La cortisone est un médicament de la famille des corticoïdes, souvent prescrit aux enfants pour ses propriétés anti-inflammatoires et immunosuppressives. Bien qu'elle soit efficace pour traiter diverses affections, son utilisation suscite des inquiétudes chez les parents en raison des effets secondaires potentiels. Cet article vise à fournir des informations claires et détaillées sur la posologie de la cortisone chez l'enfant, ses effets secondaires, et les précautions à prendre lors de son administration.
Qu'est-ce que la cortisone ?
La cortisone est un corticoïde synthétique, dérivé de l'hormone naturelle cortisol produite par les glandes surrénales. Les corticoïdes, comme la cortisone, la prednisolone, la bétaméthasone ou encore la prednisone, sont de puissants anti-inflammatoires stéroïdiens. Ils agissent en réduisant l'inflammation et en supprimant la réponse immunitaire de l'organisme. Ils sont utilisés pour traiter de nombreuses maladies inflammatoires et auto-immunes. En France, environ 0,75 % de la population est traitée par des corticoïdes au long cours, un chiffre qui atteint 2,5 % chez les plus de 65 ans.
Indications de la cortisone chez l'enfant
La cortisone est prescrite pour traiter une variété de conditions chez les enfants, notamment :
- Affections respiratoires : Asthme, bronchiolite, laryngite aiguë. La cortisone est fréquemment utilisée lors d'un asthme grave.
- Maladies inflammatoires : Arthrite juvénile idiopathique, maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI).
- Affections allergiques : Eczéma sévère, réactions allergiques.
- Maladies auto-immunes : Lupus, certaines maladies rénales.
- Affections hématologiques et oncologiques : Leucémie, lymphome.
- Prévention du rejet de greffe : Après une transplantation d'organe.
- Infections ORL : Sinusite aiguë, otite.
Dans certains cas, les corticoïdes sont prescrits à la mère pendant la grossesse pour accélérer la maturation des poumons du fœtus en cas de risque de naissance prématurée.
Posologie de la cortisone chez l'enfant
La posologie de la cortisone chez l'enfant varie en fonction de plusieurs facteurs :
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- Poids de l'enfant : La dose est généralement calculée en milligrammes par kilogramme de poids corporel (mg/kg).
- Type de corticoïde utilisé : La posologie varie selon le médicament corticoïde utilisé (prednisone, prednisolone, etc.).
- Gravité de la maladie : Les maladies inflammatoires graves nécessitent des doses plus élevées.
- Voie d'administration : La posologie peut différer selon que la cortisone est administrée par voie orale, intraveineuse, ou locale.
Posologies générales :
- Traitement d'attaque : 0,35 à 2 mg/kg/jour. Dans les maladies inflammatoires graves, la posologie peut varier de 0,75 à 1,2 mg/kg/jour.
- Traitement d'entretien : 0,25 à 0,5 mg/kg/jour.
Il est crucial de suivre scrupuleusement la prescription médicale et de ne jamais modifier la dose ou la durée du traitement sans avis médical. Pour un traitement prolongé et à fortes doses, les premières doses peuvent être réparties en deux prises quotidiennes.
Corticothérapie à jour alterné : La prescription de la corticothérapie à jour alterné (un jour sans corticoïde et le deuxième jour avec une posologie double de la posologie quotidienne qui aurait été requise) s'utilise chez l'enfant pour tenter de limiter le retard de croissance.
Diminution des doses : En cas de traitement au long cours, la décroissance doit être lente. L'obtention d'un sevrage est le but recherché.
Relais par hydrocortisone : Lors de la décroissance des doses (cure prolongée) : à la posologie de 5 à 7 mg d'équivalent prednisone, lorsque la maladie causale ne nécessite plus de corticothérapie, il est souhaitable de remplacer le corticoïde de synthèse par 20 mg/jour d'hydrocortisone jusqu'à la reprise de la fonction corticotrope. Si une corticothérapie doit être maintenue à une dose inférieure à 5 mg d'équivalent prednisone par jour, il est possible d'y adjoindre une petite dose d'hydrocortisone pour atteindre un équivalent d'hydrocortisone de 20 à 30 mg par jour. Lorsque le patient est seulement sous hydrocortisone, il est possible de tester l'axe corticotrope par des tests endocriniens.
Effets secondaires de la cortisone chez l'enfant
Les effets secondaires de la cortisone varient en fonction de la dose, de la durée du traitement et de la voie d'administration. Les corticoïdes inhalés et topiques (appliqués sur la peau) sont généralement associés à moins d'effets secondaires que les corticoïdes administrés par voie orale, intraveineuse ou par injection. Il est rare qu’une personne ressente tous les effets secondaires des corticoïdes. Il est important de prescrire les corticoïdes pour les bonnes indications avec la bonne posologie et la bonne durée de traitement. Et pour les patients, il est important de respecter la prescription du médecin pour soulager au mieux les symptômes et prévenir leur récidive.
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Effets secondaires courants
- Prise de poids : La cortisone peut augmenter l'appétit et favoriser la rétention d'eau, entraînant une prise de poids. Pour éviter une prise de poids excessive liée à la stimulation de l’appétit, on conseille d’éviter de trop manger, en limitant surtout les graisses.
- Troubles du sommeil : La cortisone peut provoquer de l'insomnie et de l'agitation. Il est conseillé de prendre les comprimés le matin pour éviter cet effet.
- Irritabilité et changements d'humeur : Certains enfants peuvent devenir irritables, anxieux ou déprimés sous cortisone.
- Augmentation de la glycémie : La cortisone peut augmenter le taux de sucre dans le sang, ce qui peut être problématique chez les enfants diabétiques ou prédisposés au diabète.
- Hypertension artérielle : La cortisone peut augmenter la tension artérielle, surtout chez les patients prédisposés.
- Modifications de l'apparence physique : Un arrondissement du visage (faciès lunaire) et une augmentation du duvet ou de la pilosité peuvent survenir. Ces effets disparaissent généralement à l'arrêt du traitement.
- Fragilité cutanée : La peau peut devenir plus fine et plus susceptible aux ecchymoses.
Effets secondaires moins fréquents mais plus graves
- Retard de croissance : La cortisone peut ralentir la croissance osseuse chez les enfants, surtout en cas de traitement prolongé. La prescription de la corticothérapie à jour alterné s'utilise chez l'enfant pour tenter de limiter le retard de croissance. Dans certains cas, un retard de croissance pouvant dans certains cas être corrigé par des hormones de croissance.
- Ostéoporose : La cortisone peut diminuer la densité osseuse, augmentant le risque de fractures. Des suppléments de calcium et de vitamine D et parfois d’autres médicaments (bisphosphonates) sont donnés pour prévenir ou corriger la déminéralisation osseuse. Il est utile de faire une mesure de la densité osseuse pour ajuster le traitement si la corticothérapie est prolongée.
- Cataracte et glaucome : Un traitement prolongé peut augmenter le risque de développer une cataracte ou un glaucome. Effectuer un examen ophtalmologique annuel. Le dépistage de la cataracte et du glaucome est également nécessaire dans ce cas.
- Infections : La cortisone diminue les défenses immunitaires, rendant l'enfant plus susceptible aux infections bactériennes, virales, et fongiques. Utilisés à fortes doses (>20 mg/j d’équivalent prednisone) durant au moins 2 semaines, ils diminuent significativement les défenses immunitaires et sensibilisent le patient aux infections. Certaines maladies virales (varicelle, zona et rougeole) peuvent être très sévères chez les patients traités par glucocorticoïdes. Sauf s'ils ont préalablement eu ces maladies virales, les patients doivent éviter tout contact avec des sujets atteints de varicelle, de zona et de rougeole.
- Ulcères gastriques : La cortisone peut augmenter le risque d'ulcères d'estomac. Rapportez tout symptôme de douleur d’estomac, car cela peut indiquer un ulcère de la paroi gastrique. La présence de sang dans les selles peut également être recherchée en cas d’anémie ou de douleurs d’estomac.
- Troubles psychiatriques : Dans de rares cas, la cortisone peut provoquer des troubles psychiatriques tels que la psychose. Imposent la diminution rapide des doses et sont parfois le fait d’une maladie psychiatrique préexistante.
- Crise rénale sclérodermique : Des précautions s’imposent pour les patients souffrant de sclérose systémique, car une incidence accrue de crise rénale sclérodermique (susceptible d’être fatale) accompagnée d’hypertension et d’une diminution du débit urinaire a été signalée en cas d’administration d’une dose journalière de 15 mg ou plus de prednisolone. La pression sanguine et la fonction rénale (créatinine S) doivent dès lors être vérifiées régulièrement.
- Cardiomyopathies hypertrophiques : Des cardiomyopathies hypertrophiques ont été rapportées après administration systémique de glucocorticoïdes chez des nourrissons prématurés.
- Syndrome de lyse tumorale (SLT) : Depuis la commercialisation, un syndrome de lyse tumorale (SLT) a été rapporté chez des patients présentant des hémopathies malignes à la suite de l'utilisation de SOLUPRED 5 mg, comprimé orodispersible seul ou en association avec d'autres agents de chimiothérapie.
Effets secondaires à court terme
Une étude américaine de 2017 a analysé une base de données de plus de 1 500 000 patients pour déterminer les effets collatéraux à court terme des traitements corticoïdes. Les résultats ont montré que même des traitements brefs peuvent être à l’origine de complications graves nécessitant une hospitalisation :
- 21 % de fractures
- 5 % d’accidents thromboemboliques veineux
- 2 % de sepsis
Ces pourcentages sont significativement supérieurs à ceux observés chez les personnes non traitées.
Précautions et surveillance
- Suivi médical régulier : Un suivi médical régulier est essentiel pour surveiller les effets secondaires et ajuster la posologie si nécessaire.
- Ne pas arrêter brutalement le traitement : L’arrêt des corticoïdes après un traitement prolongé doit se faire de façon progressive pour permettre aux glandes surrénales de reprendre leur fonctionnement normal. Les risques associés à un arrêt brutal du traitement sont l’exacerbation ou la récidive de la maladie sous-jacente, l’insuffisance corticosurrénalienne aiguë ou le syndrome de sevrage aux corticoïdes.
- Surveillance de la croissance : La croissance de l'enfant doit être surveillée régulièrement en raison du risque de retard de croissance.
- Surveillance de la tension artérielle et de la glycémie : Ces paramètres doivent être surveillés régulièrement, surtout chez les enfants prédisposés à l'hypertension ou au diabète.
- Alimentation : Une alimentation équilibrée, pauvre en sel et en sucre, est recommandée pour limiter la prise de poids et l'hypertension.
- Vaccination : Il est recommandé aux parents de veiller à ce que les enfants soient à jour de leurs vaccins, et vaccinés contre la grippe et le pneumocoque. Il faut éviter d'utiliser de vaccin vivant. aussi, les vaccinations suivantes sont contre-indiquées : fièvre jaune, rougeole, oreillons, rubéole, tuberculose (BCG), varicelle.
- Prévention des infections : Éviter le contact avec des personnes malades, en particulier celles atteintes de varicelle, de zona ou de rougeole.
Interactions médicamenteuses
La cortisone peut interagir avec d'autres médicaments, augmentant ou diminuant leur efficacité, ou augmentant le risque d'effets secondaires. Il est important d'informer le médecin de tous les médicaments que prend l'enfant, y compris les médicaments en vente libre, les vitamines et les suppléments à base de plantes.
Voici quelques exemples d'interactions médicamenteuses importantes :
- Anticoagulants : La cortisone peut augmenter le risque de saignement chez les personnes prenant des anticoagulants.
- Antidiabétiques : La cortisone peut diminuer l'efficacité des antidiabétiques, nécessitant un ajustement de la posologie.
- Aspirine et AINS : L'association de la cortisone avec l'aspirine ou d'autres anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peut augmenter le risque d'ulcères gastriques.
- Diurétiques : L'association de la cortisone avec certains diurétiques peut augmenter le risque d'hypokaliémie (faible taux de potassium dans le sang).
- Vaccins vivants atténués : La vaccination avec un vaccin vivant atténué est contre-indiquée au cours d'un traitement oral ou injectable par corticoïde. De plus, il est recommandé d'attendre quelques semaines après l'arrêt de la corticothérapie avant d'utiliser ces vaccins.
- Inhibiteurs du CYP3A : L’administration concomitante d’inhibiteurs du CYP3A (par exemple itraconazole, clarithromycine, érythromycine) et des produits contenant du cobicistat ou le ritonavir pourrait augmenter le risque d’effets secondaires systémiques des corticostéroïdes. L’association doit être évitée, sauf si les bénéfices sont supérieurs au risque accru d’effets secondaires systémiques des corticostéroïdes.
- Œstrogènes : Il convient d’être prudent lorsque le patient recevant des glucocorticoïdes est traité en même temps avec des œstrogènes ou des préparations contenant des œstrogènes et une surveillance clinique est recommandée.
- Inducteurs enzymatiques : Diminution des concentrations plasmatiques et de l'efficacité des corticoïdes par augmentation de leur métabolisme hépatique par l'inducteur ; les conséquences sont particulièrement importantes chez les addisoniens traités par l'hydrocortisone et en cas de transplantation.
Corticophobie
Les effets secondaires potentiels des corticoïdes sont à l’origine d’un phénomène de rejet ou de peur des corticoïdes appelé la corticophobie. La corticophobie désigne la peur d’utiliser des corticoïdes par voie orale, inhalée ou topique. Selon les études, la corticophobie pourrait concerner 40 % à 80 % de la population de patients atopiques ou de familles d’enfants atopiques. Malheureusement, la corticophobie peut avoir des conséquences négatives sur la prise en charge et l’évolution de certaines maladies. Il est important de prescrire les corticoïdes pour les bonnes indications avec la bonne posologie et la bonne durée de traitement. Et pour les patients, il est important de respecter la prescription du médecin pour soulager au mieux les symptômes et prévenir leur récidive.
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