Introduction
La bande dessinée franco-belge, avec ses codes et ses conventions, a su évoluer tout en conservant ses racines. Ric Hochet, détective reporter créé par Tibet et Duchâteau, s'inscrit dans cette tradition tout en explorant des thèmes modernes. Cet article se propose d'analyser la série Ric Hochet, en tenant compte de son contexte de publication, de ses codes narratifs et de son évolution au fil des ans.
La Bande Dessinée Franco-Belge : Un Système Éditorial Spécifique
À partir des années cinquante, la matérialité des albums de bande dessinée tend vers une standardisation accélérée, contrastant avec la diversité de l'offre de l'entre-deux-guerres. Le système éditorial de la bande dessinée repose sur d'autres caractéristiques, tiraillé entre la publication dans la presse illustrée et la republication sous forme d'albums, la bande dessinée subit les influences croisées de logiques distinctes. Il n'est donc pas possible d'analyser cette bande dessinée éditée en livres sans en évoquer les formes de publication dans la presse.
L'Influence de la Presse Illustrée
La presse illustrée imprime nombre de ses caractéristiques à la bande dessinée, matrice de cette esthétique « franco-belge ». Les contraintes de la publication périodique conditionnent largement les contours de la bande dessinée pendant un quart de siècle, de 1950 à 1975. Les auteurs interprètent les contraintes matérielles en termes de conventions textuelles. Peu à peu, ces traits se figent pour devenir des conventions génériques. Ainsi, nombre de traits stylistiques de l'album de bande dessinée franco-belge sont des spécificités nées de l'illustré, peu à peu sédimentées en caractéristiques génériques. L’écrivain s’adapte d’abord aux espaces qui lui sont réservés dans le journal. La prépublication dans la presse a une influence fondamentale sur les découpages internes des œuvres qui sont nécessairement segmentées lors de leur passage par la presse.
Jusqu'au milieu des années 1960 au minimum, parler de prépublication n'a guère de sens, tant le cœur du marché de la bande dessinée, et le cœur de métier des éditeurs, réside dans la presse. Aussi est-il nécessaire d'esquisser les traits sériels qui impriment leur marque aux récits parus dans les illustrés, dont certains trouvent un prolongement dans l'espace du livre.
Les Contraintes de l'Écriture Sérielle en Bande Dessinée
La Récurrence du Héros
Les productions sérielles sont au cœur de notre modernité culturelle ; on peut les définir comme des œuvres « dont les modalités de création et de réception sont médiatisées par une série d’autres œuvres, rassemblées autour d’une unité architextuelle qui en définit la signification. » Töpffer avait déjà perçu les avantages que présentait la récurrence du héros dessiné : Quel avantage n’est-ce pas [pour l’artiste] de faire agir dans ses représentations, au lieu d’une figure nouvelle et abandonnée à chaque fois pour une autre avant d’être complètement saisie, une figure connue, familière à l’esprit, dont son public connaît le caractère et la moralité ; dont déjà, avant de la voir agir, il sait les précédents, il apprécie les motifs ? Une pareille figure, une fois créée, ne nécessite nul besoin d’exposition… [Chaque apparition nouvelle] devient l’acte nouveau d’un même drame par le fait seul que tous les antécédents sont connus, que cet acteur qui paraît, il suffit qu’il agisse, et que nous tenons toujours le fil par lequel son action présente se rattache à sa vie passée. Le héros de bande dessinée vit ainsi sous le régime de l'éternel retour. « Ses aventures se poursuivent ad libitum - autant, du moins, que l’accompagne la faveur du public. » Le lecteur retrouve ainsi un héros familier, dont il connaît le caractère et les comportements.
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Le Panachage Générique
Avant d'être un outil de segmentation éditoriale, la série constitue un instrument de structuration du sommaire des journaux de bande dessinée selon le principe du panachage générique. Greg, prolifique scénariste et rédacteur en chef du Journal de Tintin de 1965 à 1974, évoque explicitement ce principe : Je me suis pour cela inspiré du système des journaux d’avant-guerre. Dans ces fascicules, le sommaire était très simple : il y avait un cow-boy, un explorateur, un détective… J’ai repris cette idée de « panaché » dans Tintin ! Par exemple, je disposais déjà d’un coureur automobile (« Michel Vaillant »), d’un aviateur (« Dan Cooper ») et d’un cow-boy (« Jack Diamond »). On retrouve ce geste de panachage des sommaires par des séries inscrites dans des univers génériques bien identifiés au sein de l'ensemble des titres de presse illustrée des années 1950-1960. Chaque création de personnage s'inscrit donc dans un horizon générique qui en définit les codes et joue sur des attentes.
La Bande Dessinée de Genre
La publication d'albums dans ces années 1950-1960 par Dupuis et le Lombard s'inscrit dans l'espace de la bande dessinée « de genre » : westerns, aviateurs, détectives (Gil Jourdan, Ric Hochet), bande dessinée historique, chevaliers… Dans ce découpage générique, chaque héros se voit assigner à une fonction précise et univoque, quand bien même il s'agirait d'un prétexte progressivement abandonné. Cette caractérisation professionnelle forte des héros permet de comprendre le caractère scandaleux de l'apparition dans les pages du Journal de Spirou d'un héros sans emploi.
Comme le roman populaire, le récit sériel de bande dessinée s'inscrit donc dans une logique de genre. Le récit d'aventure se subdivise ainsi en différentes sous-catégories empruntées au roman et au cinéma populaire : policier, aventures, guerre, western, science-fiction… Chaque genre se définit par un ensemble de conventions qui inscrivent d'emblée la série dans un cadre de compréhension, définit des attentes liées à une tradition. La délimitation de genres fortement définis et contraints assure une fonction de régulation de la production, proposant aux lecteurs un récit balisé d'avance - et imposant ainsi aux auteurs les conventions propres aux genres. Les genres fonctionnent en effet comme des éléments de structuration de la production, mais aussi de la réception, offrant des promesses de récurrence et de familiarité qui guident la lecture.
L'Importance du Faire-Valoir
L'accompagnement des héros par un faire-valoir est l'une de ces conventions qui traversent les catégories génériques. Par souci de dynamisme, et afin d'expliciter par le dialogue les enjeux narratifs, le héros dessiné reste en effet rarement seul. Quand son compagnonnage n'est pas officiellement annoncé par la titulature (Spirou et Fantasio, Tif et Tondu, Blake et Mortimer…), le faire-valoir peut malgré tout fréquemment occuper les premières loges. Nombreux sont ces seconds rôles qui, libérés de l'injonction à l'héroïsme, permettent aux auteurs de développer des caractères plus complexes ou plus attachants. Il est également fréquent que ce compagnon soit un animal : cheval, chien, écureuil…
Anthroponymie et Titulature
Ces héros très codés portent des noms eux-mêmes très codés ; l'anthroponymie est déterminante, dans la mesure où le nom des héros va précisément structurer l'offre d'albums, et constituer l'unité minimale de repérage. Cette anthroponymie est très homogène dans sa composition. Sans surprise, les noms sont dans leur quasi-totalité, pendant les deux décennies 1950-1970, masculins. Le nom complet est, parfois, précédé de la mention « les aventures de… ». L'évolution de la titulature de Tintin est à cet égard significative. Ce modèle de titulature reste cependant longtemps prégnant.
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Identité et Altérité
L'une des conséquences de cette inscription dans un cadre sériel lui-même étroitement inséré dans une grammaire générique est l'inscription de ces séries dans une dialectique de l'identité et de l'altérité. La clé de son succès réside dans le fait que la série « offre une extrême inventivité dans une extrême répétitivité », c'est-à-dire dans l'équilibre entre la répétition d'une grammaire narrative et l'inattendu des motifs. Cette dialectique de l'identique et de l'autre se manifeste notamment par la jouvence éternelle des personnages de bande dessinée : si les personnages peuvent porter en eux une mémoire de la série, retrouvant de vieux ennemis rencontrés lors d'un épisode précédent, leurs corps, eux, sont épargnés par le passage du temps sériel. Le passage du temps se manifeste autrement dans les séries, notamment dans les décors qui, dans les séries réalistes, se trouvent actualisés.
Ric Hochet : Un Détective Moderne
Un Héros Dans Son Époque
Si le temps ne semble guère avoir de prise sur les héros réalistes, le décor peut donc évoluer. L'un des exemples les plus troublants en est sans doute Buck Danny, très fortement ancré dans l'actualité géopolitique de son temps. Si les vignettes didactiques disparaissent peu à peu des albums, les auteurs ont toujours à cœur de représenter le plus précisément possible les derniers modèles en usage au sein de l'US Air Force. Cette volonté de réalisme est dans un premier temps apparemment traduite aussi dans le traitement des personnages : ainsi Buck Danny, brillant pilote de chasse, est régulièrement et rapidement promu ; en 1954, il atteint en album le grade de colonel… auquel il reste définitivement bloqué, pour éviter de perdre, avec une promotion à un grade supérieur, le ressort narratif du pilote opérationnel. Nul doute que derrière un bureau, les aventures du général Danny perdraient de leur caractère haletant. Cette stagnation hiérarchique est d'autant plus paradoxale que les missions auxquelles Danny et ses acolytes prennent part sont, pour leur part, ancrées dans un contexte précis, et que l'un des ressorts de la série réside dans l'adaptation aux innovations technologiques.
L'Évolution de Michel Vaillant
Si, pendant les années 1950-1960, la règle qui prévaut dans le paysage des albums de bande dessinée est de ne pas vieillir, on peut y trouver des exceptions, parmi lesquelles l'une des plus spectaculaires est le cas du pilote automobile Michel Vaillant. La série automobile se distingue par un ancrage familial marqué ; les péripéties de la vie de famille restent certes en lisière des albums, mais cette hybridation des codes de l'aventure mécanique et du family strip donne à Michel Vaillant une coloration très particulière. Michel, lui, est inscrit dans un cadre familial. Pilote d'une grande firme automobile française familiale dirigée d'une main de fer par le patriarche Henri Vaillant, il travaille en étroite collaboration avec son frère Jean-Pierre, ingénieur se préparant à prendre la relève du patriarche, et vit chez ses parents. C'est dans cet ancrage familial fort que Graton, sur le registre de la comédie familiale, fait évoluer et vieillir ses personnages.
Ric Hochet : Une Série à Continuer ?
Pour répondre à la question, Ric Hochet a été une très bonne série et qu'il y a quelques excellents albums, du moins dans les 50 premiers de la collection. En revanche, vaut mieux laissé tomber les 20 ou 25 derniers albums de la série qui sont franchement décevants et dont certains ont même été carrément bâclés faute à un timing trop serré (un album sortait tous les 8 mois à l'époque).
Les Nouveaux Albums
Tibet et Duchateau révélaient que les ventes de Ric Hochet étaient toujours très bonnes. Pourtant j'entends plein de fans me dire qu'il y a eu un désintérêt important envers cette série dans les années 2000. Moi ce que je pense, c'est que la mort de Tibet a frustré beaucoup de lecteurs, et après il y a eu une masse demandeuse d'une renaissance de Ric. J'apprécie tellement le style de Van Liemt que sincèrement, cette reprise en vaut la peine. Et Zidrou n'est pas non plus à coté de la plaque, il lui faut peut-être du temps. Car il s'agit de réinventer et pas de faire un suivi de courrier comme chez Astérix ou Luke.
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Le Personnage de Nadine
Par contre, vous voyez bien ce qu'ils font de Nadine : c'est la même mais en tenue plus légère. Vous n'aimez pas la nouvelle Nadine ? Moi, oui, beaucoup ! Et je ne trouve pas qu'elle soit décalée par rapport à l'époque racontée. Dans les 60s, on savait déjà comment faire des bébés…
Les Thèmes Abordés
Dans "Les cinq revenants", la première fois que l'on voit la penderie aux vestes identiques est dans Les 5 revenants, qui se trouve etre un de mes preferes dans la serie, une tres amusante comedie policiere, legere et petillante comme un delicieux champagne. Dans l'album "L'ombre de Caméléon", au debut ctte histoire, cela a un rapport direct avec le fameux suspense des planches numerotees pairs afin que les lecteurs achetent le numero suivant. du journal qui prepubliait ces series, Tintin en l'occurrence.
Dans "Le disparu de l'enfer", Ric Hochet, un jour, reçoit une carte postale étrange, sans texte, provenant d'un pays d'Amérique du Sud en pleine guerre civile, le Varaiso. Derrière le timbre de la carte postale, un symbole étrange (une tête de diable) faite avec du sang…Pour le commissaire Bourdon, ce message est une sorte d'avertissement, de mise en garde. Pour Ric, qui se rend sur place, c'est plus une sorte d'appel à l'aide…Après analyse du sang, il s'avère qu'il s'agit d'un sang de rhésus AB-, assez rare, et appartenant à celui de Ric et de son père Richard. "Le disparu de l'enfer" est plutôt mineur, dans son genre, ce n'est pas un exceptionnel album de Ric Hochet. Il démarre vraiment bien, mais s'achève dans une banalité vraiment décevante.
La Bande Dessinée et les Institutions Culturelles
La Bibliothèque Nationale de France
La bande dessinée a longtemps été négligée par la Bibliothèque Nationale de France (BNF). La place de la bande dessinée dans la partie de la BNF ouverte au grand public se trouvait réduite à la portion congrue. La BNF négligeait sans complexe la bande dessinée, sans doute un peu à la manière du monde universitaire en général. Il semblerait que ceux qui, à l’intérieur du temple de la lecture qu’est la Bibliothèque Nationale, désirent faire une place à la bande dessinée, se retrouvent le plus souvent passablement isolés. Il n’y ait jamais eu de véritable préposé à la bande dessinée au sein de la Bibliothèque Nationale - du moins à notre connaissance. En matière de conservation, cette absence de centralisation n’est pas sans causer de sérieuses difficultés, mais ces difficultés sont en grande partie liées à la bande dessinée elle-même et à son côté inclassable : pendant longtemps, les bandes dessinées qui arrivaient à la Bibliothèque nationale par le système du dépôt légal étaient envoyées soit au département des Estampes et de la Photographie soit au département Littérature et art. Il s’agit ici d’un dilemme qui n’est pas nouveau : la bande dessinée relève-t-elle plutôt des arts graphiques (et, à ce titre, doit-elle être exposée dans les musées ?) ou plutôt de la littérature ? Bien malin qui saurait trancher. A la diversité des lieux de conservation s’ajoute la diversité des modes de classement : au département des Estampes, les documents ne sont pas toujours catalogués à la pièce. A cette dispersion s’ajoute le caractère incomplet des collections.
On entend souvent dire que la bande dessinée partage avec la pornographie le privilège désagréable d’être parfois soustraite par certains membres malhonnêtes du personnel avant d’arriver jusqu’à destination. Le phénomène est sans doute réel, mais les trous dans les collections ont également d’autres origines : jusqu’à une période récente, les principaux éditeurs de bande dessinée étaient des éditeurs belges (Dupuis, Casterman, Le Lombard, etc.) et les œuvres en question n’étaient donc pas toujours soumises au dépôt légal des éditeurs, et presque jamais à celui des imprimeurs ; les deux exemplaires qui parvenaient à la BNF relevaient donc uniquement du dépôt légal des distributeurs, qui a toujours été moins bien appliqué que les deux précédents.
La Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l'Image
Le principal centre de ressources documentaires sur la bande dessinée est la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image (CIBDI) à Angoulême. La CIBDI contient également une bibliothèque, une salle de cinéma, une maison d’auteurs en résidence, une librairie, et une direction technique et audiovisuelle chargée de la coordination du tout, le Centre de Soutien Technique Multimédia. Le musée fait office, entre autres choses, de vitrine touristique et scientifique d’un système beaucoup plus vaste de plusieurs institutions chargées de promouvoir la bande dessinée sous plusieurs de ses aspects : créations contemporaines, commerce, lecture publique et patrimoine. Qui sait, par exemple, que, depuis 2007, la CIBDI a entrepris une numérisation de ses collections patrimoniales ?
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