Introduction
L'histoire du théâtre à Angers est riche et complexe, s'étendant de l'époque gallo-romaine jusqu'à nos jours. Cet article explore cette histoire, en mettant en lumière les lieux de représentation, les types de spectacles, les personnalités marquantes et les évolutions architecturales qui ont façonné le paysage théâtral angevin. Nous nous intéresserons particulièrement à la genèse et à la construction du théâtre actuel, en soulignant le rôle d'Hippolyte Maindron et d'autres artistes angevins dans son embellissement.
Les Origines Gallo-Romaines et Médiévales du Théâtre à Angers
Les jeux théâtraux, tant profanes que religieux, étaient déjà présents à Angers à l'époque gallo-romaine, se déroulant notamment dans le théâtre-amphithéâtre situé près de l'actuelle rue des Arènes. Au Moyen Âge, ces pratiques se développent à l'université et à la cour des ducs d'Anjou. Les étudiants donnaient des jeux à chaque Pentecôte, comme Le Jeu de Robin et de Marion d'Adam de la Halle en 1392. Les Mystères étaient également très appréciés.
Plusieurs grandes représentations de Mystères furent données à la cour de René Ier d'Anjou, près des Halles, où se tenait le marché aux bêtes. En juin 1455, le Mystère du Roy Advenir, long de 16 000 vers de Jean du Périer, valet de chambre du roi, fut représenté pendant trois jours avec la participation de plus de cent acteurs. En 1471, René Ier fit jouer un mystère en l'honneur de saint Vincent Ferrier, pour lequel un pavillon de bois fut construit afin que le roi puisse assister confortablement au spectacle. Le texte de ce mystère est conservé à la Bibliothèque nationale.
Le Théâtre des Halles : Un Cœur de la Vie Théâtrale Angevine Pendant Trois Siècles et Demi
Après le rattachement de l'Anjou au domaine royal, les divertissements théâtraux continuèrent leur essor, toujours place des Halles, qui resta pendant trois siècles et demi le lieu d'élection du théâtre angevin. Le Mystère de la Passion, œuvre de 65 000 vers composée par Jean Michel, docteur-régent de la faculté de Médecine d'Angers, marqua l'année 1486. La pièce nécessitait six jours de représentation, et les habitants les plus notables de la ville, comme le maire Jean Binel, en étaient les interprètes.
L'Émergence d'un Premier Théâtre Moderne (1762-1790)
En 1762-1763, un premier théâtre véritable fut établi au bas de la place des Halles, à l'emplacement d'un ancien jeu de paume, par les marchands Thoribet et Charrier. Cette construction, typique des salles de théâtre du premier âge, était longue et étroite, avec une seule entrée au fond d'une impasse, bientôt nommée la Comédie, et sans façade. Cependant, elle représentait un progrès considérable pour les troupes qui animaient une saison théâtrale à Angers depuis le milieu du XVIIIe siècle.
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De 1768 à 1790, les saisons furent brillantes, avec la présence de la grande comédienne Marguerite Brunet, dite la Montansier, qui était déjà directrice d'un théâtre à Versailles. En 1775, elle obtint le privilège exclusif de donner des spectacles et des bals dans cette ville. Tous les auteurs à la mode étaient joués à Angers, tels que Beaumarchais, Diderot, Voltaire et Regnard. Des créations typiquement angevines y étaient également présentées. En 1775, Collot d'Herbois, futur conventionnel et alors comédien, composa Le Bon Angevin ou l'Hommage du cœur pour rendre hommage au nouveau duc apanagé d'Anjou, Monsieur, frère de Louis XVI. Le Siège d'Angers sous Charles le Chauve, drame avec musique et combats, fut joué pendant la saison 1788.
Les Théâtres Éphémères de la Révolution et de l'Empire
Le théâtre de la place des Halles était si peu commode et esthétique que l'on songea à le remplacer dès 1786, à l'image du nouveau théâtre de Nantes. Cependant, l'association de particuliers créée pour la construction d'un théâtre de 120 000 livres ne parvint pas à concrétiser ses projets.
En 1795, un comédien nommé Deschamps ouvrit une salle supplémentaire sur la nouvelle place du Ralliement, en réutilisant les murs des anciens bâtiments de l'université, datant du XVe siècle. Cette salle, une fois de plus, était un rectangle trop étroit, et Deschamps quitta Angers en 1799, incapable de rembourser ses dettes. Le nouveau théâtre fut attribué aux hospices en dédommagement de leurs biens vendus à la Révolution. Des directeurs de passage y donnèrent des spectacles, puis les propriétaires du théâtre de la place des Halles le louèrent pour éviter la concurrence.
La Restauration et la Construction du Théâtre du Ralliement (1825)
Comprenant que ni l'un ni l'autre bâtiment ne possédaient les qualités d'un véritable théâtre, les préfets prirent l'initiative de projets visant à les remplacer par une seule salle. Étant donné la taille de la ville, Angers était obligée de ne conserver qu'un seul théâtre selon le décret du 8 juin 1806. Une nouvelle construction en forme de temple grec, à l'emplacement de l'abbatiale Saint-Aubin, fut envisagée en 1807, mais la ville choisit finalement de restaurer la salle du Ralliement.
Le premier projet fut élaboré par l'architecte Binet en 1812. Le préfet qualifiait le théâtre des Halles "de salle véritablement hideuse et dégoûtante" dans une lettre au ministre de l'Intérieur. Après une reconstruction quasi complète du théâtre de la place du Ralliement, exigée par l'état désastreux des lieux et nécessitant quatre ans de travaux, le nouveau bâtiment fut inauguré le 21 mai 1825 par la troupe de comédie de Nantes. Pour 285 573 francs, la ville s'offrit un joli théâtre dont la façade évoquait un palais néo-classique. À l'intérieur, la salle de 900 places était disposée selon le plan moderne en fer à cheval, une première à Angers.
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La Vie Théâtrale Angevine au XIXe Siècle
Jusqu'en 1848, Angers n'était qu'une scène de troisième catégorie dans la division des théâtres de province, desservie par les troupes d'un arrondissement théâtral comprenant aussi Rennes et Le Mans. Le répertoire d'Angers suivait celui des villes voisines, à qui elle empruntait ses troupes. En 1826, La Dame Blanche de Boieldieu fut créée simultanément dans les trois villes de Nantes, Rennes et Angers. Les œuvres d'Auber, Adam, Meyerbeer, Donizetti et Halévy triomphèrent également. Guillaume Tell de Rossini fut représenté à Nantes en 1836 et à Angers en 1840. Les célèbres comédiennes Mesdemoiselles Mars, Déjazet et Rachel se produisirent sur la scène angevine, tout comme Frédéric Lemaître, qui interpréta Ruy Blas, Kean et Robert Macaire. Des bals et des concerts étaient également donnés au théâtre.
En 1848, un tournant se produisit dans l'histoire de la vie théâtrale angevine lorsque le conseil municipal décida de subventionner une troupe permanente. Angers se hissa alors dans la seconde catégorie des théâtres de province. Le premier directeur sédentaire fut Allan-Dorville, de 1848 à 1850. La ville lui concéda la jouissance gratuite de la salle et une subvention de 18 000 francs, selon un cahier des charges précis. Le directeur, nommé par le maire, devait être solvable et déposer une caution importante. Quinze jours avant l'ouverture du théâtre, il remettait à la mairie le tableau complet de ses troupes d'opéra et de comédie, des chœurs et de l'orchestre. Les artistes chargés des emplois principaux n'étaient définitivement engagés qu'après une période d'essai et un vote favorable du public. Les jours de spectacles étaient fixés aux mardis, jeudis et dimanches. La saison théâtrale durait huit mois, mais les représentations d'opéra et d'opéra-comique n'étaient obligatoires que pendant six mois consécutifs (d'octobre au 1er avril). À partir de 1864, l'opérette fit une entrée prudente, d'abord avec Orphée aux enfers d'Offenbach.
L'Incendie du Théâtre Binet et la Construction du Théâtre Actuel (1865-1871)
En 1851, la salle du théâtre fut entièrement restaurée et redécorée sous la direction de l'architecte Moll, réduisant sa capacité à 801 places pour plus de confort. Cependant, l'ensemble du théâtre était jugé trop petit, surtout après qu'Alfred Harmant, ancien directeur du théâtre de la Gaîté à Paris, donna beaucoup d'ampleur à la scène angevine entre 1853 et 1857.
Après l'incendie qui consuma entièrement le théâtre de Binet dans la nuit du 4 au 5 décembre 1865, il n’y eut plus d’hésitations quant à la nécessité d'un nouveau théâtre. Une grande réflexion urbanistique s'engagea, dépassant largement la question du théâtre. Le 21 juillet 1866, il fut décidé que le théâtre resterait sur le flanc sud du Ralliement, et sa construction serait l'occasion d'achever la régularisation de cette place informe, née en 1791 de la démolition de trois églises.
Les travaux de reconstruction commencèrent en 1868 sous la direction de l'architecte Botrel, pour s'achever seulement en 1871 avec un nouvel architecte, Magne. Entre-temps, la municipalité accorda à deux particuliers de Tours la faveur d'un terrain pour y construire un cirque-théâtre ouvert le 10 novembre 1866. L'édification du nouveau théâtre, un des plus beaux monuments d'Angers et un palais typiquement Second Empire, coûta 1 251 528 francs, une somme énorme qui greva longtemps les finances municipales.
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L'Inauguration du Nouveau Théâtre et la Contribution des Artistes Angevins
Une pléiade d'artistes angevins contribua à l'embellissement du nouveau théâtre, notamment les peintres Jules-Eugène Lenepveu et Jules Dauban, et les sculpteurs Denécheau, Ferdinand Taluet, Julien Roux et Hippolyte Maindron, anciens élèves de David d'Angers. La belle salle de 1188 places, distribuée à la française, comportait des balcons largement ouverts, à la différence des salles à l'italienne.
Le 11 novembre 1871, les artistes de la Comédie-Française inaugurèrent le nouveau théâtre avec deux petites pièces entrecoupées d'un interlude musical. L'archiviste Célestin Port, qui avait préparé un long prologue pour l'inauguration, fut déçu lorsque le grand artiste Coquelin l'aîné refusa de le réciter.
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