Parmi eux, les Santons Fontanille : Isoline perpétue la tradition provençale en créant des santons en argile dans leur atelier. Autre adresse incontournable : L’Oustau d’Antan, à Jonquerettes, à quelques minutes seulement d’Avignon. Leur atelier laisse libre cours à un esprit créatif : on y trouve des santons traditionnels, des scènes de vie, des accessoires et des personnages colorés en argile cuite et peinte à la main.
On trouve des santons sur les foires et marchés de Noël, dans certaines boutiques d’artisanat d’Avignon et Villeneuve, ou directement chez les santonniers locaux.
Depuis plus de 60 ans, le Salon international des Santonniers se tient dans les salles du Cloître Saint Trophime. Cette année, le salon se tient au Palais Archevêché et à la Chapelle Sainte Anne.
Conseils pour l'Entretien des Santons
Les santons sont fragiles : évitez l’humidité excessive et les chocs. Un dépoussiérage doux à l’aide d’un pinceau sec suffit.
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