Le vêlage, un événement crucial dans la vie d'une vache, peut s'avérer une période délicate et douloureuse. Cet article se propose d'explorer en profondeur les contractions post-partum chez la vache, en abordant les aspects physiologiques, les facteurs de risque, les complications potentielles et les mesures de gestion à adopter pour assurer le bien-être de la mère et du veau.
Douleur et inconfort pendant le vêlage
Le vêlage est intrinsèquement un processus douloureux pour la vache. La dilatation du col de l'utérus et les contractions utérines, nécessaires à l'expulsion du veau, génèrent une douleur significative. L'évaluation de cette douleur peut se faire par différentes approches :
- Mesure de la réduction de l'ingestion : Une vache souffrant de douleurs liées au vêlage aura tendance à moins s'alimenter.
- Indicateurs physiologiques : Des modifications physiologiques telles que l'augmentation du rythme cardiaque, de la température corporelle ou de la concentration de cortisol peuvent indiquer une douleur.
- Indicateurs comportementaux : Des comportements anormaux tels que l'agitation, les coups de pied contre l'abdomen, les changements de posture fréquents ou l'isolement peuvent être des signes de douleur.
Les principaux facteurs de risque associés à la douleur lors du vêlage sont :
- La parité : Les primipares (vaches qui vêlent pour la première fois) sont plus susceptibles de ressentir de la douleur que les multipares (vaches ayant déjà vêlé).
- La dystocie : Un vêlage dystocique, c'est-à-dire difficile, est souvent associé à une douleur accrue. La dystocie peut être causée par une augmentation de la durée de la parturition, une disproportion fœto-pelvienne (taille excessive du veau par rapport au bassin de la vache) et/ou une présentation anormale du fœtus.
Le vêlage est un processus risqué pour la mère et son veau. Il peut entraîner un stress accru, des problèmes de santé (métrite, non-délivrance, etc.), une augmentation de la mortalité maternelle et une réduction de l'ingestion et de la production laitière.
Déroulement normal du vêlage
Afin de mieux comprendre les complications potentielles, il est essentiel de connaître le déroulement normal du vêlage.
Lire aussi: Braxton Hicks et Dilatation
Phase de préparation (1 à 2 jours avant le vêlage):
- Relâchement des ligaments sacro-sciatiques et de la queue.
- Plénitude mammaire.
- Tuméfaction de la vulve et écoulement de mucus cervical.
- La température corporelle normale de la vache se situe entre 38,5°C et 39,2°C, elle s’élève les 3 à 5 jours avant le vêlage et diminue le jour du vêlage.
- Recherche d'un endroit calme, couchers et relevés répétés, torsions de l'abdomen, soulèvements de la queue.
Première phase (dilatation du col) :
- Début des contractions utérines. La vache tourne en rond, se donne des coups et se regarde le flanc.
- Le fœtus effectue une rotation pour se préparer à sortir.
- Effacement et dilatation du col de l'utérus.
- Apparition des poches des eaux fœtales (allantoïde puis amnios).
- Durée : 2 à 8 heures.
Deuxième phase (expulsion du fœtus) :
- Rupture de la première poche des eaux.
- Apparition de la tête et/ou des pattes du fœtus au sein de la deuxième poche des eaux.
- Rupture de la deuxième poche des eaux.
- Efforts expulsifs violents de la mère.
- Expulsion du veau.
- Rupture du cordon ombilical (en général).
- Durée : 10 minutes à 3 heures.
Troisième phase (délivrance) :
- Expulsion du placenta (délivre).
- Durée : 12 heures maximum.
Signes précurseurs du vêlage
La reconnaissance des signes précurseurs du vêlage est cruciale pour une surveillance adéquate et une intervention rapide en cas de besoin. Ces signes incluent :
Lire aussi: Braxton Hicks ou travail : comment les distinguer ?
- Développement de la mamelle (précoce chez les primipares, plus tardif chez les pluripares). La mamelle apparaît congestionnée, parfois même œdémateuse.
- Ramollissement des ligaments sous l'action des hormones, notamment de la relaxine.
- Variation de la température : les semaines précédents la mise bas, la température des animaux est anormalement élevée et atteint généralement 39 °C contre 38°C en conditions normales. Environ 24 heures avant le vêlage, on observe une diminution brutale de la température d'au moins 0,5 °C pour s'abaisser à 38,4 °C.
- Comportement particulier : agitation, isolement.
Dès les signes prémonitoires du vêlage, une attention particulière est à apporter avec une surveillance renforcée sans déranger l’animal. Un local ou box de vêlage permet d’isoler la vache.
Dystocie: Quand le vêlage devient difficile
La dystocie, ou vêlage difficile, se définit comme tout vêlage nécessitant une intervention extérieure. Les causes de dystocie sont variées :
- Facteurs fœtaux : Présentation anormale du fœtus, taille excessive du fœtus.
- Facteurs maternels : Bassin trop étroit, inertie utérine (contractions utérines insuffisantes).
- Facteurs combinés : Disproportion fœto-pelvienne.
Les conséquences de la dystocie sont graves tant pour la mère que pour le veau :
- Pour la mère : Mortalité, douleur, stérilité, maladies puerpérales augmentées (métrite, non-délivrance).
- Pour le veau : Risques d'anoxie (manque d'oxygène), augmentation des taux de mortalité et de morbidité néonatale.
Interventions lors de dystocie
Face à une dystocie, plusieurs interventions sont possibles :
- Exploration vaginale : Elle doit être réalisée avec propreté, douceur et méthode sur une vache debout. Si la vache présente des coliques depuis plus de deux heures sans évolution, si la phase de dilatation dure plus de six heures ou la phase d’expulsion plus de trois heures, une exploration sera effectuée.
- Extraction du veau : Si le veau est ou peut être rapidement mis en position normale et les tests de traction favorables (avec la traction de 2 personnes, pouvoir engager simultanément dans le bassin la tête et les 2 membres antérieurs), l’extraction peut être entreprise. Une aide mécanique est parfois indispensable. Les vêleuses permettent d’exercer une force de traction pouvant s’élever jusqu’à 450 kg contre 70 kg pour les contractions de la vache.
- Césarienne : Elle est pratiquée lorsque l'extraction vaginale est impossible ou trop risquée pour la mère ou le veau. Le vétérinaire fait une anesthésie traçante du flanc droit avant de raser et de désinfecter le site opératoire. Une incision d'environ 30 cm est pratiquée afin d'ouvrir peau, muscles et péritoine. Puis le vétérinaire explore la cavité abdominale afin de repérer la position du veau, il ouvre ensuite la matrice avec un ouvre-lettre. Le veau est extrait et réanimé. La matrice est ensuite extériorisée et le vétérinaire pratique 2 sutures étanches avant de la replacer dans l'abdomen.
- Embryotomie : Elle est pratiquée lorsque le veau est mort et qu'il est impossible de le sortir par traction sans risques pour la vache. Elle consiste à sectionner le veau en plusieurs parties.
La décision d’exploration vaginale par l’éleveur ne doit surtout pas être systématique mais décidée au cas par cas lorsque les durées des différentes phases ne sont pas dans les normes. Lors de décision d’intervention, elle doit déboucher rapidement sur la naissance du veau.
Lire aussi: Causes Contractions 7ème Mois
Complications post-partum
Plusieurs complications peuvent survenir après le vêlage :
- Non-délivrance (rétention placentaire) : On considère qu’il y a une rétention placentaire (ou non-délivrance) quand le placenta n’est pas sorti dans les 12 heures post-partum. Les structures fœtales (ou annexes) et maternelles (la muqueuse de l’utérus) sont étroitement imbriquées, mais uniquement au niveau de 60 à 120 cotylédons. Ces « points d’attaches » peuvent facilement entrainer une déchirure au niveau du placenta. Un morceau de placenta va alors rester dans la cavité utérine et provoquer des infections.
- Métrite : La métrite est une infection de l’utérus qui suit le plus souvent une mise-bas difficile. Sa gravité peut aller d’une infection subclinique à l’altération de l’état général de l’animal.
- Prolapsus utérin : Le prolapsus utérin survient TOUJOURS après vêlage, la matrice gravide est éversée, on voit les cotylédons. Si la vache est couchée, il faut la mettre en position de la grenouille. Il peut également décider de poser une bande de Buhner ou des épingles, cependant cela n'empêchera pas la vache de "rebouler".
- Rupture de l'artère vaginale ou utérine : La rupture de l'artère vaginale fait suite à une traction exagérée. Elle est le plus souvent unilatérale. Le traitement se fait par compression (l'éleveur!) en attendant le vétérinaire qui pose un clamp ou fait une ligature. Puis la vache est mise sous hémostatique et antibiotique. La rupture de l'artère utérine ou de l'artère iliaque fait suite à un prolapsus utérin ou à la réduction d'un prolapsus utérin.
- Hémorragie cotylédonaire : Elle peut apparaître après une torsion de matrice, diverses manœuvres obstétricales.
- Fièvre de lait (hypocalcémie puerpérale) : La fièvre de lait (aussi appelée fièvre vitulaire ou hypocalcémie puerpérale) est due à une forte augmentation de la demande en calcium suite au démarrage de la lactation. Elle touche principalement les animaux laitiers fortement producteurs et se rencontre peu chez les primipares ou en élevage allaitant. Les premiers symptômes apparaissent dans les 48 h après la mise-bas et sont dus principalement à la diminution du taux de calcium dans le sang. Celui-ci étant essentiel à la contraction des fibres musculaires, l’hypocalcémie provoque une paralysie à l’origine des différents signes observés : une diminution de l’appétit et de prise de boisson, un arrêt de la rumination ainsi que des troubles locomoteurs tels que piétinements, tremblements ou démarche raide. La « fièvre de lait » est un terme un peu impropre car la température reste normale. Par la suite, l'animal présente des difficultés à tenir debout ou à se relever.
- Acétonémie (cétose) : L’acétonémie, aussi appelée cétose, est un déficit de sucres en début de lactation quand les besoins sont supérieurs aux apports. Les symptômes vont d’une vache qui mange peu, produit moins, sans hyperthermie pour la forme subclinique, jusqu’à des troubles neurologiques sévères, causés par la présence de corps cétoniques toxiques. L’acétonémie perturbe la réponse immunitaire. Même sous sa forme subclinique, elle augmente le risque de mammites et de métrites. Sont plus à risques les plus vieilles vaches et les plus fortes productrices après un vêlage difficile, les vaches trop grasses.
- Déplacement de caillette : Le déplacement de caillette arrive quand, suite à une baisse d’ingestion, la panse n’est pas assez remplie et la caillette, pas suffisamment maintenue, se déplace. Il faudra la remettre en place par un acte chirurgical. Ce trouble se caractérise par une chute brutale de la production et une diminution, voire une absence, de rumination.
Gestion et prévention des complications
Une gestion rigoureuse et une prévention adéquate sont essentielles pour minimiser les risques de complications post-partum.
Préparation au vêlage :
- Assurer une alimentation équilibrée pendant le tarissement, en adaptant la ration aux besoins de la vache. L’idéal est une note d’état corporel entre 3 et 3,25.
- La complémentation minérale est aussi importante. Elle doit être adaptée à la composition exacte des fourrages distribués.
- Maintenir la calcémie des vaches.
- Réduire au maximum le stress des animaux en apportant du confort.
- Préparation de la mère à la mise-bas est capitale pour la production d’un colostrum de qualité.
Surveillance du vêlage :
- Observer attentivement les vaches en fin de gestation pour détecter les signes précurseurs du vêlage.
- Surveiller le déroulement du vêlage et intervenir rapidement en cas de dystocie.
Soins post-partum :
- S'assurer que le veau reçoit du colostrum de qualité dans les premières heures de vie. En effet, pour donner une bonne immunité passive au veau, la prise du colostrum doit se faire de manière optimale aussi bien quant à sa qualité (au-delà de 50 g d’anticorps par litre) qu’à sa quantité (administrer 4 à 5 L de colostrum dans les 6 à 12 premières heures de vie) tout comme la précocité d’ingestion (1,5 à 2 L dans les 2 premières heures de vie).
- Surveiller la vache pour détecter les signes de complications (fièvre, écoulements anormaux, etc.).
- Couper ce qui dépasse mais surtout ne pas tirer sur la délivrance.
- Vérifier la température tous les jours pendant une semaine. Une hausse indiquera une infection et la nécessité d’une consultation.
- Assurer une bonne transition alimentaire pour maintenir l’appétit des vaches, en apportant des micronutriments à la bonne dose.
- Apporter du calcium supplémentaire pendant et après le vêlage.
- En prévention, on peut donner aux vaches à risque un hépatoprotecteur en fin de tarissement ou après le vêlage pour renforcer le foie.
Mesures générales :
- Maintenir une hygiène rigoureuse dans les locaux de vêlage.
- Minimiser le stress des vaches.
L'importance du colostrum
Le colostrum, premier lait produit par la vache après le vêlage, est essentiel pour la survie et la santé du veau. Il est riche en anticorps (immunoglobulines G) qui confèrent une immunité passive au veau, le protégeant ainsi contre les infections. La prise de colostrum doit se faire de manière optimale, tant en termes de qualité (au-delà de 50 g d'anticorps par litre) que de quantité (administrer 4 à 5 L de colostrum dans les 6 à 12 premières heures de vie) et de précocité d'ingestion (1,5 à 2 L dans les 2 premières heures de vie).
tags: #contractions #après #mise #bas #vache
