L'histoire de la crèche "Le Manège Enchanté" est un récit captivant qui s'étend sur plusieurs décennies, reflétant l'évolution des mentalités et des pratiques en matière de garde d'enfants. De ses modestes débuts en tant qu'initiative associative à son statut actuel de structure municipale reconnue, cette crèche a su s'adapter aux besoins changeants des familles et aux exigences réglementaires croissantes.
Les Premières Années : Une Initiative Associative Née d'un Besoin
En septembre 1991, "Le Manège Enchanté" ouvrait ses portes pour la première fois. Face aux besoins importants des parents de la commune, une crèche associative a été créée. Martine Saez et Anne Gaignard, les deux directrices présentes depuis le début de l'aventure, se souviennent des premiers jours : « En 1991, face aux besoins importants, dans la commune, des parents ont monté une crèche associative. On sera installé dans un des anciens bâtiments du collège, du village. Nous avions peu de moyens à l'époque. On faisait beaucoup. Tout le monde s'est investi pour ce projet ». Installée dans un ancien bâtiment du collège, la crèche disposait de peu de moyens, mais l'investissement de tous a permis de mener à bien ce projet.
L'équipe a dû faire preuve d'ingéniosité et de débrouillardise pour offrir un environnement stimulant et sécurisant aux enfants. Ces premières années ont été marquées par un fort esprit de solidarité et d'engagement.
L'Évolution et l'Adaptation aux Nouvelles Normes
Dès 1993, l'évolution des normes a conduit l'équipe à envisager un nouvel emplacement pour mieux accueillir les enfants. En 2002, les démarches pour la construction d'une nouvelle crèche près de l'école ont été entreprises en collaboration avec la municipalité et la communauté de communes. Ce fut le début d'une nouvelle aventure.
Martine Saez souligne l'importance de cette évolution : « Depuis 1991, nous avons eu, à quelque chose près, 600 enfants, dans nos locaux. Nous les avons d'ailleurs conviés pour notre petite fête de samedi. Je suis contente d'avoir connu les deux facettes. De 1991 à 2002, nous avons fait avec peu de moyens et de 2002 à 2011, le changement. Deux jeux extérieurs, des bâtiments aux normes, pour le bien-être des enfants. Aujourd'hui, les choses sont plus réglementées ». Ce déménagement a permis d'offrir aux enfants un environnement plus adapté à leurs besoins, avec des espaces de jeux extérieurs et des locaux conformes aux normes en vigueur.
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L'Impact sur les Mentalités et l'Évolution du Rôle des Grands-Parents
Au fil des années, la crèche a également contribué à faire évoluer les mentalités sur la garde d'enfants. Martine Saez se souvient : « la position de la crèche a aussi fait évoluer les mentalités. Je me rappelle qu'à l'époque, les grands-parents avaient peur que l'on prenne leur place, en inscrivant leurs petits. Aujourd'hui, c'est différent. Nos anciens sont plus actifs. Ils les gardent un peu et n'hésitent plus à nous les laisser. Ils nous regardent d'un autre œil, maintenant. » Autrefois perçue comme une menace pour le rôle des grands-parents, la crèche est désormais considérée comme un partenaire précieux pour l'éducation et le bien-être des enfants.
Le Manège Enchanté : Une Structure Municipale Engagée
Le 1er octobre 2009, "Le Manège Enchanté" a connu un tournant important en passant du statut d'association à celui de structure municipale. La crèche a également déménagé dans les locaux plus spacieux et fonctionnels de l'ancienne école maternelle du chemin de Carabelle.
Aujourd'hui dirigée par Sylvie Dieguez, "Le Manège Enchanté" accueille 18 enfants de deux mois à trois ans et affiche complet, avec une liste d'attente pour la rentrée de septembre 2017. L'équipe est composée de professionnels qualifiés, dont une éducatrice jeune enfant, des assistantes maternelles et une cuisinière qui prépare sur place des repas à partir de produits frais et de saison.
Un Projet Pédagogique Axé sur la Découverte et l'Éveil des Sens
La crèche "Le Manège Enchanté" accorde une place importante à la pédagogie. Le projet 2016-2017 était axé sur le thème de la cuisine, avec des activités organisées autour du goût et des couleurs des fruits et des légumes. Des animations spécifiques sont également mises en place, comme des contes et des lectures de Kamishibaï.
Les Défis Actuels : Pénurie de Personnel et Reconnaissance de la Profession
Malgré son succès, "Le Manège Enchanté" est confrontée à des défis importants, notamment la pénurie de personnel et les difficultés de recrutement. Cette situation critique a parfois entraîné une réduction des heures d'ouverture, ce qui a compliqué la vie des parents et impacté les finances de la crèche.
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La responsable de la crèche souligne le manque de reconnaissance de la profession et les salaires peu attractifs comme des facteurs expliquant cette désaffection. Elle déplore également l'image erronée du travail en crèche, souvent perçu comme une simple occupation de "torchage de bébés et de jeux".
L'Évolution Historique de la Garde d'Enfants : Des Nourrices aux Crèches Modernes
L'histoire de la crèche "Le Manège Enchanté" s'inscrit dans une évolution plus large de la garde d'enfants. Avant l'essor des crèches, la garde des enfants en bas âge était principalement une affaire familiale ou était confiée à des nourrices.
Les Nourrices : Une Pratique Ancienne et Réglementée
La pratique de la mise en nourrice, existante depuis longtemps, resta cantonnée jusqu’au XVIIème siècle aux couches supérieures de la société (la noblesse, puis la bourgeoisie). Au XVIIIème et surtout au XIXème siècle, la mise en nourrice se démocratisa largement, touchant toutes les strates de la société via l’urbanisation et le développement du travail des femmes. Les mises en nourrices se faisaient à domicile pour les plus fortunés, et à la campagne pour les autres. Cette pratique a néanmoins eu tendance à fragiliser les nourrissons. Le transport jusqu’à leur gardienne, l’absence d’hygiène, le partage du lait avec les enfants de la nourrice et bien d’autres choses étaient en cause. Cela aboutissait à un taux de mortalité infantile qui pouvait deux à trois fois plus important que le taux national, alors de 17,9%. Cette problématique poussa l’Etat français à réglementer la profession. Ce sera chose faite le 23 décembre 1874 avec la loi Roussel.
La loi Roussel du 23 décembre 1874 a marqué une étape importante dans la réglementation de la profession de nourrice. Elle a donné lieu à l’apparition d’un certain nombre de documents, dont plusieurs sont visibles au sein des fonds d’Archives municipales de Lunel. Ces derniers fournissent une image de ce que furent les nourrices à cette époque. Comme nous pouvons le voir sur les registres de déclarations des nourrices, sevreuses et gardeuses de Lunel, chaque fois qu’un enfant était accueilli par une nourrice, une déclaration devait être faite. Elle contenait nombre de renseignements. La femme concernée devait tout d’abord fournir son état civil, son adresse ainsi que sa situation de famille et l’âge de ses enfants. Ces données permettaient de s’assurer de la stabilité du foyer ainsi que du fait que la nourrice était prête à avoir un enfant en garde. En effet une femme n’était pas autorisée à allaiter plusieurs enfants en même temps si elle était nourrice. Ses propres enfants devaient être âgés à minima de sept mois ou eux même en nourrice et elle ne pouvait accueillir deux enfants en même temps, hormis sur dérogation. Cela participait à la santé de l’enfant placé chez elle en évitant les cas de rachitisme par exemple.
En examinant le plus ancien registre d’enregistrement de Lunel, daté de 1885, aucune contrevenante n’est visible : sur vingt-neuf femmes (l’une d’elle apparaît deux fois), dix-sept ont vu la mort de leur propre enfant avant de devenir nourrice, sept avaient des enfants déjà sevrés, une a placé son propre bébé auprès d’une autre nourrice et rien n’est spécifié pour les cinq dernières. D’autres obligations sont ensuite visibles dans la suite de la déclaration. Tout d’abord un certificat du maire était demandé. Ce dernier contenait de nombreux renseignements. Il attestait ainsi que la future gardienne souhaitait bien accueillir un enfant, mais également la date de naissance de son dernier enfant, son état (mort, en nourrice ou déjà sevré), l’accord de son mari, l’historique des enfants précédemment accueillis et enfin le fait qu’elle possédait le matériel de « puériculture » minimal, à savoir un berceau et un garde-feu. A cela s’ajoutait une vérification de l’état de santé de la prétendante. Assez sommaire, elle se résumait en la validation de la date du dernier accouchement ainsi que de la vaccination de la femme examinée. Enfin, la mention de la délivrance d’un carnet de nourrice est présente. Il résumait toutes les informations utiles à la nourrice en devenir : rappels des renseignements fournis, des certificats obtenus, textes encadrant la profession, liste de la layette fournie au moment de l’arrivée de l’enfant, …. Ce document devait être conservé par la nourrice, même après le départ de l’enfant.
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Enfin, le registre des déclarations des nourrices, sevreuses et gardeuses étant rempli à chaque prise en charge d’un enfant par une nourrice, il comporte aussi des renseignements sur le bambin pris en charge. Son état civil, sa ville d’origine, ainsi que l’état civil de ses parents étaient indiqués. Les enfants provenaient dans leur quasi intégralité des alentours : du Gard ou de l’Hérault. Un seul bambin venait de plus loin : Angèle Lange s’occupa ainsi d’un petit arlésien en 1907. La prise en charge était ensuite détaillée. A Lunel, qui est situé dans le sud de la France, l’habitude est d’élever l’enfant au sein. Sur soixante-quatorze enfants mis en nourrices entre 1905 et 1913, soixante-dix furent élevés ainsi, deux au biberon et deux seulement ont été mis en garde après leur sevrage. Deux autres points étaient également précisés : la date du retrait de l’enfant, ou celle de son décès. Il arrivait en effet que l’enfant meure en nourrice. Ce fut le cas à Lunel où environ 12.16% des enfants placés entre 1905 et 1913 sont morts. Quelques détails administratifs sont également présents. Certaines nourrices dépendaient d’un bureau de placement dont le nom pouvait être indiqué sur le registre d’enregistrement. Ces bureaux étaient néanmoins plus fréquents au sein de centres urbains importants. Aucune mention de bureau n’est ainsi visible sur les registres de Lunel.
L'Émergence des Crèches : Une Solution de Garde Collective
Le placement en nourrice se maintiendra jusqu’au début du XXème siècle, moment où les découvertes de Pasteur sur la stérilisation du lait et le développement de l’hygiène des biberons feront disparaître cette pratique. Si les nourrices ont disparu, d’autres solutions de garde pour les enfants de premier âge ont émergé à partir du XIXème siècle. Basée sur la garde collective d’enfants, la crèche fut créée en 1844 à Paris.
Les Crèches à Lunel : Une Offre Diversifiée
Présentes depuis 1980 sur la ville, elles se sont depuis multipliées. Lunel compte en effet maintenant une structure privée, Beebaby, et quatre municipales, le Manège enchanté, l’Ile aux Enfants, Babilune et Babiose.
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