Cet article explore l'histoire et l'impact de la crèche Jacqueline de Chambrun, en mettant en lumière son rôle dans la promotion de l'éveil artistique et culturel des jeunes enfants. Il aborde également l'évolution des politiques publiques en faveur de la petite enfance et de la culture, ainsi que l'engagement des différents acteurs dans ce domaine.

Un Acte Politique Majeur au Service de la Petite Enfance et de la Culture

Le 20 mars 2017, Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, et Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, ont franchi une nouvelle étape en signant un nouveau protocole d’accord interministériel visant à favoriser l’éveil artistique et culturel des jeunes enfants. L’association Enfance et Musique considère qu’il s’agit là d’un acte politique majeur en direction de la petite enfance et des familles, au service d’un développement culturel de territoire et de proximité.

Une Formidable Avancée

Cinq années de mobilisation citoyenne ont croisé la volonté politique de ces deux ministères, affirmant unir « leurs forces au service de grands objectifs communs ». Ils s’engagent, de manière concertée, à développer un volet éveil artistique et culturel dans la politique ministérielle d’accueil du jeune enfant du ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, ainsi qu’un volet petite enfance dans la politique d’éducation artistique et culturelle du ministère de la Culture et de la Communication. L’accord vise aussi à soutenir l’intégration de l’éveil artistique et culturel des tout-petits dans la formation initiale et continue des personnels de la petite enfance et des professionnels de la culture, ainsi qu’à soutenir les initiatives exemplaires et innovantes conduites par les acteurs de terrain partout en France (Cf. Communiqué de presse du 21 mars 2017).

Le protocole de 1989 avait marqué une étape très importante. Il devait être renouvelé et réactualisé afin de positionner politiquement la place de l’éveil culturel et artistique du tout-petit aujourd’hui : un appel à penser le monde, une indispensable projection sur l’avenir, une responsabilité citoyenne des parents et des professionnels de l’enfance pour les générations futures… Le premier protocole portait en lui une trop grande distance entre les deux secteurs de la culture et de l’action sociale car il réduisait encore l’éveil culturel à une fonction « d’amélioration de la qualité de l’accueil… ».

De manière absolument novatrice, le nouveau protocole de mars 2017 propose un saut qualitatif dans sa manière de nommer, d’appeler à inventer ensemble un espace commun de création sociétale entre culture et action sociale. Il appelle tous les acteurs engagés dans une rencontre avec l’enfant - qu’ils soient issus du secteur social ou de celui de la culture - à concevoir l’inscription créatrice de l’art et de la culture comme un espace commun de sens et de construction des liens familiaux, de temps de vie sensibles au sein même des lieux d’accueil mais pas seulement…

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Pour Enfance et Musique, le protocole de 2017 appelle à un engagement collectif dans une fabrique de culture commune inspirée et nourrie des patrimoines familiaux et culturels de chacun, mais remixés, refondus, remis en mouvement dans la création d’espaces artistiques sensibles, créatifs et contemporains que la rencontre avec les artistes va dynamiser, accompagner et mettre en œuvre.

La signature du protocole de mars 2017 permet au milieu de la petite enfance de donner une place légitime aux projets artistiques et culturels tournés vers le très jeune public. Ce protocole est un signe fort pour que des secteurs qui se croisaient, se reconnaissent aujourd’hui complémentaires ; il est la marque d’une politique partagée dans le secteur social et le champ culturel à laquelle ont contribué de nombreux acteurs.

Des Étapes Signifiantes

Le chemin de la reconnaissance et du droit de cité de la petite enfance est jalonné d’étapes signifiantes qui marquent chacune un point d’avancée dans l’inscription du jeune et du très jeune public, des familles et des professionnels de l’enfance dans le paysage culturel.

Ainsi aujourd’hui on peut se féliciter de la convergence de mouvements citoyens qui « ont la conviction que l’art et la culture permettent de construire une société d’individus émancipés, responsables et solidaires ». Ces premières lignes du récent Manifeste de mars 2017 « Pour une véritable politique artistique et culturelle de la jeunesse » résument les volontés conjuguées des sept associations et fédérations signataires.

Après les 40 propositions rendues publiques en juillet 2012 et les Dits de Nantes portés par Scènes d’enfance et d’ailleurs et l’Assitej-France, après La Belle Saison lancée à l’été 2014 par le ministère de la Culture et de la Communication, suivie par le plan d’action 2016-2020 de Génération Belle Saison visant à développer la création jeune et très jeune public… Nous pouvons mesurer les avancées d’une réelle prise en compte de l’enfance dans les politiques culturelles. Des acteurs comme Scènes d’enfance Assitej-France ont ouvert les premiers chantiers d’une réflexion concertée et renouvelée entre les acteurs des territoires.

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Le collectif CEP-Enfance qui a pour objectif de « Privilégier une démarche à vocation plurielle, intégrée, transversale et interinstitutionnelle pour sortir des impasses du cloisonnement dans lesquelles sont trop souvent formulées les politiques publiques en direction de l’enfance » a été, du côté social, l’espace citoyen essentiel qui nous a permis de travailler et de faire avancer collectivement cette réflexion dynamique entre action sociale et action culturelle autour des questions de la petite enfance. L’implication d’Enfance et Musique et de son réseau au sein du CEP-Enfance a favorisé la prise en compte de l’art et de la culture dans la réflexion collective. On note là encore un signe de la nécessité de convergence des politiques publiques mais tout autant de la nécessité d’un débat citoyen associé.

Par ailleurs, en mai 2016, était remis à Laurence Rossignol le rapport « Développement du jeune enfant, Modes d’accueil, Formation des professionnels » résultat de la mission conduite et coordonnée par Sylviane Giampino.

Dans cette dynamique, le Haut Conseil de la Famille, de l’Enfance et de l’Âge (HCFEA), créé par Laurence Rossignol en octobre 2016, dans lequel Enfance et Musique est représentée, « anime le débat public et apporte aux pouvoirs publics une expertise prospective et transversale sur les questions liées à la famille et à l’enfance, à l’avancée en âge, à l’adaptation de la société au vieillissement et à la bientraitance, dans une approche intergénérationnelle ».

Enfin, le ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes a publié le 23 mars 2017 un nouveau cadre national pour l’accueil du jeune enfant. Il comprend dix grands principes « pour grandir en toute confiance » parmi lesquels on note : « je développe ma créativité et j’éveille mes sens grâce aux expériences artistiques et culturelles. Je m’ouvre au monde par la richesse des échanges culturels ». Le point N°5 de ce cadre national est consacré à la place de l’art et de la culture. Ce texte cadre présenté en avant première le 31 janvier 2017, lors de la première journée nationale des professionnels de la petite enfance, pose des principes forts pour l’accueil et l’épanouissement du tout-petit. Il acte que l’art et la culture en font partie.

Avec la loi d’orientation et de programmation du 2 juillet 2013 pour la refondation de l’école de la République s’ouvrait une ère nouvelle en matière d’éducation artistique et culturelle. La signature du protocole d’accord de mars 2017 conforte cette avancée en donnant une place à l’art et à la culture dans les lieux d’accueil individuels et collectifs du tout-petit. Cette perspective de liens entre les artistes, les familles, les enseignants et les professionnels de l’enfance et de la culture (bibliothèques, écoles de musique, musées, scènes culturelles…) augure d’un avenir à moyen terme où chacun pourra trouver une place dans l’élaboration et la mise en œuvre de projets culturels propres à nourrir une singularité forte et créative, tout autant que d’enrichir le lien social.

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Génération Future

La petite enfance donne envie aux adultes de se projeter vers l’avenir, elle nous mobilise pour agir et inventer de nouveaux chemins au-delà d’un quotidien ordinaire qui trop souvent se résume à répéter ou subir… En quelque sorte elle nous donne le désir de créer du neuf, de l’inédit, du pas encore fait mais qui pourrait advenir… Une envie de risquer et de pousser les murs de la destinée, artistes et professionnels, en lien avec les parents citoyens, en lien avec leurs cultures familiales singulières, avec la capacité de chacun à inventer et à créer…

Enfance et Musique : Une Mobilisation de la Première Heure

Enfance et Musique a largement pris sa part d’engagement militant et n’a eu de cesse depuis une dizaine d’années de travailler à la réactualisation du premier protocole de 1989 auquel elle avait été associée en son temps. Cet engagement politique relève en effet de l’histoire même de l’association, implantée depuis 35 ans en Seine-Saint-Denis. Dans une époque pionnière, la fondation d’Enfance et Musique en 1981, répondait à une demande d’actions culturelles de proximité émanant des psychologues du service départemental de PMI à la recherche de pistes pour ouvrir les portes des lieux d’accueil de la petite enfance au monde extérieur. Des rencontres fécondes entre artistes et professionnels de l’enfance se sont immédiatement construites autour des questions et des pratiques de l’éveil artistique et culturel avec les très jeunes enfants, en lien étroit avec leurs familles.

Après quelques années d’intervention dans les salles d’attente des PMI et dans les crèches du département, la question s’est posée d’aller au-delà des frontières de cet éco-système territorial favorable mais circonscrit, pour élargir les actions à de nouveaux partenaires puis à l’ensemble du territoire national.

Ces racines fondatrices, les premières expériences d’échange créatif et de co-construction inédite entre les professionnels de ces deux secteurs, ont permis d’élargir l’aventure d’un projet associatif construit au plus proche du terrain dans une filiation à l’éducation populaire ; l’association se donnait alors l’objectif beaucoup plus large de « promouvoir des pratiques artistiques vivantes dans la vie sociale et familiale du très jeune enfant ».

Professionnels et artistes ont alors construit avec Enfance et Musique, dans un fonctionnement collectif mis en place et animé par Marc Caillard, un espace de recherche, un mouvement vivant de pratiques et de questionnement notamment sur la transmission dès le plus jeune âge, entre retrouvailles avec les patrimoines culturels sensibles de l’enfance et réinterprétation créative mais aussi création dans la modernité d’aujourd’hui…

Des secteurs d’activité complémentaires se sont progressivement mis en place :

  • Le centre de formation créé au début des années 80 a été un acte fondateur du projet de l’association. Porté par la mobilisation d’artistes de différentes disciplines, il a accueilli à ce jour environ 65 000 stagiaires en 30 années d’activité, dans de multiples dispositifs de formations adaptés au terrain.
  • Un collectif d’artistes et de compagnies très jeune public sans cesse renouvelé s’est associé à partir des années 90 au projet de l’association. Il a permis de proposer, au niveau national, une offre riche et diversifiée de créations musicales et de spectacles pour le très jeune public.
  • À partir des années 2000, un réseau de 70 associations et compagnies de création artistique, implantées sur les territoires s’est construit par étape afin de partager collectivement avec Enfance et Musique, recherche, réflexions et interrogations sur leurs pratiques.
  • Depuis 2014, le magazine en ligne Territoires d’éveil témoignant de la réflexion, des échanges et des pratiques, est largement diffusé auprès des acteurs de l’enfance et de la culture (160 000 déstinataires). Cette revue déstinée aux acteurs de l’éveil culturel et artistique du jeune enfant est réalisée avec le soutien de la CNAF.

Jacqueline de Chambrun : Une Figure Emblématique de la PMI

Le service départemental de PMI était alors dirigé par Jacqueline de Chambrun - ancienne résistante - qui soutenait sans réserve les initiatives et les projets portés par les professionnel(les) de son service et les acteurs de terrain de proximité. L’une de ses dirigeantes emblématiques, Jacqueline de Chambrun, a « créé en 1968 le premier centre de Protection maternelle et infantile (PMI) de Seine-Saint-Denis », devenu le plus important de France.

Soutien aux Mères Migrantes et Demandeuses d'Asile

Depuis mai dernier, les bénévoles ont créé à Mulhouse un accueil destiné aux migrantes et aux demandeuses d’asile, enceintes ou avec un bébé. Totalement démunies et souvent isolées, elles sont une trentaine à recevoir chaque mois un soutien précieux pendant leur grossesse, à risque de par leurs conditions de vie, et pendant les premiers mois de leur enfant.

Tout juste arrivée d’Arménie, Samraé a rendez-vous au Secours populaire à Mulhouse pour un accueil spécial « maman-bébé ». Elle est accueillie par Josiane et Victoria, qui lui donnent un colis « spécial nouveau-né » comprenant un gros paquet de couches-culottes, des tétines, un biberon, des vêtements d’hiver, du gel lavant et tous les produits lui permettant de prendre soin de son nourrisson. Sur les étagères en bois et dans les cubes de rangement verts, oranges, mauves qui les entourent, il y a de quoi faire des dizaines de colis de ce type.

Les trois femmes font le point : « Votre enfant est malade ? » « Non », répond la mère de famille dans un sourire. « Vous voyez une assistante sociale ? » « Non… » L’équipe va donc la mettre en contact avec une professionnelle. Sur le plan médical, la petite famille est déjà suivie, pas besoin d’intervenir sur ce point. Pour l’inscription en ligne à la crèche, ça peut encore attendre… « On le fera ensemble. La jeune femme répond aux questions, puis raconte un peu son quotidien, ses difficultés.

« Nous recevons essentiellement des sans-papiers, migrantes ou demandeuses d’asile. Certaines ont besoin de parler. Elles sont souvent seules à attendre que leur mari les rejoigne », explique Josiane, qui tient la permanence un jeudi sur deux tandis que sa complice Véronique s’en occupe tous les mardis après-midi. Elles ont reçu récemment une famille venant d’Afghanistan : « J’ai 40 ans et ça fait 40 ans qu’on est en guerre », a juste confié le père qui avait suivi ses études en France.

Avant de recevoir son premier colis pour bébé, Samraé a monté un escalier abrupt avec son tout petit calé dans les bras. Au premier étage, elle est entrée dans une grande salle sous les combles. Une haute baie vitrée éclaire la charpente massive. Dans un coin, deux petites chaises monochromes moulées l’une dans un plastique orange, l’autre dans un bleu pétrole, ont été disposées autour d’un bac à jouets dont dépassent de petits livres en reliefs, des hochets ou des ballons gonflables.

Elle assure l’accueil aujourd’hui en compagnie de Josiane, à l’origine en mai dernier avec Véronique, une autre bénévole, de cette permanence destinée aux femmes en situation de très grande précarité, enceintes ou qui élèvent un enfant de moins de deux ans. « L’ambition est de les accompagner durant les deux premières années de l’enfant », projette Josiane, fière d’apporter son énergie au Secours populaire depuis le confinement du printemps 2020 : « Moi aussi, j’ai été aidée avec mes enfants, quand j’habitais encore près de Nantes.

Josiane et Victoria reçoivent autour d’une petite table ronde sur laquelle différents dossiers sont déjà ouverts. Une trentaine de femmes viennent à cet ‘‘accueil maternité’’ tous les mois. Celles-ci y sont dirigées par les associations d’aides aux migrants, les travailleuses sociales ou les centres de Protection maternelle et infantile (PMI). Au printemps dernier, les bénévoles avaient testé leur idée auprès des professionnelles de la PMI. Le Secours populaire a une longue histoire avec les PMI.

Samraé relate son périple jusqu’en France, ainsi que sa vie ici avec son mari et leur bébé. Arrivée en France le mois dernier, Samraé n’a, début octobre au moment du reportage, toujours pas de CMU puisque la loi impose depuis 2020 trois mois de carence aux demandeurs d’asile. « Rien, j’ai droit à rien », constate la mère. Les femmes reçues à Mulhouse ont des revenus qui ne dépassent pas deux euros par jour, « souvent c’est zéro euros, voire dans certains cas, c’est négatif : de l’ordre de moins 5 euros par jour », affirme Josiane, avant d’expliquer qu’elles doivent payer leur téléphone, manger, etc. « Pour tenir, elles puisent dans leur petit pécule, mais ça ne peut pas durer longtemps avec des prix qui n’ont rien voir avec ceux de leur pays. » Sans oublier leur loyer. Une fois que Fagueye a payé le sien (350 euros), il ne lui reste plus que 50 euros pour vivre. Ses parents, mais aussi son mari, resté au pays avec leur fille de 3 ans, se démènent pour lui envoyer chaque mois un chèque, qui au final ne représente même pas un RSA. En plus, « c’est variable car mon mari est enseignant, cela paie très peu. Je ne sais pas comment je vais m’équiper pour accueillir mon garçon. » La jeune femme qui a l’âge de Victoria est, en effet, enceinte de 5 mois. Malgré ses études et sa grossesse, elle a postulé au resto U pour faire la plonge afin de stabiliser sa situation.

Après le départ de Samraé et de son nourrisson, les deux accueillantes arrangent les étagères colorées qui donnent l’impression d’être dans une maternité : savon pour bébé, coton, lingettes, couches ; mais aussi des produits pour les femmes (gel intime, serviette périodique, coussinets d’allaitement, gel pour éviter les crevasses aux tétons). Tout est naturel, local, de qualité. « Quand nous avons pensé cet accueil, l’un de nos critères était de donner les meilleurs produits possibles », rapporte Josiane. Victoria replie dans les grands cubes de rangement des turbulettes aux couleurs vives, des pyjamas avec des cœurs brodés sur les pantalons, de petits gilets tricotés par des mamies solidaires. Elle inspecte aussi la « boîte à doudous » où sont rangés des ours marionnettes, des lapins tricotés en blanc et bleu pastel, et même un petit nuage. Tout est en ordre quand arrive Fagueye, foulard multicolore sur la tête et ventre arrondi, qui passe avant d’aller chercher de la nourriture à la distribution étudiante. « Ma situation me fatigue et me stresse. Je me pose beaucoup de questions en lien avec l’arrivée du bébé : comment je vais gérer les études ? Et… les dépenses ? » Les prix des poussettes et des lits pour bébés sont ce qui l’inquiète le plus. Josiane comme Victoria sentent beaucoup d’amour chez ces femmes pour leurs enfants et beaucoup de force. « Ça les pousse à s’en sortir », souligne la plus jeune.

Un Drame à la Crèche du Pont-Blanc : L'Affaire de 1977

Pour n'avoir pas exercé, comme le prévoit le règlement, une " surveillance constante " sur Christine C., quinze mois, morte accidentellement le 12 juillet 1977, dans une crèche d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), six jeunes femmes comparaissaient, vendredi 8 juin, devant la douzième chambre du tribunal correctionnel de Bobigny présidée par M. Gustave De Lavau, assisté de MM. Charles Faisant et Elie Hadjadje.

Ce règlement est formel. Il est inapplicable. À moins de placer une puéricultrice derrière chaque enfant ou de laisser toute la journée les bambins dans leur lit. À la crèche du Pont-Blanc, on se faisait une autre idée de l'éducation, comme dans de nombreux établissements où l'on refuse de mettre les enfants sous cloche. Les grands jouent avec les petits. Les jeux d'eau et de sable sont encouragés. Il y règne une liberté propice à l'épanouissement des enfants.

Ce jour-là, Christine est tombée dans le bassin gonflable, haut de 18 centimètres, où elle jouait, à 23 mètres de six " taties " - c'est le nom qu'on donne aux puéricultrices, - occupées à donner des biberons. Christine est morte. Ses parents ont porté plainte. Les six puéricultrices (l'une d'elles était absente à l'audience) et la directrice intérimaire ont été inculpées d'homicide involontaire.

Le président a reproché aux six jeunes femmes, anxieuses, debout côte à côte, leur " défaut de surveillance ". Mais tout s'est passé très vite. À 15 h 35, Christine jouait encore dans le bassin. Les " taties " s'en souviennent parfaitement : l'une d'elles avait fini son service cinq minutes auparavant. Elles ont regardé leur montre et se sont étonnées, en plaisantant, qu'elle fasse des " heures supplémentaires ". À 15 h 37, le SAMU enregistrait leur appel au secours. " Quel parent, a demandé leur défenseur, Me Yves Baudelot, peut assurer n'avoir jamais quitté son enfant, des yeux, deux minutes au bord de la mer ? "

Le président, dont la religion paraît déjà faite, parle de " noyade ". Un expert, le docteur André Deponge, penche aussi pour cette explication, " à 99,99 % ", dit-il. Le docteur Jules Tronçin, qui a examiné l'enfant après le décès, juge cette hypothèse " plausible " mais refuse de faire état de " certitudes ". Me Baudelot, qui a relevé des contradictions dans le rapport du docteur Deponge, cite le docteur Manciaux, professeur de pédiatrie préventive et sociale, pour qui " un décès très brutal peut survenir soit chez les enfants porteurs d'une malformation congénitale passée inaperçue, soit du fait d'une maladie à évolution suraiguë ". C'est rare, ajoute ce médecin, mais seule une autopsie peut le déterminer. Elle n'a pas eu lieu. Qui dit qu'une myocardite foudroyante ou une hémorragie cérébrale importante n'ont pas précédé - c'est-à-dire causé- la noyade ?

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